ÉCLAIRCISSEMENTS
1. Voici en quels termes les journaux ont parlé de cette découverte. Microscope extraordinaire : « On annonce que MM. Powel et Lealand, opticiens à Londres, ont réussi à tailler une lentille objective qui grandit de 7500 diamètres, ce qui équivaut à un grossissementde surface égala 56 000 C 00 de fois. — Malgré cette forte amplification, les divers objets vus jusqu'à présent sous cette lentille ont conservé une grande netteté. » {Cosmos, 1863, p. 679.)
2. On explique ces amas énormes d'infusoires, en supposant qu'ils se reproduisent avec une miraculeuse rapidité, par subdivision. L'un de ces animalcules se divise en deux; chacun de ceux-ci se subdivise promptement en deux autres, ce qui fait bientôt quatre individus, puis huit, puis seize, etc. Ce phénomène a lieu avec une si incroyable rapidité, que, d'après Ehrenberg, un seul des proto-organismes dont il est question dans ce paragraphe peut en 24 heures en produire un million, et en quatre jours environ 140 billions, c'est-à-dire à peu près deux pieds cubes du terrain sur lequel repose une partie de Berlin.
3. Il est ici question du Trichina spiralis, petit ver microscopique, contourné en spirale, qui cause de nombreux cas de mortalité dans quelques régions de l'Allemagne. Les physiologistes savent qu'il se propage par l'usage de la chair des animaux qui en sont infectés. Dans certains pays où l'on soupçonne qu'il est introduit dans notre économie par l'emploi de la viande de porc crue, l'autorité commence à interdire l'usage de cette viande. C'est ce qui a déjà lieu dans quelques localités de la Prusse.
4. Les fauteurs du fameux système des atomes, qui a joué un si grand rôle dans la philosophie ancienne et moderne, prétendaient que c'était à la rencontre de ceux-ci qu'était due l'incessante production des globes et de toutes les créatures animées qui s'y trouvent.
Leucippe, et surtout Ëpicure, mirent ce système en vogue. Encore défendu par Kepler, Descartes et Gassendi, la science moderne l'a renversé absolument.
5. Les expériences dont nous parlons ici furent faites devant MM. de Jussieu, Dumas, Milne-Edwards et de Quatrefages, en 1841.
Il est bien démontré aujourd'hui qu'elles étaient absolument erronées, car jamais la Société de biologie n'a pu voir, dans ses expériences célèbres, un seul Tardigrade ressusciter après avoir subi seulement une température de 100°.
6. L'homme dont il est question faisait des expériences publiques à Londres, au jardin de Cremorne. Ce véritable phénix humain se promenait paisiblement sous une longue tonnelle de feu disposée en croix, et ayant une ouverture à l'extrémité de chacune de ses branches. Cette tonnelle, formée d'un solide treillage en fer, dont la voûte s'élevait peu au-dessus de la tète de l'expérimentateur, était recouverte d'un amas de bois résineux. L'homme Salamandre y commença ses promenades, quand le tout forma un brasier dont la flamme s'élevait à une hauteur considérable, et dont la chaleur était telle qu'elle nous força à nous tenir à une notable distance.
Les vêtements de cet homme incombustible paraissaient être de grosse toile; et, lors de son entrée dans la fournaise, ils offraient une couleur rouge de vermillon. Mais quand il en sortit pour la première fois, ce qui me frappa fut de voir qu'ils étaient devenus d'un blanc de neige. La tête de l'expérimentateur se trouvait protégée par un casque épais muni d'yeux de verre; et il paraissait porter dans l'épaisseur de ses vêtements un appareil à air frais, avec lequel il respirait au milieu de l'embrasement où on le perdait absolument de vue, tant celui-ci était flamboyant.
7. M. le docteur Pennetier, dans une suite de travaux remarquables, a démontré toute l'inanité des résurrections en général. Dans des expériences spéciales sur les Anguillules, il vit que celles-ci, loin de pouvoir supporter la dessiccation complète, succombaient à 70°. (Voyez Mémoires sur les Rotiféres. Ami des sciences, 1859. — Mémoires sur les Tardigrades. Ami des sciences, 1859. — Mémoire sur la révivification des Rotiféres. Soc. de biologie, 1859. — Mémoire sur les Anguillules des toits. Soc. de biologie, 1859. — Recherches sur les Anguillules. Ami des sciences, 1860. — De la reviviscence et des animaux dits ressuscitants. Actes du Muséum ^histoire naturelle de Rouen, 1862.)
M. Tinel, professeur de physiologie à l'École de Médecine de Rouen, a renversé la réviviscence des Tardigrades, en démontrant que ces animaux périssaient au-dessous de 80° de température, et par conséquent loin d'avoir atteint une complète dessiccation. (Mém. sur les Rotiféres et les Tardigrades. Soc. de biologie. — Recherches sur les Tardigrades. Union médicale, 1859.)
Enfin, dans une longue série d'expériences, nous avons démontré nous-même que la résurrection des Rotiféres n'existait nullement, et qu'ils ne ressuscitaient que lorsqu'ils n'étaient pas morts. La dessiccation poussée à 90° les tue absolument. — Nouvelles expériences sur les animaux pseudo-ressuscitants. Actes du Muséum d'histoire naturelle de Rouen. — Lettres dans le Progrès, 1859, et VAmi des sciences, 1859-1860. — Comptes rendus de VAcad. des sciences, 1859.)
La Société de biologie, à l'issue de nos expériences, en entreprit aussi une série pour vérifier l'exactitude de nos assertions. Chaque fois qu'elle opéra en se conformant à la précision expérimentale que nous avions le premier introduite dans la science, aucun animalcule ne put être révivifié.
Ses savants, il est vrai, dans une seule expérience, parvinrent enfin à ranimer quelques rares Rotiféres, après les avoir exposés plusieurs minutes à la température de 100°, température qui avait été regardée comme suffisant à produire la dessiccation complète de ces animalcules. Mais ils n'atteignirent ce résultat, dans ce seul cas, qu'en cessant de se conformer à la rigueur expérimentale que je considérais comme un élément indispensable. Ils firent sauter subitement kO" au thermomètre. Voyez, du reste, sur ce sujet, le remarquable rapport de M. Broca. Études sur les animaux ressuscitants, Paris, 1860.
Ce que je reproche seulement au savant rapporteur, c'est de ne pas avoirdit carrément que les Tardigrades, qu'il ne vit jamais résister à 100°, et les Anguillules, qui périssent beaucoup au-dessous, doivent désormais être rayés de la liste des animaux ressuscitants, et, en principe, il le devait.
Les Rotiféres ne résistent pas plus qu'eux à 100°, quand l'expérience est conduite de manière qu'ils y soient réellement soumis.
