DES FLEURS
matin.
3 à 5 heures.
Tragopogon pratense.
Cichorium intybus.
Sonchus oleraceus.
Leontodon taraxacum.
Hieracium umbellatum.
Hieracium murorum.
Lactuca sativa.
Nymphaîa alba.
Mesembryanthenium barbatum.
Anagallis arvensis.
Calendula arvensis.
Mesembryanthem uni cristall in um .
Mesembryanthenium nodiflorum.
10 à 11 — soir.
Nyctago hortensis Géranium triste.
Silène noctiflora.
Cactus grandiflorus.
53. Le Palmier dont il est ici question appartient au genre Mauritia. Il habite
ADDITIONS ET ECLAIRCISSEMENTS
les rivages de l'Orénoque, sur presque tout le parcours du fleuve, et forme de remarquables forêts vers ses bouches.
« Dans le temps des inondations, dit de Humboldt, les bouquets de Murichi à feuilles en éventail, Mauritia (lexuosa, offrent l'aspect d'une forêt qui sort du sein des eaux. Le navigateur, en traversant de nuit les canaux du delta de l'Orénoque, voit avec surprise de grands feux éclairer la cime des palmiers. Ce sont les habitations des Guaranis suspendues aux troncs des arbres. Ces peuples tendent des nattes en l'air, les remplissent de terre, et allument sur une couche humide de glaise le feu nécessaire pour les besoins de leur ménage. Depuis des siècles, ils doivent leur liberté et leur indépendance politique au sol mouvant et fangeux qu'ils parcourent dans le temps de sécheresse, et sur lequel eux seuls savent marcher en sûreté, à leur isolement dans le delta de l'Orénoque, à leur séjour sur les arbres. » (De Humboldt, Voyages aux régions équinoxiales, t. VIII, p. 363.)
5i. La Rose, le Myrte et la Menthe, également chers à Vénus, étaient les principales plantes coronaires des anciens. Dans leurs orgies galantes, les jeunes Grecs se tressaient souvent des couronnes avec cette dernière, ce qui faisait vulgairement désigner les menthes sous le nom de Corona veneris.
L'histoire des plantes funéraires des anciens a été faite d'une manière fort intéressante par G. A. Langguth; il en suit l'emploi depuis l'invasion de la maladie jusqu'à l'issue des cérémonies funèbres. C'est un véritable et intéressant tableau de mœurs grecques et romaines, que nous présente l'auteur. (Antiquitates plantarum feralium apud Grxcos et Romanos. Lipsia?, 1738.)
Lorsque la maladie commençait à inspirer de tristes craintes à une famille, on suspendait à la porte du malade des rameaux de l'arbre aimé d'Apollon, l'inventeur de la médecine, pour le rendre favorable. Aux branches de Laurier on ajoutait des touffes de Rhamnus, consacré à Janus, qui préserve la demeure de tout maléfice.
Mais si, malgré cette salutaire invocation, la mort frappait le malade, on substituait à ces plantes de noirs rameaux de Cyprès, emblème de Pluton et de Proserpine; ou des branches de Sapin, l'arbre des funérailles, comme le nomme Pline.
Plus tard, lorsque le corps du défunt était lavé, on le couvrait de parfums, de Myrrhe, d'Encens, de Cannelle et d'Amome. Puis on le déposait dans un cercueil de Cyprès, bois que les Athéniens, à ce que rapporte Thucydide, considéraient comme incorruptible; et on plaçait sur sa tête une couronne dont la composition emblématisait la condition du mort. Celle-ci était formée d'Olivier, de Laurier, de Peuplier blanc, de Lis ou d'Ache.
Des branches de Pin et des tiges de Papyrus enflammées éclairaient la marche du convoi qui s'avançait au son des flûtes funèbres pour lesquelles on n'avait employé que le Buis et le Lotus.
C'était toujours un bûcher de bois résineux que l'on employait pour dévorer le cadavre. Son action était plus rapide, et ses émanations odorantes absorbaient les exhalaisons des chairs brûlées.
Les cendres du mort, recueillies par la piété des parents et placées dans des urnes, mélangées aux parfums du Myrte et de la Rose, de l'Encens et de la Violette, étaient ensuite déposées dans les tombeaux.
Les Grecs et les Romains ornaient ceux-ci avec une grande délicatesse, en employant des plantes consacrées aux mânes. Au premier rang se trouvaient le sévère Cyprès; puis l'Asphodèle, consacrée à Proserpine, et dont Homère ornait les gazons de l'Ëlysée. Ses fleurs, apparaissant à chaque printemps sur son bulbe caché, étaient pour l'antiquité l'emblème de la résurrection éternelle. La superstition populaire se figurait que les trépassés savouraient ses racines. Après, on citait l'Amarante aux fleurs qui ne se fanent point, et qu'on regardait aussi comme l'emblème de l'immortalité. Enfin venaient le Pothos, l'Ache, la Mauve et la Violette.
Des végétaux particuliers étaient affectés aux repas funèbres, qu'on répétait fréquemment près des tombeaux. C'étaient des Fèves, de l'Ache, de la Laitue et des Lentilles, qui y étaient particulièrement employées par des convives couronnés de Roses, dont les testataires ordonnaient à cet effet que l'on fît des plantations près de leurs dépouilles ; usage qui ne cessa qu'au moment où Tertullien flétrit éloquemment cette coutume, ne voulant pas, disait-il, que l'on portât des fleurs sur l'endroit où le Sauveur avait eu une couronne d'épines.
55. Le docteur Ch. Musset, dont le nom a acquis une certaine célébrité dans la grande discussion des Générations spontanées, a eu l'occasion de constater l'exactitude des faits avancés par M. Trécul.
56. L'emploi du Papyrus, pour écrire, paraît avoir précédé les époques historiques ; Pline rapporte que le consul Romain Mucien vit, dans un temple de la Lycie qu'il gouvernait, une lettre de Sarpédon, tracée sur ce papier et écrite de Troie. L'existence des livres saints, les écrits d'Hésiode et d'Hcmère, et la découverte des œuvres de Numa, que l'on trouva dans la tombe de ce législateur, sont autant de témoignages qui confirment cette assertion. Un indice de la haute antiquité de l'usage du papyrus se trouve encore dans Hérodote, qui assure avoir vu un catalogue, tracé sur papyrus, des trois cent trente-trois rois qui ont précédé Sésostris. Théophraste, Strabon, Dioçlore de Sicile et Josèphe parlent aussi affirmativement des fastes historiques des Égyptiens. Varron ne faisait remonter l'invention de ce papier que vers l'époque des victoires d'Alexandre, mais Guilandini, fort d'une puissante érudition et s'appuyant sur les témoignages d'Isaïe, d'Hésiode, d'Homère et d'Hérodote, renverse cette opinion en prouvant qu'avant ce conquérant déjà l'usage du papyrus était universel.
On employa le papyrus jusqu'au commencement du septième siècle, même dans les Gaules, et, pour conserver les manuscrits en livres, on y intercalait, après quatre, cinq ou six feuilles de papier, deux feuilles de vélin, sur lesquelles on continuait le texte. Dans la suite, le papyrus fut remplacé par du papier de coton, Charta bombycina, nommé aussi Charta damascena.
L'invention du papier de chiffon, que M. Goury place vers le douzième siècle, fit probablement tomber le papier de coton.
Les précieux manuscrits que l'on trouve à Herculanum et à Pompéi sont tracés sur du papyrus ; ceux de la première ville se découvrent sous la forme de rouleaux compactes, totalement charbonnés, et sur le fond noir du papier on lit encore l'écriture avec la plus grande facilité ; celle-ci est parfois d'une teinte d'un noir brillant. On déroule ces manuscrits à l'aide d'une petite machine à vis, qui agit avec une extrême lenteur, en tirant des fragments de baudruche que l'on colle à l'extérieur des feuillets à mesure qu'on les déroule. C'est par ces soins minutieux que l'on est déjà parvenu à connaître plusieurs des manuscrits dévorés par les flammes.
57. Le papier de Riz n'est autre chose que de fines lames da la moelle de YOEschinomene paludosa, plante de la famille des Légumineuses, découpées avec une extrême habileté.
58. Le seul auteur qui ait bien décrit la fleur est Rousseau, qui, à une époque de sa vie, s'occupa beaucoup de botanique et écrivit même plusieurs volumes sur cette science. lien donne une définition physiologique rigoureuse. « C'est, dit-il, une partie locale et passagère, dans laquelle ou par laquelle s'opère la fécondation des plantes. » (J. J. Rousseau, Dictionnaire de botanique, art. Fleur.)
