CHINE. VI
vingt-trois villes ou bourgades, défendues par deux cent trente mille hommes, et devint le seul maître de tout l’empire chinois, tel qu’il avait existé sous les grandes dynasties antérieures. C’est alors que cet empereur, confiant dans sa fortune et se reposant sur ses victoires , crut qu’il n’aurait plus d’ennemis à combattre, et licencia son armée. 11 se renferma dans son palais, s’abandonnant au luxe et à la débauche qui avaient perdu son rival , et se faisant promener avec ses troupeaux de femmes dans ses jardins impériaux sur des chars traînés par des moutons. Ce prince, que la fortune avait élevé à la plus haute dignité, ne sut pas maintenir ses faveurs. Cependant son règne fut assez prospère; les relations entre la Chine et l’Occident , interrompues pendant la division de l’empire, furent rétablies, et ce fut cet empereur qui, en 284 , reçut l’ambassade de Théodose, frère de l’empereur Héraclius, dont il est fait mention dans les historiens chinois (*). 11 mourut à l’ûge de cinquante cinq ans, laissant l’empire à son (ils aîné, jeune homme stupide et hébété (291), qui prit le titre de HobT-ti. Sa profonde incapacité laissa le champ libre aux intrigues et à l’ambition de ses femmes.
L’une d’elles, qui avait le titre de seconde impératrice , s’empara tellement de son esprit qu’elle vint à bout de chasser l'imperatrice, dont elle fit périr par le poison le fils unique; elle fit ensuite massacrer tous les grands qui étaient attachés à cette princesse.
Ces actions barbares firent renaître la guerre civile dans l’empire : la seconde impératrice fut tuée à son tour, et tous ceux qui étaient de son parti périrent par le fer, et l’empereur même rit la fuite. Les petits souverains amitieux, et tous ceux qui tenaient à la dynastie déchue ou qui étaient mécontents de la nouvelle, augmentèrent les troubles , et ce fut sans doute à l’extrême division des partis que la dynas-
(*) Voy. Tableaux historiques de l'Asie, pages 70 et 191,
tie de Tçin dut de ne pas avoir été renversée dans la mêlée.
C’est dans les temps de troubles et d’anarchie que les esprits ardents cherchent un nouvel aliment et de nouveaux principes pour s’opposer à la dissolution sociale. Aussi les historiens chinois disent qu’à l’époque dont il est question il s’éleva une nouvelle secte, née de celle de Lao-kiun ou Lao-tseu (voy. p. 110 et suiv.), que l’on nommait IVou-wei-kiao , la secte du / ide et du Néatit, comme l’interprétèrent ses adversaires, mais dont la doctrine stoïque avait pour but de retremper les âmes et de leur faire dédaigner les honneurs et les biens du monde, comme étant choses vaines et indignes des affections immortelles de l’homme.
Hoeï-ti mourut empoisonné (306) à l’âge de quarante-huit ans.