8. Voici comment M. Broca rend compte de l'une de mes expériences sur cette extraordinaire ténacité vitale : « De toutes les épreuves auxquelles on a soumis les animaux réviviscibles, celle qui précède est à coup sûr la plus prodigieuse. Avant cette belle expérience de M. Pouchet, on n'avait qu'une idée très-incomplète de la résistance des Tardigrades et des Rotiféres, et il est presque incroyable que, dans un échauffement aussi rapide, dans un saut instantané de près de 100° de température, la dilatation brusque des tissus n'en produise pas la rupture. Mais il faut bien se rendre à l'évidence et dire que M. Pouchet a découvert une des propriétés les plus
extraordinaires des Rotifères et des Tardigrades. (Broca, Études sur les animaux ressuscitants. Paris, 1860, p. 59.) — Depuis cette époque, j'ai pu faire sauter 120° aux animalcules pseudo - ressuscitants .
9. C'est à M. Bowerbank que l'on doit d'avoir signalé que les Silex de diverses localités contiennent des débris d'Épongés. C'est aussi lui qui a démontré que les agates mousseuses de l'Allemagne et de la Sicile devaient aux éponges qu'elles contiennent la particularité qui les fait ainsi désigner. [Trans. geol. Soc, t. IV.)
Lyell dit, en parlant de la Silice : « Quant à celle que renferment le Tripoli et les
Silex de la craie, il est à croire qu'elle provient, sinon, entièrement, du moins en
grande partie, de la décomposition des Infusoires, des Eponges et de divers autres corps.» [Nouveaux éléments de géologie. Paris, 1837, p. 99.)
10. « Si, dit Mauri, l'on jette dans un vase rempli d'eau des morceaux de liège, des balles de céréales ou tout autre corps flottant, et que l'on imprime à l'eau un mouvement de rotation, tous ces corps légers se rassembleront vers le centre, parce que l'eau y est moins agitée qu'ailleurs. Il en est de même pour ce qui concerne l'océan Atlantique : seulement, c'est un vase de dimensions plus grandes. Ses eaux sont mises en mouvement, en partie par le courant colossal du Golfe, qui s'étend depuis l'Inde occidentale jusqu'aux confins de la mer glaciale du Nord, en partie par le courant équatorial qui traverse l'océan Atlantique depuis l'Amérique jusqu'à l'Afrique. Le point central en repos est à peu près où se trouve ce banc d'algues en question. On comprend ainsi qu'il n'est point nécessaire que ces algues croissent là où on les rencontre ; il est même beaucoup plus vraisemblable qu'elles sont chassées des rives agitées vers le paisible centre du bassin Atlantique. »
11. L'histoire naturelle du Corail a été achevée tout dernièrement par M. Lacaze- Duthiers. Ce zoologiste a reconnu que les individus qui se trouvaient éparpillés sur les rameaux de ce Polypier imitaient, par leur disposition sexuelle, ce que l'on observe sur certains végétaux. Les uns sont seulement mâles ; les autres n'offrent que des organes femelles ; enfin, il en est qui portent à la fois les deux sexes et sont hermaphrodites. Les œufs du Corail sont sphériqueset d'un blanc de lait; et, bientôt après être sortis du corps de la mère, ils se meuvent avec agilité et cherchent un site favorable pour s'y implanter.
La pêche de ce Polypier offre d'assez amples bénéfices quand elle est bien dirigée, le Corail étant toujours fort recherché pour la toilette et d'un prix très-élevé. D'après des documents administratifs, il résulte qu'en 1853, sur les seules côtes de Bône et de la Calle, on a péché 35 800 kilogrammes de ce précieux polypier, qui, vendus à raison de 60 francs le kilogramme, ont fourni 2 148 000 francs.
12. Cependant, sans nier l'immensité des travaux que les Polypes exécutent dans la mer, MM. Quoy, Gaymard et Ehrenberg s'accordent à penser que Ton a beaucoup exagéré l'action de ces animaux. Un observateur moderne ne porte même le maximum d'accroissement des bancs de Madrépores qu'à un millimètre et demi pour chaque année. M. Ehrenberg, qui partage cette opinion, pense que les masses madréporiques qu'il a observées dans la mer Rouge ont peut-être été contemporaines des anciens Pharaons.
Cet illustre savant prétend qu'il n'est pas probable que les ports se trouvent aussi rapidement obstrués qu'on l'a répété, par ces récifs vivants. Il fait remarquer à cet égard que le port de Tor, qu'on sait avoir été construit il y a environ 1300 ans, n'a encore été nullement encombré par les Polypiers qui abondent dans ses environs.
13. Après avoir sacrifié de longues années à l'étude si difficile des Polypiers, lorsque Ellis dépose sa plume, il ne peut s'empêcher, comme nous l'avons dit, d'adresser un hymne au Créateur de tant de merveilles. « Dans ces recherches auxquelles je viens de me livrer, s'écrie le naturaliste anglais, des scènes toutes nouvelles se sont déroulées sous mes yeux, qui ont ravi mon esprit d'admiration et d'étonnement, à la contemplation de cette diversité, de cette étendue avec laquelle la vie est distribuée dans l'univers. Or, si tels ont été les sentiments qu'ont excités en moi les faits que je viens de rapporter, et ces merveilles de la nature animée sur des points dont on n'a pas jusqu'ici soupçonné l'existence, sans doute des esprits plus savants et d'une pénétration plus irrésistible y trouveront plus tard encore de nouveaux faits à reconnaître et de nouvelles preuves à découvrir, s'il en était besoin, d'une volonté unique, d'une toute-puissance qui a créé et qui maintenant conserve le Grand-Tout dans sa beauté et dans sa perfection ! »
Ik. L'opinion de l'érosion des roches par les frottements de la coquille qui en habite l'intérieur, est tout à fait insoutenable; non-seulement parce que les plus fines pointes des Pholades s'y useraient, mais encore parce que l'on voit certains mollusques lithophages conserver leur épidémie au milieu des Polypiers ou des calcaires qu'ils rongent. Pour les Pholades de nos rivages, j'ai même mis le fait en évidence, en démontrant que tout l'intérieur du trou, au niveau de la coquille, est recouvert d'une couche de limon qui entraverait l'action de ses pointes sur l'anfractuosité de la pierre.
Ce fut M. Fleuriau de Bellevuequi supposa que les Pholades entament les pierres à l'aide d'un acide. Et comme il avait reconnu que ces Mollusques étaient lumineux dans les ténèbres, il en inféra que probablement la liqueur produite par eux était de l'acide phosphoreux. Cette opinion est inadmissible ; et le phénomène mentionné par ce respectable savant n'était dû, à n'en pas douter, qu'aux Microzoaires lumineux si abondants dans la mer, et qui en produisent la phosphorescence.
