LES CONSTRUCTEURS DE MONTAGNES ET LES GLANEURS
Quelques Oiseaux se font remarquer et par l'ampleur de leurs constructions, et par les notions innées qu'ils semblent avoir sur certains phénomènes chimiques qu'on les voit parfaitement utiliser.
Tel monticule d'un parterre anglais nous étonne par ses dimensions et le travail qu'il a exigé. Beaucoup de bras et de temps y ont été employés, et, cependant, si vous comparez l'ouvrage aux moyens de l'ordonnateur, cet amas de terre vous semble bien peu de chose. Un Oiseau, à lui seul, accomplit une besogne mille fois plus considérable : c'est le Mégapode tumulaire.
Celui-ci a le port et la taille d'une Perdrix, et sa modeste robe brune rappelle les sombres couleurs de beaucoup d'oiseaux de sa patrie, l'Australie, cette terre des merveilles zoologiques; mais ses travaux et son intelligence font immédiatement oublier le triste aspect de l'ouvrier.
La nidification de cette espèce est vraiment une œuvre herculéenne ; et l'on n'y croirait pas, si elle n'était attestée par les plus authentiques témoignages.
C'est sur le sol que repose l'immense construction que fait le Mégapode. Il commence par y amasser une épaisse couche
de feuilles, de branches et d'herbes. Ensuite il y entasse de la terre et des pierres, et les jette tout autour de manière à former un énorme tumulus cratériforme, concave au milieu, endroit où les matières primitivement amassées restent à découvert. L'un de ces nids, dont l'illustre ornithologiste Gould a donné les dimensions exactes, avait 14 pieds de hauteur et offrait une circonférence de 150 pieds. Proportionnellement à la taille de l'oiseau, une telle montagne a vraiment des dimensions qui tiennent du prodige ; et l'on se demande comment, à l'aide de son bec et de ses pattes pour toute pioche et tout moyen de transport, il a pu rassembler tant et tant de matériaux!
Le célèbre tumulus d'Achille et celui de Patrocle ont assurément demandé moins de labeur.
Si l'on cherchait à établir une comparaison entre le travail du Mégapode et celui que pourrait produire un homme, on arriverait réellement à des résultats tout à fait inattendus. La taille comparative de l'animal étant difficile à déterminer à cause de la variété des attitudes, si l'on prend le poids, on reconnaît que le Mégapode, pesant environ un kilogramme, élève parfois son tumulus à plus de trois mètres ; or, comme un homme pèse en moyenne une soixantaine de kilogrammes, pour édifier une construction en rapport avec le nid de l'oiseau, il devrait accumuler une montagne de terre qui aurait presque le double de la hauteur et de la masse de la grande pyramide d'Egypte !
Cependant, cette œuvre immense est probablement le résultat du travail d'un certain nombre de couples. Non-seulement son ampleur l'indique, mais aussi l'abondance d'œufs qu'on trouve enfouis au milieu des herbes et des feuilles qui y sont entassées. On en compte parfois jusqu'à cent, et même plus, dans chaque tumulus; et, comme ils sont extrêmement gros et d'un goût agréable, la découverte de ces gîtes est toujours une bonne fortune pour les Australiens ; aussi s'en em-
parent-ils aussitôt qu'ils en rencontrent. Mais comme ils se trouvent enfouis à plus d'un mèlre, la conquête en est toujours difficile et demande un long travail. Quand la ponte est ter-