59. Quoique n'ayant que des moyens d'observation très-imparfaits, la variété des formes des grains polliniques n'en avait pas moins frappé nos devanciers. Adanson, qui a poussé la manie des classifications jusqu à en produire soixante-cinq, et qui les basait sur les premières choses venues, même l'odeur et la saveur des plantes, ne manqua pas de faire un système sur la configuration du Pollen. C'est son 48e. (Adanson, Familles des plantes. Paris, 1763. Préface, p. 286.)
60. Le microscope était fort peu consulté par les botanistes du siècle dernier; il faut arriver à notre époque pour voir le Pollen parfaitement décrit. Guillemin étudia attentivement l'infinie variété de ses formes et de sa surface.
Le fluide contenu dans chaque petite vésicule pollinique fut surtout étudié par MM. Mirbel, Brongniart etSeringe, qui tous regardèrent comme autant d'animalcules microscopiques les nombreux corpuscules qui s'agitent au milieu de lui. Les botanistes allemands, tels que Schacht et d'autres, les désignent même sous le nom d'anthérozoaires, afin de ne laisser aucun doute à ce sujet.
61 . C'est à l'aide de la force endosmotique que l'on explique aujourd'hui l'introduction de la séve dans le tissu des racines et son ascension dans toutes les parties du végétal.
Cette opinion émise par M. Charles Martins est, selon nous, une erreur. L'endosmose n'est ici qu'accessoire à la vitalité des radicelles, comme le prouvent les récentes expériences de M. Cauvet, pharmacien militaire à Strasbourg, dans lesquelles il a reconnu que les racines physiologiquement saines n'absorbent pas indifféremment toutes les substances contenues dans l'eau. Elles ne le font que lorsque leurs
ADDITIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS
spongioles absorbantes ont été détruites. (Richard, Botanique élémentaire. Paris, 1864, p. 141.)
62. Il est vrai que les expériences de MM. de Saussure, de Candolle et Macaire ont démontré que certains sels de cuivre, de mercure et de fer tuent les plantes et sont absorbés par elles. Mais cela a également lieu sur les animaux et n'infirme en rien la vitalité de l'absorption des racines.
D'un autre côté aussi, on a reconnu que certaines plantes ne les absorbent nullement. Si l'on plonge des Chara vulgaris et des Stratiotes aloides dans des sels de cuivre, on ne s'aperçoit pas que leurs racines en pompent aucune parcelle.
Selon le docteur Daubeni, professeur à Oxford, le sulfure d'arsenic, contenu dans le sol en petite quantité, n'a produit aucun résultat fâcheux sur des moutardes, des fèves et de l'orge. Il en a conclu que jusqu'à un certain point les plantes faisaient un choix au milieu des terrains dans lesquels elles vivent. (Daubeni, Association britannique.)
63. La glaciale Mesembryanthemum cristallinum est une petite plante herbacée extrêmement célèbre dans la science à cause de son étrange apparence. Elle a littéralement l'aspect d'un végétal couvert de gouttelettes d'eau glacées. Cette apparence est due au développement extraordinaire de toutes les cellules superficielles de la plante, qui, comme autant de petites utricules, se trouvent remplies d'eau limpide.
64. Les expériences sur la puissance de l'impulsion du sang dans les gros vaisseaux artériels des animaux ont été principalement faites par Haies, Sauvages, Magendie et MM. Poiseuille et Valentin. Elles ont été exécutées sur des Bœufs, des Chevaux, des Moutons, des Chats et des Chiens. Sur tous ces animaux, le sang a soulevé, en moyenne, une colonne de mercure de 15 centimètres de hauteur, ce qui équivaut à une colonne d'eau d'environ deux mètres de hauteur. Chez l'homme, c'est la même force, à n'en pas douter. (Béclard, Physiologie humaine. Paris, 1866, p. 236.)
65. La séve de l'Erable à sucre, Acer saccharinum, commence à monter au mois de février. Pour l'extraire, on se contente de faire sur son tronc un trou de quelques pouces de profondeur, dans lequel on place un tuyau qui la laisse couler goulte à goutte dans un seau. Par la fermentation, celle-ci fournit un vin léger et agréable ; et par l'évaporation sur un feu doux, un sirop brun et visqueux, sucré comme la mélasse, et que l'on convertit en petits pains de sucre. Chaque arbre en produit annuellement de deux à quatre livres.
66. Borelli, le chef célèbre de l'école des médecins mécaniciens, ne pouvait manquer d'attribuer la circulation végétale à quelque cause purement physique. Pour lui, en effet, l'ascension de la séve avait sa cause dans la raréfaction et la condensation alternatives des fluides dans la partie aérienne des plantes, déterminées successivement par la chaleur du soleil et le froid des nuits.
Malpighi tomba dans la même erreur, faute d'avoir pensé qu'une telle hypothèse est tout à fait inadmissible, puisqu'il est des plantes dont la vie s'entretient merveilleusement sans subir ces alternatives, telles sont celles que nous élevons dans nos serres ou qui vivent dans les profondeurs de l'eau.
D'autres, au contraire, et tel fut Perrault lui-même, qui découvrit le phénomène, regardaient la circulation comme n'étant que le résultat d'une combinaison de chimie vivante, d'une espèce de fermentation.
H. Davy, quoique illustre chimiste, ne l'attribuait qu'à la capillarité; tandis que M. Amici, savant physicien de Florence, n'y voyait qu'un reflet de sa science favorite : pour lui, l'électricité y jouait le plus grand rôle, et elle s'y développait au contact des globules en circulation.
Durant ces derniers temps, M. Dutrochet, ayant découvert une propriété remarquable qu'ont certaines membranes mortes d'absorber les fluides et d'en être traversées, ce phénomène, connu sous le nom d'endosmose, est devenu pour les physiologistes une espèce d'explication banale d'une foule d'actes vitaux qu'il n'explique cependant nullement.
M. Dutrochet lui a naturellement attribué la circulation végétale. Adrien de Jussieu lui fait également jouer le rôle principal dans celle-ci en y ajoutant un peu de capillarité.
67. Achille Richard, si illustre comme savant, si digne par la noblesse du caractère, revient à diverses reprises, dans son œuvre, sur la puissance vitale des végétaux. A cet égard, il s'exprime magistralement ainsi, en parlant de la circulation
végétale : « Ici, comme dans la plupart des autres fonctions des animaux et des plantes, nous devons admettre une force inconnue, puissante, active, résultat de 1 organisation et de la vie, qui en est l'agent immédiat, indispensable, et que Ton désigne sous le nom de force vitale, s (Richard, Botanique et phxjsiologie végétale. Paris, 1846, p. 238.)
68. « L'air qui nous entoure pèse autant que 581 000 cubes de cuivre d'un kilomètre de côté; son oxygène pèse autant que 134 000 de ces mêmes cubes. En supposant la terre peuplée de mille millions d'hommes, et en portant la population animale à une quantité équivalente à trois mille millions d'hommes, on trouverait que ces quantités réunies ne consomment en un siècle qu'un poids d'oxygène égal à 15 ou 16 kilomètres cubes de cuivre, tandis que l'air en renferme 134 000.
« Il faudrait 10 000 années pour que tous ces hommes pussent produire sur l'air un effet sensible à l'eudiomètre de Volta, même en supposant la vie végétale anéantie pendant tout ce temps.
a En ce qui concerne la permanence de la composition de l'air, nous pouvons dire, en toute assurance, que la proportion d'oxygène qu'il renferme est garantie pour bien des siècles, même en supposant nulle l'influence des végétaux, et que néanmoins ceux-ci lui restituent sans cesse de l'oxygène en quantité au moins égale à celle qu'il perd, et peut-être supérieure; car les végétaux vivent tout aussi bien aux dépens de l'acide carbonique fourni par les volcans, qu'aux dépens de l'acide carbonique fourni par les animaux eux-mêmes. » (Dumas, Essai de statique chimique des êtres organisés. Paris, 1842, p. 18.)
69. Au nombre des phénomènes remarquables de la végétation, on peut citer la propriété qu'ont certaines plantes, et en particulier les Chara, Cliara fragilis, de décomposer les sulfates qui se trouvent dans l'eau, et d'en transformer le soufre en hydrogène sulfuré, ce qui donne lieu à des sources d'eaux minérales dites sulfureuses. C'est pour avoir méconnu ce fait qu'après avoir curé intempestivement la vase putride hydro-sulfurée de certains marécages, on a vu tarir des sources minérales qui faisaient la fortune de divers établissements de bains.