15. Quelques géologues, ne pouvant admettre que ce temple fameux se soit ainsi enfoncé sous la mer, et ensuite relevé au-dessus de ses flots, ont supposé que ce n'était qu'un monument qui, sous l'invocation de Jupiter-Sérapis, servait de réservoir dans lequel on élevait des Mollusques considérés comme sacres.
Il est difficile d'admettre cette opinion, des animaux aussi sordides ne pouvant réellement être l'objet d'aucun culte.
J'ai deux fois visité ce temple célèbre, et plus je l'ai examiné, plus le problème m'a semblé difficile à résoudre. Trois de ses colonnes rongées, en beau marbre cipolin, sontencore debout. Les autres jonchent le sol. Mais ce sol est parfaitement horizontal, et il est difficile d'admettre qu'il ait été enfoui et relevé magiquement en conservant son niveau et sans renverser toute la colonnade. D'un autre côté, mieux examiné, il m'a semblé qu'il n'avait pu servir de piscine marine, ou de bain sacré, ce que j'avais cru d'abord.
16. A ces coquilles broyées, qui composent la principale masse des grains du calcaire, sejoignent aussi des détritus d'une multitude de polypiers, comme l'indique Lyell, GêoL, page 33.
17. 11 ne peut y avoir de doute. Dans sa Micrographie géologique, EJjrenberg nous a donné des planches qui représentent les nombreux fossiles microscopiques de la craie. Ceux-ci sont tellement tassés qu'ils se touchent. Ch. Lyell, dans sa Géologie, reconnaît aussi que certains calcaires sont composés de petits fragments de coquilles et de corail, page 33.
18. En effet, si par ses organes matériels il appartient à notre sphère, par l'éclat de son génie il semble déjà s'élever vers l'essence des anges; aussi Voltaire a-t-il pu dire, en parlant d'un savant immortel, de Newton :
Confidents du Très-Haut, substances éternelles, Qui brûlez de vos feu.v, qui couvrez de vos ailes Le trône où votre maître est assis parmi vous; Parlez! du grand Newton n'étiez-vous point jaloux?
Halley, avec plus de brièveté, avait déjà rendu la même pensée, en s'écriant : Nec [as est propius mortali attingere divos!
19. Je n'emploie nullement ici le langage de l'hyperbole. Le visage des enfants dont je parle était absolument envahi par une couche de mouches qui ne laissait voir que les yeux.
Il y a quelques années, l'un de nos grands chirurgiens, M. J. Cloquet, a fait connaître l'histoire d'un homme ivre qui, endormi en plein air, aux environs de Paris, fut apporté dans un des hôpitaux de cette ville, ayant déjà des légions de Vers de mouches à viande, qui étaient éclos dans son nez et ses oreilles et s'étaient creusé des chemins entre le crâne et le cuir chevelu. L'irritation qu'ils y déterminèrent et la suppuration entraînèrent rapidement la mort de cet individu.
D'autres fois les insectes envahissent les anciennes plaies, ce que l'on avait déjà remarqué dans l'antiquité. Un Camée d'un beau travail et d'une grande dimension, trouvé dans la Thrace, reproduit par Choiseul, représente Philoctète blessé à la jambe, artistement pansé, et s'occupant à l'aide d'une aile de pigeon à écarter les
ADDITIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS
Mouches qui voltigent aux environs de sa plaie. (De Ghoiseul, Voyage en Grèce. Paris, 1822, t. II, page 16.)
En disant que souvent un Insecte tue un homme, nous n'avons avancé qu'une déplorable vérité. Les Diptères suceurs, tels que les Taons, les Mouches, les Cousins, qui, après s'être abreuvés des sucs d'un cadavre en putréfaction, viennent attaquer l'homme, introduisent un germe de mort avec leurs lèvres souillées d'humeurs pestilentielles. La piqûre de ces insectes détermine fréquemment des affections gangréneuses, et surtout la pustule maligne, auxquelles succombent les malades. Comp. Dictionnaire des sciences médicales, t. XLVI, page 258.
20. Le Chlorops lineata, Mouche dont le nom indique la couleur jaune rayée de noir, fait de tels dégâts dans les champs de blé, que ceux qui en ont tracé l'histoire prétendent qu'il anéantirait rapidement cette céréale, si sa multiplication n'était pas entravée par diverses causes. Un autre insecte se charge largement d'y mettre un frein, c'est VAlisia Olivier/,, qui perfore de sa tarière les œufs du Chlorops pour donner un abri à sa propre progéniture.
On peut voir dans les magnifiques planches de l'ouvrage de Ratzeburg sur les Insectes forestiers, une représentation d'une forêt toute déformée par les attaques de la Tordeuse du pin. Ratzeburg, Hylophthires et leurs ennemis, Leipzig, 18(t2.
Schacht, qui a décrit longuement les Balais des sorcières, semble les attribuer à des piqûres d'insectes qui ont déterminé une exubérance de vie où elles ont été faites. Il dit que ces Balais, quand ils sont couverts de feuilles, ressemblent de loin à un grand buisson de Gui. (Schacht, Les Arbres. Bruxelles, 1862, page 140.)
21. Dans des vers délicieux, Lamartine a peint l'existence éphémère du papillon et cette merveilleuse poussière qui colore ses ailes.
Naître avec le printemps, mourir avec les roses, Surfaite du zéphir nager dans un ciel pur, Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses, S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur, Secouant, jeune encor, ta poudre de ses ailes, S'envoler comme un souffle, aux voûtes éternelles, Voilà du papillon le destin enchanté :
11 ressemble au désir qui jamais ne se pose, Et, sans se satisfaire, effleurant toute chose, Retourne enfin au ciel chercher la volupté.
22. Nous voulons parler ici des Gyrins nageurs, élégants coléoptères aquatiques, extrêmement brillants, qui étincellent comme des diamants lorsque le soleil les frappe à la surface de l'eau, où ils pirouettent constamment avec une surprenante vélocité, ce qui les a fait désigner sous le nom de tourniquets. Ces insectes ont quatre masses d'yeux à la tête. Deux de celles-ci sont situées au-dessous et les instruisent de ce qui advient dans la profondeur de l'eau ; les deux autres se trouvent dirigées vers le ciel.
23. Latreille semble penser que l'organe auditif des Insectes pourrait bien être à la base des antennes, parce que sur certains Orthoptères il y a là des traces de membranes du tympan, comme cela s'observe chez quelques Crustacés.
