STATISTIQUE RELIGIEUSE
Un dénombrement fait à cette occasion fit connaître qu’il y avait quatre mille. six cent soixante temples et monastères autorisés par les empereurs, et quarante mille bâtis par des particuliers; que le nombre des religieux et religieuses étaitdedeux cent soixante mille cinq cents; que celui des ministres des religions du Ta-lhsin et du Mou-hou-fou était d’environ trois mille. On dit en général que les terres des bonzes ou religieux de la secte de Fo étaient immenses ; mais on spécifie
expressément le nombre de leurs esclaves qui était de cent cinquante mille (*).
EXAMEN QUINQUENNAL OU SEPTENNAL DES FONCTIONNAIRES. CONFESSION PUBLIQUE.
Wou-tsoiung rétablit ou renouvela, dit-on , une loi qui subsiste encore aujourd’hui , et qui retient dans le devoir tous les mandarins de la capitale , de qui dépendent les autres mandarins employés dans les provinces Cette loi porte "que tous les cinq ou tous les sept ans, on examinera sévèrement la conduite que ces premiers fonctionnaires de l’empire ont tenue dans l’exercice de leurs charges. C’est même un usage qui se pratique constamment, que chacun de ces mandarins fasse par écrit un aveu sincère et détaillé de toutes les fautes dans lesquelles il est tombé , et en demande pardon à l’empereur.
S’il arrive que, dans cette humble confession qu’ils sont obligés de faire, ils excusent leurs fautes, ou s’ils s’efforcent de les déguiser et d’en diminuer la grièveté , ils n’ont nulle grâce à attendre, et ils sont privés irremissiblement de leur emploi.
RÈGNE DE SIOUAN-TSOUNG.
Siouan-tsoung (846) fut le successeur de Wou-tsoung. Il montra plus de caractère et de fermeté que les eu-
(*) Le P. Gaubil , auquel ces détails sont empruntés (Hist. de la grande dyn. Tan «■), dit que la religion de Ta-disin est la religion chrétienne, et celle de Mou-liou-fuu celle des Persans, soit Ghèbres ou autres; et il ajoute que l'on ne dit pas en quoi consistait la religion de Ta-thsin; on dit seulement que c’est une espece de religion de Fo ou Bouddha. Les renseignements des historiens chinois étaient plus précissur la religion de Mou-houfou; ils disent • qu’eHe était en vogue dans le pays au sud et au nord du fleuve Oxus , dans la Perse et les États voisins, le Khorassan, le Transoxane, le pays de Yen ki, de Kachgar, de Sou -le, etc. Us disent que dans qui'lipies-uns de res endroits on honorait aussi Pu ou l'esprit du ciel , etc. •
nuques qui lui avaient donné l’em- tsoung la même faiblesse qu’eurent pire ne l’avaient d'abord supposé. Sa beaucoup de ses prédécesseurs pour conduite politique fut l’opposé de celle le breuvage de l’immortalité, qui n’éde son prédécesseur. Il permit de re- tait qu’une arme puissante de venconstruire les temples et les monas- geance dans les mains des eunuques, tères détruits. Cependant, l’année 852, Cet empereur mourut à- l’âge de cinle même empereur, sur les représenta- quante ans dans des doulears aiguës ; tions d’un grand, défendit aux sujets après avoir pris ce breuvage qui lui chinois de se faire religieux. Le grand donnait une vie immortelle dans la de l’empire disait que les populations tombe.
étaient trop misérables, et que l’on Le règne de Y-tsoung (860-873) voyait avec indignation les bonzes et fut agité’ par des guerres extérieures boiizesses avoir tout à discrétion pour avec le roi du Yùnnân ou Nan-tchao, leur nourriture, leur vêtement et leur qui conquit sur les Chinois le nord du logement, sans être d’aucune utilité Ngan-nai; ou Tonquin, et par des répour l’empire; et qu’il serait bien voltes intérieures Pendant ce temps , mieux que les religieuses travaillassent l’empereur négligeait les affaires de à l’entretien des vers à soie, et que les l’empire ; il assistait aux sermons des religieux cultivassent la terre poursub- bonzes , allait au temple de Bouddha, venir aux besoins de l’eifipire. faire des cérémonies et réciter des
firières ; il écrivait de ses propres mains es livres de cette divinité étrangère, pouvoir et ltnfujence des eunüques. et prodiguait des largesses aux bonzes.