70. Les expériences démontrent que l'homme perd par la peau, en moyenne, un kilogramme de vapeur d'eau en vingt-quatre heures. (Béclard, Physiologie, p. 401.)
71. On lit dans VHistoria de la conquista de las islas Canarias de Juan de Abreu Galindo, qu'il existait à Hierro (Ferro) un Laurier qui , selon M. Roulin , n'était peut-être que le Laurus fœtens, qui fournissait de l'eau potable aux naturels de l'île. Elle se distillait goutte à goutte de son feuillage, et on la conservait dans des citernes. Cette merveilleuse source végétale était une partie du jour enveloppée d'un nuage au sein duquel elle puisait son eau. Mais la tradition de l'arbre, citée par le vieil historien du dix-septième siècle, s'est aujourd'hui effacée parmi les conquérants de l'île.
72. Deux produits, qui jouent un grand rôle dans l'alimentation de l'homme, la Cassave.et le Tapioka, nagent au milieu des sucs les plus léthifères. L'un et l'autre sont fournis par la racine du Manihot utilissima, Pohl. Celle-ci est un poison dont les nègres connaissent la redoutable énergie. Mais ce poison, que l'on a regardé comme analogue à l'acide prussique, étant très-altérable et très- volatil, se décompose et se détruit très-facilement par la fermentation ; aussi permet-il aux grossières peuplades de l'Amérique d'extraire de la racine amylacée du Manioc l'aliment salutaire servi si souvent sur nos tables sous le nom de Tapioka.
Celui-ci se compose de fécule assez pure, qu'on recueille avec soin ; mais la farine de Manioc, dont se nourrissent tant de peuples de l'Amérique, est moins fine. On l'extrait en se bornant à soumettre à la presse les racines du végétal ; aussi est-elle composée d'un mélange d'amidon, de fibres végétales, et d'un peu de matière extractive. On l'expose ensuite dans des cheminées pour la faire sécher, et, quand la dessiccation est assez avancée, on pulvérise la masse et l'on confectionne du pain avec la farine qu'on en retire.
73. Les végétaux de l'Inde , du Mexique et du Pérou ont leurs .tissus imbibés d'aromates précieux; mais, malgré la célébrité de ceux-ci, c'est spécialement du Midi de l'Europe que le commerce tire la principale masse des parfums que nous employons. La douce température de la Provence se prête merveilleusement à la culture
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des fleurs odorantes de tous les pays ; aussi désigne-t-on vulgairement cette province comme le Jardin de V Europe.
C'est surtout aux environs de Grasse, de Nice et de Cannes que s'en fait la culture.
La consommation de fleurs que fait à lui seul M. Hermann, un des plus forts parfumeurs de Cannes, peut donner une idée de l'importance de cette industrie. Il emploie annuellement : 70 000 kilogrammes de fleurs d'oranger ; 6000 kilogrammes de fleurs de Cassis ; 70 000 kilogrammes de fleurs de Roses ; 16 000 kilogrammes de fleurs de Jasmin; 10 000 kilogrammes de fleurs de Violettes; 4000 kilogrammes de tubéreuses, sans compter les Menthes et les Romarins, si communs dans toute la Provence. (Trois règnes, p. 88.)
74. Le Maïs est évidemment originaire de l'Amérique. C'est à tort qu'on le désigne sous le nom de Blé de Turquie ou de Blé d'Inde, en supposant qu'il est indigène de ces pays.
Si cette belle Graminée eût appartenu à l'ancien continent, les naturalistes et les agronomes de l'antiquité n'eussent pas manqué d'en parler; et cependant il n'en est nullement question dans les écrits de Théophraste, de Pline, de Columelle et de Dioscoride. Mais si aucun auteur antérieur à la découverte de Colomb n'en fait mention, au contraire voyons-nous les premiers descripteurs de l'Amérique la citer à chacune de leurs pages.
Joseph d'Acosta affirme que le Maïs était l'un des principaux aliments des sauvages du nouveau continent, longtemps avant sa conquête. Au moment où Cortez aborda au Mexique, cette Graminée était consacrée comme une nourriture sainte. Montézuma en envoya des pains imbibés de sang humain au célèbre conquérant. Durant certaines fêtes publiques, les Mexicains façonnaient des statues de leurs dieux en pâte de Maïs; et, après les avoir promenées dans les rues, le peuple se les partageait, afin que chacun pût jouir de cet aliment sanctifié. Lorsque Pizarre s'empara violemment du Pérou, il y existait des pratiques analogues. Les Incas offraient en sacrifice des pains de cette céréale, que les vierges consacrées au culte du soleil pétrissaient avec le sang de jeunes enfants, auxquels on avait déchiré le visage pour préparer cette nourriture.
75. L'origine des diverses espèces de Mannes ou d'exsudations sucrées qui couvrent les arbres , a été de tout temps l'objet de l'étonnement du vulgaire et des plus singulières hypothèses de la part des savants. On a longtemps cru que ces stalactites ou ces larmes de sucre, qui apparaissent si rapidement, n'étaient qu'un dépôt de l'atmosphère; toute l'antiquité a partagé cette erreur fort difficile à déraciner.
Pline assurait qu'il pleuvait du miel, au lever de certaines constellations, pendant les ardeurs de la canicule , ce dont les habitants des campagnes rendaient grâces à Jupiter. Les gens qui, parmi les modernes, ont soutenu l'origine aérienne de la Manne, s'appuyaient surtout sur les récits du jésuite Cornélius Lapide, qui racontait avoir vu lui-même tomber de la Manne en Pologne. Herréra assurait que ce phénomène n'était pas rare en Amérique. Et Mathiole lui-même, le grand Mathiole, embrassait cette erreur en ne regardant cette substance que comme une Rosée du ciel, un Excrément des astres !
Cependant, dès 1543, un religieux franciscain, Ange Palea, avait écrit que la Manne découlait spontanément des Frênes. Mais l'opinion contraire était tellement enracinée, qu'on ne voulait pas le croire. La vérité ne fut enfin généralement admise qu'après que le botaniste J. Ray eut fait couvrir des arbres avec une chemise de toile, et démontré que, malgré cette enveloppe, les rameaux ne s'en surchargeaient pas moins de leur exsudation sucrée.
Une seule porte s'offrait encore à l'erreur, c'était de prétendre que le produit des végétaux mannifères était déposé par les Cigales et les Cochenilles éparpillées sur leurs rameaux. Ce fut ce que soutint Chr. Avéga. Mais il est évident que ces insectes ne contribuent seulement qu'à favoriser l'émission des humeurs sucrées, en piquant les écorces qu'elles distendent, mais que jamais ils ne les produisent.
C'est sur le- Frêne à fleurs, Fraxinus or/ms, que l'on recueille principalement la Manne employée en médecine. On le cultive à cet effet en Sicile et en Calabre.
D'autres végétaux produisent aussi des substances sucrées absolument analogues à celle-ci. Le Mélèze fournit la Manne de Briançon.
Dans quelques pays, les herbes elles-mêmes se couvrent d'une abondante exsudation sucrée. Bruce remarqua cela en Abyssinie; et Mathiole rapporte que, dans quelques régions de l'Italie, la Manne englue tellement l'herbe des prairies qu'elle entrave l'œuvre des faucheurs.
76. C'est quand le Pin maritime est âgé de vingt à trente ans qu'on en extrait de la résine. Pour l'obtenir, des ouvriers que l'on appelle Résiniers enlèvent, à l'aide d'une cognée, la grosse écorce de la partie inférieure du tronc, sur une surface d'environ un pied de largeur, sur un pied et demi de hauteur. C'est sur cette surface qu'ils font ensuite, avec une petite hache dont le fer ressemble à une gouge, une entaille plus profonde, qui met la partie superficielle des couches ligneuses à découvert, et c'est entre celle-ci et' l'écorce que flue la résine ; cette dernière entaille a environ six pouces de hauteur sur quatre de large. A la suite de cette opération, les ouvriers pratiquent, dans le corps de l'arbre, une petite fossette pour recevoir la résine qui s'écoule. Toutes les semaines un résinier rafraîchit la place en enlevant en haut un mince copeau de bois, de manière que, dans le cours de chaque saison, l'entaille n'acquiert pas plus de dix-huit pouces de long. On prolonge les entailles pendant la succession des années, jusqu'à ce qu'elles parviennent à douze ou quatorze pieds de hauteur ; quand elles en sont là, on en recommence d'autres au pied de l'arbre, à côté des premières, et que l'on fait marcher parallèlement. Aujourd'hui, j'ai vu que, dans les landes de Bordeaux, on se sert plus généralement de godets que l'on suspend à la blessure, et dans lesquels de petites gouttières conduisent la térébenthine. Par ce procédé la récolte est plus abondante, il y a moins de perte par l'évaporation.
