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Comète de 1744 ou de Cnéseaux, à queues multiples

compensation , son imagination s'en dédommage par ses étranges suppositions sur les Comètes, celles-ci ayant toujours eu le privilège de le plonger dans l'extase ou l'effroi.

L'histoire de ces astres errants n'est même, d'un bout à J'autrc, qu'une énergique protestation contre l'appréciation de nos sens et le témoignage des masses. A leur égard, la fiction a été poussée jusqu'au délire. De tout temps, les Comètes furent considérées comme de sinistres présages. Durant nos siècles de crédulité, leur queue éclatante n'apparaissait aux

yeux du vulgaire que comme d'informes amas Cépées flamboyantes ou de têtes et de poignards sanglants, précurseurs des guerres les plus meurtrières. D'autres fois l'imagination fascinée de nos pères y voyait des étoiles chevelues, qui menaçaient le monde d'un embrasement général.

De telles aberrations étaient si profondément enracinées dans les esprits, que, dans leurs ouvrages, quelques savants de la Renaissance, même des plus avancés, représentent encore les Comètes sous les plus grotesques apparences, ce que l'on peut reprocher àAmbroise Paré161.

Kepler lui-même, quoique éminent astronome, dominé par la superstition de son époque, ne voyait dans les Comètes que des espèces de monstres semblables à ceux que produit la mer, et errant vaguement dans les espaces célestes.

Si, par leur progrès, les sciences ont effacé ces absurdités, d'un autre côté, cependant, elles ont accru quelques appréhensions. On craignait, à chaque instant, que le choc de l'un de ces astres vagabonds ne vînt briser la terre en éclats. La théorie de Buffon et les assertions de Kepler n'étaient, en effet, nullement rassurantes. Le premier, on se le rappelle,, avait prétendu que notre globe n'était qu'une éclaboussure du soleil, enlevée par le choc d'une comète; et le danger semblait d'autant plus imminent que, dans son langage pittoresque , Kepler disait : « qu'il y a plus de Comètes dans le ciel que de poissons dans l'océan. » Tout était à redouter ,62.

Mais la science moderne a conjuré en partie le danger. En même temps qu'elle nous démontrait l'immense dimension de ces astres, elle nous en révélait aussi l'action inoffensive. La queue des comètes, que les Chinois appellent ingénieusement leur balai, parce qu'elle semble balayer l'azur du ciel, et qui n'apparaît à notre œil que comme une gerbe lumineuse, dépasse parfois deux millions de lieues en longueur. Ce cône lumineux peut même atteindre des proportions bien autrement

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prodigieuses ; on l'a vu égaler la distance qui sépare la Terre du Soleil.

Mais, malgré ces effrayantes proportions, les Comètes ne doivent presque rien faire craindre à la Terre, car ce sont de tous les astres ceux dont les particules matérielles offrent la plus grande laxité. Leur masse n'atteint parfois pas -g^Vc de celle de la Terre : ce qui a pu les faire pittoresquement désigner sous le nom de nuées errantes par Théon d'Alexandrie. Quelques savants les considèrent comme ayant encore une bien plus extrême légèreté, une légèreté même qui dépasse tout ce que l'on peut imaginer. « On a vu des Comètes de plusieurs millions de lieues de taille, dit Flammarion, et dont le poids était néanmoins si léger, qu'on aurait pu, sans fatigue, les porter sur l'épaule. »

Leur contact n'est donc guère à craindre pour nous. Nous pouvons dormir en sécurité. Les astronomes ont vu, en 1770, une comète barrer le passage au monde de Jupiter et l'envelopper de toutes parts sans qu'il en soit résulté la plus petite perturbation, ni dans sa marche, ni dans celle de ses satellites. Mais ce fut au contraire celle de l'astre nébuleux qui fut toute bouleversée. Et il paraît même que, durant le passage de certaines Comètes dans notre voisinage, leur queue a pu se plonger dans notre atmosphère163.

Cependant si, d'après Maupertuis, il existe de si petites Comètes que leur chute sur la terre se bornerait à écraser quelques-uns de ses royaumes, sans ébranler sa masse ; il en est d'autres dont le contact pourrait devenir funeste à tous les êtres vivants de notre globe.

Dans ses Lettres cosmologiques, Lambert nous fait redouter les plus sinistres accidents. Selon lui, le choc d'une Comète pourrait pulvériser notre globe ou faire périr tout ce qui l'anime, au milieu d'un déluge d'eau ou d'un embrasement général; ou bien l'on pourrait voir des comètes nous enlever notre lune en l'entraînant dans leur orbe, ou nous y pré-

cipiter nous-mêmes , pour nous lancer au delà des régions de Saturne, au milieu d'un affreux hiver de plusieurs siècles.

