‹ L'UniversChapitre 16 sur 348 · YU ASSOCIÉ A CUL' N · texte numérisé non relu

YU ASSOCIÉ A CUL' N

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NOTAI ht

L’empereur Chu N, touché de ces excellents principes de gouvernement, proposa à Yu de lui succéder dans le gouvernement de l’empire : « Mon grand âge et ma faiblesse , dit-il , ne me permettent plus de donner aux affaires toute l’application convenable. »

— « Mes faibles talents, répondit Yu, ne suffisent pas pour gouverner les peuples. 11 men est pas de même de Kao-yao ( ancien sage chinois ) ; ses talents sont au-dessus de ceux des autres ; les populations les connaissent, et leur inclination est pour lui ; c’est à cela surtout que l’empereur doit réfléchir. Soit que je pense à la charge que vous m’offrez , soit que je la refuse, soit que j’en parle et que je tâche de dire ma pensée avec toute la droiture et la sincérité possibles , j’en reviens toujours à Kao-yao , et je dis toujours que le choix doit tomber sur lui. Vous , qui êtes sur le trône , pensez au mérite de chacun. »

«Venez, Yu , reprit l'empereur, après avoir loué les vertus de Kaoyao. Quand nous eûmes tout à craindre de la grande inondation (*), vous

(*) I.e missionnaire Gaubil dit ici en noie : « Il parait que Guuit parle de l'inondation comme d’un événement dont lui , Yu , et lus autres de son temps avaient clé témoins ;

CHINE

travaillâtes avec ardeur et avec droi.

ture; vous rendîtes les plus grands services , et vos talents se manifestèrent. Quoique dans votre famille vous ayez vécu avec modestie, quoique vous ayez si bien servi l’état , vous n’avez pas cru que ce fût une raison pour vous dispenser de travailler; et ce n’est pas une vertu médiocre. Vous êtes sans orgueil : il n’est personne dans l’empire qui , par ses bonnes qualités, soit au-dessus de vous. Nul n'a fait de si grandes choses ; et cependant vous ne faites pas valoir ce que vous faites. De là , quelle idée ne dois-je pas avoir de votre vertu? Je ne puis me dispenser de louer vos services. Les nombres écrits dans le calendrier du ciel vous désignent pour monter à la dignité de souverain de l’empire. »

« Le cœur de l'homme est plein d’écueils ; le cœur du Tao (ou de la raison et de la justice suprêmes) est simple et délié. Soyez simple et pur, et tenez toujours la voie droite.

« N’écoutez pas les discours sans les avoir examinés, et ne prenez au-

aiosi il ne parait pas que le déluge de Yao soit les restes des eaux du déluge de Noé. D’un autre côté , à moins de supposer faux tout ce qui est rapporté de l’état de l’Empire sous Yao, Chum et Yu , on ne peut dire que ce déluge de Yao soit celui de Noé.

«En lisant attentivement l’histoire chinoise et le Chou - hing , on reste convaincu que les désastres causés par les eaux ne regardaient que les campagnes. Il n’est fait aucun mention de villes détruites, d’hommes noyés, etc. On voit, au contraire, par les opérations qui furent faites pour l’ecoulenient des eaux , telles que sont celles de percer des montagnes , de creuser des lits aux rivières, de faire des canaux de communication , etc. , qu’il devait y avoir un nombre prodigieux d'hommes. Il est plus que vraisemblable que ce déluge ne s’étendit point jusqu'aux provinces les plus méridionales de la Chine, et que celles qui en furent le plus incommodées furent le Pé-tchi-li, le Cliansi, le Clien-si, le Clian-toimg , le Ilo-nan , j une partie du Üuw-toung, et quelques autres endroits voisins de ceux que je viens de nommer. » (Le 1’. Amiot, Mémoires sur 1rs Chinois, t. xut, p. 38a. )

cun parti qu’après avoir bien réfléchi.

