YAO, 2,367 AVANT J.-C
Année Kia-tchin du cycle.
L’ancien Livre que nous avons nommé ci-dessus, commence, ainsi que nous l'avons dit, par le règne de Yao. Il ne parle que des vertus de cet empereur, des observations qu’il lit faire sur les solstices et les équinoxes, des soins qu'il se donna pour réparer les désastres que la grande inondation , dont nous avons déjà parlé, avait causés , et du choix qu'il lit d'un laboureur sage et éclaire, pour partager le pouvoir avec lui, et jKiur lui succéder. <> La vue de ses vertus, dit le Chou-king , mit la paix dans sa famille, le bon ordre parmi ses officiers , l'union dans tous les pays; ceux qui avaient jusque-là tenu une mauvaise conduite, se corrigèrent, et la paix régna partout. »
On voit dans ce même Livre, avec quels soins l’empereur Yao fait observer les corps célestes pour chercher à découvrir les lois de leurs mouvements , et pour régler les affaires humaines sur les lois du ciel; car alors les peuples avaient des idées plus grandes et plus justes sur l’homme et la nature, que celles dont nous nous enorgueillissons aujourd'hui : ils pensaient qu’il existait des rapports intimes entre notre globe et les autres corps célestes, qu'un gouvernement sage ne devait pas négliger.
« Yao ordonna à ses ministres Hi et Ho de suivre exactement et avec attention les règles pour la supputation de tous les mouvements des astres, du soleil et de la lune; de respecter le ciel suprême , et de faire connaître au peuple les temps et les saisons. »
Die
Quatre autres ministres astronomes furent envoyés dans la direction des quatre points cardinaux, pour y déterminer la longueur du jour et la position de certains astres. « L'égalité «• du jour et de la nuit, est-il dit, et « l'observation de l’astre Miao, font « juger du milieu du printemps; la « longueur du jour et l'observation de « l’astre Ho font juger du milieu de « l’été; l’égalité du jour et de la nuit, n et l’observation de l’astre A’i« , font « juger du milieu de l’automne ; la « brièveté du jour et l’observation de « l’astre Mao font juger du milieu de « l'hiver.» (Chou-king, chap. Yao-tien.)
Quand on réfléchit sur la série d’observations qu’il fallait faire d’abord , pour déterminer la durée précise de la révolution annuelle du soleil , on est naturellement étonné de trouver la connaissance exacte de l’année julienne chez un peuple si éloigné des nations européennes, et à une époque qui remonte a 2,357 ans avant notre ère , le partage de cette même année en quatre saisons , et l’intercalation d’un mois lunaire. Cependant voici ce qu'on lit encore dans l’ancienne chronique chinoise :
« L’empereur appela Hi et Ho,
( grands de l’empire , présidents du tribunal d’astronomie et de religion), « et leur dit : Remarquez une période « de 365 jours; l’intercalation d’une « lune et la détermination de quatre « saisons servent à la disposition par- « faite de l’année. Cela étant exacte- « ment réglé, chacun s’acquittera, se- « Ion les temps et la saison , de son « emploi , et tout sera dans le bon or- « dre. » (Chou-king, chap. Yao-tien.)
Le P. Gaubii. , aussi versé dans l’astronomie que dans la langue chinoise , ajoute en note :
« En vertu de ce qui est rapporté des constellations qui désignent les solstices et les équinoxes, on ne saurait déterminer l'époque précise du temps d’YA.o. On ne rapporte nas l’année de son règne dans laquelle il lit ces règlements, et on ne détaille pas comment il fixa les quatre saisons.
