Taupe d'Europe. Talpa Eurvpxa, Linnée
et d'Insectes de toute espèce. Un naturaliste a calculé qu'une Taupe dévorait annuellement 20 000 Mans. Mais l'animal auquel elle parait surtout faire une guerre acharnée est le Ver de terre. Elle est tellement vorace qu'il faut qu'elle mange toutes les six heures. Aucun animal n'est aussi bien favorisé que la Taupe dans son instinct Carnivore; quarante -quatre dents hérissées de pointes ne cessent de fonctionner du matin au soir. Elle a un tel besoin de nourriture que si elle vient à
en manquer pendant une seule journée, elle périt d'inanition. C'est une véritable machine à manger, engloutissant chaque jour proportionnellement une énorme quantité d'aliments ; aussi M. de la Blanchère a-t-il pu dire avec raison : a Grandissons la Taupe à la taille du Lion, et nous serons en présence de la bête la plus terrible que la terre ait portée 37 . »
Ce que l'on ne croirait pas, si cela n'était attesté par un savant tel que E. Geoffroy Saint-Hilaire , c'est que la Taupe, animal souterrain par excellence, quoique plongée sous le sol, n'en attrape pas moins des oiseaux pour les dévorer. Le rusé mammifère se livre à cette chasse en agitant un peu son museau à Heur de sa taupinière. L'oiseau croit voir là un vermisseau qui remue, et se précipite dessus pour le saisir, mais il ne trouve que la gueule affamée du terrassier qui l'engloutit à l'instant.
La structure de l'ouvrier est merveilleusement adaptée à son genre de vie. Ses membres antérieurs représentent deux larges pelles tranchantes, mues par un appareil musculaire tellement puissant qu'à lui seul il pèse presque autant que tout le reste du corps. Son museau , boutoir mobile , perfore d'abord le sol, et les pattes le déblayent à mesure. Secondée par de tels organes, la Taupe perce ses canaux souterrains avec une vélocité prodigieuse; c'est une tarière vivante, un véritable instrument a terrasser.
Cet animal dévore sa proie avec tant de gloutonnerie , que quand celle-ci est d'un certain volume , si c'est un rat ou un oiseau, par exemple, il entre en quelque sorte dans ses entrailles ; la tète et les pattes de devant s'y trouvent tellement • enfoncées, qu'on ne le voit presque plus. Le carnassier fouille sa victime comme s'il perforait la terre.
Jamais la Taupe ne ronge de racines; j'en ai ouvert des centaines sans en rencontrer une seule dans leur estomac , qui, au contraire, était toujours gorgé de Mans et de Vers de terre. Cet insectivore est donc un de nos ardents auxiliaires;
on le sait bien là où l'agriculture est confiée à des mains expérimentées. Là aussi, et cela a lieu dans certains vignobles dévastés par les Mans, on en achète pour leur confier la destruction de ces redoutables ennemis 38.
Un autre Mammifère bienfaisant, et sur lequel on a été tout aussi trompé qu'à l'égard du précédent, c'est le Hérisson.
Représenté partout comme un pillard de nos vergers , enfilant les pommes et les poires avec ses épines , et allant les manger dans sa retraite, le Hérisson, au contraire, ne touche jamais à un fruit. C'est un actif carnassier , qui ne se nourrit que de vers, d'insectes, de limaçons, et de rongeurs nuisibles à nos habitations. Loin de dévaster nos jardins et nos terres, il les protège. Aussi , cela est-il parfaitement connu dans quelques pays où, comme à Astrakan, par exemple, on le substitue au chat dans les maisons de la ville.
A ces auxiliaires d'une activité notable, il faut en ajouter
Coléoptères carnassiers de la tribu des Carabiques. 128. Calosoma sycophanta. 129. Antltia duodccimpunctata. 130. Carabus gnjphxus.
une ample légion de beaucoup plus petits, mais dont le travail, en se multipliant, arrive ainsi à un chiffre important. Ceuxci se trouvent, comme une providentielle compensation, dans
cette classe des Insectes qui nous cause tant de dégâts. Ces bienfaiteurs, perdus, méconnus au milieu de l'ennemi, appartiennent principalement à la tribu des Carabiques , aux dévorantes mâchoires : ce sont surtout les Galosomes , les Cicindèles et les Carabes tout resplendissants de pourpre et d'or, qui, pleins de vaillance , se jettent courageusement sur tous les
insectes lorsqu'ils passent à leur portée. Ailleurs nous trouvons les insidieux Scarites cachés dans leur souterrain , et y guettant leur proie au passage.
Au lieu d'écraser impitoyablement tous ces Coléoptères bienfaisants, comme on le fait ordinairement quand on les rencontre dans les jardins ou la campagne, il faut les protéger, car ils y dévorent en grandes masses les chenilles qui les ruinent.