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Racines de Mandragores façonnées pour les conjurations

donnait Théophraste, tandis que Columclle l'appelait Seml- Jiomo.

A vrai dire, ces racines ne nous ressemblent nullement; mais la crédulité des savants et l'astuce du charlatanisme ont suppléé à ce qui leur manquait, pour donner l'apparence de la véracité à l'opinion des anciens. C'était après les avoir grossièrement façonnées à notre image, que les magiciens les employaient dans leurs conjurations ; et c'était sous cette apparence que le vulgaire croyait qu'on les rencontrait au pied des gibets , où , s'étant nourries des débris des suppliciés, elles en avaient revêtu la forme. Ces hôtes d'un lieu aussi sinistre et aussi redouté ne pouvaient en être extraits sans de grands dangers. Les savants eux-mêmes ne travaillaient pas

pour saper tant et tant d'absurdités, puisque, dans leurs œuvres, les Mandragores y portent parfois des racines représentant des hommes ou des femmes, car il y en avait des deux sexes! On leur accordait la même puissance qu'aux philtres enchantés de Circé, dont Pline et Dioscoride leur avaient imposé le nom. Ce qu'il y a de positif, c'est que c'est un des plus redoutables poisons que l'on connaisse.

Une charmante petite plante, toute velue, qui abonde sur les collines du Mont Ida, le Dictame de Crète, Origanum clictamnus, était anciennement considérée comme le plus merveilleux vulnéraire que la nature ait jamais offert à l'homme. Les dieux eux-mêmes lui en avaient révélé la toute-puissance, et les animaux s'en servaient instinctivement. C'était avec ce Dictame que Vénus avait pansé les blessures d'Énée. Aristote raconte que les chèvres éparpillées sur la montagne célèbre vont immédiatement brouter la plante pour faire tomber les traits dont les chasseurs les ont transpercées et en cicatriser la plaie. Qui eût osé, il y a seulement un demi-siècle, nier une si prodigieuse puissance, quand on trouvait alors, dans un fort bel ouvrage sur la Grèce, un long chapitre sur les vertus du vulnéraire divin, et quand on y voyait, en plus, une figure représentant une chèvre percée de flèches, qui broute la plante salutaire?

Ainsi, malheureusement, l'autorité du savoir entravait souvent la vérité.

ADDITIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS

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