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LE TRAVAIL ET LA FAMILLE

Toute la tribu des Roitelets et des Mésanges fait oublier son infime taille par l'ingénieux fini de ses travaux et son amour exquis de la famille : c'est parfois merveilleux à voir.

Parmi ces charmants hôtes de nos buissons, on distingue le Troglodyte, qui construit un nid semblable à une petite demeure souterraine ; puis la Mésange à longue queue, dont l'habitation globuleuse n'excède pas la grosseur du poing et est composée de mousse et de lichen. La mère n'y accède que par une ouverture excessivement étroite, et y nourrit souvent dix ou douze petits. Il est vraiment inexplicable qu'une si nombreuse famille puisse s'entasser dans une chambrette d'une telle exiguïté. On croirait qu'elle doit s'y étouffer; mais, empilés les uns sur les autres, les jeunes oiseaux ne s'en réchauffent que mieux, et toute la nichée vit heureuse et pleine de gaieté dans sa couchette aérienne.

Par rapport à l'élégance de la construction, la Mésange Rémiz étonne encore plus l'observateur. Son nid, suspendu aux

branches des arbres, a exactement la forme d'une cornue de chimiste ; seulement au lieu d'être confectionné en aussi dure matière, il n'entre dans sa composition que de la fine mousse

142. Nid de Mésange à longue queue. Parus caudatus, Linnée. Du Muséum de Rouen.

et du duvet. L'ouverture en est tissée avec soin : pas une fibre ne dépasse l'autre !

Qui pourrait dire de quelle merveilleuse manière l'oiseau aborde son nid en volant, y entre ou en sort par une ouver-

ture qui semble avoir à peine le diamètre de son corps, et sans jamais en déranger une fibrille !

La hutte de quelques sauvages reste constamment ouverte ;

143. Nid de Mésange Rémiz. Parus pendulinus, Latham. Du Muséum de Rouen.

leur intelligence déshéritée ne leur a pas encore fait inventer la porte protectrice. Les Araignées sont plus ingénieuses : il en est qui, comme nous l'avons vu, savent s'enfermer dans

leur souterrain, avec une porte habilement ouvrée ; quelques Oiseaux prennent des précautions analogues.

Dans son ouvrage sur les Oiseaux de l'Inde, M. Jerdon rapporte le curieux manège de certaines espèces du genre Homrains, dont les mâles ont l'habitude, à l'époque de la ponte, d'emprisonner la femelle dans son nid. Ils en ferment l'entrée au moyen d'un épais mur de boue, qui n'offre qu'un petit trou par lequel la couveuse respire et peut seulement passer le bec pour recevoir ses aliments. C'est par ce trou, en effet, que son trop sévère époux lui en apporte, à chaque instant, quelque becquée ; car il faut dire, à sa louange, que, s'il est assez barbare pour la cloîtrer, il la nourrit avec une extrême tendresse. Cette réclusion forcée ne cesse qu'au moment où se termine l'incubation ; alors le couple brise les portes de la prison.

Dans son voyage aux Indes, Sonnerat parle d'une Mésange du Cap dont le nid en forme de bouteille et fait en coton mérite d'être signalé. Quand la femelle couve à l'intérieur, le mâle, vraie sentinelle vigilante, reste au dehors, couché dans une poche spéciale, ajoutée à l'un des côtés du goulot. Mais lorsque sa compagne s'éloigne et qu'il veut la suivre, à l'aide de son aile, il bat violemment l'orifice du nid, et parvient à l'obstruer, pour protéger sa progéniture contre ses ennemis.

En fait de construction ingénieuse, suscitée par l'amour de la famille et du travail, il n'en est pas qu'on puisse comparer à l'œuvre du Républicain. Ce petit Oiseau du Cap, qui est de la taille de nos Moineaux, auxquels il ressemble absolument, vit en sociétés nombreuses, dont tous les membres se réunissent pour former une immense cité, ayant l'apparence d'une charpente circulaire, qui entoure le tronc de quelque grand végétal. On y compte parfois plus de trois cents cellules, ce qui indique qu'elle est habitée par plus de six cents oiseaux. Ce nid est tellement pesant, que Levaillant, qui en recueillit un durant son voyage en Afrique, fut obligé d'employer une voiture et plusieurs hommes pour le transporter. Quand, de loin, on

en aperçoit dans la campagne, on croit voir de grands toits suspendus aux troncs des arbres qui s'y trouvent disséminés, et sur lesquels se joue une multitude d'oiseaux.

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