On voit bien que les solstices et les
équinoxes étaient rapportés par Yao à quelques degrés des quatre constellations indiquées ; et cela seul démontre que Y ao régnait plus de 2,100 et 2,200 ans avant J.-C. Je laisse aux astronomes à faire les réflexions convenables sur l’antiquité de l’astronomie chinoise , et sur les connaissances (I’Yao dans l’astronomie. »
Le Sse-ki rapporte que Yao, à la 50' année de son règne, s’étant rendu sur la place publique , entendit dss enfants qui chantaient en vers de quatre syllabes :
« De tous ceux qui ont éclairé et gouverné le peuple ,
« Il n’y en a aucun qui t’égale :
« Si l’on n’apprend pas à te connaître , on ne sait rien ;
« 11 faut suivre l’exemple de l’empereur. »
Le Toung-tchi , cité dans le Li-taïki-sse, rapporte aussi que dans la même année un vieillard, se trouvant sur le passage de Yaq, chantait , en frappant de temps en temps la terre de son bâton , et en continuant sa route :
« Dès que le soleil sort de l’orient je me mets au travail ;
« Dès qu’il disparaît je me livre au repos.
« Quand j’ai soif je bois l’eau de mon puits;
« Je me nourris du graiu que j’ai semc dans mes champs,
« Pourquoi l’empereur s’occupe-t-il tant de nous ? »
Ces vers, que nous avons essayé de traduire le plus littéralement possible , ne manquent assurément pas de goût et de philosophie pour leur haute antiquité. On en a bien fait depuis qui ne valent pas mieux, s’ils les valent.
Cetempereurchinoisfuttrès-aimédu peuple. Il visitait souvent les provinces de son empire, et s’informait avec soin des besoins des pauvres , des veuves , des orphelins. « I.e peuple a-t-il froid? disait-il, c’est moi qui en suis la cause a-t-il faim ? c'est ma faute ; tombe-t-il dans quelque ruine? c'est moi qui dois m'en regarder routeur. Un jour qu’il faisait ja visite de l’empire, un vieillard s’écria
CHINE
du milieu de la foule qui était venue au-devant de lui :
« Puissiez-vous, ô saint prince ! posséder de grandes richesses, vivre encore bien des années , et avoir une nombreuse postérité! — Je récuse vos souhaits, répondit Yao: si l’on a une nombreuse postérité , alors on a beaucoup d inquiétudes ; si l’on possède de grandes richesses, alors on a de grands soins , et il faut se donner beaucoup de peines ; si l’on a une longue vie , alors on a beaucoup de fautes à se reprocher. » Le vieillard répliqua en disant : « Avoir de nombreux enfants , et conférer à chacun d’eux une portion de l’autorité suprême, c’est se procurer du soulagement; posséder de grandes richesses et les verser dans le sein des malheureux , est une source de plaisirs. Si le monde est gouverné par la raison, et la raison la plus éclairée, toutes choses sont dans le bon ordre ; si le monde n'est pas gouverné par la raison la plus éclairée, on va cultiver la vertu dans la solitude : y a-t-il là de quoi abréger sa vie ? »
IJn fait important à remarquer dans la constitution du gouvernement chinois , jusqu'à l’époque dont il est question , c’est que le pouvoir impérial n’était pas héréditaire. Tous les souverains qui précèdent furent élus par leurs prédécesseurs, à l’exclusion du fils aîné. L’empereur Yao tient les paroles suivantes dans le Livre historique déjà cité : a Qu’on cherche un homme « propre à gouverner selon les circon-
* stances du teints. Si on le trouve ,
« je lui remettrai le gouvernement.
« Fang-tsi lui indiqua Yn-tse-tchod •< ( fils de l’empereur Yao ), qui avait " une très-grande pénétration. Vous « vous trompez, dit Yao, Yn-tse- « tchou manque de droiture ; il aime
* a disputer; un tel homme convient- « il?
*. Qu’on cherche donc un homme ,
« ajouta-t-il, qui soit propre à traiter « les affaires. — Houan-tf.oü , dit <> alors un ministre, a montré dans le « maniement des affaires de l’habi- « leté et de l’application. — Vous êtes « dans l’erreur, reprit Yao; Houan-
« téou dit beaucoup de choses inuti- » les; et quand il tant traiter une af- “ $”re ’ il sen acquitte mal ; il affecte
* detre modeste, attentif et réservé, “ niais son orgueil est sans bornes. »
ün vient de voir la question de la succession au trône impérial traitée dans le conseil d'état de l’empereur Yao sans recevoir de solution : le fils de l’empereur même est écarté par lui, comme n’offrant pas assez de garanties pour régner selon la justice , et parce qu’il manquait de droiture et aimait à disputer.
