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La mouche Tsétsé, de grandeur naturelle et amplifiée

qui est encore plus singulier, c'est que ce Diptère tue tel animal adulte et suce impunément le sang de sa progéniture. Le Tsétsé empoisonne rapidement un bœuf et ne fait absolument rien à son veau. Livingstone dit aussi que, pendant ses pérégrinations, ses enfants en furent souvent piqués, sans jamais en éprouver le moindre accident; ils n'y faisaient nulle attention; tandis que la mouche fatale lui tua quarante-trois bœufs, malgré la plus rigoureuse surveillance.

Le Tsétsé infeste les deux rives du Zambèse et s'en éloigne peu ; caché dans les buissons et les roseaux des bords du fleuve, il guette ses victimes au passage, et s'élance sur elles avec la rapidité d'une flèche. Lorsqu'il les parcourait, le docteur Livingstone dit que ces mouches bourdonnaient parfois autour de la tête de ses compagnons de voyage et de la sienne, aussi tassées qu'un essaim d'abeilles. Ils en furent souvent lardés

ainsi que leurs baudets, mais sans jamais en éprouver d'accident fâcheux, ni eux ni leurs montures. La piqûre de ce suceur de sang étant mortelle pour nos animaux domestiques, le bœuf, le cheval, le mouton et le chien, seuls la chèvre et l'âne composent, dans les contrées qu'il dévaste, tout le bétail agricole.

Les victimes connaissent le bourreau, et, lorsque le bourdonnement d'une de ces Mouches retentit aux oreilles des bestiaux, ceux-ci fuient de toutes parts, frappés d'épouvante.

De tels hôtes ont non-seulement paralysé l'agriculture, mais ils ont aussi posé la limite des explorations de l'homme. Privé de ses animaux de transport et de sa nourriture, le cheval et le bœuf, le voyageur ne peut franchir la résidence de la redoutable Mouche ; et lorsque par hasard il en affronte Je danger, ce n'est qu'en profitant des heures de son repos. Chaque fois que l'on est obligé de faire traverser à des troupeaux de moutons ou de bœufs les contrées infestées par le Tsétsé, les indigènes choisissent les nuits froides et éclairées par la lune, sachant alors que l'insecte endormi et engourdi ne piquera pas le bétail.

La Mouche domestique, inoffensive dans nos habitations, tourmente sans relâche ceux qui voyagent dans les pays chauds. Là on la redoute plus que l'hyène et le chacal, et l'on ne s'en garantit qu'en ayant autour de soi une armée d'esclaves. Dans quelques villages de la Haute-Égypte, j'ai parfois rencontré, dans les bras de leur mère, des enfants à la mamelle, dont le visage était envahi par des légions de Mouches, tellement tassées, qu'il n'apparaissait que comme un grouillant masque noir'9. Toutes travaillaient là activement, avec une trompe dont la délicate anatomie surpasse tout ce qu'on peut imaginer.

Chez nous, cette attaque de l'homme vivant par l'Insecte domestique ne se produit qu'exceptionnellement. Cependant, la Mouche à viande prend parfois pour des cadavres des gens plongés dans le dégradant sommeil de l'ivresse. A leur réveil,

son active progéniture ronge déjà leurs chairs palpitantes et chemine sous la peau de leurs joues et de leur crâne : hideux envahissement qui se termine fatalement par la mort.

Mais c'est surtout dans nos forêts et nos champs que le pas-

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