PREMIÈRE ÉLÉVATION DES EUNUQUES AUX EMPLOIS PUBLICS
Ce fut l’empereur Ho-ti qui le premier, dit-on , éleva les eunuques aux emplois publics, et leur donna même les premières charges de l’État. Cette grande immoralité a été extrêmement funeste à la tranquillité de l’empire, et elle devait l’être , autrement les lois de la nature eussent été impunément violées; car, en dénaturant l’homme,
en lui ôtant certaines passions , il arrive que celles de l’ambition du pouvoir et des richesses se développent au plus haut degré dans ces êtres qui sont nécessairement moins qu’hommes ou plus qu’hommes , et par conséquent qui doivent jeter le trouble et le désordre dans une société d’hommes.
En Turquie on a assez de raison pour ne donner à ces êtres que la garde d’un sérail; comment est-il donc arrivé qu’en Chine on leur ait donné si souvent le gouvernement d’un grand peuple ? La société orientale ne petit être jugée du point de vue européen ; mais cependant , de quelque manière ue l’on envisage cette coutume, il est ifficile de l’expliquer autrement qu’en la rattachant à ce principe politique fondamental : l’emploi par le gouvernement chinois de toutes les capacités selon le degré de leurs mérites, à quelque rang et à quelques conditions qu’elles appartiennent. Il se pourrait, toutefois , et cette considération a bien sa valeur, que la fortune extraordinaire et presque constamment soutenue des eunuques dans le gouvernement chinois, filt principalement due aux intrigues de cour pour lesquelles ces créatures dégradées , employées aux voluptés impériales, sont éminemment propres; et l’on sait que lorsqu’un gouvernement en est descendu la, sa chute n’est pas éloignée, ou du moins les agitations et les désordres qui la préparent sont prochains; car l’avilissement du pouvoir est un signe précurseur certain de révolutions politiques.