Dans les Conifères qui exsudent de la térébenthine, celle-ci est contenue dans des lacunes verticales ou horizontales, appelées conduits résinifères. Leur bois a d'autant plus de durée qu'il en offre davantage. Sous ce rapport, le Pin des Canaries, Pinus canariensis,est remarquable. Il en contient un fort grand nombre, et, selon Schacht, ils y offrent jusqu'à 90/400 de millimètre de diamètre; aussi ce bois est-il presque inaltérable. (Schacht, Les Arbres. Bruxelles, 1862, p. 225.)
77. On doit à la fille de Linnée la découverte de ce phénomène extraordinaire. Elle remarqua que pendant le crépuscule, ou vers le lever de l'aurore, les fleurs de la Capucine produisaient des lueurs passagères, d'instant en instant. Elle communiqua ses observations à son père et à plusieurs physiciens, et l'on attribua généralement ces espèces d'éclairs à un dégagement d'électricité. Telle fut en particulier l'opinion de M.Vilcke. [Mémoires de la Société de Suède, 1762. Puxteney, Coup d'oeil sur la vie et les ouvrages de Linnée.)
M. Haggren a fait des observations analogues sur diverses fleurs. Pour être certain que ce phénomène ne tenait pas à quelque aberration de la vision, il s'adjoignit un autre observateur qui devait, par un signal, indiquer le moment où il apercevrait des scintillements lumineux. Le savant suédois reconnut qu'il ne pouvait y avoir d'illusion, car son compagnon voyait les éclairs absolument au même moment que lui. (Haggren, Mémoire sur les fleurs qui donnent des éclairs. Traduit du suédois dans le Journal de physique, t. XXXIII, p. 111.)
Ces lueurs passagères se répètent quelquefois successivement, mais souvent elles ne brillent qu'à plusieurs minutes de distance. On les aperçoit surtout sur les fleurs d'un jaune orangé; des variétés pâles des mêmes espèces n'en produisent pas. On les observe dans le Souci , la Capucine, les Tagétès et le Tournesol.
78. L'arbre à beurre de Shéa, Pentadesma butyracea, qui végète vigoureusement sur les bords du Niger et dans toute la zone centrale et occidentale de l'Afrique, semble peut-être destiné à amener un jour quelque grande révolution sociale dans les pays qu'il habite. Il paraît, dit Karl Muller, bien autrement redoutable aux marchands d'esclaves que le blocus des Anglais. Les indigènes récoltant du beurre au delà de leurs besoins, les entremetteurs de la côte commencent à s'inquiéter de ce qui pourra arriver si ce beurre vient à prendre place parmi les articles de commerce. Afin que rien ne détourne les habitants du pays de la chasse à l'esclave, ils ont amené le roi de Dahomey à ordonner la destruction de tous les Arbres à beurre de ses États. Actuellement la guerre est engagée contre ce végétal; on le brûle toutes les fois qu'il repousse, et néanmoins il rejaillit tous les ans, comme une protestation constante et énergique contre l'homme, qui détruit avec préméditation un présent de la nature. (Karl Muller, Merveilles du Monde végétal. Paris, t. II, p. 196.)
Relativement à l'Arbre au lait ou à la vache, Paolo de vaca, comme on le nomme dans le pays, M. Boussingault qui, sur la demande de de Ilumboldt, en a analysé le produit, assure que celui-ci a des propriétés physiques absolument semblables à celles du lait de la vache, à l'exception qu'il est un peu plus visqueux. Il est remarquable en ce qu'il contient une énorme quantité de cire. Cette substance forme la moitié de son poids; aussi le savant chimiste propose-t-il de cultiver l'arbre pour
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l'en extraire. (Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent. Paris, 1814, t. I.)
79. Voici comment M. Georges Pouchet, d'après le récit de La Condamine, inséré dans les Mémoires de l'Académie des sciences, a tracé l'histoire de la découverte du plus héroïque de nos médicaments :
« En 1638, le comte de Chinchon étant vice-roi du Pérou pour la couronne d'Espagne, la vice-reine, son auguste épouse, était travaillée par une fièvre atroce. Le corrégidor de Loxa, plein de galanterie pour la femme de son chef immédiat, lui manda que les Indiens des environs avaient pour guérir les fièvres une écorce qui réussirait 'peut-être aussi sur une personne d'aussi haute condition, et qu'il l'engageait, en tout cas, à bout de ressources, à essayer de cette médecine sauvage. La vice-reine allant de mal en pis, le corrégidor fut appelé à Lima pour régler luimême la dose et la préparation de son médicament. Mais, comme on pense, on ne fut pas si imprudent que d'administrer de suite une poudre aussi extraordinaire à la noble malade ; on voulut d'abord l'essayer sur le commun des gens, in anima vili, et ce n'est qu'après qu'on eut guéri avec l'écorce du corrégidor quelques pauvres gueux espagnols secoués de fièvres, que la vice-reine en prit à son tour et guérit.
« Les habitants de la ville de Lima, émerveillés, envoyèrent à la convalescente une députation pour la prier de faire venir de Loxa une provision de la même écorce. Ce qui fut fait.
« La comtesse distribuait elle-même le remède à tous ceux qui en avaient besoin, et il commença dès lors à être connu sous le nom de Poudre de la comtesse. Quelques mois après, elle se débarrassa de ce soin en remettant ce qui lui en restait aux pères jésuites, qui continuèrent, disons-le à leur louange, de le débiter gratis, et il prit alors le nom de Poudre des jésuites, qu'il a longtemps porté en Amérique et en Europe. »
En France, ce fut un Anglais, nommé Talbot, qui mit le quinquina en vogue; mais ce n'était pas avec désintéressement, car Mme de Sévigné dit qu'il en faisait alors payer chaque dose du prix exorbitant de cinq mille francs. Louis XIV fit lui-même un heureux emploi du médicament, et ensuite en acheta le secret à son introducteur. L'écorce héroïque devint alors fort à la mode, les courtisans en faisaient confectionner des liqueurs et des vins divers que l'on servait au dessert, et on en prenait à tel point que Racine en était scandalisé : on ne rencontre, disait-il, que des gens qui ont le ventre plein de quinquina.
Ce médicament est si connu, et il a une telle importance que nous croyons que l'on nous saura gré de nous étendre un peu sur son histoire, et d'ajouter même ici que de Humboldt et Fée ont ébranlé quelques parties du récit de La Condamine. En effet, l'illustre naturaliste allemand, qui a parcouru les régions qu'habitent les arbres célèbres, prétend que leurs vertus sont absolument inconnues aux sauvages, qui là se trouvent fréquemment attaqués par des fièvres rebelles ; et Fée dit même qu'ils pensent que l'écorce des quinquinas est un poison qui engendre la gangrène, et qu'on ne la leur enlève que pour l'employer à la teinture.
Les arbres qui produisent le Quinquina ont été fort longtemps sans être connus, et c'est à La Condamine que l'on doit les premières notions que l'on a eues sur eux.
Longtemps aussi l'on n'a eu que d'imparfaites notions sur l'extraction de leur écorce. Ce n'est que durant ces dernières années que M. Weddell, dans un savant ouvrage, a résumé tout ce qui concerne cette récolte qu'il avait observée lui-même en explorant le Pérou.
Nous ne pouvons rien faire de mieux que de citer textuellement les curieux détails qu'on y trouve sur cette extraction :
« On donne le nom de cascarilleros, dit M. Weddell, aux hommes qui coupent le Quinquina dans les bois; ce sont des hommes élevés à ce dur métier depuis leur enfance, et accoutumés par instinct, pour ainsi dire, à se guider au milieu des forêts. Sans autre compas que cette intelligence particulière à l'homme de la nature, ils se dirigent aussi sûrement dans ces inextricables labyrinthes, que si l'horizon était ouvert devant eux. Mais combien de fois est-il arrivé à des gens moins expérimentés dans cet art, de se perdre et de n'être plus revus !
