‹ L'UniversChapitre 13 sur 348 · HOANG-TI . 2,098 AVANT J.-C · texte numérisé non relu

HOANG-TI . 2,098 AVANT J.-C

Avant de parler des temps que nous donnons comme historiques , d’après

(*) L’examen crilique de la chronologie chinoise, que l’empereur Kien-louhc lit faire par le collège des Ilan-Hn ou Académie impériale , et par tous les corps littéraires de sa capitale, et qu’il fit imprimer dans son palais en 1767, ne fait remonter le

les historiens chinois , et contre lesquels on a tenté vainement de s’élever , il est bon de dire quels sont les éléments chronologiques qui servent de base à la certitude de l’histoire chinoise. Ces éléments sont très-simples et très-réguliers : ce sont 1° l’année civile ou équinoxiale , composée de trois cent soixante-cinq jours sidéraux et un quart, reconnue et suivie en Chine des la plus haute antiquité, comme nous le verrons dr après , et qui correspond parfaitement à notre année julienne ; 2° le cycle de soixante années, dont les sériés se suivent depuis la 61' année du règne de Hoang-ti, sans interruption, et avec autant de régularité que les siècles dans les computs européens. Notre année vulgaire 1834 correspond ainsi à la 31' année du 75' cycle sexagénaire clés Chinois. Il n’y a pas de chronologie qui offre autant de certitude pour un aussi long espace de temps.

Le temps compris entre les deux points les plus extrêmes de l’histoire chinoise renferme une durée de près de quatre mille cinq cents années; période immense de la vie historique d’un empire qui n’a pas d’égale dans le monde, et dans laquelle se sont succédé vingt-deux dynasties , par conséquent dans laquelle il y a eu au moins vingt-deux grandes révolutions.

La première fut opérée par Hiem- Youan, que l’on a nommé depuis Hoang-Ti ( r empereur jaune). A la 55' année du règne du dernier empereur de la famille de Chin-Noung, un prince de sa maison se révolta et causa de grands désordres. Les rois vassaux, qui gouvernaient des provinces de l’empire, étaient divisés entre eux. Le rebelle obtint des suc-

1" cycle de soixanle années, de 365 jours 6 heures chacune, qu’à la 6i* année de eet empereur, ou 2637 av- J.-C.; laissant ainsi les 60 premières, ou la valeur d’un cycle, dans les temps douteux. C’est ce tableau chronologique qui porte ainsi le plus haut caractère de certitude, et dont nous avons ttn exemplaire entre les mains, que nous avons suivi constamment pour les dates, dans le cours de cet ouvrage.

cès. L’empereur fut obligé d’abandonner le gouvernement de l’empire.

Quelques rois vassaux se joignirent à Hiouan-Youan , qui avait un état dans le Ho-Nan : celui-ci attaqua plusieurs fois le prince insurgé; et, parle en d'un char (*) qui indiquait le et la position des quatre points cardinaux, il connut les routes qu'il tenait , le défit, et fut ensuite élu , par les autres princes vassaux , maître de l’empire. C’est à lui qu’est attribuée la première forme régulière de gouvernement. Il établit des ministres qui portèrent le titre de yûn (nuée), sans doute pour indiquer leur destination providentielle par rapport au peuple, comme celle ae la nuée par rapport à la terre qu’elle fertilise : nom que porte aussi en Chine le principe vivifiant de la nature. On prétend en outra qu’il divisa le peuple en différentes classes , auxquelles il assigna des couleurs différentes, en réservant la couleur jaune pour la famille impériale; couleur qu’elle conserve encore aujourd’hui, quoique après les révolutions de vingt-deux dynasties : ce qui indique une bien plus grande immuabilité dans cet attribut impérial que dans l’empire lui-méme. Hoang-Ti partagea ses états conquis en dix provinces ( Tchéou), subdivisées chacune en dix départements ( Tse ), chaque département renfermant dix arrondissements ( Tou ) , chaque arrondissement dix villes ( Ye). Quant aux mesures linéaires, il prit un grain de millet pour la grandeur d’une ligne, dix grains de millet, ou dix lignes pour un pouce, dix pouces pour un pied, etc. Les diverses manières dont les grains de millet, qui sont de figure ovale, peuvent se ranger, ont

(*) Celait , selon les historiens chinois , une espèce de char , de l’invention de Hoaho-ti, au-dessus duquel était une figure d’esprit qui montrait toujours la partie du midi , de quelque manière que ce char filt tourné. « De quelque côté que le char

* désignât les quatre parties du monde , *> dit le P. Amiot , « il est certain que les Chi-

• nois ont inventé la boussole. »

mis de la différence dans les mesures sous les différentes dynasties.