. Fc texte chinois ne fait pas dire positivement à V ao que l’on cherche un homme capable pour qu’il lui remette le trône , ou pour qu’il abdique 1 empire en sa faveur; mais il dit vaguement : « Qui cherchera quelqu’un « se conformant aux temps; étant
* amené, je me servirai de lui. »
Si cependant il ne s’agissait ici que de trouver un ministre habite et non un successeur au trône , comme un critique l’a prétendu (*), il paraît incontestable que les ministres ne présenteraient pas le fils même de l’einpereur; ni f un d’entre eux , comme Yao leur propose de le faire , un paragraphe plus bas.
C’est dans ces circonstances que la grande inondation diluvienne arrivant (a la 61 année A ia-lchin du règne de Yao, selon le lÀ-tal-ki-sse (**) , 2,297
(*) Nouveau Journal asiatique, juin i83o p. 4*7-
(**) Ce magnifique livre historique, le plus beau peut-être de tous ceux qui sont sortis des presses impériales de Pé-King, eu 100 vol. chinois, petit in-folio, se irouve à la Bibliothèque loyale de Paris. Composé sur un plan critique et méthodique, dont les Tablettes chronologiques du président llenault, ou l’Allas historique de Lesage, ne peuvent donner qu'une faible idée, il commence à Yao cl huit à Kir.ir-t.ofno. C’est celle histoire critique que nous avons suivie de préférence pour les dates, Ions les événements étant placés régulièrement dans des colonnes horizontales sous .chaque année des 40 siècles quelle embrasse; il était im possible de suivre un guide plus srtr.
ans avant J.-C. Voy. ci-devant ), et l’empereur Yao, après un long règne, se trouvant trop faible pour soutenir le fardeau de l’empire, s’adresse de nouveau a ses ministres d’état, en leur disant :
« — Je règne depuis soixante-et-dix « ans; si parmi vous quelqu’un est « en état de gouverner, ie lui céde- « rai l'empire. Les grands ayant ré- « pondu qu’aucun d’eux n’avait les « talents nécessaires : — Proposez « donc, ajouta l’empereur, ceux qui « sont sans emploi et qui mènent une « vie privée. — Tous répondirent :
« Yu-chun, quoique âge, est sans « femme , et il est né dans une famille « obscure. — J’en ai entendu parler, « dit l’empereur; qu’en pensez-vous ? « Yu-chun, répondirent les grands, « quoique fils d\in père aveugle , qui « n’a ni talent , ni esprit ; quoique né « d’une méchante mere, dont il est « maltraité , et quoique frère de « Si a n g , qui est plein d’orgueil , « garde les règles de l’obéissance « liliale , et vit en paix : insensible- « ment il est parvenu à corriger les « défauts de sa famille, et à cmpê- « cher qu’elle ne fasse de grandes « fautes. Alors l’empereur dit : —Je « veux lui donner mes deux filles en « mariage, pour voir de quelle ma- « nière il se comportera avec elles et « comment il les dirigera. Ayant donc « tout préparé, il donna ses deux fil- « les à Chün , quoique d’une condi- « tion inférieure. Yao, en les faisant « partir, leur ordonna de respecter « leur nouvel époux. » ( Ch. k. ch. t. )
Les dernières phrases montrent encore le principe de la polygamie admis ouvertement et sans difficulté par l’empereur et les grands de l’empire. Celui de l’hérédité du trône n’est pas même soutenu ; c’est l’homme de l’empire qui est jugé le plus digne de régner , par ses vertus , surtout par celle de l’obéissance filiale , si vénérée actuellement encore en Chine , qui est appelé à succéder à l’empereur Yao , à l’exclusion d’un fils de cet empereur , que les vices ont fait exclure de cette haute magistrature. On
pourrait peut-être aussi voir dans l’élévation d’un pauvre laboureur au faîte de l’état ( quoique quelques historiens prétendent que C.hun descendait de Hoang-ti), l’origine de cet antique et profond respect des empereurs chinois pour l’agriculture ; respect qui, depuis trois à quatre mille ans , se manifeste chaque année dans la fête du printemps, où l’empereur trace quelques sillons de sa main impériale , et dont nous aurons occasion de parler plus loin.