« Les coupeurs ne cherchent pas le Quinquina pour leur propre compte ; le plus souvent ils sont enrôlés au service de quelque commerçant ou d'une petite compagnie, et un homme de confiance est envoyé avec eux à la forêt avec le titre de majordome....
« A peine le majordome est-il arrivé avec ses coupeurs dans le voisiuage du point a exploiter, qu'il choisit un site favorable pour y établir son camp, autant que possi-
ble à la proximité d'une source ou d'une rivière. Il y fait construire un hangar ou une maison légère, pour abriter ses provisions et les produits de la coupe ; et s'il prévoit qu'il doive rester longtemps dans le même lieu, il n'hésite pas à faire des semis de maïs et de quelques légumes. L'expérience, en effet, a démontré qu'un des plus grands succès de ce genre de travaux est l'abondance des vivres. Les cascarilleros, pendant ce temps, se sont répandus dans la forêt, un à un., ou par petites bandes, chacun portant enveloppées dans son poncho (espèce de manteau) et suspendues au dos, des provisions pour plusieurs jours, et les couvertures qui constituent sa couche. C'est ici que ces pauvres gens ont besoin de mettre en pratique tout ce qu'ils ont de courage et de patience pour que le travail soit fructueux. Obligé d'avoir constamment à sa main sa hache ou son couteau pour se débarrasser des innombrables obstacles qui arrêtent son progrès, le cascariilero est exposé, par la nature du terrain, à une infinité d'accidents, qui trop souvent compromettent son existence même.
« Les quinquinas constituent rarement des bois à eux seuls ; mais ils peuvent fournir des groupes plus ou moins serrés, épars çà et là au milieu de la forêt ; les Péruviens leur donnent le nom de taches (manchas). D'autres fois, et c'est ce qui a lieu le plus ordinairement, ils vivent complètement isolés. Quoi qu'il en soit, c'est à les découvrir que le cascariilero déploie toute son adresse. Si la position est favorable, c'est sur la cime des arbres qu'il promène les yeux: alors, aux plus légers indices, il peut reconnaître la présence de ce qu'il cherche ; un léger chatoiement, propre aux feuilles de certaines espèces, une coloration particulière de ces mêmes organes, l'aspect produit par une grande masse d'inflorescences, lui feront reconnaître la cime d'un quinquina à une distance prodigieuse.
« Pour dépouiller l'arbre de son écorce, on l'abat à coups de hache....
« Lorsque l'arbre est bas, et que les branches qui pourraient gêner ont été retranchées, on fait tomber le pèriderme en le massant, ou mieux en le percutant, soit avec un maillet de bois, soit avec le dos même de la hache ; et la partie vive de l'écorce mise à nu est souvent encore nettoyée à l'aide de la brosse ; puis, après avoir été divisée dans toute son épaisseur par des incisions uniformes qui circonscrivent les lanières ou planchettes que l'on veut arracher, elle est séparée du tronc au moyen d'un couteau, avec la pointe duquel on rase autant que possible la surface du bois, après avoir pénétré par une des incisions déjà pratiquées. L'écorce des branches se sépare comme celle du tronc, à cela près qu'elle ne se masse pas, l'usage voulant qu'on lui conserve sa croûte extérieure ou pèriderme.
« Les détails de dessèchement varient un peu dans les deux cas : en effet, les planchettes plus minces de l'écorce des branches ou des petits troncs, destinées à faire du quinquina roulé ou canuto, sont exposées simplement au soleil, et prennent d'elles-mêmes la forme désirée, qui est celle d'un cylindre creux. Mais celles qui proviennent des gros troncs, et que l'on destine à constituer le quinquina plat, ou ce que l'on nomme tabla ou plancha, doivent nécessairement être soumises, pendant la dessiccation, à une certaine pression, sans quoi elles se tordraient ou se soulèveraient plus ou moins comme les précédentes.
« Mais le travail du cascariilero n'est pas à beaucoup près fini, même lorsque la préparation de son écorce est terminée. Il faut encore qu'il rapporte sa dépouille au camp ; il faut enfin qu'avec un lourd fardeau sur les épaules, il repasse par ces mêmes sentiers que, libre, il ne parcourait qu'avec difficulté. Cette phase de l'extraction coûte parfois un travail tellement pénible, qu'on ne peut vraiment pas s'en faire une idée. J'ai vu plus d'un district où il faut que le Quinquina soit porté de la sorte pendant quinze à vingt jours avant de sortir des bois qui l'ont produit; et, en voyant à quel prix on l'y payait, j'avais peine à concevoir comment il pouvait se trouver des hommes assez malheureux pour consentir à un travail si peu rétribué. »
80. Voici le conte absurbe que fait Foersche au sujet de la récolte du poison de l'Upas :
« Lorsque des criminels, dit-il, sont condamnés à mort, on leur offre leur grâce s'ils veulent aller chercher une boîte de poison. Ils acceptent dans l'espérance de sauver leur vie, et d'être toujours nourris aux frais de l'empereur, s'ils ont le bonheur de revenir. On les envoie à la maison d'un prêtre qui demeure dans l'habitation la plus voisine du lieu où croît l'arbre, et qui en est à quinze ou seize milles, et où leurs parents et leurs amis les accompagnent, en leur recommandant de saisir le temps où le vent chasse devant eux les émanations de l'arbre, et de marcher avec la plus grande vitesse, seuls moyens d'échapper à la mort. Ce prêtre a été placé là par l'empereur pour préparer à la mort les criminels condamnés à aller chercher le poi-
ADDITIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS
son. 11 les garde chez lui quelques jours en attendant le vent favorable, et les prépare par ses avis et ses prières.
« Au moment du départ, il leur donne une boîte d'argent ou d'écaillé ; il leur couvre la tête d'un bonnet de peau qui descend jusqu'à la poitrine, et qui a des yeux de verre; il leur donne aussi des gants de peau. Il les accompagne à la distance de deux milles; il leur montre une colline qu'ils doivent monter : derrière cette colline est un ruisseau qui les conduira directement à l'Upas. Enfin ces malheureux reçoivent les adieux de leurs amis, et partent en diligence, tandis qu'on fait des prières pour le succès de leur expédition.
« Le bon prêtre m'assura que, depuis trente ans qu'il habitait ce lieu, il avait fait partir sept cents criminels et qu'il n'en était revenu que vingt-deux. Il me montra une liste qui contenait leurs noms, le jour de leur départ et le crime pour lequel ils avaient été condamnés.... J'assistai à quelques-unes de ces tristes cérémonies. Je demandai aux criminels de m'apporter quelques petites branches d'Upas; mais je ne pus me procurer que deux feuilles sèches, qui me furent apportées par le seul que je vis revenir. Tout ce que j'appris de lui, c'est que l'arbre croît sur le bord du ruisseau indiqué par le prêtre, qu'il est de moyenne taille, entouré de cinq ou six jeunes arbres de la même espèce. Le terrain des environs est un sable brunâtre, rempli de cailloux et couvert de débris de cadavres.
« 11 est certain qu'on ne trouve aucune créature vivante à quinze milles de distance; plusieurs personnes dignes de foi m'ont assuré que les eaux n'y nourissaient aucun poisson, qu'on n'y voit point d'insecte, et que les oiseaux qui passent assez près pour être atteints par les émanations de l'arbre, tombent et périssent. Des criminels en ont vu tomber à leurs pieds et les ont apportés au prêtre. » (Foersche, Voyages, Mél. de litt. ét., t. I, p. 63.)
Nous avons dit que l'on devait à un voyageur français, Leschenault, la connaissance des deux arbres qui fournissent le poison de Java, et dont le voisinage n'a rien de redoutable ni pour les animaux ni pour les autres plantes. Ce sont ÏAntiaris toxicaria, Lesch., et le Strychnos Tieute, Lesch. Ainsi se trouve anéantie une fable qui a si longtemps été répétée par quelques crédules auteurs. (Leschenault, Ànn. du Mus. d'hist. nat., t. XVI, p. 459.)
81. Le sommeil des plantes fut observé pour la première fois, dans l'Inde, sur le Tamarinier, par Garcias de Horto, en 1567; puis ensuite, en 1581, par Val-Cordus, sur la Réglisse. Mais ce ne fut que Linnée qui le démontra réellement.