On remarque déjà" là ces proportions décimales , que la révolution française devait généraliser et appliquer à toutes les divisions du calcul, quatre mille cinq cents ans plus tard, et que les Chinois eux-mémes avaient su mettre en pratique bien des siècles auparavant, d’une manière beaucoup plus générale encore , comme on le voit par cet exemple unique appliqué à la division territoriale d’un grand empire.

L nistoire chinoise rapporte à Hoang- Ti un grand nombre d’inventions, at- .

tribuées déjà pour la plupart à des règnes précédents, mais cette confu- I sion est due à la différence d’opinions des historiens sur le commencement réel de l’époque historique de leur grand empire. Et quand même il serait possible de démêler la vérité parmi des assertions contradictoires , on concevra facilement que nous n’avons ici ni le temps , ni la mission de chercher à déterminer quelles sont les opinions qui doivent inspirer le plus de confiance. Ce n’est pas d’ailleurs sur une faible erreur de date dans des faits de cette nature que l’on pourrait établir un scepticisme historique. L’histoire chinoise , depuis Hoaxg-Ti , porte trop le caractère de la certitude pour que l’on puisse la rejeter, ou seulement la mettre en doute sur les principaux faits. C’est à cet empereur qu’est attribué l’établissement du Tribunal pour écrire C histoire , qui existe encore aujourd’hui , et dont nous aurons occasion de parler plus au long; il nomma six ministres pour avoir soin de ce qui concernait le ciel , c’est-àdire pour observer les astres et les phénomènes célestes. Ces derniers inventèrent la sphère , réglèrent le calendrier et les saisons. Hoang-Ti ordonna à Ta-Nao de former le cycle de 60, composé d’un cycle de 10 et d’un autre de 12, lesquels, réunis ensemble , servent à nommer chaque année dans un cycle , ou période de 60, dont le premier commence 2,637 ans avant notre ère; il fit connaître

CHINE

les principes de l'arithmétique et de la géométrie. Plusieurs astronomes chinois , à cette époque reculée où l’histoire se tait sur les autres peuples de la terre , démontrent par leurs observations comparées, que douze révolutions de la lune n’égalent pas une révolution du soleil ; démonstration renouvelée 2,300 ans après par Méton , astronome grec. Cette découverte ’ du cycle de dix-neuf ans est attribuée à l’empereur lui-même. Dans un des ouvrages que ce dernier faisait pour examiner par lui-même l’état de l’empire, il découvrit une mine de cuivre fort abondante dans une montagne du Ho-nan. Il la lit exploiter. Un des ministres de Hoang-Ti lit fondre douze cloches correspondant aux douze lunes, pour indiquer les saisons, les mois, les jours et les heures. Les lois des sons musicaux furent aussi inventées, ainsi que différents vases et instruments de musique. L’empereur fit faire des arcs , des flèches et divers autres instruments de guerre. On creusa des arbres et on lit des barques ; les branches taillées servirent de rames : alors les fleuves furent franchis.

On construisit des chars , et alors on put pénétrer partout. Les noms de de tous les inventeurs présumés sont conservés par les historiens chinois.

Hoang-Ti , dit-on , coup et aplanit des montagnes ; il lit faire de grands chemins pour faciliter le commerce ; il étendit les bornes de son empire, qu’il poussa vers l’orient jusqu’à la mer , du côté du nord jusqu’où s’étendait depuis l’ancienne Tartarie, et au midi jusqu’au fleuve Kiang, qui lui servit de barrière.

Les rapports entre le Créateur ou le Souverain du ciel , et la créature ou l’homme , furent reconnus ; car sous ce règne on construisit un monument spécial pur offrir des sacrifices au Souverain-Suprême ( Ckang-Ti). Le commerce fut établi , et l'on fabriqua une monnaie qui remplaça les échanges en nature; ce qui fut un grand pas dans la civilisation. On rapporte que des peuples étrangers vinrent rendre hommage à Hoang-ti; ce qui indi-

querait qu’à cette époque ( environ 2,650 ans avant notre ère ), il existait déjà dans la Haute-Asie des puples constitués et pssédant déjà un certain degré de civilisation. La femme de Hoang-ti, nommée Louï-tsed , enseigna au puple l’art d’élever les vers à soie et celui de filer leur produit pur faire des vêtements. Cette industrie est devenue si prospère et si imprtante en Chine, que LouÏ-tseu a été élevée dans la suite des temps au rang des génies, et elle est honorée sous le nom A' Esprit des mûriers et des vers à soie.