Il envoya chercher fort loin, au mo- Plusieurs projets furent proposés à nastère de Fa-men-sse, un os de cette Siouàn-tsoung pour abolir ou dimi- prétendue divinité, qui fut apporté en nuer la puissance des eunuques, cette grande cérémonie à Si-ngan-fou. Peu
Îilaie de l’empire. L’empereur adopta de temps après , cet empereur étant 'avis d’un grand, qui était de. faire mort(873),sonsnccesseur,Hi-TSOUNG, mourir sans rémission ceux des eunu- ordonna de faire reconduire l’os de Fo ques dont les crimes seraient bien au monastère de Fa-men-sse, d’où il avérés ; d’exclure des emplois tous ceux sortait. Toutefois cet empereur ne sut qui étaient reconnus pour n’avoir au- pas réparer tous les désordres dans cun talent, et de ne plus donner à lesquels l’administration était tombée d’autres eunuques les emplois de ceux avant lui. Les folles dépenses de Yqui viendraient à mourir. Ce projet fut tsoung pour ses plaisirs et ceux d’une discuté et approuvé dans le conseil de ses filles, qu’il aimait à l’adoration, d’État. Un des membres de ce corps jusqu’à faire périr vingt médecins de voulait qu’on allât plus loin, et qu’on la capitale, qui n’avaient pas su l’emexterminât sans pitié tous les eunuques pêcher de mourir, avaient épuisé le qui avaient d’autres charges que celles trésor. Les provinces, surtout celles du service au palais. L’empereur ne de l’est, avaient beaucoup souffert voulut pas consentir à cette dernière durant plusieurs années de suite d’une proposition; ce qui, dit-on, causa la si grande stérilité, que les denrées ruine de sa dynastie. Les eunuques étaient d’une cherté extrême. Les gouayant appris ce qui se tramait contre verneurs n’osaient en avertir la cour, eux, prirent des précautions pour et n’en exigeaient pas moins durement maintenir et augmenterde plus en plus les impôts^, que le peuple était hors leur puissance. L’empereur et ses mi- d’état de paver. Dans cette misère exnistres furent obliges de dissimuler, trême, les malheureux aimaient mieux La décadence de la dynastie des 7'/ta«ÿ abandonner leurs terres et se retirer devient visible, et s’accroît de jour en dans les montagnes, que d’être maijour. traités par les recouvreurs d’impôts.
L’histoire reproche à Siouan- Les troupes étaient mal disciplinées et
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CHINE
mal payées : tout était rempli de mécontents. L’empereur ne s’occupait nullement des affaires, qui étaient toujours dans les mains des eunuques.
Des révoltes se manifestèrent dans plusieurs provinces (875); elles s’étendirent surtout dans les contrées méridionales de l’empire, où elles devinrent menaçantes pour la dynastie. L’un de rebelles, nommé Hoang-tchao , qui avait fait des études, et tirait bien de l’arc, n’ayant pas réussi dans ses examens de doctorat, s’était misa la tête des mécontents. Après avoir pris Canton, plusieurs grandes villes dans la province du Hou-kouang, et celle de Kiang-si , il se trouva à la tête de deux cent mille hommes , sans compter les troupes que plusieurs de ses lieutenants avaient ailleurs. Il s’empara de Lo-yang (la cour orientale) en 880, puis" de Tehang-ngan (Si-ngan-fou ), l’autre capitale, de l’empire, que Hitsoung avait abandonnée, et où il prit le titre d’empereur, en donnant à sa dynastie le nom de '/'ksi. Là il fit mourir les membres de la famille impériale qui n’avaient pu se sauver.
Mais la fortune ayant changé de face , il fut obligé de se retirer devant les troupes impériales. Plusieurs chefs de hordes turques envoyèrent des secours d’hommes à l’empereur Hi-tsoung; ces troupes étaient commandées par Li-khe-young , prince turc qui eut la gloire de vaincre l’armée rebelle près de Si-ngan-fou. Il la poursuivit, et la battit denouveau. Le chef des rebelles, voyant tout perdu, se donna la mort, et "la dynastie des Thang fut encore une fois sauvée de sa ruine.