82. L'amour de la nature se traduisait, dans l'antiquité, par les élans de la poésie et par le respect religieux pour tout ce qui provenait du règne végétal. La Grèce animait tout ce que touchaient ses gracieux pinceaux. Dans OEdipe, lorsque l'infortuné roi s'approche du redoutable bois des Euménides, Sophocle fait chanter au chœur « le tranquille et délicieux séjour de Colone ; les verts buissons que le rossignol aime à visiter et qui retentissent de sa voix claire et mélodieuse; l'obscurité que répand le feuillage enlacé du Lierre; les Narcisses humides de la rosée céleste; le Safran rosé, et l'Olivier impérissable, qui renaît sans cesse de lui-même. »
L'antiquité prodiguait aux végétaux ce que nous leur refusons. De Humboldt dit que « les Grecs croyaient à des rapports secrets entre le monde des plantes et les héros et les dieux : c'étaient les dieux qui vengeaient les outrages faits aux arbres ou aux plantes consacrés. »
83. La Mandragore, qui a été l'une des plus célèbres plantes magiques de l'antiquité et du moyen âge, passait pour croitre sous les gibets, où elle végétait à même les débris des suppliciés. On disait qu'elle ne pouvait en être arrachée sans danger. Les crédules promoteurs de la cabale, pour éviter tout accident, conseillaient à leurs adeptes de l'extraire du sol à l'aide d'un chien qu'on liait à la plante. Celle-ci exerçait alors tout son maléfice sur l'animal, qui était voué à une mort certaine.
Les charlatans de nos époques de superstition donnaient une forme humaine aux racines de la Mandragore, avant de l'employer dans leurs sortilèges. L'idée que cette plante se présentait naturellement sous cette apparence lui avait fait donner le nom d'anthrupomorphos par les anciens; et elle était même tellement acceptée par nos crédules aïeux, que, dans certains ouvrages de botanique de la Renaissance, et en particulier dans le Grand Herbier en français, on voit des dessins de Mandragores assez fidèles pour le feuillage et le port, mais dont les racines historiées offrent la figure humaine. Les unes représentent une femme, les autres un homme.
84. Voici le curieux passage qu'on trouve sur ce sujet dans Adanson :
« Toute plante étant animée, quoique sans sentiment, a une âme, qui n'est pas une, ni fixée à une seule de ses parties, mais répandue également dans toutes, et divisible, puisque chacune de ses parties intégrantes qui participe à une vie commune, possède en elle-même une vitalité isolée, indépendante des autres, et que, détachée et séparée d'elles, elle croît et fructifie, enfin jouit de toutes les propriétés et facultés qu'elle possédait avant sa séparation. »
85. Voici comment M. C. Debans peint la mort de la Rose, dans son charmant livre, partout rempli d'une si suave poésie!
Au moment où la Rose exhalait son âme en un parfum suprême, une Violette se balança sur sa tige et murmura un cantique d'actions de grâces. C'était une harmonie imperceptible et pénétrante, produite par un frôlement de feuilles vertes contre la petite fleur. C'était un poème de fraîcheur et d'encens.
>< Un petit Scarabée bleu de ciel, qui voyageait sur une feuille pour s'instruire, s'étonna d'une joie qui lui parut inexplicable.
— Vous vous réjouissez, dit-il, de la mort de votre compagne ! Vous avez pourtant une grande réputation de bonté.
— Je me réjouis, répondit la Violette, parce que les temps d'épreuve sont passés pour la Rose qui vient de mourir. Je me réjouis, parce qu'elle a été belle, amoureuse et parfumée; et comme les parfums, l'amour et la beauté sont les vertus des fleurs, je me réjouis, parce que son âme est au ciel. » (Camille Debans, Sous clef, 1862, p. 59.)
86. Dans son beau livre intitulé : la Vie des /leurs, un de nos plus spirituels écrivains, M. Eugène Noël, a aussi émis, dans un style charmant, des idées fort élevées et fort justes sur la sensibilité et la nature des plantes.
87. Depuis qu'on la connaît, la Sensitive, Mimosa pudica, qui nous a été rapportée des savanes de l'Amérique méridionale, a donné lieu aux plus poétiques descriptions. Voici comme en parle Mme de Genlis. :
La Sensitive, dont le nom et les surnoms sont si doux et si touchants, cette plante, qu'on appelle aussi la chaste, la timide, cet aimable symbole d'une pudeur craintive, pourrait l'être encore de la douceur et du mystère. Sa plus grande irritabilité la porte, non à blesser la main profane qui l'attaque, mais à se replier sur elle-même; elle ne veut ni se venger, ni punir, elle n'a rien de menaçant. Semblable à ces vierges innocentes, qui n'ont jamais songé à s'armer de rigueurs, parce qu'elles n'ont pas l'idée d'une offense, la Sensitive n'a point d'aiguillons; elle ne cherche qu'à se cacher quand on l'approche. La Violette olfre l'image d'une modestie raisonnée : elle se met à l'abri sous ses feuilles; ce soin seul indique une prévoyance. La Sensitive est l'image parfaite de l'innocence et de la pudeur virginale ; elle n'a rien prévu, puisqu'elle ne sait rien; elle se montre sans défiance; mais dès qu'elle est remarquée de trop près, elle se dérobe autant qu'elle le peut à tous les regards; cette timidité paraît être en elle un instinct, un sentiment, et non un dessein combiné. Telle est la pudeur d'une bergère de quinze ans.
ic On attribuait autrefois beaucoup de vertus merveilleuses à la Sensitive. Un philosophe du Malabar est devenu fou en s'appliquant à examiner les singularités de cette plante, et à en rechercher la cause.
« La Sensitive offre une singularité qui, jointe à sa sensibilité apparente, a quelque chose de très-frappant. Si, avec un couteau bien tranchant, on coupe avec rapidité une grosse tige de cette plante, il reste sur le couteau une tache humide, d'un rouge vif, qui ressemble parfaitement à une goutte de sang. » (Mme de Genlis, Botanique historique, p. 169.)
La poétique description de Mme de Genlis n'a que sa valeur littéraire, aussi nous passerons sur ses inexactitudes; mais nous ne pouvons omettre de dire que le fait qu'elle cite, en la terminant, est absolument erroné.
88. Selon un savant anglais, la Dionée attrape-mouche, Dionxa muscipula, L., ne ferme pas les panneaux de son piège dans l'unique but de punir l'insecte qui l'irrite, mais bien pour s'en nourrir et pomper ses sucs; ce serait une plante Carnivore. Cet observateur prétend que ce régime est si indispensable au végétal, qu'il languit quand on l'en prive en l'enfermant sous un châssis de toile métallique; mais que là, cependant, la Dionée reste en santé si, de temps à autre, on place sur ses feuilles quelques parcelles de viande.
89. C'est surtout parmi les monuments égyptiens que l'on trouve figuré le Né-
ADDITIONS ET' ÉCLAIRCISSEMENTS
lumbo. Le dieu Horus y est souvent représenté assis, soit sur une fleur, soit sur un fruit de Nymphéa ; et souvent des faisceaux de tiges de cette plante se trouvent sculptés sur les dés de granit des statues colossales qui ornaient les monuments de Thèbes et de Memphis. Le Nélumbo était presque une parure obligée pour la déesse Isis, et les Egptiens en coiffaient Osiris; ils en affublaient même la tête des sphinx. L'on connaît une médaille de Vespasien, où se voit un fruit de Nélumbo sur une tête du Nil, ayant les traits de Jupiter. Sa fleur et ses fruits décorent quelques marbres romains représentant Antinous.
Le Nélumbo est devenu, pour les architectes égyptiens, le type des colonnes qui soutiennent leurs temples; les chapiteaux de ces colonnes en représentent les fleurs épanouies, auxquelles les artistes ont parfois uni les fruits du dattier. Les sculpteurs ont même imité le développement de la plante sacrée, en entourant la base rétrécie des colonnes de plusieurs triangles qui, selon Delille, sont l'image des écailles et des feuilles avortées que l'on observe sur ses pédoncules, que figure ordinairement le fût des piliers.
90. D'après ce qu'en dit Homère, à l'époque du siège de Troie, on savait déjà préparer une sorte d'huile de roses, en mettant infuser ces fleurs dans un liquide oléagineux; et il est certain que dans l'antiquité, on les cultivait pour en extraire un parfum. L'île de Rhodes dut même le nom d'7/e des Roses à la célébrité de
■ ses cultures de Rosiers; mais il est probable que l'on discontinua d'employer ce parfum, car l'eau de Rose n'est point mentionnée par les auteurs, et l'on n'en parle pour la première fois que dans les œuvres d'Avicenne. Les Orientaux, dans les temps qui nous ont précédés, l'employèrent avec une profusion extraordinaire. Certains historiens affirment que quand Saladin enleva Jérusalem, en 1188, il fit laver l'intérieur de la mosquée d'Omar avec de l'eau de rose; et il en fut employé une telle quantité dans cette circonstance, que le P. Sanut rapporte qu'elle composait la charge de cinq cents chameaux, qui l'apportèrent de Damas. Mahomet H, après la prise de Constantinople, ordonna de laver ainsi Sainte-Sophie.
