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HER CASPIENNE. ET RELATIONS COMMER- CIALES AVEC L’EMPIRE ROMAIN

Ce fut sous Ho-ti (de 89 à 106) que Pan-tchao étendit de nouveau la domination de l’empire jusqu’aux extrémités septentrionales de l’Asie. Cet officier général avait été envoyé , en 72 par l’empereur Ming - Tl", dans les contrées occidentales de l’Asie, pour y rétablir le système fédératif politique des premiers empereurs des Han.

On lit dans les Tableaux historiques de l'Asie, résumé quelquefois heureux de l’histoire chinoise : « L’an 80 de J. C. , Pan-tchao partit de la cour, se porta vers l’occident, et reprit le royaume de A aschgar, qui, par une révolution intérieure, avait été détaché de l’alliance chinoise. Après ce premier succès , il se renforça de vingt mille hommes , tirés du pays des Ou-sun, pour aller attaquer à force ouverte le royaume de fihoueï - ihseu (Koulchi de nos jours). Cette guerre ne fut pas aussi facile à terminer que les précédentes. Depuis que Pantchao avait pénétré dans les pays occidentaux , il n’était encore parvenu à

rendre tributaires de la Chine que huit de ces royaumes. C’est pourquoi il résolut, l’an 94, de déployer une plus grande force militaire. 11 assembla les troupes de ces huit royaumes, et, avec leurs secours, il passa les montagnes neigeuses du Thsoung ling pour attaquer le roi des Yue-lchi qu’il fit mourir. Celui de Khoueï-thseu, s’il n’éprouva pas le même sort, fut du moins réduit comme les autres. La défaite totale des Hioung-nou du nord , effectuée par le général chinois Teou-hian, et la soumission entière de ce que nous appelons la petite Boukharie , permirent à Pan-tchao de pousser ses conquêtes jusqu’à la mer Caspienne.

Il soumit plus de cinquante royaumes, dont il envoya les héritiers présomptifs à la cour de l’empereur, pour y rester en otages, et y demeurer garants de la fidélité de leurs compatriotes. II nourrissait même le projet (102 de J. C.) d’entamer l’empire romain-, mais le générai à qui il avait confié cette expédition se laissa décourager par les Persans, qui lui représentèrent son entreprise çomme très-longue et périlleuse, et il revint sur ses pas. Après avoir soumis l’occident et consolidé la puissance chinoise, Pantchao désira finir ses jours dans sa patrie, au sein de sa famille, et il demanda son rappel. »

M. Abel Rémusat rapporte ainsi le même fait dans son Mémoire sur l'extension de l’empire chinois du côté de l’occident, que nous avons déjà cité :

« A la mort de Ming-ti , qui arriva en 75 de J. C. , les habitants de Yerkiyang et de Kouei-tseu ( Disch-balickh) attaquèrent le commandant du midi, et les Hioung-nou, joints aux conducteurs de chars, assiégèrent le commandant du nord ; Tchang-ti ne voulant pas sacrifier le repos de la Chine au bien des barbares (c’est le langage des écrivains chinois), retira les commandants de Tartarie , et les Hioung-nou s’emparèrent aussitôt du pays des Ouigours.

« Le général Pan-tchao se trouvait alors à Khoton, et cherchait à

CHINE

contenir ies habitants de ces contrées.

JHo-ti ayant succédé à Tchang-ti, suivit d’autres pro jets. Il envoya contre les flioung-nou le général Teou-hian , qui remporta une grande victoire. On reprit le pays d’Ouigour, et en moins de trois ans Pan-tchao se rendit maître de toute la Tartarie occidentale. On lui donna en récompense le titre de gouverneur général , et il se fixa dans le pays de Kouéi-tseu ( BüchbaUckh). On rétablit aussi les commandants du pays des Ouigours. Alors cinquante États de ces régions furent soumis et réunis à l’empire. On reçut même la soumission des Tadjiks ( Perses ) , des A-si ( A ses) , et de tous les peuples qui habitaient jusqu’au bord de la mer Caspienne, à quarante mille li de distance. La neuvième année , Pan - tchao envoya le général Kan-ying visiter la mer d’oocident, et son voyage procura une foule de connaissances qu’on n’avait pas eues sous les précédentes dynasties. On recueillit alors des détails exacts sur les mœurs, les productions, les traditions , les richesses d’un grand nombre de contrées. Parmi les royaumes les plus éloignés on cite ceux de Ming-ki et de Teou-le, dont les princes demandèrent à être admis comme vassaux, et reçurent en cette qualité le sceau et la ceinture.

« L’intention de Pan-tchao était que Kan-ying pénétrât dans le grand Thsin; mais quand ce général fut arrivé sur les bords de la mer occidentale, les Tadjiks (ou Perses), chez lesquels il se trouvait, lui représentèrent que la navigation qu’il allait entreprendre était fort périlleuse. Suivant les récits qu’ils lui firent, il fallait, par un bon vent, deux mois pour traverser la mer; mais pour le retour, si l’on n’était pas favorisé des vents , il fallait mettre deux ans; de sorte que les navigateurs qui voulaient aller dans le grand Thsin avaient coutume de prendre des provisions pour trois ans.

