Éphémère commune
foulante, comparé à celui des Insectes. Deux larges ouvertures munies chacune de deux soupapes ou valvules destinées à s'opposer au reflux du sang : voici tout ce qui fonctionne dans cet organe central de la circulation. Si, à l'aide du microscope solaire, on projette sur un vaste écran tout le corps transparent d'une Éphémère, on est émerveillé du magnifique spectacle qu'offre chez elle le mouvement du sang. Le cœur représente un long vaisseau qui occupe tout le dos de l'animal, et dans lequel le fluide circulatoire se précipite par huit ou dix ouver-
tttres latérales, semblables à de petits ruisseaux convergeant vers un courant plus impétueux. Autant de valvules se soulèvent et s'abaissent pour en permettre l'entrée et empêcher le retour. A l'intérieur de ce cœur allongé, de plus grandes valvules, au nombre de six à huit, s'appliquent sur sa paroi pour laisser circuler le sang en avant, et s'ouvrent ensuite, durant chaque contraction , afin d'empêcher qu'il ne revienne en arrière. Des vaisseaux disposés en anses se rendent dans tous les membres.
Le cours du sang sur l'Insecte colossal qu'offre l'écran ressemble à celui d'autant de petits canaux charriant des globules plus ou moins tassés : tout est là de la dernière évidence. Et cependant, qui le croirait? jamais Guvier et l'école qui l'environnait ne voulurent reconnaître ce phénomène. Au lieu de regarder, ce qui était si facile, ils aimèrent mieux nier la circulation des Insectes, et considérer leur admirable cœur comme un simple vaisseau sécrétoire, ébranlé par des secousses contractiles. C'est ainsi que marchent les sciences physiologiques; il faut cent combats pour faire admettre la vérité la plus facile à vérifier.
Chez nous, comme chez tous les grands animaux, l'air se précipite dans l'appareil respiratoire , sans la moindre précaution, par une ouverture unique et fort ample ; toutes les impuretés de l'air peuvent s'y engouffrer et souiller nos poumons.
Les Insectes, au contraire, aspirent le gaz atmosphérique par plusieurs orifices, et ce gaz est finement épuré avant son introduction dans l'organisme. Les uns ont, à cet effet, toutes leurs bouches aériennes tapissées d'une membrane percée comme un crible, d'une multitude de petits trous qui arrêtent les moindres corpuscules de l'air, et fonctionnent à l'instar d'un véritable tamis. D'autres ont chacune de leurs boutonnières respiratoires obstruée par des poils, qui y forment une sorte de réseau arborisé, pour le même usage. Sans ces provi-
dentielles précautions, les tubes aériens de ces animaux, souvent fins comme des cheveux, eussent à chaque instant été bouchés par la poussière au milieu de laquelle ils vivent.
67. Bouche aérienne ou Stigmate de Mouche commune, vu au microscope.
Lorsque les Insectes habitent l'eau, d'autres soins, non moins admirables, empêchent le liquide de s'engouffrer dans leurs vaisseaux aérifères. Parfois il existe à l'entrée de l'organe respiratoire une véritable porte à cinq ou six battants, du plus ingénieux mécanisme, que l'animal ouvre et ferme à son gré. Il ne l'ouvre que lorsqu'il vient respirer à la surface des mares ;
G8. Larve du Cousin commun, vue au microscope.
quand il s'enfonce dans leur profondeur, les battants de cette petite porte à air sont strictement clos, et les canaux pneumatiques se trouvent efficacement défendus contre l'invasion du liquide qui en troublerait l'harmonie. C'est ce que l'on voit
sur la larve du Cousin commun, qui pullule dans nos eaux stagnantes.