La princesse Nourmahal fit encore plus, à ce que rapporte le P. Catrou, car elle amassa assez d'eau de rose pour en remplir un canal sur lequel on lança une barque qui la portait, accompagnée du Grand Mogol. Ce l'ut même pendant cette remarquable promenade que l'on découvrit l'essence de rose, qui s'était formée à la surface du lac artificiel, par l'effet de l'évaporation solaire.
L'huile essentielle de roses est un des aromates les plus exquis et les plus chers, et on lui donne, à juste titre, le nom dea'ther, parfum par excellence. Il faut environ cent livres de fleurs pour obtenir quatre à six gros de cette huile, qui nous vient de l'Orient et de l'Inde, et que l'on nomme souvent beurre de rose. Hippocrate et Galien connaissaient ce produit et l'employaient en médecine ; aujourd'hui il n'est plus en usage que pour parfumer le linge et les appartements.
91 . On a attribué aux émanations des Roses la mort de l'une des filles de Nicolas Ier, comte de Salins, et celle d'un évêquede Pologne. Mais ces faits, rapportés par l'historien Cromer, sont probablement inexacts.
92. On observe quelquefois ce phénomène dans les villes qui avoisinent les landes de Bordeaux. Le Pollen des Pins, enlevé par les vents, en teint parfois tous les toits d'une couleur jaune.
Les pluies de Pollen ne sont pas rares. Les savants en ont noté un grand nombre.
Il en est tombé une fort remarquable aux Etats-Unis, à Picton, en 1841. Sa fine poussière soumise au microscope, par M. J. W. Bailey, fut reconnue comme étant entièrement composée de Pollen de Pin. Une autre qui couvrit Troyes et ses environs fut reconnue pour devoir son origine au même végétal.
C'est avec le pollen inflammable d'une petite plante analogue aux mousses, du Lycopodium clavatum, que l'on récolte à l'aide de sacs, que l'on fait, sur nos théâtres, ces flammes qui sortent des torches des furies, ou que l'on figure les incendies.
93. Ce fut Lamarck qui découvrit que la fleur des Gouets, au moment de la fécondation, dégageait beaucoup de chaleur. De Candolle vérifia ce fait à Montpellier.
C'est un phénomène très-remarquable. J'ai reconnu qu'à un instant donné, la fleur de certains Colocasia s'échauffait tellement que sa température devenait sensible aux doigts qui la touchaient. Pour les autres fleurs, le phénomène est moins apparent;
cependant il est général. Brongniart, Dutrochet, Biot et Schultze l'ont reconnu à l'aide d'aiguilles thermo-électriques.
9k. C'est dans ce Mémoire sur le mariage des plantes, que Linnée a inscrit, sur les deux Mercuriales en expérience, cette phrase devenue si célèbre : l'amour enflamme les plantes, amor urit plantas.
95. Durant un de mes voyages à Strasbourg, le professeur Fée me montra un Palmier femelle sur lequel il avait répété, avec le même succès, l'expérience de Gleditsch. C'était un Palmier nain, Chamarops humilis, dont les fleurs avaient été fécondées avec du pollen qu'on avait envoyé de loin à l'illustre botaniste. Il l'avait versé simplement sur elles. Tous les fruits se développaient parfaitement sur ce Palmier, lorsque je le vis au mois d'août 1855.
Les expériences par lesquelles Linnée démontrait la sexualité des plantes étaient fort simples. L'une des plus fondamentales consistait à prendre deux pieds de Mercuriale, l'un mâle et l'autre femelle, et après les avoir placés dans une longue serre, à les éloigner de plus en plus l'un de l'autre. Lorsque la femelle se trouvait au contact du mâle, toutes ses fleurs donnaient des fruits. Mais à mesure que l'on éloignait ce dernier, la femelle devenait de plus en plus inféconde, et elle se trouvait enfin frappée d'une stérilité absolue quand le mâle était ou trop éloigné d'elle ou tout à fait enlevé.
96. La Caprification était considérée comme une opération essentielle à la fructification du Figuier. Aristote, Théophraste et Pline en ont parlé. Ce dernier dit que le Figuier sauvage engendre des Moucherons qui vont dépecer les fruits du Figuier domestique, les ouvrent, et pénètrent dans leur intérieur en y introduisant la chaleur et la fécondité ; et il ajoute que c'est pour cette cause que l'on place des Caprifiguiers près des Figuiers, du côté d'où vient le vent, afin que celui-ci porte les insectes sur les individus cultivés.
Ces récits paraissaient fabuleux, mais la déposition de Tournefort en démontra l'authenticité. Ce naturaliste eut, en effet, l'occasion de constater, pendant ses voyages, que cette coutume existait encore dans le Levant. Il vit alors les paysans des îles de l'Archipel pratiquer la Caprification, et aller pendant les mois de juin et de juillet prendre des fruits du Caprifiguier, nommés orni, au moment où les mouches du genre Cynips (Cynips psenes) qui y naissent en vont sortir, et porter ces fruits tout enfilés sur les Figuiers domestiques, afin que les insectes qu'ils contiennent piquent les fruits des individus cultivés et en fassent nouer un plus grand nombre.
Linnée ne vit, dans la Caprification, qu'une opération par laquelle les insectes transportent la poussière pollinique des fleurs mâles du Caprifiguier jusque sur les fleurs femelles de l'espèce domestique, pour en produire la fécondation.
Mais l'action des insectes se réduit à la piqûre du réceptacle; celle-ci active la maturité des figues, comme elle active celle des fruits de nos jardins, et elle permet d'obtenir de l'arbre un produit plus considérable. Cependant, les figues ainsi piquées sont bien moins exquises que celles qui mûrissent spontanément : mais on assure que par cette opération les arbres portent dix fois plus de figues que quand on ne la pratique pas. Tournefort dit qu'un figuier caprifié donne jusqu'à deux cent quatre-vingts livres de fruits, tandis qu'on n'en obtient que vingt-cinq s'il ne l'est point.
Ollivier, qui vit également pratiquer cette opération pendant ses voyages dans le Levant, et l'agronome Bosc, la regardent comme inutile. Je partage tout à fait leur opinion, mes voyages en Orient m'ayant permis de reconnaître que dans beaucoup de pays où l'on ne pratique pas cette opération, les figues n'en sont pas moins superbes et abondantes. (Pouchet, Botanique appliquée, t. II, p. 22.)
97. Le recteur Conrard Sprengel, qui a attribué un rôle merveilleux aux Insectes dans la fécondation des plantes, dans son excès d'enthousiasme, les appelait les Jardiniers de la naturel
La preuve que c'est à l'imperfection de la fécondation que, dans nos serres, la Vanille aromatique doit sa stérilité a été parfaitement donnée par les expériences de M. Morren. Ce botaniste a reconnu, en effet, qu'en versant soi-même le pollen sur les stigmates de la fleur, on en produisait artificiellement la fécondation ; et que bientôt après on obtenait des fruits qui, pour la beauté et l'arôme, pouvaient rivaliser avec ceux que nous fournit l'Amérique. M. Brongniart a, d'un autre côté, fécondé artificiellement la Strelitzia Beginœ, qui, sans cette viplence, est chez nous
productive.
ADDITIONS ET ECLAIRCISSEMENTS
98. Parfois, les Abeilles, en butinant les fleurs des Asclépiadées ou des Orchidées, en sortent les pattes ou la tête recouverte des Anthères de ces plantes, semblables à de petites massues. Dans quelques circonstances, il s'en agglutine tant sur le front des Abeilles que celles-ci ne peuvent plus voler. C'est l'affection que les amateurs désignent sous le nom de maladie à rnassue. Ch. Robin, dans les belles planches de son ouvrage sur les Végétaux parasites, figure divers Insectes aux prises avec cet incommode envahissement.