On attribue aussi à Hoang-ti une grande science dans la vertu des simples, et des écrits profonds sur la médecine dont on prétend qu’il subsiste encore des fragments.

Il fit construire des maisons et des murailles pur eneeindre certaines localités. Il institua des écoles pour l'instruction des jeunes gens , et on le représente comme le législateur et le fondateur d’un nouvel empire.

Il régna cent ans , et , selon les Chinois , il n’y eu|t jamais de règne aussi glorieux et aussi heureux que le sien.

Un fait qu’il est bon de remarquer, c’est que les historiens chinois font venir jilusieurs inventeurs des arts et des sciences, sous le premier empreur historique, de pays situés à l’occident de la Chine, près du mont Kouen-lûn , que les Indiens nomment Mérou , dans les flancs duquel le grand fleuve Hoâng-ho prend sa source ; ce qui donnerait à cette partie du Thibet une antériorité de civilisation sur la Chine elle-même ; suppsition assez naturelle si l’on réfléchit que, à mesure que des contrées devinrent habitables par la formation des lits de fleuves ou de rivières, les premières puplades durent suivre le cours de ces mêmes fleuves , et se répandre , comme eux , dans différentes directions , mais toujours en partant des lieux liauts pur arriver dans les lieux bas. Ce qui confirme cette suppsition, c’est que la cour des premiers empreurs chinois était placée dans

L’UKIVERS.

les prorinces occidentales voisines des montagnes du Thibet.

TJn "autre fait aussi à remarquer dans ce premier règne historique , c’est l’adoption par le chef de l'état d’un nom impérial qui lui donne un même attribut qu’au souverain du

ciel : ce nom est Ti souverain ,

dans lequel on retrouve la même racine qui sert à désigner Dieü dans toutes les langues de la famille hindo-germanique ou arienne, à commencer par le sanskrit, et en finissant par le français. Avant Hoang-ti , les souverains anté et sémi-historiques de la Chine se nomment Wang , rois ; un nouveau titre dynastique s’introduit : ce titre, le Souverain de la Chine l’a en partage avec le Sowierain du ciel; mais on donne à celui-ci le qualificatif de Suprêtne ( Chang ); le Souverain de la Chine est donc subordonné hiérarchiquement au Souverain suprême du ciel. 11 résulte de là qu’un nouvel élément de souveraineté fut introduit dans le gouvernement de la Chine avec le nouveau titre impérial , et que la majesté du souverain fut revêtue de fonctions et d’attributs inconnus précédemment. En un mot, nous voyons ici l’introduction de l’élément thèocratique, qui nous paraît étranger, et qui ira pu effectivement prendre en Chine un grand développement.

Hoavg-ti reunit donc le premier la puissance religieuse à la puissance civile , ou plutôt il introduit le premier l’idée religieuse dans l’idée civile, et se fait le pontife de ces deux idées. II élève des autels et offre des sacrifices au Souverain suprême ( Chang-ti ), dont il partage une partie des attributs , et dont il est le représentant sur la terre , sous le titre de souverain jaune ( Uoang-ti ).

CHAO-IUO, 2,597 AVANT J. C.

Sous le règne de 80 ans de son successeur et fils nommé Chao-hao, le culte pur d’un être suprême unique sc corrompit; la pensée primitive et peut-être traditionnelle se matérialisa

dans les pompes extérieures des sacrifices. line musique nouvelle fut inventée. Cet empereur, cependant, ne négligea pas les intérêts matériels de son empire. Il ouvrit des chemins dans les montagnes , et fit nettoyer le lit des rivières. Il établit un règlement encore en vigueur, qui prescrit des costumes particuliers pour les divers genres et degrés de mandarinats ou commandements. Comme à son avènement à l’empire, des courtisans (il en existait déjà à cette époque reculée) avaient prétendu que l’oiseau nommé Foung-hoang ( oiseau fabuleux, phénix chinois, qui ne se montre que pendant le régné des bons princes ) avait paru ; ce fut cet oiseau, varié de différentes manières , qui devint la marque distinctive figurée sur le vétementdes mandarins (*). L’usage de porter cet oiseau brodé sur la poitrine s’observe encore aujourd'hui (**).