Mais si les Comètes n'ont point cette merveilleuse légèreté qui puisse permettre à un homme de les enlever sur ses épaules, sans même qu'il ait la force d'Atlas, et si leur choc est loin d'avoir la redoutable puissance que lui prêtait Buffon, ce qu'il y a de certain, c'est que ces corps célestes sont encore trop imparfaitement connus pour qu'on puisse donner sur eux des notions générales. Dans son remarquable ouvrage sur le Ciel, voici ce qu'en dit Guillemin : «S'il existe des comètes dont la nébulosité paraît entièrement gazeuse, et si diaphane que de petites étoiles sont restées visibles au travers de leur chevelure; il en est d'autres dont le noyau est sans doute fort dense , puisque leur lumière était assez vive pour être perceptible en plein jour, même dans le voisinage du soleil. »

On a évalué la masse de la Comète de Donati à environ la sept-centième partie de la masse de la Terre : « C'est, dit « l'astronome Faye, le poids d'une mer de 16 000 lieues carte rées de superficie et de 100 mètres de profondeur; et, il « faut bien l'avouer, une telle masse, animée d'une vitesse « considérable, pourrait bien produire, par son choc avec la « Terre, des effets sensibles. »

Et dans le cas où les queues des Comètes ne seraient formées que d'atomes amplement espacés, ne serait-il pas possible que l'éclat de leur noyau fût le résultat de son incandescence ; et lors même qu'on n'aurait pas lieu de redouter leur choc, l'approche d'une telle fournaise ne pourrait-elle pas nous faire craindre d'en être grillés?

Le phénomène des Étoiles niantes frappe moins le vulgaire que l'apparition des Comètes; cependant, malgré sa fréquence, son explication offre encore quelques points obscurs.

L'éloignement des étoiles empêche de pouvoir rapporter

à celles-ci ces longues traînées lumineuses qu'on voit si fréquemment traverser le ciel ; aussi, aujourd'hui, attribue-t-on ce phénomène à des corps qui entrent dans notre atmosphère.

A deux époques de l'année, le ciel est constamment labouré par une prodigieuse quantité de ces sillons de lumière; en une heure, on en compte parfois alors deux à trois cents. C'est ce qui a lieu du 8 au 10 août ; et c'est à ce phénomène, qui a depuis longtemps frappé le vulgaire, que l'on donne le nom de pluie de saint Laurent, dont la fête tombe justement le 10 août. Ces lueurs éclatantes ne sont pour les catholiques irlandais que les larmes ardentes du saint vénéré.

Dans les nuits du 12 et du 13 novembre, la même abondance d'Étoiles filantes a été observée. De Humboldt et Bonpland, qui en ont été témoins à Cumana, disent que le nombre de traînées lumineuses qui traversaient le ciel était tel que l'on aurait cru assister à un magnifique feu d'artifice tiré à une prodigieus.e hauteur. En mer, le phénomène n'est pas moins extraordinaire, il semble autant de fusées qui viennent choir vers l'horizon.

On a expliqué cette surabondance d'étoiles filantes aux deux époques dont il a été question, en supposant qu'il existe autour du soleil un anneau composé de myriades de petits corps, que la terre traverse annuellement à ces deux mêmes dates.

On évalue à des millions le nombre de ces corps météoriques qui viennent ainsi se plonger dans notre atmosphère et apparaissent tout lumineux. Il en est qui, selon de Humboldt, semblent presque effleurer les sommets du Chimborazo.

Les Bolides, qui ont l'apparence des Étoiles filantes, mais sont plus volumineux et laissent derrière eux une longue traînée de feu, éclairant passagèrement la terre à l'instar de

la lune, doivent être mentionnés ici. Ceux-ci éclatent parfois avec un bruit analogue à celui d'un coup de canon, et projettent sur le sol un nombre plus ou moins grand de pierres météoriques, qui tombent fumantes et brûlantes.

En parlant des phénomènes problématiques qui émerveillent nos yeux au milieu des espaces célestes, dans un livre de cette nature, nous ne pouvons omettre de citer ces grandes clartés qui illuminent souvent le ciel des régions polaires, pendant les longues nuits de l'hiver : phénomènes désignés sous les noms à' aurores boréales ou australes.

Pendant la durée de celles-ci, le ciel présente parfois le plus resplendissant spectacle. Sur son fond noir et étoilé, ou voit se dessiner une vaste coupole lumineuse, ou bien ce sont des espèces de panneaux formés de colonnades de stalactites entassées et pendantes qui, suspendues aux nuages, reflètent brillamment les plus vives couleurs de l'arc-en-ciel. Parfois aussi c'est un vrai feu d'artifice qui lance partout ses gerbes enflammées et semble embraser l'horizon. C'est là un des plus imposants phénomènes dont il nous soit possible de jouir au milieu des glaces du nord.

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