LA LUMIÈRE ET D'UN TEMPLE DU CIEL
L’année 694, le bonze Hoaï-y, favori de l’impératrice, eut ordre de faire construire un temple , appelé Temple de la grande Lumière ( taming-tang), et un Temple du Ciel (thian-lang) , au nord au premier.
Dix mille hommes y travaillaient chaque jour , et la dépense fut si grande qu’elle épuisa le trésor. Le Temple du Ciel était partagé en cinq étages. Quand on était arrivé au troisième étage, dit un historien chinois, et qu’on regardait le Temple de la Lumière , qui n’était qu’à quelques pas , il fallait plonger ses regards comme dans un précipice; ce qui peut faire juger de l'élévation de ce Temple du Ciel. Ce bonze avait jusqu’à mille disciples jeunes et robustes. Un censeur crut qu’il y avait du désordre; il accusa le bonze. Les disciples de ce dernier furent exilés, et on ne décida rien à son égard. Seulement il eut ordre de faire teindre de sang de bœuf une statue de deux cents pieds d’élévation, qui fut placée dans le Temple delà Lumière. Dans ce tempslà, un médecin s’insinua dans les bonnes grâces de l’impératrice ; le bonze en fut jaloux , et il mit secrètement le feu au temple qu’il avait fait bâtir. Tout ce qui était déjà construit fut brûlé. Le feu se communiqua au palais et à la grande salle du trône, et tout fut consumé. L’impératrice dissimula ; elle se contenta de rejeter la faute sur le peu de prudence ou l’inattention des ouvriers. Ces sortes d’incendies sont de très-mauvais présages à la cour de Chine, dit le P. Gaubil, et passent pour des signes de la colère du ciel. Un grand mandarin voulait que l’on cherchât à apaiser la colère celeste; mais un autre, qui appréhendait apparemment les suites des recherches, porta l’impératrice à ne pas exécuter ce qu’elle avait d’abord résolu de faire. Le bonze eut ordre de travailler à refairé le Temple du Ciel et la grande salle du trône. Il fit fondre du cuivre, et en fit faire de grandes
tables et de grandes urnes, où l’on voyait la description de tout ce qui se trouvait dans l’empire. Il fit faire aussi douze statues ou idoles, hautes de dix pieds chacune. Le bonze eut quelque soupçon qu’on l’examinait; il fut inquiet, et il tint des discours dont l’impératrice se trouva offensée. Sur ce rapport, cette princesse lit battre secrètement le bonze, qui mourut des coups qu’on lui donna. A l’occasion de l’incendie, l’impératrice ordonna qu’on lui offrit des placets, mais sincères et sans flatteries. Alors un grand mandarin dit qu’il fallait cesser les travaux pour leTemple.de Fo; un autre exposa en quatre articles les défauts du gouvernement.