LES CONSTRUCTEURS DE MONTAGNES
Ravies aux profondeurs de l'écorce terrestre, et violemment soulevées au-dessus des nuages par une formidable puissance, les hautes aspérités du globe, telles que les Alpes et les Cordillères, nous étonnent par leur masse et par leur élévation.
Mais il en est d'autres qui, quoique moins gigantesques, ont cependant une origine bien autrement merveilleuse : ce sont les montagnes de coquilles.
L'exubérance vitale des anciens océans surpassait tout ce que nous pouvons imaginer : nos mers actuelles ne nous en donnent aucune idée. Les Mollusques y vivaient en masses si serrées et si compactes que leurs seuls débris, en s'accumulant, ont produit d'épaisses assises ou des cimes imposantes.
Les phénomènes qui présidèrent à l'enfantement de celles-ci ont offert trois modifications fondamentales.
Tantôt c'étaient des mers dont le calme rivalisait avec la fécondité, exhaussant lentement leur fond à même la nécropole de leurs innombrables populations. Là, les coquilles, tranquillement déposées les unes sur les autres, ne présentent pas la moindre trace d'érosion. Après tant de milliers d'années, nous les retrouvons ornées de leurs plus fines arêtes, de leurs imperceptibles stries. Que dis-je? il en est même qui reflètent encore des couleurs qui les décorèrent aux premiers jours de la création, longtemps avant que l'œuvre fût achevée 1
Ailleurs, pull niant au milieu d'un océan sans bornes et tumultueusement agité, les coquilles broyées par ses vagues furieuses, en se précipitant en impalpable poussière, ont aussi formé des montagnes '6.
Mais, quelque extraordinaire que soit une telle origine, le doute n'est cependant pas permis ; en effet, dans certaines localités, on passe, par des transitions insensibles, des roches absolument composées de coquilles entières et entassées, à des strates dans lesquelles celles-ci sont plus ou moins finement broyées.
D'autres aspérités calcaires ont une origine encore plus prodigieuse ; elles ne sont formées que d'êtres microscopiques, dont l'extrême ténuité a miraculeusement bravé l'action destructive du temps. Il ne s'agit pas ici de l'une de ces ingénieuses hypothèses dont la science aimait tant jadis à s'emparer. Tout
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ce que nous avançons, le microscope le démontre avec une précision que nul ne peut contester; Ehrenberg nous a même donné d'excellentes figures de toutes ces merveilles dans sa Micrographie géologique 17 .
Ainsi donc, lorsque métaphoriquement nous parlons de l'ossature du globe, si ce nom s'applique à des montagnes de Calcaire grossier, on est absolument dans le vrai. S'il ne s'agit pas ici du squelette de notre sphère, il s'agit au moins de celui d'incommensurables myriades d'animaux qui l'ont anciennement peuplée.
C'est à de semblables amas d'animalcules à carapace cal-