L’empereur Yao donna à tous les princes le grand exemple de faire parvenir la vérité jusqu’au trône. Pour arriver à ce but, il fit placer à la orte extérieure de son palais une talette sur laquelle tous les Chinois avaient le droit d’écrire les avis qu’ils croyaient utiles au bien de l’empire et lesi'autes qu’ilscrovaient avoiràreprocher à l’empereur dans son gouvernement. A côté de la tablette était un tambour ; celui qui venait d’écrire y frappait ; l’empereur , averti par le son , se faisait apporter sur-le-champ ce qu'on avait écrit, et profitait, soit pour rendre justice, soit pour réformer l’administration, des lumières que cet expédient lui avait procurées. La planche 3 , tirée de magnifiques peintures chinoises sur toile de soie , qui existent à la Bibliothèque royale de Paris , et qui représentent les Faits mémorables des empereurs de la Chine, depuis Yao, reproduit la scène décrite ci-dessus , et offre aux yeux l’origine d’une institution morale admirable , u’il ne serait peut-être pas inutile 'importer en Occident, comme tant d’autres institutions orientales (*).
L’ancienne Chronique chinoise continue ainsi : « On admira en Chuiv « une prudence , une affabilité jointe « à un grand génie , beaucoup de dou- « ceur et de gravité; il fut sincère , « et il releva ses talents par une « grande modestie. L’empereur, in-
(*) Quelques écrivains rapportent l’origine de cette institution à ('.non; d’autres prétendent que ce dernier ne fit que de la remettre en vigueur.
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« struit d’une aussi rare vertu, lui « lit part 'de l’empire. » Elle ajoute qu’il lit observer parmi le peuple les cinq règles immuables , c’est-à-dire , .es cinq devoirs , qui sont ceux du père et des enfants , du roi et des sujets , des époux , des vieillards et des jeunes gens, et enfin des amis entre eux.
Voila l’origine de cette subordination hiérarchique profonde qui existe dans l’empire chinois, et qui seule, peutêtre , l’a préservé depuis quatre mille ans de la dissolution morale et physique sous laquelle tant d’autres états ont succombé.
" Les philosophes chinois, dit le P. Du Halde, ont coutume d’appuyer leurs maximes de morale sur fa conformité qu'elles ont avec la conduite de cet empereur et de ses deux successeurs (Chun et Yu ) : cette conformité, une fois prouvée, donne à leurs maximes une autorité contre laquelle il n’y a point de réplique. »
CHUN EST ASSOCIÉ A L'EMPIRE,' a,j85 Ass at. J.-C.
L’épreuve à laquelle Yao avait voulu soumettre Chus, avant de l’appeler a la succession de l'empire , avait été favorable au premier. « Approchez,
« Ciidn , dit Yao : depuis trois ans « j’examine avec soin vos paroles et « vos actions; il faut récompenser « votre mérite : je veux vous faire « monter sur le trône. » Mais Chun prétendit n’étre pas assez vertueux , et ne voulait pas succéder à Yao.
On trouve dans le Chou-king une longue énumération des travaux de Chun. A la seconde lune de l’année, il alla visiter la partie orientale de l’empire. Il régla les temps, les lunes, les jours, c’est-à-dire, observe le P. Gauhil, qu’il réforma le calendrier, et lui donna la forme qu’il conserve encore aujourd’hui chez les Chinois, et d’apres laquelle l’équinoxe du printemps doit être dans la seconde lune , celui d’automne dans la huitième, le solstice d’été dans la cinquième, et celui de l’hiver dans la onzième. 11 mit de l’uniformité dans la musique, dans les mesures, dans
les poids et les balances , qui variaient suivant les lieux : ce qui indique dans cet empereur , autrefois laboureur , une grande conception gouvernementale , qui n’a été appliquée chez nous que depuis une cinquantaine d’années.