« Ah! qu’un prince doit être aimé!

mais aussi que le peuple doit être redouté! S’il n’y a pas de souverain, à qui les peuples auront-ils recours? Et s’il n’y a pas de populations, qui aidera le souverain dans le gouvernement?

C’est ce qu’il faut considérer attentivement. Que de précautions à garder sur un trône ! 11 faut avoir soin de conserver l’amour de la vertu. Si les peuples sont maltraités et réduits à l’extrémité, vous perdez pour toujours le bonheur que le ciel vous a procuré.

Les paroles qui sortent de la bouche ont de bons effets quelquefois; elles font aussi quelquefois naître des guerres. Je ne veux pas que vous refusiez encore le poste que je vous destine. » ( Ch.-k livre 1 , ch. 3. )

« Le premier jottrde la prentièrelune, Yu fut installé dans la salle des ancêtres. Il fut mis à la tête de tous les ministres, et on garda le même cérémonial qu’on avait observé à l'élévation de rempereur Chiiîc » (/&.)

On ne peut s’empêcher, en lisant ces naïves annales , de remarquer combien l'homme est changé depuis ces temps antiques. A cette époque, les fonctions de souverain , empereur ou roi , étaient regardées comme de- • vant être le partage de l’homme de l’empire le plus digne de les remplir.

Elles étaient considérées comme un sacerdoce religieux et politique, qui exigeait l’abnégation de tout sentiment , de tout intérêt personnel ; comme une mission divine de dévouements continuels au bonheur du peuple. La haute idée que les hommes se faisaient de cette mission sainte éloignait les nombreux compétiteurs, et entourait de respects des fonctions qui étaient exclusivement consacrées au bonheur et à la prospérité de l’empire. Cette grande magistrature , qui serait la plus noble et la plus belle de toutes, si elle était conçue et remplie avec des sentiments’ pareils à ceux des premiers empereurs chinois, a bien dégénéré depuis , même en Chine, où cependant il reste encore des traces du caractère de cette anti-

que institution , l’empereur, quel qu’il soit, se donnant toujours le titre de père et mère du peuple, titre que la moderne dignité de l'homme, en Europe, repousserait, à tort ou à raison, comme appartenant aux royautés absolues , incompatibles avec les progrès de la raison humaine.

On retrouve encore dans les instructions sur le gouvernement, d’un ministre de Yu , la distinction du nombre cinq , et son application singulière à une foule de rapports et de règlements sociaux. — « farce que les cinq enseignements ou cinq devoirs viennent du ciel, nous les prenons pour la règle de notre conduite, et nous faisons grand cas de la distinction des cinq états. Parce que le ciel a fait lu distinction des cérémonies, nous prenons ces cérémonies pour des lois immuables. Nous observons de concert les règles du respect et de lu déférence, et nous gardons paisiblement le juste milieu. Parce que le ciel met au-dessus des autres les gens distingués par leurs vertus, il veut qu'ils soient reconnus à cinq sortes d'habillements. Parce que le ciel punit les méchants, on emploie les cinq supplices. L'art de gouverner mérite qu on y pense sérieusement.

« Ce que le ciel entend et voit se manifeste par les choses que les peuples voient et entendent. Ce que les peuples jugent digne de récompense et de punition, indique ce que le ciel veut punir et récompenser. Il y a une communication intime entre le ciel et le peuple : que ceux qui gouvernent les peuples soient donc attentifs et réservés! ( Chou-king , L. I, ch. 4.)

