‹ L'UniversChapitre 146 sur 348 · DOULEUR DES TARTARES · texte numérisé non relu

DOULEUR DES TARTARES

« Les princes tartares , qui se trouvaient à la cour, voulurent donner dans cette occasion des marques de leur attachement et de leur reconnaissance. Deux d’entre eux demandèrent qu’il leur fût permis de s’immoler sur son tombeau pour aller le servir dans l’autre monde comme ils l’avaient fait dans celui-ci. Le nouvel empereur leur répondit qu’il ne pouvait leur accorder ce qu’ils demandaient sans se rendre lui-même désobéissant aux ordres de son père gui avait prévu leur demande , et qu’ainsi il leur défendait d’attenter à leur propre vie. Quatorze rois ou chefs de hordes se firent sculpter en pierre et placèrent ces uatorze statues en dehors de la porte u Nord ou des G uerriers, afin de servir de preuve à la postérité , que leur attachement pour le prince dont ils gardaient la sépulture était un attachement éternel ! »

L’histoire chinoise, qui fait le plus

grand éloge de TaT-tsoung, lui reproche cependant trois choses : 1° un trop rand amour pour les femmes; 2° trop 'attachement à la secte de Fo ; 3° une trop grande passion pour la gloire et pouria réputation dans les pays etrangers. Ce dernier reproche ne doit pas en être un aux yeux de l’histoire, qui ne considère pas les faits sous le point de vue chinois : ce doit être plutôt un titre d’éloge; car il prouve que l’empereur Tai-tsoung fut doué d'un esprit supérieur à celui de sa nation et de son siecle; et, en effet, on peut dire gue non-seulement son règne s’étendit sur tout l’empire chinois mais encore sur presque toutes les nations de l’Asie.

EXTENSION DE LA DOMINATION CHINOISE SUR LES AUTRES PROVINCES DE L’ASIE.

« Sous le règne de Taï-tsoung , dit l’auteur des Tableaux historiques de l’Asie, la puissance de la nouvelle dynastie des Thang alla toujours en croissant, et l’influence de la Chine dans l’Asie centrale augmenta beaucoup par les divisions qui éclatèrent dans 1 empire des Tkou-kiu ou Turcs.

Les limites de la Chine proprement dite furent bientôt considérablement étendues vers l’ouest. En G40 de notre ère, les villes de Khamil et de Tourfan, appelées alors Y-lcheou et Sitc/ieou, se trouvaient, avec le reste du pays des Ouigours orientaux, enclavées dans les limites de la province de Loung-si , qui comprenait presque tout le Tangout. Pour tenir les Thottkou-hoen (’) en respect , et pour empêcher les Thou-fan ou Tubétains (qui commençaient déjà à déployer leur caractère entreprenant), d avancer vers le nord, et d’interrompre par là les relations politiques et commerciales que la Chine entretenait avec l’occident de l’Asie, la cour de Tchanangan établit dans le centre même de

(*) Branche des Sian-pi, qui occupait les pays situés autour du Khottkhou-noor, et s’étendait à l’ouest jusqu’à la frontière de celui de JCItotan.

l’Asie quatre Tchin ou gouvernements militaires; savoir, celui de Koueï-tseu ou Kou-tche de nos jours , à l’ouest de Kharachar et au sud-est d ' Aksou (*); celui de Pi-cha, dans le pays de Khotan (**); celui de Y an-khi ou de Kharachar, dans le pays des Ouigours occidentaux (à la place du royaume de Yerkiyang ) ; et celui de Chou-le ou Kaschgar (***) : ces quatre gouvernements entourés par les chaînes neigeuses des montagnes Bleues ( Thsoung-ling) et des montagnes Célestes ( Thian-chan). Les pays situés au nord-ouest et à l’ouest de ces quatre gouvernements se soumirent bientôt a la puissance chinoise : les Thang appelaient Pa-mi les principautés qu’ils avaient prises sous leur protection. Bientôt toutes les vastes contrées situées entre la Chine et la Perse obéirent aux lois du céleste empire. Le chef suprême de cette vaste souveraineté se trouvait à la tête d’une monarchie composée de plusieurs états feudntaires, dont les princes étaient censés gourverner en vertu d’un diplôme impérial, mais qui pourtant continuaient a être maîtres absolus chez eux, quoiqu’ils portassent le titre de gouverneurs chinois. Parmi ces Pa-mi on en comptait seize du premier rang (****) ,

(*) Ce gouvernement portait aussi le nom asiatique de Bisch- Dulikh ,*il fut établi après la soumission des habitants, l’an 646 de notre ère; il avait neuf districts du second ordre. (A. Rémusat.)

• (**) L’an 648 de notre ère , ce gouverne-

ment romprjt un district (fou ) de premier ordre et dix districts du second ordre. {/d.)

(**') On prononce aussi ce nom Sou-le,

' Ce gouvernement fut fondé par la réunion de Sou-le à l’empire, l’an 635. Il y avait quinze districts du second ordre. (/«•)

(*"*) « Le premier gouvernement , dit M.

A. Rémusat, était celui de Tokharestau. auquel les Chinois donnèrent le uom des Youéchi, qui habitaient dans ce pays à la fin du second siècle avant notre ère , quand les Chinois en firent pour la première fois la découverte. Le siège de ce gouvernement fut mis dans la ville d’ A-bouan ; il y avait sous sa dépendance vingt-six districts du second ordre, et autant de chefs-lieux dont

gouvernés par des rois , et qui avaient le titre chinois de Tou-tou-fou ou vice-

les noms sont rapportés par les auteurs , sous les deux formes, c’est-à-dire, sous la forme qu’ils avaient dans le pays, et sous celle que les Chinois leur donnèrent.