99. Voici une description charmante des amours de la Vallisnérie, que nous a donnée Castel, et qui ajoute à la poésie le mérite d'être aussi fidèle que le permettrait la prose :
Le Rhône impétueux, sous son onde écumante,
Durant dix mois entiers, nous dérobe une plante
Dont la tige s'allonge en la saison d'amour,
Monte au-dessus des flots, et brille aux yeux du jour.
Les mâles jusqu'alors dans le fond immobiles,
De leurs liens trop courts brisent les nreuds débilps,
Voguent vers leur amante, et, libres dans leurs feux ,
Lui forment sur le fleuve un cortège nombreux :
On dirait d'une fête, où le dieu d'hyménée
Promène sur les flots sa pompe fortunée.
Mais, les temps de Vénus une fois accomplis,
La tige se retire en rapprochant ses plis,
Et va mûrir sous l'eau sa semence féconde.
100. Voici l'ingénieux tableau que Linnée fait de l'humble famille des Graminées : Gramina plebeii, campeslres, culmiferi, glumacei, rustici, vulgatissimi , simplicissimi, vivacissimi, constituentes vim roburque regni, et quo magis mulctati et calcati, magis mulliplicativi. (Linn^us, Systema naturse.)
101. La liste des arbres dont les dimensions ont acquis une certaine célébrité est considérable; on n'en finirait pas si l'on voulait les citer tous.
Dans leurs savants ouvrages sur les forêts, Evelyn et Loudon en ont représenté plusieurs, qui, semblables au Platane de Smyrne, offraient des écartements dans lesquels un cavalier armé de toutes pièces pouvait passer à franc étrier.( Evelyn, Sylva, 1664. Loudon, Arboretwn britannicum. Londres, 1838.)
102. Le voyage de Jeanne d'Aragon au Castagno di cento cavalli, comme on nomme en Sicile ce châtaignier de l'Etna, n'est qu'une fable populaire. Le comte de Borch prétend que son nom vient tout simplement de ce que l'on peut mettre cinquante chevaux dans l'excavation de son tronc et cinquante à l'entour. Quelques botanistes pensent cependant que cet arbre colossal est peut-être dû à la soudure de plusieurs individus de la même espèce. Mais ce n'est guère probable, les environs offrant d'autres Châtaigniers qui présentent des proportions presque aussi extraordinaires, et qui, à cause de cela, ont même des noms particuliers dans la contrée.
Le comte de Borch, qui a fort bien observé le Châtaignier aux cent chevaux, prétend qu'à la première vue on pourrait croire qu'il est formé par la soudure de plusieurs troncs, mais, qu'en l'étudiant attentivement, on voit que c'est bien un seul arbre. Ce fait a été mis hors de doute par le chanoine Recupero, qui a fait creuser à l'entour, et vu que les cinq troncs aboutissent tous à une seule et colossale racine. (Borch, Lettres sur la Sicile. Turin, 1782, t. I, p. 121.)
Dans son remarquable ouvrage sur la Sicile, J. Houel, peintre du Roi, qui a dessiné avec beaucoup d'exactitude le châtaignier fameux, émet aussi l'opinion que cet arbre appartient à une seule souche ; et, d'après le plan géométral qu'il a tracé de celui-ci, il aurait cent soixante pieds de circonférence. (Jean Houel, Voyage pittoresque des tles de Sicile, de Malte et de Lipari. Paris, 1784, t. II, p. 79.)
Dans les dernières histoires de la Chine, au rapport d'Adanson et de Denys de Montfort, il est question d'un arbre merveilleux, qui croît dans la province de Che Kiam, et qui est si gros que quatre-vingts hommes peuvent à peine en embrasser le tronc. Le premier de ces savants suppose, d'après cela, qu'il doit avoir au moins quatre cents pieds de circonférence. (Adanson, Hist. des plantes.) Mais un tel fait dépasse les bornes du vrai.
103. Dans l'ancienne Grèce, on révérait à un tel point l'Olivier, que l'on n'employait que des vierges et des hommes purs pour le cultiver. Dans quelques contrées
de l'Attique, on exigeait même un serment de chasteté de la part de ceux qui s'occupaient de la récolte des olives. Les délits qui concernaient l'arbre utile étaient jugés par l'aréopage. Pline rapporte que chez les Romains il n'était pas permis de l'employer à des choses profanes, et que l'exil frappait impitoyablement le citoyen qui mutilait un Olivier dans un bosquet consacré à Minerve.
Depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, on a constamment accordé à cet arbre une extrême longévité. Pline dit qu'un Olivier passant pour avoir été planté par Hercule, dans un champ d'Olympie, s'y voyait encore de son temps. Notre poète Delille protestait avoir cueilli, de sa main, un rameau de l'Olivier de Minerve, qu'il rencontra encore en pleine végétation à Athènes, et qui remontait à plus de quarante siècles, en admettant qu'il fût planté lors de la fondation de la ville de Cécrops. Mais il est évident que notre illustre compatriote a été induit en erreur.
104. Dans la Crimée, où nous avons porté nos armes avec tant d'éclat, on rencontre quelques arbres qui ont une certaine renommée. On cite principalement un Noyer qui se trouve dans une plaine des environs de Balaklava, à l'endroit où s'élevait le temple d'Iphigénie, en Tauride. On pense qu'il existait déjà au temps où les colonies grecques importaient leurs noix jusqu'à Rome, et que son âge remonte à plusieurs milliers d'années. Aujourd'hui sa fécondité est encore telle qu'il porte annuellement jusqu'à 100 000 noix, que se partagent, sans discorde, cinq familles tartares dont il est à la fois la propriété.
105. Les historiens rîous ont conservé le dénombrement de la petite armée de Cortez; et sa connaissance peut faire juger de l'étendue que devait avoir l'ombrage du Cyprès chauve dont il est question. Elle était composée de six cents fantassins espagnols, de quarante cavaliers et de neuf petites pièces d'artillerie. {Hist. gén. des voy., t. XII, p. 389.)
Selon M. Schacht, les calculs d'Adanson, qui font même remonter l'ancienneté des Baobabs jusqu'à six mille ans, pourraient bien être entachés d'inexactitude à cause de la rapidité avec laquelle cet arbre grossit. En quarante ans, un Baobab de Santa- Cruz a atteint trois mètres treize centimètres de circonférence.
Strabon cite des arbres encore plus extraordinaires, mais sans paraître y croire. Il dit qu'au delà de l'Hyarotis, il en existait dont l'ombrage était tellement ample qu'il pouvait s'étendre à cinq plethres et abriter dix mille personnes. (Strabon, Géographie, liv. XV.)
106. Le merveilleux que les alchimistes avaient cru voir dans l'apparition de la Trémelle Nostoc les avait portés à l'employer dans leurs recherches de la pierre philosophale. Les paysans, frappés comme eux de sa subite invasion , lorsqu'elle s'étend sur la terre, en gelée verdàtre et tremblotante, en rapportent aussi l'origine aux astres. Mais moins recherchés dans leur langage que les adeptes du grand œuvre, ils nommaient tout bonnement crachat de la lune ce singulier champignon.
107. Ce fut en 1829 que Thénard présenta à l'Académie des sciences les spécimens de pluie de Lichens, dont il est ici question. Il en tombe assez souvent dans le voisinage du Mont-Ararat.
Voici comment Louis Figuier, dans son excellent ouvrage, décrit le Lecanora esculenta, Lichen comestible que l'on considère comme étant plus particulièrement celui qui formait la Manne du désert :
« Ce Lichen se rencontre fréquemment dans les montagnes les plus arides du désert de la Tartarie; on en trouve d'abondantes quantités dans les déserts des Kirghiz au sud de la rivière Jaïk. 11 semble tomber du ciel, comme une sorte de Manne miraculeuse ; les hommes et les bêtes s'en nourrissent. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'd se présente sous la forme de petits globules, dont la grosseur varie de celle d'une tête d'épingle à celle d'une noisette, et qui sont toujours libres et ne tiennent à aucun corps. Il résulte de là que ces Lichens, se développant trèsrapidement, ont dû végéter et s'accroître, tout en prenant leur nourriture au sein de l'air, pendant que les vents les transportaient d'un lieu à l'autre. Les grumeaux légers qui constituent ces Lichens sont, en effet, souvent transportés par l'air à de grandes distances. La Manne qui servit à nourrir dans le désert les Hébreux fugitifs n'était autre chose qu'une espèce de ces Lichens comestibles et à croissance rapide, que les vents apportaient et jetaient devant leurs pas. Ces chutes de prétendue Manne ne sont pas très-rares de nos jours. »