Voilà des paroles que l’on pourrait regarder comme équivalentes au célèbre vox populi, vox Del : la voix du peuple est la voix de Dieu ! C'est un de ces avertissements sévères que la Providence, qui veille sur le sort des nations, semble n'avoir épargné à aucune puissance terrestre qui serait tentée d'abuser de son autorité fragile. A défaut d'institutions dites constitutionnelles pour limiter en Chine l’autorité impériale, il existe, dans les Li-

vres canoniques de cette ancienne monarchie , c’est-à-dire, dans les écrits révérés de ses sages, écrits qui ont force de lois depuis les temps les lus anciens, un très -grand nombre e passages aussi menaçants pour la tyrannie impériale que celui qui précédé, et au moins aussi dangereux pour elle que les constitutions européennes les plus libres. Nous aurons souvent l’occasion de combattre des préjugés européens sur l'absolutisme du gouvernement chinois , et de montrer que les intérêts du peuple, qui doivent être la base de tout bon gouvernement , sont peut-être aussi ménagés et aussi garantis en Chine que dans le pays le plus libre de l'Europe.

Ces anciennes annales chinoises, qui ont des avertissements si sévères pour les princes et les empereurs, présentent déjà, à cette époque reculée , des exemples de ce que l'enivrement et le prestige de l’autorité souveraine peuvent produire dans l'homme qui ne sait pas ou ne veut pas s’y soustraire. Le sage Yu, que l'on vient de voir appelé à partager cette autorité, dit, en parlant du fils de Y ao , déshérité par son père du trdne impérial , au profit du laboureur Chun : « Ne soyez pas comme Tan-tcüou , superbe ," entreprenant, aimant la dissipation , crtlël et plongé jour et nuit dans l'inquiétude; dans les endroits où il n'y itvait pas déeau, il voulait aller en barque : dans sa maison il vivait avec une troupe de débauchés et s’adonnait à toutes sortes de vices; aussi ne succéda-t-il pas au trône de son père. »

( C/i. k. L. i, ch. S.)

Chun avait trente ans lorsqu’il fut appelé pour être employé; il resta dans ce poste pendant trente années ; cinquante ans après il mourut ( 2,308 ans avant J.-C.)

YU, EMPEREUR 2,205 AV. L'fcftE VULGAIRE.

mois ASS DK DEUIL KT p’iMERRtCJ E.

Alors Yu, qu’il avait appelé 3 Uil succéder, et qui , en qualité de premier ministre, exerçait déjà , depuis quinze ans , l’autorité souveraine au nom de

Chün , devint , par droit électif, le chef suprême de l'empire (*). Avec lui commence la première dynastie chinoise ; le droit d’élection attribué à l’empereur, et le droit de présentation de candidats au trône, attribué aux grands , commencèrent à tomber en désuétude , comme toutes les institutions, lorsque l’inconvénient de les mettre en pratique , ou l’indifférence du droit les fait négliger. Cependant, ce droit d’élection du souverain, attribué au chef de l'état, sur la présentation des grands de l’empire , s’est conservé altéré et sous une forme restreinte depuis Yu jusqu’à nos jours. Au lieu de porter sur tous les sujets dignes de cette haute fonction , l’élection ne s’étend plus que sur les (ils de l’empereur; et le droit de succession ne diffère de celui de la plupart des dynasties européennes, que sur le droii de primogémture qui n’est pas reconnu en Chine : ce qui laisse plus de chances favorables pour de bons règnes , et ce qui aussi crée, peut-être, plus de chances de divisions et de troubles, auxquels inconvénients les amis de la tranquillité avant tout préfèrent l’ordre de succession directe, qui s’accomplit avec toute l'intelligence de l’aveugle et inexorable destin , dont l’action ne laisse aucune chance à l’exercice de la volonté et de la liberté humaines , le plus souvent contraires à tout ce qui est fatal. Dorénavant , nous considérerons donc l’histoire chinoise dans ces grandes personnalités que l’on nomme dynasties , et oui ont tant d’influence sur le sort des empires. Ce ne seront plus des règnes d’individualismes comme les précédents; de ces règnes intelligents et civilisateurs , dans lesquels la liberté et la volonté de l'homme peuvent se donner tous leurs développements ; ce seront de grandes personnalités , des personnalités fatales, dans lesquelles cependant se trouvera encore un élément de la volonté libre, un élément à influences puissantes sur le développement fatal de ces mêmes personnalités.

(*) Yu, pour maintenir la paix et le bon-

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