Pour ne rien omettre des conquêtes récentes de la science, nous devons dire aussi que Cuvier et Duméril placent le siège de l'olfaction à l'orifice des espèces de petites ouvertures en forme de boutonnières, appelées Stigmates, par lesquelles l'air s'introduit dans les trachées. Il y a là, en effet, une analogie manifeste avec la situation du nez, qui est lui-même placé chez les grands animaux à l'entrée de l'appareil respiratoire.
2k. Ce sont probablement les insectes ailés et lumineux appelés Fulgores, que Fontenelle confond avec des oiseaux, lorsque, dans ses Mondes, il suppose que la planète de Mars possède quelque moyen extraordinaire pour s'éclairer durant ses tristes nuits, et suppléer aux lunes qui lui manquent.
« Vous savez, dit-il à la marquise, qu'il y a en Amérique dés Oiseaux qui sont si « lumineux dans les ténèbres, qu'on s'en peut servir pour lire. Que savons-nous si « Mars n'a point un grand nombre de ces oiseaux, qui, dès que la nuit est venue, « se dispersent de tous côtés, et vont répandre un nouveau jour? » Les Mondes, ke soir.
Comme tant d'autres phénomènes vitaux, la phosphorescence des Insectes est encore loin d'être expliquée. H. Davy et Treviranus l'ont attribuée à une substance renfermant du phosphore, qui s'isole des humeurs de l'animal et brûle, comme ce corps, à l'aide de l'oxygène atmosphérique. Ce serait donc une véritable combustion. La présence de l'acide phosphorique, à l'intérieur de ces insectes, semble donner une certaine autorité à cette hypothèse. Un anatomiste allemand, le célèbre Carus, a découvert que les œufs de ces animaux étaient eux-mêmes lumineux. C'est un fait fort curieux et qui est de nature à jeter encore quelque jour sur la question.
25. La Cantharide officinale, si communément employée aujourd'hui à la confection des vésicatoires, est un des plus redoutables poisons de la nature.
A très-petite dose, elle détermine la mort, et son application à l'extérieur du corps n'est pas elle-même sans danger.
Les œuvres des savants de presque toutes les époques contiennent de lamentables histoires d'empoisonnements produits par ce redoutable Coléoptère. Pline rapporte que Cossinus, chevalier romain et favori de Néron, mourut après avoir pris un breuvage préparé avec des cantharides par l'un de ces médecins égyptiens qui étaient fort en vogue à Rome. Les écrits de Galien, de Dioscoride contiennent des récits analogues.
Parmi les auteurs modernes, Orfila et H. Cloquet citent aussi un certain nombre de ces empoisonnements, qui sont assez communs. (Orfila, Traité des Poisons. Paris, 1818, t. I. p. 565. H. Cloquet, Faune des médecins. Paris, 1823, t. III, p. 241.)
D'autres coléoptères contiennent des poisons qui semblent non moins actifs que ceux de la cantharide. Tels sont, entre autres, les Méloés, lourds insectes d'un bleu foncé, n'ayant que des élytres rudimentaires, et que l'on rencontre dans l'herbe, au printemps.
Latreille pense que c'était eux que les anciens désignaient sous le nom de Buprestes, et qu'ils accusaient d'être funestes aux bœufs lorsqu'ils en avalent avec l'herbe des prairies. Selon le même savant, on faisait alors un emploi criminel si fréquent de ces insectes, que les législateurs durent tenter d'y mettre un frein en proclamant la loi Corneiia, qui condamnait à la peine de mort l'homme qui empoisonnait son semblable avec des Méloés. (Latreille, Cours d' entomologie. Paris, 1831, p. 56.)
26. Sous ses divers états, l'Insecte se ressemble si peu, que souvent, à l'époque où l'on ne connaissait pas les métamorphoses, on considéra le même animal comme appartenant à des genres absolument différents. Les Nymphes des Demoiselles ont été prises par Rondelet pour des Cigales aquatiques; par Mouffet pour des Sauterelles ou des Puces d'eau ; par Redi pour des Scorpions aquatiques. Les trois états de certains Criquets ont aussi été décrits comme trois insectes différents. (Lesser, Théologie des Insectes. Trad. de Lyonet. Paris, 1745, p. 169.)
27. C'est le Cocon que se file le Bombyx du mûrier qui nous fournit la soie, tant étudiée par les savants, et qui forme une notable portion de notre richesse industrielle.
Le physicien Boyle raconte qu'une dame ayant pris la peine de dévider attentivement le cocon d'un ver à soie et d'en mesurer le fil, trouva que celui-ci était long de plus de 300 lieues d'Angleterre. (Boyle, Subtilit of effluv.)
Avec beaucoup de raison, Lyonet pense qu'il y a là quelque erreur; il a trouvé que ce fil avait seulement de sept à neuf cents pieds de long. Ce naturaliste ajoute que si l'on supposait, comme l'ont fait quelques savants, que le fil d'une coque eût 390 pieds et pesât 2 grains et demi, on trouverait qu'il faut un fil de 3 428 352 pieds de long pour faire une livre de soie, ce qui reviendrait, en supposant que ces pieds fussent des pieds de Roi, à plus de 228 lieues d'une heure, en faisant chaque lieue longue de 15 000 pieds ou de 3000 pas géométriques. (Lesser, Théologie des Insectes, p. 164.)
28. L'encyclopédie de Diderot contient sur les pluies de sang un fort bon article.
29. Ces excréments qui surchargent le dos du Criocère du Lis y forment un amas énorme et pesant, comparativement au volume de la larve, qu'ils dérobent absolument à la vue. On ne voit que des espèces de petits paquets d'humides déjections, qui semblent se promener sur les feuilles de la plante. Le ver les expose sur son dos à mesure qu'ils sont produits, et cela à l'aide d'une disposition organique spéciale. L'orifice anal, au lieu d'être tout à l'extrémité du corps, est placé en dessus,
de manière que chaque globule d'excréments se dispose en ordre et accroît la masse à mesure que l'animal vieillit.
30. Les Bombardiers, que l'on nomme aussi Scarabées canonniers, appartiennent au genre Brachgne. Ce sont de petits Coléoptères qui vivent sous les pierres. Le lluide gazeux que produit leur détonation a une odeur piquante ; il est acide et rougit la teinture de tournesol. Quelques entomologistes le regardent comme ayant de l'analogie avec l'Acide nitrique, et ils ajoutent même qu'il jaunit la peau qui a subi son contact.
31. Telle est du moins l'opinion qu'émet M. Latreille, dans son Mémoire sur les Insectes sacrés.
Rien n'est plus commun que les sculptures et les peintures représentant le Scarabée ou Bousier sacré des Égyptiens; et l'on en a même découvert de naturels dans les sarcophages de leurs momies.