Après avoir encore réglé les cinq cérémonies, et laissé le modèle des instruments qu’on devait y employer, le législateur Chun revint. Il se rendit successivement à la partie méridionale, occidentale et septentrionale de son empire, en y opérant les mêmes réformes que dans la partie orientale.
Les choses étant ainsi réglées, il ne fit plus qu'une fois tous les cinq ans la visite de l’empire ; et les princes tributaires venaient quatre fois par an à la cour lui offrir leurs hommages. Ces princes rendaient compte de leur conduite; on examinait et on vérifiait ce qu’ils disaient. On récompensait leurs services en leur donnant des chars et des habits.
Cependant les grands , que l’élévation de Chun avait déçus dans leur ambition, fomentèrent ‘des troubles dans l’empire : le fils de Yao était de ce nombre. Chun les exila, et l’empire fut en paix.
« Il lit publier des lois pour punir les criminels; il ordonna l’exil pour les cas où l’on pouvait se dispenser des cinq supplices. Il voulut que dans les tribunaux les fautes ordinaires fussent punies du fouet seulement, et de verges de bambou dans les collèges ( ou les lieux publics où l’on donnait de l’instruction ). Il régla que par le métal on pourrait se racheter de la peine due à certaines fautes; qu’on pardonnât celles qui sont commises par hasard et sans mauvaises intentions ; mais il voulut qu’on punît sans rémission les gens qui seraient incorrigibles et qui pécheraient par abus de leur force ou de leur autorité. Il recommanda fortement l’observation de ses lois ; mais il voulut que les juges, en punissant, donnassent des marquesdecompassion.» (Ch. k. ch. 1.)
« II divisa l’empire en douze parties , appelées Tcheou ( provinces isolées ou îles) , mit des marques et des
Signaux sur douze montagnes, et creusa des canaux pour l’écoulement des eaux. ( (b .)
L’empereur Yao étant venu à mourir à l’âge ae 118 ans, et son règne ayant été consacré entièrement au bien public , le peuple porta le deuil pendant trois ans : cette coutume s’est conservée jusqu’à nos jours; les enfants même portent pendant trois ans le deuil de leurs pere et mère, auxquels l’empereur est assimilé.
« Au premier jour de la première « lune au printemps ( 2,255 avant « J.-C.), Choix fin installé héritier « de l’empire dans la salle des ancé- « très. En examinant Vinstrument orné « de pierres précieuses qui représen- « tait les astres (*) , et le tube mobile « qui servait à les observer , il mit « en ordre ce qui regarde les sept « planètes.
« Ensuite il fit le sacrifice au Sou- « verain-Suprême du ciel (Chaïxg-Ti) « et les cérémonies usitées envers les « six grands esprits , ainsi que celles « usitées pour les montagnes , les « fleuves et les esprits en général. »
( Chou-King , chap. 2. )
« Chun appela les douze Mou, bergers , pasteurs ( nom donné aux gouverneurs des douze provinces de l’empire), et leur parla ainsi : Tout consiste, pour les provisions de vivres , à bien prendre son temps. II faut traiter humainement ceux qui viennent de loin , instruire ceux qui sont près de nous , estimer et faire valoir les gens qui ont des talents , croire et se fier aux gens de bien, ne pas avoir de com-
(*) Cet instrument, qui est une sphère Céleste , est nommé Sicuan-ti : les Chinois la représentent dans plusieurs éditions du Chou-King, comme ou la voit dans la planche 4 , qui en est tin faotimile. On concevra facilement que nous ne garantissons nullement l'authenticité de cette figure, qui supposerait de grandes connaissances astronomiques pour l’époque reculée de Chun. Celte sphère représente la rondeur du ciel divisé eu degrés, ayant la terre au centre, et le soleil, la lune, les planètes et les étoiles aux places qui leur con viennent , d'une manière conforme au système dit de Wolémée.
merce avec ceux dont les m«eurs sont côrrompues; par là on se ‘fera obéir des étrangers barbares. » ( Ch.-King , chap. 2. )
« Une fois tous les trois ans, Chun examinait la conduite de ses officiers.