Voilà les objections qu’on fit à Kanying afin de le détourner de son projet, ou peut-être les excuses qu’il inventa pour justifier sa désobéissancé.

Ainsi l’empire romain ne fut pas mis cette fois au nombre des tributaires de éëlui des Chinois (*); mais ceux-ci ne manquèrent pas d’y comprendre, outre toute la Tartarie, où ils exerçaient une jouissance effective, la Transoxane, Samarcand, le pays des n-ai ou de Boukhara, celui des Tadjiks ou la Perse, et plusieurs outres contrées.

On eût pu y comprendre aussi l’Inde, dont on reçut alors des ambassades, et qui depuis a continué d’être rangée parmi les pays occidentaux , parce que l’on en venait dans les commencements par la route du nord et du nord-ouest, par Kaboul, Kandahar, Samarcand et Schach. L’Inde était dès lors remplie de curiosités et de marchandises ve-, nues du grand Thsin, avec lequel les Indiens avaient beaucoup de communications du côté de l’occident. On met ces raretés et les productions du sol même de l'Hindoustan au nombre des principaux objets du commerce qui se faisait alors dans ces contrées.

«Une circonstance à remarquer, c’est que le commerce entre les deux pays de Thsin, c'est-à-dire, entre l’empire romain et la Chine proprement dite, paraît avoir été le vrai motif des expéditions des Chinois sur la mer Caspienne. «De tout temps, dit un auteur chinois , les rois du grand Thsin ( les empereurs romains) avaient eu le désir d’entrer en relation avec les Chinois; mais les A-si, qui vendaient leurs étoffes à ceux du grand Thsin, avaient toujours eu soin de cacher les routes et d’empêcher les communications directes entre les deux empires.

Cette communication ne put avoir lieu immédiatement que sous Houan-ti (l’année 166 de J. C.), que le roi du

(*) Sans celle circonstance, qui nous est révélée par les historiens chinois, peut-être que des armées chinoises seraient venues en aide aux peuples ;le la Gaule qui luttaient encore, vers la même époque, arec Julius Vindex , contre lés armées romaines; et qui sait l’inOueiice que cette puissante diversion ‘d'armées chinoises et tartares aurait exercée “sur les destinées futures des nations occidentales !

grand Thsin, nommé An-thun, envoya des ambassadeurs; encore ces derniers vinrent-ils, non par la route du nord, mais par celle du midi (ou par le Touking (*) etc.). »

« On ne peut pas dire précisément ( Tableaux nist. de T Asie) combien de temps ces relations entre les deux plus puissants empires de l'antiquité ont duré; mais il est probable qu'elles continuèrent pendant tout le règne de la dynastie des Han , et jusqu’au commencement du troisième siècle. Les expéditions maritimes pour la Chine partaient des ports de l’Égypte et du golfe Persique, pour se rendre, à travers les mers de l’Inde, à Canton v ou tout autre port de la Chine méridionale. C’est à ces expéditions que Ptolemée devait les renseignements précieux qu’il nous a laissés sur ces contrées de l’Asie. Les troubles et le partage de l’empire chinois, qui succédèrent à la dynastie des Han, n’ont probablemeut pas empêché ce commerce des Romains, qui alors se devait faire dans les États du roi d 'Ou, situés dans le sud de la Chine. Quoique les données positives sur cet objet nous manquent, il n’y a aucune raison de douter de la continuation de ces relations; car partout le commerce suit la route une fois frayée, si de grands événements politiques ne l’ont pas interceptée pour une longue suite d’années.

« Il faut observer que les Parthes ne vendaient pas la soie écrue aux Romains , mais des tissus de cette matière fabriqués par eux-mêmes. Les historiens chinois nous apprennent la cause principale pour laquelle les A-si s’opposèrent à toute communication directe entre Rome et la Chine : c’était

(*) Le même auteur chinois ajoute que plus tard les Romains ou habitants du Tatluui envoyèrent encore des ambassadeurs en Chine. Il dit que les habitants de l’empire romain fabriquent des étoffes qui sont mieux teintes et d’une plus belle couleur que tout ce qui se fait à l'orient de la nier; aussi trouvaient-ils beaucoup d’avantages à acheter les soies de Chine pour en fabriquer des étoffes à leur maniéré.

parce qu'ils ne savaient pas aussi bien travailler les étoffes que les Romains, et qu’ils craignaient de perdre le profit de la fabrication sur la soie chinoise. Les Ta-thiin (ou Romains), ajoutentils, désiraient beaucoup pouvoir acheter chez nous la matière première, car ils sont très-habiles à la travailler; leur teinture est meilleure et leurs couleurs sont plus vives et plus brillantes. Ils préfèrent donc tirer la soie écrue de la Chine même, pour en faire des étoffes à leur manière, que d’acheter des soieries faites chez les Parthes et d’autres peuples voisins de la mer Caspienne. »

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