Quelques-uns des Ateuchus artificiels rencontrés parmi les monuments des bords du Nil étaient percés et formaient des colliers pour les femmes; d'autres servaient de cachet, ainsi que le révèlent les inscriptions qui se trouvent en dessous.
Plutarque dit manifestement que la caste militaire des Égyptiens avait pour sceau la figure du Scarabée; ce que Horapollon explique en prétendant que cet insecte représente particulièrement l'homme, parce qu'il n'y a pas de femelles dans son espèce. L'opinion de Plutarque est aussi adoptée par MM. Jomard et Champollion; et ce dernier dit que rien n'est plus commun que des Scarabées sculptés, montés ou non montés en bagues, et sur lesquels on distingue des armes diverses et mêmedes hommes armés. (Horapollon, Horai>ollinis nitoi hieroglyphica. Amsterdam, 1835.)
Parmi les peuples de l'Égypte, l'effigie du Scarabée sacré a été multipliée de mille manières, et comme une espèce de dieu tutélaire. On en voyait partout chez eux; on en rencontre de ciselés sur tous les monuments, les temples, les tombeaux, les obélisques ; il y en a de représentés sur la plupart des bas-reliefs, et l'on en retrouve encore aujourd'hui de sculptés, de toutes les dimensions et avec toutes les matières possibles, depuis les pierres les plus communes jusqu'aux métaux les plus précieux. J'en ai vu de taille colossale dans le Muséum britannique; ils étaient en granit et offraient trois à quatre pieds de longueur. Mais il s'en fabriquait surtout, pour l'usage commun, une prodigieuse quantité de petite dimension; on en retrouve en marbre, en porphyre, en agate, en lapis, en grenat et en or.
Dans ma narration, je me suis conformé aux opinions des zoologistes français. Mais il est probable que quand on étudiera plus à fond l'histoire des Bousiers, on ne dira pas que c'est au printemps, mais à l'automne, ou même à l'entrée de l'hiver, qu'ils forment leurs boules.
En effet, ce fut en octobre que je rencontrai, pour la première fois, des ateuchus sacer, aux environs de' Rome, sur les coteaux de Tivoli, occupés à rouler leurs boules. Ét, dans la haute Égypte, c'était en novembre que je les trouvai se livrant à la même opération. Peut-être aussi que, sur les bords du Nil, tous n'y emploient pas des excréments, comme ils le font en Europe. Dans l'endroit où je les vis occupés à confectionner leurs boules, le fleuve était bordé par un vaste désert, et on ne voyait guère où ils auraient pu trouver des excréments. Leurs boules paraissaient totalement composées du limon du Nil.
32. La Tarentule est une grosse Araignée chasseresse qui habite des trous qu'elle se creuse dans la terre, et d'où elle se jette sur sa proie. On en rencontre dans presque toute l'Italie, mais surtout aux environs de Tarente, d'où lui vient son nom. Il en existe sur presque tout le périple de la Méditerranée, en Sicile, en Barbarie et en Provence.
Cette Arachnide était autrefois très-redoutée, et l'on assimilait à l'hydrophobie les accidents qu'elle produisait, ce qui lui faisait donner le nom d'araignée enragée.
Les anciens auteurs prétendaient que ceux qui en étaient piqués tombaient dans un assoupissement profond ou éprouvaient des convulsions, dont la musique seule les tirait souverainement, en les portant à se livrer à la danse; ce qu'ils faisaient jusqu'à l'épuisement, jusqu'à tomber presque sans vie.
Baglivi, quoique savant médecin, avait lui-même été trompé à l'égard du Tarentisme, sur lequel il a écrit un traité spécial, où l'on trouve notés les airs les plus favorables à sa cure. (Baglivi, Dissert, de anatome, morsu et affectibus iarentulx, 1745.)
Dès l'époque de l'abbé Nollet, en Italie, on ne croyait déjà plus à cette' prétendue
maladie ; et le savant physicien dit qu'il n'y avait que les vagabonds et les charlatans qui se disaient piqués de la Tarentule, pour qu'on les fît danser et récolter des aumônes. Le savant Duméril assure aussi que le Tarentisme n'est qu'une fable. Dictionn. des sciences naturelles, t. II, p. 327.
33. L'Éléphant a joué un grand rôle dans l'histoire des conquérants, à cause de l'importance qu'il eut dans leurs batailles. Dès la plus haute antiquité, il y fut employé. Déjà Sémiramis en possédait dans ses armées, au rapport de Diodore de Sicile, dans l'œuvre duquel on voit ce fait cité pour la première fois. Depuis la fameuse reine d'Assyrie, le nombre d'éléphants que les souverains d'Asie tenaient sur pied donnait l'idée de leur puissance. Aussi Pline, dans sa description de l'Inde, y mentionne avec soin combien chaque roi en possède. D'après lui, dans la seule portion de cette partie de l'Asie qui était connue des Romains, on comptait quatorze mille éléphants de guerre. (Pline, Histoire naturelle, VI, 19-20.)
Dans le système militaire des Indiens, l'Éléphant, selon l'expression de M. Armandi, a toujours été le véritable nerf de la guerre. Strabon prétend que la seule nation des Seres, située vers l'Orient du Gange, pouvait en armer cinq mille. Quinte- Curce dit que les Gangarides et les Prasiens, qui prétendaient arrêter la marche triomphale d'Alexandre, comptaient trois mille éléphants de guerre dans leur camp. Plutarque porte le même nombre de ceux-ci à six mille. (Strabon, Géographie, XVII, 29; Plutarque, Alexandre, chap. lxii.)
Les premiers descripteurs de l'Asie, qui se sont tant complus à en exalter les merveilles, ont, à cet effet, débité de véritables fables. C'est ce que fait le médecin Ctésias, lorsqu'il prétend qu'un des rois de l'Inde pouvait mettre cent mille éléphants en bataille. (^Elian, Animal, XVII, 29; Armandi, Histoire militaire des Éléphants, Paris, 1843, p. 35.)
34. MM. Kirby et Spence semblent encore donner aux filières de la soie des Araignées une plus grande finesse que ne le faisait Bonnet. Ils prétendent que les trous des fils sont si fins et si tassés qu'il s'en trouve un millier dans le champ d'une piqûre de pointe d'aiguille. (Kirby et Spence, Eléments of the natural history of insects. London, 1828.)
35. Selon Latreille, ces fils de la Vierge sont principalement produits par déjeunes Araignées appartenant au genre Thomise et Epeïre.
Quelques chimistes, avec M. Raspail, avaient pensé que ceux-ci n'étaient que de l'albumine aérienne, qui se précipitait en flocons sur la terre.