Chez les grands animaux, la fonction respiratoire s'opère à l'aide d'un appareil distinct, limité, confiné dans une région du corps. Chez les Insectes, elle a un plus ample théâtre : l'air s'épanche partout, et après avoir immergé les organes internes à l'aide de vaisseaux particuliers, les trachées, que leur teinte nacrée fait facilement distinguer, il parvient même jusqu'aux plus fines extrémités des pattes et des antennes. Ces vaisseaux offrent à cet effet une structure infiniment remarquable. Ils sont composés d'une fine lame cartilagineuse, enroulée comme le fil métallique d'un élastique de bretelle : disposition qui tend à tenir leurs parois constamment écartées, et à y faciliter la libre circulation de l'air.
Il n'est personne qui n'ait remarqué, avec un certain dégoût, une larve blanche à longue queue, qui vit dans les eaux sales et croupissantes de nos cours et de nos chemins, et qu'on appelle vulgairement Ver a queue de rat. Lorsque j'étais jeune, cette larve m'inspirait la même répulsion qu'à tout le monde : mais depuis que mes yeux, armés d'une loupe, l'ont examinée , et depuis que j'en ai étudié les mœurs, l'admiration a remplacé la répugnance. Cette queue extraordinaire, à laquelle l'animal doit son nom, est un organe respiratoire. Elle contient deux vaisseaux qui vont disperser l'air dans tout le corps de cette larve de mouche, car c'en est une, qui fait partie du genre Éristale. Ces deux canaux aériens sont enveloppés par des tubes d'un calibre différent, qui s'emboîtent les uns dans les autres, et se meuvent absolument comme les tubes d'une longue- vue.
Ce ver, n'ayant aucun organe natatoire, trouve dans cette ingénieuse disposition le moyen de pouvoir constamment ouvrir à la surface de l'eau l'orifice de son appareil respiratoire, quel que soit le niveau de celle-ci. Si le liquide baisse dans la flaque qu'il habite, tous les tubes rentrent l'un dans l'autre, comme ceux de l'instrument astronomique, et les trachées aé-
rifères serpentent à l'intérieur. Si, au contraire, une averse fait démesurément monter l'eau, tous sont projetés au dehors, étirés à l'extrême, et leur orifice n'en atteint pas moins la surface.
L'intention finale de la nature est tellement manifeste dans cette circonstance, que si, à l'imitation de Réaumur, vous plongez une de ces larves dans un verre ne contenant qu'une très-petite quantité d'eau, qu'on augmente ensuite peu à peu, sa queue s'allonge à mesure, et prend même un développement extraordinaire, pour subvenir, sans désemparer, aux besoins de la respiration et s'épanouir à la surface du liquide.
Les ravages des Insectes, qui nous occasionnent parfois de si grandes paniques, s'expliquent par leur énorme fécondité. Cette fécondité est tellement prodigieuse, que bien des gens s'imaginent qu'elle résulte d'une création subite, en masse. A ce sujet, Leuwenhoeck calcula qu'une seule Mouche domestique peut produire en trois mois 746 496 petits ; aussi Linnée a-t-il pu dire, en songeant à la voracité de cette progéniture affamée, que trois Mouches consommaient le cadavre d'un cheval non moins rapidement qu'un Lion.
Les Termites offrent une fécondité encore plus extraordinaire ; et, à la dixième génération, suivant R. Owen, un seul Puceron a produit 1 000 000 000 000 000 000 de petits.
Les œufs des Insectes, dont notre œil n'aperçoit que la forme, nous apparaissent comme autant de petits chefs-d'œuvre d'art, quand la loupe nous en révèle les délicates ciselures ou le mécanisme. Ils se rapprochent généralement de la configuration de la sphère ou de l'ovoïde. Quelques Papillons en produisent de cylindriques ; ceux des Cousins ressemblent à de charmantes amphores microscopiques. Il en est dont l'extrémité est surmontée d'une couronne dépiquants; d'autres représentent exactement une délicate marmite en miniature, dont le jeune habitant n'a, pour naître, qu'à soulever le couvercle.
L'œuf du Pou, qui nous dégoûte tant, offre cette curieuse
structure. Mais, de plus, son ouverture est enjolivée d'un petit bourrelet saillant, et d'une gorge dans laquelle entre