Après trois examens , il punissait les coupables et récompensait ceux qui s’étaient bien comportés. » ( Ch.-King , chap. 2. )
« A la cinquième année de son règne, Chun ordonna decommencer la grande cérémonie par la musique nommée Siao-chao. Cette musique avait neuf parties , et elle était accompagnée de danses.
« A la sixième année ( 2,251 avant J.-C. ) , il alla visiter les quatre montagnes nommées Yo{ aux quatre points cardinaux de la Chine, sur lesquels les premiers empereurs offraient les sacrifices à l’Etre suprême ; l’usage des temples spéciaux n’était pas encore introduit ) ; il fit aussi l’examen des mérites et des talents. » Plusieurs commentateurs placent sous cette année l’établissement du collège impérial, dans lequel les fils des princes et des grands devaient être instruits dans les lettres , les cérémonies , la musique , les danses, et dans l’art de lancer le javelot.
Chun s’occupa beaucoup de la musique ; il composa un grand nombre d’nymnes qui étaient chantés dans les cérémonies.
Cet empereur opéra , comme nous l’avons vu précédemment, d’honorables réformes dans lecode criminel qui existait avant lui, toutempreintdebarbarie.
Il adoucit les supplices , et substitua, à des tortures cruelles , des châtiments moins disproportionnés avec les délits, et surtout moins contraires au dessein providentiel de la société, qui n’entend rejeter définitivement de son sein que ceux de ses membres dont l’incorrigibilité dangereuse peut la menacer continuellement de graves périls. Avant la réforme de ChuN , on marquait au visage avec un fer rouge ceux à qui on laissait la vie ; on leur coupait le nez ou les pieds , ou on les mutilait de manière a leur ôter leur qualité d’homme : ce qui fut l’origine
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des eunuques , auxquels fut confiée , par la suite, la garde du palais et des iemines de l’empereur. A ces peines, Cm * substitua la eangue, la bastonnade , la confiscation et l’exil ; châtiments qui sont encore en vigueur aujourd’hui (*).
Lorsque Ciiun fut appelé par Yao pour remplir les fonctions de premier ministre, il avait choisi, pour réparer les désastres causés par le débordement des eaux , et fes faire rentrer dans leurs lits, le jeune Yu , d’une condition obscure, mais qui passait pour descendre de IIoang-Ti comme Cnus lui-méme.
Le jeune fonctionnaire dirigea les travaux avec tant d'art , disent les historiens , que l’on admire encore les jetées et les canaux que l’on prétend qu’il lit construire alors.
Yu termina ses ouvrages, que l’on pourrait nommer antédiluviens. 2,27a ans avant notre ère. C’est à ces travaux, nui marquent la première grande conquête de l'homme sur la nature, que la Chine doit de ne pas être submergée annuellement par ses deux grands fleuves, quoique des inondations partielles et assez considérables encore aient eu souvent lieu depuis.
Le Chou-Kimj rapporte un grand nombre de paroles attribuées à Yu :
« Quand le prince et le ministre savent surmonter les difficultés de leur état , l’empire est bien gouverné ; les peuples se trouvent en peu de temps dans le chemin de la vertu.
— « Cela est vrai, dit l'empereur Ch u n ; des discours si sages et si vrais ne doivent pas rester cachés : les pratiquer , ne pas laisser les gens sages dans les lieux déserts et inconnus , mettre l’union et la paix dans tous les pays, porter son attention sur tous les peuples, sacrifier ses lumières et ses vues à celles des autres, ne pas
(*) Les historiens chinois ne sont pas d’accord à ce sujet. Il en est (pii prétendent que les punitions que Chu» fit infliger, consistaient simplement à revêtir les coupables d’habits infamants, et que les supplices corporels ne commencèrent que sous la première dynastie.
maltraiter , ni rebuter ceux qui sont hors d’état de faire des plaintes, ne
(tas abandonner les pauvres et les malleureux, voilà les vertus que l’empereur Yao pratiqua.