36. J'ai exprès noté ici l'extrême agilité des Geckos, parce que généralement on professe que ces reptiles ne se meuvent que fort lentement. Ceux que j'ai observés en Egypte s'accrochaient si bien et si facilement aux murailles, à l'aide des fines lames de leurs doigts, ou de leurs ongles aigus, qu'on les voyait courir sur les murs ou sous les plafonds avec tant de prestesse qu'il était assez difficile de les y saisir.
37. En Suisse, M. Weber, en expérimentant sur deux taupes, a vu que la voracité de celles-ci était telle, qu'en neuf jours elles avaient mangé 341 vers blancs, 193 vers de terre, 25 chenilles et une souris, en engloutissant en même temps sa peau et ses os. Après, il les vit mourir de faim, lorsqu'il ne leur offrit plus qu'une nourriture végétale. MM. Dugès et Flourens ont constaté qu'elles ne pouvaient, sans périr, être plus d'une journée privées d'aliments.
38. Tous les auteurs qui ont écrit récemment sur l'agriculture ou se sont simplement occupés de la taupe, tels que MM. Ratzeburg, Joigneaux et De la Blanchère, ont regardé cet animal comme rendant de grands services à l'économie rurale. (Ratzeburg, Hylophthires. Joigneaux, Le livre de la ferme, 1866. De la Blanchère, Les trois règnes de la nature, 1866, La taupe, p. 134.)
On a émis sur la taupe bien d'autres erreurs que celles que nous avons relevées. Aristote et tous ses copistes, n'ayant pas aperçu ses yeux, qui sont extrêmement petits, croyaient qu'elle ne voyait point. Ses yeux, profondément cachés sous des poils, sont, il est vrai, assez inhabiles, mais il est évident que la taupe y voit. Le Court, ce véritable magister des taupiers de France , dit même avoir vu celle-ci traverser des rivières à la nage en se guidant seulement à l'aide de la vue.
L'existence de la taupe n'est qu'une suite de paradoxes. La propreté de sa fourrure, par exemple, est une chose réellement merveilleuse. Toujours plongée au milieu de la terre ou de la boue qui envahit ses souterrains, quand on l'en retire, sa
ADDITIONS ET ECLAIRCISSEMENTS
robe n'en est pas moins d'une fraîcheur admirable. Elle n'est souillée d'aucune tache, d'aucune poussière.
Cette robe soyeuse a plusieurs fois tenté les chercheurs de nouvelles frivolités. Quelques dames de la cour de Louis XV, l'alliant aux mouches, au rouge et au fard dont elles se couvraient le visage, eurent l'idée de s'en faire des sourcils, tandis que les courtisans de ce prince rassemblaient des masses de peaux de taupes et s'en faisaient faire des vêtements divers. Mais on n'obtenait ainsi que des habillements qui revenaient à un prix élevé et exhalaient une odeur assez désagréable ; aussi la mode en fut-elle absolument éphémère.
39. Si de nos jours on nej voit plus l'enlèvement de Ganymède se reproduire, il est certain, cependant, que ce n'est pas sans raison que les habilants des montagnes accusent les Aigles de leur avoir enlevé des enfants.
Le dernier fait de cette nature que l'on connaisse a eu lieu en 1838, dans le Valais. Une jeune fille âgée de cinq ans, nommée Marie Delex, jouait avec une de ses compagnes sur une pelouse de montagne, quand tout à coup un Aigle fondit sur elle et l'enleva aux yeux et malgré les cris de sa jeune amie. Des paysans, accourus aux cris de celle-ci, cherchèrent en vain l'enfant; on ne trouva qu'un de ses souliers au bord d'un précipice. La jeune fille n'avait point été portée au nid de cet aigle, où l'on ne vit que deux petits environnés de beaucoup d'ossements de chèvres et de moutons. Ce ne fut que deux mois plus tard qu'un berger découvrit le cadavre de Marie Delex, affreusement mutilé et gisant sur un rocher, à une demi-lieue de l'endroit où elle avait été enlevée.
On accuse aussi le Gypaète, le plus courageux des Vautours, et celui dont le vol est le plus puissant, de s'être rué sur des hommes endormis. Et l'un de nos zoologistes, M. Hollard, rapporte que cet audacieux oiseau ne craint pas même d'attaquer les chasseurs dans les passages dangereux des Alpes. (Hollard, Zoologie. Paris, 1838, p. 432.)
40. Le voyageur Levaillant a compté jusqu'à trente-huit œufs dans des nids d'Autruches, nombre qui fait supposer qu'ils ont été produits par plusieurs femelles. Ses observations et celles de Sparmann attestent que les mâles s'occupent eux-mêmes des soins de l'incubation. Ces deux voyageurs ont surpris des mâles sur les nids, et le dernier a rencontré dans ces nids autant de débris de plumes d'un sexe que de l'autre, ce qui indique que le mâle et la femelle les fréquentent autant.
41. Quoique cette histoire ait été acceptée comme authentique par Gmelin, le laborieux commentateur de Linnée, ainsi que par quelques savants français, Spallanzani, dans ses Mémoires sur les hirondelles, la regarde comme douteuse. « Il est vrai, dit-il, qu'il n'est pas rare que des moineaux, avant l'arrivée des hirondelles, aient déjà pris possession de leurs nids. Mais les maîtres légitimes font d'abord du train, vont et viennent autour des moineaux, se prennent de querelle avec eux et finissent par leur faire céder la place. » (Spallanzani, Voyages dans les deux Siciles. Paris, an VIII, t. VI, p. 22.)
42. Tous les détails rapportés ici sur le Grèbe castagneux m'ont été fournis par M. Nourry, directeur du Muséum d'histoire naturelle d'Elbeuf. Et le dessin qui représente les nids de cet oiseau a même été exécuté par cet ornithologiste distingué, qui souvent vit au milieu des forêts pour y surprendre les mœurs des oiseaux.
43. M. Grosier ditque, dans quelques localités, les salanganes placent parfois leurs nids dans de sombres cavernes, à plus de cinq cents pieds de profondeur. (Grosier, Description de la Chine. Paris, 1819, t. IV, p. 115.)
On a eu assez de peine à débrouiller quels étaient les matériaux avec lesquels les salanganes édifiaient leurs nids comestibles. Quelques savants pensaient qu'ils provenaient des oiseaux eux-mêmes et n'étaient formés que de leurs sucs gastriques condensés, qu'ils vomissaient à cet effet. Les Indiens croyaient qu'ils n'étaient édifiés qu'avec du frai de poisson, que ces passereaux recueillaient à la surface de la mer, où il abonde en certaine saison.