2,513. Tchottf.n-hio , neveu du précédent, et qui lui succéda par droit d’élection , seul droit alors , fut un grand souverain. Il rétablit la pureté primitive du culte, qui était passé à la forme idolàtrique, et il nomma des ministres pour y présider et faire distinguer les esprits célestes des hommes. II confia à un mandarin la direction des mines , et à un autre l’administration des eaux etforéts. Comme chaque famille voulait avoir des prê-

(*) Nous prévenons une fois pour loutes , que, pour nous conformer à une habitude prise par tous les écrivains qui ont parlé de la Chine , et pour ne pas introduire one autre dénomination plus exacte , mais qui aurait l’inconvénient d’étre nouvelle et de ne rappeler aucune idée à l’esprit , nous employons le mot mandarin , qui n’est pas chinois, mais portugais (dérivé du mot mandar , commander), pour désigner les magistrats ou employés civils et militaires de divers degrés, revêtus d’une administration ou d’un commandement quelconque.

(**) Ce sont les mandarins de lettres ui portent cet emblème ; les mandarins armes portent des animaux , tels que le dragon, le lion . le tigre, etc.

CHINÉ

très sacrificateurs , ce fut lui , dit-on , qui porta un décret par lequel l’empereur seul peut offrir le sacrifice solennel au ciel, ou au souverain suprême. Il réforma le calendrier et fixa le commencement de l’année a la première lune du printemps. Il y eut , disent les historiens chinois , à cette époque où tout se renouvelle sur la terre, une conjonction des cinq planètes dans la constellation appelée in/jche. Ils disent aussi que , sous le régné de cet empereur, l’empire chinois avait beaucoupd’étendue : il était borné au nord par la Tartarie, au midi par la .Cochinchine ; à l’occident , par le jgrand désert de sable; et a l’orient par la mer.

f 2,435. Ti-ko, petit-fils et successeur du précédent , s’occupa de former les mœurs. Il établit des docteurs pour l’enseignement de la morale , et des règles pour la musique vocale.

Cependant il épousa , dit-on , quatre femmes, et introduisit la polygamie dans l’empire, laquelle y règne encore actuellement.

De quelque manière que l’on envisage ce dernier fait, il n’en est pas moins évident que cette coutume a eu une influence tres-grande sur la civilisation chinoise. On ne pourrait guère, comme Montesquieu , trouver dans le I climat la loi , ou du moins la raison (de cette coutume, qui est d’ailleurs eu usage dans une grande partie de l’Asie; parles contrées du nord delà Chine sont placées sous les mêmes latitudes que le Portugal et l’Espagne méridionale, quoique les premières soient sujettes a des froids beaucoup plus intenses. C’est peut-être à cette cause qu’est due l'immense population de la Chine, et, par une conséquence directe, le développement extraordn taire de l’industrie de cet empire. Toutefois, les abus de cette même coutume, en entraînant un grand nombre d’empereurs dans la débauché et dans tous les excès qui en sont, la suite , y compris l’introduction près du trône d’une foule d'eunuques qui souvent se sont emparés des rênes de l’état , ont ocrasioné plus d’une révolution, et hilté

la chute de plus d’une dynastie.

Le sort du successeur de ce "dernier empereur, Ti-tchi (2,366) , en est une preuve frappante. Après dix ans de règne et de débauches , il est détrôné par les grands, qui mirent à sa placé Yao, son frère. Voilà le premier exemple dans l’histoire chinoise d’un souverain déposé par ses sujets. On verra cet exemple se renouveler et recevoir la sanction des philosophes chinois, qui, dans toutes leurs paroles, n’ont jamais perdu de vue l'instruction dés rois, ni oublié l’intérêt du peuple.

Avec Yao commence le livre historique le plus célèbre et le plus authentique aes Chinois ; le premier des

king ou livres sacrés, au nombre

de cinq. Les critiques chinois prétendent que ce qui y est rapporte du règne de Yao et de ses successeurs a été écrit, du temps de ces empereurs ; et les missionnaires jésuites , entre autres le P.Gaubil,n’en font aucun doute.

