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Oursin comestible de nos rivages

mais tout se borne là. Il est formé d'herbes enchevêtrées, et se trouve presque constamment fixé vers le haut de trois tiges de roseaux à balais. C'est là que la gracieuse petite femelle couve en sécurité ses œufs. Mais son gîte ne peut ni monter ni descendre sur le trio de plantes qu'il lie étroitement; et s'il le pouvait, il ne flotterait même pas : l'eau submergerait la pauvre couvée. C'est une erreur à rectifier.

Les auteurs anciens, poètes et historiens, ont souvent célébré d'autres nids flottants : c'étaient ceux de l'Alcyon, qui se plai-

sait au milieu des vagues et se berçait au-dessus d'elles en leur confiant sa couche et sa couvée. Dans leurs fables charmantes, ils racontaient que c'était vers le coucher des Pléiades que l'oiseau des orages les construisait. Alors cessait le murmure des flots, et les vents se taisaient pour que l'œuvre de Dieu pût s'accomplir sur une mer tranquille. C'étaient même ces belles journées, qui se manifestent fréquemment en Orient vers le solstice d'hiver, que le nocher appelait les jours de V Alcyon.

« Ces nids sont admirables, dit Pline; ils ont la figure d'une boule et ressemblent à de grandes éponges. On ne peut les couper avec le fer, mais un choc violent les brise. » Plutarque croyait qu'ils n'étaient composés que d'os de poissons entrelacés. Mais il paraît que ce philosophe avait pris pour des nids d'Alcyon des carapaces d'Oursins que les flots apportent souvent sur les rivages.

S'il est bien reconnu aujourd'hui que l'Alcyon de l'antiquité, qui n'est autre que notre Martin-pêcheur, ne confie point de nids flottants au calme de la mer, les ornithologistes ardents qui étudient les mœurs des habitants de nos marécages, ont découvert quelques espèces dont la merveilleuse nidification surpasse encore le mythe célèbre.

Telle est celle du Grèbe castagneux. Ce Palmipède couve sa progéniture sur un véritable radeau, qui vogue à la surface de nos étangs. C'est un amas de grosses tiges d'herbes aquatiques, très-serrées; et comme celles-ci contiennent une notable quantité d'air dans leurs amples et nombreuses cellules, et qu'en outre elles dégagent divers gaz en se putréfiant, ces fluides aériformes, emprisonnés par les plantes, rendent le nid plus léger que l'eau. On le trouve flottant à sa surface dans les sites solitaires peuplés de scirpes, de joncs élevés et de grands roseaux. Là, dans ce navire improvisé, la femelle, sur son lit humide, réchauffe silencieusement sa progéniture. Mais si quelque importun vient à la découvrir, si quelque

155. Nid de Fauvette rousserolle. Motacilla arundinacea, Gmelin. Du Muséum de Rouen,

chose menace sa sécurité, l'Oiseau sauvage plonge une de ses pattes dans l'onde et s'en sert comme d'une rame, pour transporter sa demeure au loin. Le petit batelier conduit son frêle esquif où il lui plaît; entraînant souvent, tout autour, une grande nappe d'herbes aquatiques, il semble une petite île flottante emportée parle labeur du Grèbe, qui s'agite au centre d'un amas de verdure.

Ainsi la vérité est plus extraordinaire que la fiction42.

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