Trompe de mouche commune, vue au microscope
sage des Insectes laisse de déplorables traces. Leurs légions s'abattent sur certains végétaux, en nombre effrayant. Selon Ratzeburg, le Pin, à lui seul, servirait de refuge à plus de quatre cents espèces, dont la plupart lui sont nuisibles ; et Ch. Mûller assure que le chêne donne l'hospitalité à plus de deux cents animaux, qui sont liés à lui par leur existence parasitaire.
En un court laps de temps, quelques Phalènes aux ailes veloutées, et dont le vol nocturne semble si inoffensif, ravagent cependant les plus magnifiques forêts de Conifères; et, plus rapides que la cognée du bûcheron, ouvrent d'amples clairières au milieu de leurs sombres ombrages.
Dans quelques régions de l'Europe, une petite mouche jaune
53. Pyrale de la vigne, sous ses divers états. Pijralis Vitana, Dura.
bariolée de noir, le Chlorops lincata, épouvante l'agriculture en s'attaquant aux céréales. Linnée dit qu'à elle seule, en Suède, elle détruit plus du cinquième des récoltes d'orge, ce qui équivaut au moins à cent mille tonnes. Dans la France centrale, cet insecte ronge parfois la moitié des épis de nos champs.
Un autre, le Dacus de l'olivier, nous gaspille annuellement
pour trois millions d'olives. Enfin, un papillon, la Pyrale de la vigne, fait le désespoir de toutes nos contrées vinicoles, qui, depuis longtemps, implorent en vain le sécours de la science.
Lorsque les arbres attaqués corps à corps par les Insectes ne succombent point sous leur dent, ils en sont quittes pour de singulières difformités.
La piqûre d'un insecte extrêmement petit, le Puceron laniger, que l'œil perdrait sur les branches s'il n'était enveloppé d'une botte de laine blanche, couvre nos pommiers de nombreuses exostoses. Et souvent celles-ci finissent par les tuer.
C'est aussi à des blessures d'Insectes que sont dues ces toufes de branches difformes, serrées, qui apparaissent sur les troncs des pins, et auxquelles les forestiers allemands donnent le nom de Balais des sorcières; touffes d'un aspect étrange, que les superstitieux bûcherons des forêts du Hartz craignent de toucher, de peur d'être foudroyés, car ils croient qu'elles attirent la foudre ; aussi les désignent-ils également sous le nom de Buissons du tonnerre"10.
Dans le domaine des infiniment petits, les phénomènes physiologiques n'étonnent pas moins que la miraculeuse ténuité des ressorts ! Une simple comparaison va le démontrer.
Lorsque nous imprimons un mouvement d'élévation à nos bras, et que subitement nous les ramenons vers notre corps, une seconde suffit à peine pour exécuter cet acte.... Eh bien! pendant ce court laps de temps, d'après les expériences d'Herschell, certains Insectes font battre leurs ailes plusieurs centaines de fois !
M. Cagniard-Latour prétend qu'un Cousin, dans l'espace d'une seconde, donne cinq cents coups d'aile.
M. Nicholson va encore plus loin. Il affirme que les battements de l'aile de la Mouche commune s'élèvent normalement à six cents par seconde, dans le vol ordinaire, lorsque, pendant ce laps de temps, celle-ci franchit l'espace à raison de six
pieds. Mais ce savant ajoute qu'il faut sextupler ce nombre pour le vol rapide. C'est-à-dire qu'en une seconde, ou pendant le temps que nous mettons à exécuter un seul mouvement de l'un de nos membres, la mouche, avec son aile, peut en opérer trois mille six cents. La stupeur nous saisit en présence de semblables calculs, et cependant ils sont d'une irrécusable précision !