« Les chapitres* ao-tien (instructions de Yao) et chcn-tien (instructions de Chdn), du Chou- King . dit ce dernier, sont des histoires au temps de Yao et de CntiN. C’est en livres ce qui reste de plus ancien. Puisque avant Yao il y avait des caractères , il y avait apparemment des livres. »

( Chronologie chinoise , p. t87 ). Ce qui est certain, c’est que ce livre a été recueilli ou compile par Confucius (Kiioung-tseu), le plus célèbre philosophe chinois, sur la fin du 6* siècle avant notre ère. Que les fragments historiques dont ce livre se coin pose soient aussi anciens que les événements qu’ils rapportent, ou qu’ils aient été ainsi rédiges par Confucius luimême sur des documents anciens, il n’en est pas moins évident que cette Chronique chinoise est le plus ancien et le plus beau monument historique qui existe chez aucun peuple. C’est ce monument historique, dont nous possédons le texte chinois (*), qui

(*) Il en existe une traduction française faile par le P. (iwmtt,, anvanl misainA-

SS

nous servira de guide pour l’histoire chinoise jusqu’à l'année 720 avant notre ère. Les nombreuses citations que nous en donnerons, paraîtront peut-etre fastidieuses et disproportionnées ; mais la nécessité d’exposer et d’expliquer l’histoire de l’empire chinois nous en fait une loi pour ainsi dire absolue ; car, sans ce livre, recueilli et collationné par Confucius, et sans ceux que ce philosophe a laissés , nous avouons que l’histoire de la Chine et sa civilisation seraient complètement inintelligibles; ces livres étant pour les Chinois absolument ce que sont la Bible pour les Juifs, les lois de Manou pour les Indiens, le Coran pour les Mahométans, l’Évangile pour les Chrétiens ; un moule d’airain qui donne à la civilisation et au développement d’un peuple une empreinte ineffaçable.

D’après ce qui précède, on comprendra facilement que l’histoire chinoise ne pouvantétre contrôlée, comme le sont presque toutes les autres histoires , par des monuments étrangers, c’est une obligation absolue de s’en tenir aux chroniques nationales. Mais, dans cette nécessité, nous nous sommes attaché à ne nous servir que des monuments reconnus les plus authentiques par les Chinois eux-inémes ; et cette confiance accordée aux historiens chinois ne peut être condamnée , car l’on peut avancer hardiment que jamais aucun peuple n’a possédé , ou ne possède des corps d’histoire aussi complets et aussi authentiques que le peuple chinois.

Ceci ne surprendra pas, lorsqu’on saura que de tout temps l’histoire, ou l’enregistrement intelligent des faits humains, a été honorée et favorisée en Chine; que depuis l’empereur Hoang-

uaire français, mort à Pcking, eu 17 5(1, après 36 ans de séjour dans celte capilale de l'empire chinois. Celle traduction , accompagnée de notes précieuses, a etc publiée par De Guignes,, en 1770, et forme un volume 111-4°. Nous citerons celte traduction, parce qu’elle inspirera plus de confiance que celle que nous pourrions faire , quoique nous n’ayons pas hésité à la rendre souvent plus littérale et plus fidèle.

ti, 2,637 ans avant notre ère, 11 existe un tribunal historique dans la capitale de l’empire , dont les membres, choisis parmi les lettrés les plus distingués, ont plusieurs prérogatives et l’inamovibilité de nos magistrats.

L’impartialité de ces historiens est protégée contre les séductions du pouvoir par un grand nombre de précautions sages, qui seront indiquées plus tard , lorsque nous ferons connaître l’organisation actuelle du gouvernement chinois. Il existe des Lphémérides de plusieurs villes capitales de rovinces, qui remontent a plus de eux cents ans avant notre ère, et qui offrent la même exactitude sur les faits d’observations possibles alors , que celles de notre Bureau des longitudes. On tient registre , jour par jour, dans chaque ville , même du troisième ordre , de tous les événements météorologiques : voilà pour les faits qui tiennent aux lois de la nature. Mais en outre, on enregistre à part les troubles, révoltes, sièges, incendies et autres calamités qui viennent des hommes: voilà pour les faits humains. Voici un extrait des Éphémérides de la ville de Nan-King :

« 190. (Avant J. -C.) En été, grande sécheresse : les eaux du Kiang furent très-basses.

« 185. Débordement du Kiang en été.

« 113. (Après J.-C.) Montagnes qui s’écroulent en 47 lieux différents.

•• 124. Tremblement de terre du côté de l’Orient.

«131. A la cinquième lune, les vers à soie se multiplièrent dans un district, et donnèrent des cocons gros comme des œufs.

« 134. A la neuvième lune, la gelée blanche ruina les moissons.

« 136. Il n’y eut point de pluie deuis le solstice d’hiver jusqu’à celui 'été.

« 137. A la cinquième lune , tremblement de terre à l’est du Kiang.

« 141. A la première lune, grande neige : elle avait trois pieds de haut dans la campagne. »

i. Pour dissiper tous les doutes que

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