Ce n'est que dans ces dernières années que M. Lamouroux a prouvé que c'était avec des algues, et principalement avec le Sphaerococcus cartilagineus, que les salanganes construisaient leurs nids. Meyer, Richard et Guibourt ont confirmé cette assertion ; mais le dernier pense que c'est surtout le Sphœrococcus lichenoides qui y est employé. Guibourt, Notice sur les nids de salanganes. Tandis que A. Richard suppose que ce sont surtout des Sphœrococcus rubens, S. membranifolius et S. crispus, dont se
compose la pâte de ces nids fameux. (Richard, Histoire naturelle médicale. Paris, 1849, t. II, p. 9.)
Les nids d'hirondelles sont extrêmement chers, et ceux qui sont d'un blanc pur, à ce que dit Grosier, se payent à la Chine leur poids d'argent; et comme là on en emploie considérablement, malgré les dangers que présenta leur récolte, on s'en occupe activement.
Les Japonais, effrayés de tant de difficultés, avant de descendre dans les cavernes qui les recèlent, s'adonnent à certaines pratiques superstitieuses. Ils sacrifient un buffle et brûlent des parfums devant les images des déesses tutélaires.
Il y a peu d'années, ces nids comestibles tant recherchés étaient, après le ginseng, l'article le plus cher du commerce de l'Empire chinois, où il s'en consommait annuellement quatre millions. Un propriétaire d'une caverne placée près d'un volcan de Java en extrayait chaque saison pour plus de cinquante mille florins de Hollande.
44. Une seule livre de Montée se compose, selon M. Coste, d'environ 1800 petites anguilles. Cette progéniture, semblable à des vers filiformes, inspire un certain dégoût à beaucoup de personnes. Dans quelques pays, on la pêche aux flambeaux et l'on s'en nourrit. A Caen, où cela a lieu, la montée se vend dans les marchés et dans les rues, dans de grands baquets. Son prix varie et est en raison de l'abondance de la pêche : ordinairement, cependant, on la vend un franc le litre. Les consommateurs l'apprêtent de diverses manières, à la sauce blanche, en friture, et ils en confectionnent même des pâtés,
45. Linnée semble croire, lui-même, à cette remarquable migration des Écureuils.
Regnard l'a observée pendant son voyage en Laponie. a Lorsqu'il faut passer quelque lac ou quelque rivière qui se rencontrent à chaque pas en Laponie, ces petits animaux, dit-il, prennent une écorce de pin ou de bouleau, qu'ils tirent sur le bord de l'eau, sur laquelle ils se mettent, et s'abandonnent ainsi au gré du vent, élevant leurs queues en forme de voile, jusqu'à ce que, le vent se faisant un peu fort, et la vague élevée, elle renverse en même temps et le vaisseau et le pilote. Ce naufrage, qui est bien souvent de plus de trois à quatre mille voiles, enrichit ordinairement quelques Lapons qui trouvent ces débris sur le rivage, et les font servir à leur usage ordinaire, pourvu que ces petits animaux n'aient pas été trop longtemps sur le sable. Il y en a quantité qui font une navigation heureuse et qui arrivent à bon port, pourvu que le vent leur ait été favorable, et qu'il n'ait point causé de tempête sur l'eau, qui ne doit pas être bien violente pour engloutir tous ces petits bâtiments. Cette particularité pourrait passer pour un conte, si je ne la tenais de ma propre expérience. » (Regnard, Voyage en Laponie. Paris, 1820, p. 202.)
Les péripéties de ces bandes d'Ecureuils ont aussi été décrites par Chateaubriand, peut-être avec plus de poésie que de vérité. « De petits Écureuils noirs, dit-il, après avoir dépouillé les noyers du voisinage, se sont résolus à chercher fortune et à s'embarquer pour une autre forêt. Aussitôt, élevant leurs queues, et déployant au vent cette voile de soie, la race hardie tente fièrement l'inconstance des ondes, pirates imprudents, que l'amour des richesses transporte. La tempête se lève, la flotte va périr. Elle essaye de gagner le havre prochain; mais quelquefois une armée de Castors s'oppose à la descente, dans la crainte que ces étrangers ne viennent piller les moissons. En vain les légers escadrons débarqués sur la rive se sauvent en montant sur les arbres, et insultent du haut de ces remparts à la marche pesante des ennemis. Lè génie l'emporte sur la ruse : des sapeurs s'avancent, minent le chêne, et le font tomber, avec tous ces Écureuils, comme une tour chargée de soldats abattue par le bélier antique. » (Chateaubriand, Génie du christianisme. Paris, 1830, t. II, p. 58.)
46. L'idée que les Hirondelles hivernaient dans la vase des marécages était tellement populaire, qu'une académie de l'Allemagne sentit le besoin de sonder si elle ne reposait pas sur quelque observation positive. Cette réunion savante proposa, à cet effet, de donner autant d'argent, poids pour poids, qu'on lui rapporterait d'Hirondelles retirées de l'eau : la prime ne fut réclamée par personne.
Mais ce qui étonne, c'est de voir Cuvier ajouter foi à une telle fable. On lit cette phrase dans son Règne animal : « Il paraît constant que les Hirondelles s'engourdissent pendant l'hiver et même qu'elles passent cette saison au fond de l'eau des marécages. » (Cuvier, Règne animal. Paris, 1829, t. I, p. 396.)
47. Parmi les naturalistes de l'antiquité qui observèrent des pluies de Grenouilles,
on doit citer Élien, qui en reçut une sur le dos, en se rendant de Naples à Pouzzoles.
Les pluies de Poissons dont il a été question étaient formées par de toutes petites espèces qui, comme les grenouilles, fourmillent parfois en quantité extraordinaire clans les marécages, et tellement extraordinaire même, qu'on les y enlève à pleines voitures pour fumer les terres ou pour nourrir les bestiaux.
Les naturalistes qui, tels que MM. Defrance et H. Cloquet, prétendaient que les pluies de crapauds devaient être rangées au nombre des erreurs populaires, pensaient que les Batraciens qu'on voit parfois pulluler en telle quantité, après une averse d'orage, qu'il est impossible de poser le pied sur le sol sans en écraser quelques-uns, provenaient de jeunes qui étaient cachés dans les anfractuosités de la terre sèche, et que l'inondation en chassait.
48. Nous n'avons pas voulu ici attaquer une opinion très-enracinée parmi tous les pêcheurs, mais nous devons dire que rien n'est cependant moins certain. Deux ichthyologistes des plus célèbres de notre époque, Bloch et Noël, nient les merveilleuses migrations du bareng. On a prétendu, peut-être avec plus de raison, que ce poisson résidait constamment dans les lieux où on ne le voit qu'à une certaine époque de l'année, mais qu'il y vivait à de grandes profondeurs dans la mer, et ne venait que temporairement à sa surface, au moment de la reproduction.
