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Sphinx butinant des tleurs de Convolvulus

Cette merveilleuse rapidité des mouvements de l'aile des Insectes explique la prodigieuse facilité avec laquelle s'opère leur vol. Ainsi que le dit M. Blanchard, « de nos jours, le voyageur emporté par un train lancé à toute vapeur s'amuse souvent à regarder à la portière les moucherons qui y voltigent avec une aisance incomparable. Ces frêles Diptères, malgré l'agitation de l'air, vont, viennent, retournent, s'élèvent et s'abaissent, continuant leur manège des heures entières,

comme s'ils avaient à nous montrer que la plus grande vitesse dont nous disposons est insignifiante pour la puissance de leurs ailes délicates. »

Après cela, nous ne nous étonnerons plus de l'agilité qu'offrent certains papillons, tels que les Sphinx, lorsqu'ils butinent les fleurs de nos jardins. Ils passent de l'une à l'autre avec la rapidité de la flèche ; et, semblables aux Oiseaux-mouches, se suspendent immobiles devant les corolles en plongeant leur longue langue jusqu'au fond, pour en aspirer le nectar, tandis que leurs ailes sont animées de mouvements que l'œil ne peut suivre.

L'organisation de cette rame aérienne n'est pas moins remarquable que ses mouvements.

55. — là 4. Écailles des ailes de divers papillons, vues au microscope.

Quelle que soit la délicatesse avec laquelle vous saisissiez l'aile d'un Papillon, jamais vos doigts ne s'en éloignent sans en emporter quelques parcelles, qui ne vous semblent qu'une fine poussière à laquelle l'insecte doit son magnifique coloris. Mais si vous soumettez cette poussière à l'examen microscopique, quelle n'est pas votre surprise quand vous vous apercevez que chacun de ses grains représente une petite lame aplatie, allongée et finement guillochée, qui reflète les plus magiques couleurs. L'une de ses extrémités est ordinairement dentelée plus ou moins profondément, tandis que l'autre offre seulement un petit pédicule par lequel chaque écaille imperceptible s'attache à la membrane transparente de l'aile.

Si ensuite, avec un grossissement moins fort, vous exami-

LE RÈGNE ANIMAL. 101 nez une portion de celle-ci, vous voyez que toutes ces écail-

56, — 5. Autre écaille de papillon, vue au microscope.

les microscopiques sont arrangées avec une admirable symé-

57. Appareil musculaire de la Chenille du saule. D'après Lyonet.

trie, au-dessus les unes des autres, comme les tuiles d'un toit. Et comme elles sont de taille uniforme et souvent de couleurs

très-variées, la surface de l'aile ressemble absolument à une mosaïque d'une merveilleuse finesse ; non à l'une de celles de nos artistes, mais à un produit de l'art divin21.

Nos mouvements divers s'exécutent à l'aide de muscles volumineux, charnus, qui s'attachent au squelette. Par rapport à ceux-ci, l'insecte possède l'avantage numérique et dynamique sur l'espèce humaine. Les anatomistes ne comptent que trois cent soixante-dix de ces muscles chez l'homme, tandis que le patient Lyonet en a découvert plus de quatre mille sur une simple chenille.

L'insecte nous surpasse également en force. Un homme de force moyenne n'écarte qu'avec peine un poids de vingt kilogrammes placé horizontalement. Pesant lui-même 70 à 7b" kilogrammes, il n'ébranle donc, durant cet acte, que des masses dont le poids n'atteint même pas le tiers de celui de son corps. Si l'on soumet un Taupe-grillon à la même épreuve, les résultats sont tout à fait extraordinaires; lui qui ne pèse que 4 grammes, écarte avec ses deux larges mains un poids de 1 kilogramme et demi, c'est-à-dire qu'il déploie une force qui le surpasse trois cent soixante-quinze fois en pesanteur !

Les plus vulgaires observations mettent en évidence cette puissance des Insectes. Un Scarabée mis sous un chandelier, disait avec raison Walter Scott, le fait remuer et le déplace par ses efforts pour retrouver sa liberté ; ce qui revient au même, ajoutait-il, que si un détenu par ses efforts ébranlait la prison de Newgate pour s'évader !

Malgré leur ténuité, et la délicatesse de leurs détails anatomiques, les membres de quelques Insectes n'en offrent pas moins une force qui nous étonne comparativement. Quoiqu'il soit presque puéril de parler de la Puce, prenons-la cependant pour exemple, parce qu'elle est malheureusement connue partout. Dans son intéressant ouvrage sur le Monde invisible, M. de Fonvielle prétend qu'elle peut s'élever à une distance du sol que l'on peut évaluer à deux cents fois sa taille : à ce

compte, dit-il, un homme ne se ferait qu'un jeu de sauter pardessus les tours de Notre-Dame et la butte Montmartre. la prison ne serait plus possible, à moins d'en construire les murailles d'un demi-kilomètre de hauteur.

A peine si nous pouvons croire aux prodigieux mouvements de l'aile et à sa fine mosaïque de pierreries : les pattes, quoique moins agiles et moins parées, sont cependant tout aussi dignes de notre attention. Celles de l'Abeille ouvrière sont de véritables chefs-d'œuvre : elles présentent à la fois une corbeille, une brosse et une pince. L'un de leurs articles est, en effet, une véritable petite brosse, d'une ténuité extrême, dont les poils disposés par rangées symétriques ne s'aperçoivent qu'au microscope. Et c'est avec cette brosse d'une finesse féerique que l'Abeille nettoie perpétuellement sa robe velue, pour en enlever la poussière pollinique qui s'y est enchevêtrée,

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