— « Celui qui observe la loi, dit Yr, est heureux; celui qui la viole est malheureux : c’est la même chose que l'ombre et l’écho. »
Voilà assurément des paroles admirables et qui ont une haute portée dans la bouche d’un ministre. Ce qu’un autre ministre, nommé Y , ajoute n'est pas moins remarquable : « Il faut veiller sur soi-méme, et ne cesser de se corriger: ne laissez pas violer les lois et les coutumes de l’état ; fuyez les amusement» agréables; ne vous livrez pas aux plaisirs détendus. Quand vous donnez des commissions aux gens sages, ne changez pas ce que vous leur avez dit. Ne balancez pas à éloigner de vous ceux qui ont les mœurs dépravées. Si dans les délibérations vous voyez des doutes et des points difficiles à déterminer, ne concluez rien d’abord , attendez que vous soyez instruit ; assurez-vous de la certitude de vos jugements. Quand la raison naturelle vous démontre une chose , 11e vous y opposez pas. Recherchez les suffrages au peuple, et ne vous en écartez pas pour suivre vos désirs et votre penchant. »
La dernière phrase de ces conseils du ministre Y à Yu, qu'il sait déjà appelé à régner, exprime, en propres termes , un principe qui n a pas reçu en Chine le même développement qu’en certains pays de l’Europe , ou plutôt les mêmes formes de développement :
celui de gouverner les peuples selon leurs vœux, en les consultant; que ce soit d’une manière ou d’une autre.
Le texte chinois ne dit pas précisément de rechercherles suffrages des peuples (ou plutôt des jx>putations), mats il dit : « Prends garde de f aliéner les suffrages des cent familles : » ce qui équivaut sans doute à la première version du missionnaire, puisque les cent familles désignent la population de l’empire chinois , compose primitivement de cent familles qui vinrent du
nord-ouest. Mais cependant il y a une nuance importantes établir, c’est qu’anciennement, et encore aujourd’hui, la famille seule en Chine a une puissance politique dans l’état; les suurages se comptaient donc et se comptent encore par famille : la famille est un petit état dans l’état ; ' le chef y est souverain , comme l'empereur dans l'empire : il répond de tous les membres qui la composent , et il est passible lui-même des châtiments que quelques-uns d’entre eux pourraient encourir. Ce principe social , qui est en vigueur, comme on le voit, depuis plus de 4,000 ans, est en opposition complète à P individualisme des sociétés modernes , qui porte en lui-même un grand principe de liberté, mais en même temps un grand principe de dissolution.
On remarque tant de sagesse naïve, tant d’abnégation de soi-même , tant d’éloignement de tout intérêt personnel, et tant d'amourdu bien public, dans les paroles de ces anciens empereurs chinois, rapportées dans le Livre historique canonique, que nous ne pouvons nous refuser au plaisir de les citer.
Ces discours ne sont point comme ceux qui sont rapportés dans Hérodote, Thucydide, Tite-Live, etc., où l’historien fait les plus grands frais de l’éloquence qu’il prête à ses personnages. La critique historique, unanime pour attribuer l’arrangement actuel de ce livre à Confucius, environ 550 ans avant notre ère , peut facilement établir, par le caractère de la langue
?[ui y est employée, que la plupart des ragments qui le composent appartiennent d'une manière évidente aux temps des empereurs dont il est question, ou, au moins, à des époques bien antérieures à celle de leur arrangement par le grand philosophe. La langue de ces écrits, qui en diffère grandement, en est une preuve convaincante.
« Yu reprit la parole et dit: Ah!
empereur ! pensez-y bien ; la vertu est la base du gouvernement, et ce gouvernement consiste d’abord à procurer au peuple les choses nécessaires à sa con-
servation, c’est-à-dire l’eau, le feu, les métaux, le bois et les grains. Il faut encore penser à le rendre vertueux , et ensuite à lui procurer l’usage utile de toutes ces choses. Il faut enfin le préserver de ce qui peut nuireàsa santé et à sa vie. Voilà neuf objets qu’un prince doit avoir en vue pour se rendre utile et recommandable. Ces neuf sujets doivent être la matière des chants nationaux. Quand on enseigne, on emploie les éloges-, quand on gouverne, on emploie ï’autorité. Ces neuf sortes de chants servent à animer et à exhorter ; et c’est ainsi que l’on conserve le peuple. »