„ Le second gouvernement était celui dea Gètcs (Ye-tha) , que les Chinois nommèrent Ta-han ( Ta-wan ), 11 fut établi dans la ville d eHo-lo, et commanda à quinze districts du second ordre.

« Le troisième gouvernement fut établi dans le pays de Ko-the-lo-tchi , et reçut des Chinois le nom des anciens habitants , Tiaotchi ou Tadjicks. Le siège fut la ville de. Fou-pao-sse-thian; il commanda à neuf Icheou (on districts du second ordre).

« Le quatrième gouvernement , qui remplaça le royaume de Uo-sou, fut établi sous le titre de Ttùan-ma, dans la ville de Spuman; il n’eut que deux districts, non plus que le cinquième, celui de Kaboul, dont le chef-lieu fut Kou-tou-chi-yao-cha.

« Le sixième tint la place du royaume de Ki-pin (ou de Kandahar). et fut établi dans la ville de Ko-he , avec dix districts dans sa dépendance.

« Le septième, celui de Sie-foung, 'établi dans le royaume de Tchi-tcliine , et dans la ville de l-o-lan, avait quatre tcheou.

I. Le huitième, établi dans le royaume de Chi-han-na , sous le titre de gouvernement de To pan, n’avait qu’un seul district.

« Le neuvième, celui de Ki-cha, dans le royaume de Uou-chi-kian , à Ka-mi-chi , commandait à deux districts seulement.

« Le dixième, celui de Kou-me , dans le royaume de Ta-mou, n’en avait qu’un seul.

«Le onzième, dont le titre était Lin-fane, et qui était dans le royaume de On-la-ko et dans la ville de Mo-ko, n’en avait point du tout.

« Il en était de même du douzième, dont le titre était Kouen-hiu , dans le royaume de To-le-kian, et dans la ville de Ti-pao-na; et du treizième, celui de Tchi-pa, dans le royaume de Kiu-mi, et dans la ville de Tchu-ssc.

« Le quatorzième était dans le pays de Hoa-mi-to, dans la ville de Mou-tou; on lui avait donné le titre de Kiaofti; il commandait à un district secondaire.

« Les deux derniers n’en avaient pas.

C'étaient le JVang- thing , ou la demeure royale , dans le pays de Ktcou-youei-ie-kian, dans la ville de Pou sse , et celui de Perse

CHINE

rois. Soixante-douze autres États de moindre importance étaient des districts de second rang ( ti heou ). Sous ces vice-rois et gouverneurs il y avait cent dix villes du troisième ordre; on comptait en tout cent vingt-six campements militaires gardés par des troupes impériales. Les Chinois ne se mêlaient pas de l’administration intérieure des États des princes indigènes, qui s’étaient reconnus vassaux de l'empereur, en recevant de lui des patentes , des sceaux et des ceintures. Ceuxci n’étaient tenus qu’à envoyer de temps en temps des ambassades et des présents à la cour, et à conserver la tranquillité dans leur pays. De cette manière, le commerce de la Chine avec les pays occidentaux était protégé et pouvait se maintenir dans ces contrées lointaines.

« Les frontières de l’empire des Thang s’étendaient donc à l’ouest jusqu’à la Perse orientale et jusqu’à la mer Caspienne, et au nord jusqu’aux monts Altaï. La Sogdiane, le Tokharestàn et une partie du KorassAn, ainsi que les pays étrangers traversés par la chaînede Y Hlndoù-kousch, obéissaient à ces princes. Le règne de Wenwou-ti (*) (Taï-tsoung) fut un des plus brillants de ceux qui ont illustré la Chine. Il reçut des ambassades non-seulement dè tous les princes feudataires , mais même des pays éloignés, tels que le Népâl et le royaume de Magaaha dans l’Inde (**); de

dans le royaume de Perse , et dans la ville de Tsi-ling. Le lieutenanl-gcncral d’Occident avait la surintendance sur tous ces gouvernements. »

(*) Ceci est une étrange méprise de M. Klaproth. Nous n'avons vu dans aucun livre chinois que l'empereur dont il est ici question, se nommât Wew-wou-ti, tous le nomment Taï-tsousg, l'honorable au plus haut degré, c’esl-à-dire , le membre d’une dynastie qui est le plus honorable après le fondateur ou ancêtre : tsou.

(**) On peut lire de curieux détails sur les nombreuses relations qui existèrent à cette époque entre la Chine et l’Iude, dans la Ifotice critique et historique sur C Inde, déjà citée , que nous avons traduite du chinois.

Jesdegerd, roi de Perse, qui, chassé par les Arabes, vint en 638 se réfugier à Ferghana, soumis à la Chine ; enfin une ambassade de Fou-lin ou de l'empire romain , apporta en 643 des

Îirésents consistant en cristaux de couettr pourpre ( rubis ) et en émeraudes.

L’histoire de la Chine remarque à cette occasion qut*dans ce temps les Ta-chi ou Arabes devinrent puissants et entrèrent dans le pays des Romains.

Leur général battit l’armée de ces derniers, et les força à faire la paix et à payer un tribut a son maître. »

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