L'exploitation de ces bandes de harengs remonte fort loin. Dans les chroniques du monastère d'Evesham, qui datent du commencement du huitième siècle, il en est déjà question. Divers documents attestent qu'en France on s'en occupait au onzième.
A une certaine époque, la Hollande trouva dans la pêche du bareng un des principaux éléments de sa richesse et de sa puissance maritime. Cette nation était tellement pénétrée de ce fait, qu'elle éleva une statue à Buckalz, qui lui enseigna l'art de saler ce poisson ; Charles-Quint honora sa mémoire en visitant son tombeau.
Dans le temps de la grande prospérité de cette pêche, la république batave y envoyait annuellement deux mille bâtiments, et elle y occupait plus de quatre cent mille individus, soit pour monter sa flotte, soit pour le commerce de ce poisson. Les Hollandais étaient tellement pénétrés de l'avantage que celui-ci leur avait procuré, qu'ils l'exprimaient dans un dicton populaire : Amsterdam, disaient-ils, est fondée sur des têtes de hareng.
On détruit chaque année, pour la consommation de l'Europe seule, une prodigieuse quantité de ces poissons. Au nord de Bergen, on en pêche annuellement de 5 à 600 000 barils, qui renferment plus de 300 millions d'individus. En 1862, dans une seule saison, on a péché en Norvège 659 000 tonnes de harengs dont la seule exportation a rapporté au pays une dizaine de millions.
49. Mais malgré ce que prétendent certains naturalistes, il paraît que saint Jérôme ne parle des sauterelles que dans un sens mystique. Il dit lui-même que, sous leur nom, il fait allusion à l'innombrable armée des Babyloniens qui menace Jérusalem. Là, s'écrie-t-il, le bruit que feront les sauterelles sera semblable au bruit des quadriges et des chars. Ailleurs : A l'aspect de ces redoutables insectes, la terre tremblera et les deux seront ébranlés. Enfin, la multitude des sauterelles qui sera sous les deux obscurcira le soleil et la lune, et Véclat des étoiles en sera complètement voilé. (Saint Jérôme, Œuvres, Paris, 1841. Panthéon, litt., p. 644, Commentaire sur le prophète Joël.)
50. Voici comment l'historien de Charles XII parle de l'invasion de Sauterelles qui entrava la marche de l'armée de ce souverain :
« Une horrible quantité de sauterelles s'élevait ordinairement tous les jours avant midi, du côté de la mer; premièrement à petits flots, ensuite comme des nuages qui obscurcissaient l'air, et le rendaient si sombre et si épais, que dans toute cette vaste plaine le soleil paraissait s'être entièrement éclipsé. Ces insectes ne volaient point proche de terre, mais à peu près à la même hauteur que l'on voit voler les hirondelles, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé un champ sur lequel ils pussent se jeter. Nous en rencontrions souvent, sur le chemin, d'où ils s'élevaient avec un bruit semblable à celui d'une tempête. Ils venaient ensuite fondre sur nous, comme un orage ; se jetaient sur la même plaine où nous étions, et sans craindre d'être foulés aux pieds des chevaux, ils s'élevaient de terre, et couvraient le corps et le visage à ne pas voir devant nous, jusqu'à ce que nous eussions passé l'endroit où ils s'arrêtaient. Partout où ces sauterelles se reposaient, elles y faisaient un dégât affreux, en brou-
tant l'herbe jusqu'à la racine; en sorte qu'au lieu de cette belle verdure dont la campagne était auparavant couverte, on n'y voyait qu'une terre aride et sablonneuse. On ne saurait jamais croire qu'un si petit animal pût passer la mer, si l'expérience n'en avait si souvent convaincu ces pauvres peuples; car après avoir passé un petit bras du Pont-Euxin, en venant des lies ou terres voisines, ces insectes traversent encore de grandes provinces, où ils ravagent tout ce qu'ils rencontrent, jusqu'à ronger les portes mêmes des maisons. » Histoire militaire de Charles XII, t. IV, p. 160.
51. Mais si la Sauterelle ëmigrante doit être considérée comme l'un des plus grands fléaux de l'agriculture, elle n'est cependant pas sans rendre quelques services à l'homme. Dès la plus haute antiquité, elle a été employée à son alimentation, et aujourd'hui, dans beaucoup de régions de l'Asie et de l'Afrique, cet usage s'est continué, et l'on en fait une ample consommation. Dès l'époque biblique, sans doute que les Juifs en mangeaient énormément, puisque Moïse en désigne quatre espèces dont la loi leur permet l'usage.
Artémidore assure qu'il existe sur les bords du golfe Arabique quelques populations dont la nourriture se compose en grande partie de sauterelles. Et il ajoute que ces peuples Acridophages ne vivent guère que jusqu'à quarante ans, parce qu'à cet âge tout leur corps se trouve rongé par une multitude de vers.
L'amiral Drake, dans son Voyage autour du monde, dit qu'un fait semblable s'observe] en Ethiopie. Marcellin Donati, dans son Histoire médicale merveilleuse, atteste aussi cette particularité, et l'on est tout étonné de voir Sauvage, dans sa Nosologie méthodique, décrire cette maladie, sous le nom spécial de malis acridophagorum. Raspail, dans son Histoire naturelle de la santé et de la maladie, semble aussi y croire, et Eutfon dit lui-même que ce fait, tout extraordinaire qu'il semble, ne lui paraît pas absolument incroyable.
Mais Niebuhr a fait justice de tous ces contes. Le savant voyageur, qui a observé, à diverses reprises, des peuplades Acridophages, prétend que leur nourriture n'a nul effet sur leur santé. Niebuhr, Description de l'Arabie, Paris, 1779. Il y a des pays où, aujourd'hui encore, on mange énormément de sauterelles. Sur les marchés de Bagdad, elles font parfois concurrence à la viande. En Arabie, on les fait moudre quand elles sont sèches, et elles remplacent la farine dans la confection du pain. Une de leurs invasions ayant dévasté l'Allemagne, en 1693, quelques habitants de ce pays mangèrent de ces insectes. On s'accorde à dire que leur chair est analogue à celle des écrevisses et d'un goût fort agréable.
Aujourd'hui l'une des peuplades les plus dégradées de l'humanité, les Boschismans, habitant un pays absolument dénudé, et dont la plupart n'ont même jamais vu un arbre, n'ayant m huttes, ni vêtements, se nourrissent presque exclusivement de sauterelles. Celles-ci, que Livingstone considère même comme un bienfait de la Providence, et dont il vante le goût exquis, sont leur aliment de prédilection.