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L'HISTORIEN SSE MA KOUANC

Ce fut sous le règne de l’empereur Jin-tsoung que ce célèbre historien chinois commença à briller dans les fonctions publiques. Après avoir été gouverneur d’une ville fortifiée sur les frontières occidentales de l’empire, et de la capitale du Ho-nan , il devint ensuite censeur public et secrétaire historiographe du palais.

Il donna dans toutes ces fonctions des preuves d’une haute sagesse, de lumières étendues et d’un désintéressement à toute épreuve. Des peuples du midi avaient envoyé a l’empereur Jintsoung un animal d’une espèce inconnue, et les courtisans prétendaient que cet animal n'était autre que le khilin, sorte de licorne merveilleuse qui n’apparaît, selon les Chinois, qu’aux époques de prospérité où l’empire est florissant, sous le gouvernement d’un prince accompli. Sse-ma-kouang, consulté par ordre de l’empereur, répondit : « Je n’ai jamais vu de khi-lin, ainsi je ne puis dire si l’animal dont on parle en est un. Ce que je sais , c’est que le véritable khi-lin n’est point apporté par des étrangers : il parait de lui-même quand l’État est bien gouverné. »

Il y avait de la hardiesse et de la fermeté dans cette réponse qui choquait les préjugés mis en jeu par l’adulation. Il en tut de même a l’occasion d'une éclipse de soleil, qui eut lieu en 1061. Cette, éclipse, selon l’annonce des astronomes, devait être de six dixièmes du disque du soleil : elle ne fut réellement quedequatredixièmes. Les courtisans vinrent en cérémonie en féliciter l’empereur comme une dérogation formelle que. le ciel avait permise aux lois de ses mouvements, et qui faisait le plus grand honneur à la sagesse de son gouvernement. Mais Sse-ma- Küuang qui était présent les inter- (*)

(*) Voir son portrait, pi. 63, n° a. On peut consulter sur ce célèbre historien la biographie que le I1. Ainiot et M. Abel Rémusat lui ont consacrée; Mémoires sur les Chinois, t. X, p. x , et Biographie universelle , art. Ssk-ma-kouasg.

rompit : « Le premier devoir d’un censeur est de dire la vérité, s’écria-t-il; ce que vous venez d’enteridre n’est qu’une basse flatterie ou l’effet d’une ignorance profonde. L’éclipse a été moindre qu’on ne. l’avait annoncée :

il n’y a là ni bon, ni mauvais pronostic à faire, ni de quoi féliciter Votre Majesté. Les astronomes se sont trompés ; si c’est par négligence, il faut les en punir. Un très-mauvais présage, c’est qu’il y ait près de votre personne des gens "qui osent parler comme je viens de l’entendre, et que Votre Majesté daigne les écouter. »

Si ceux qui gouvernent les hommes en trouvaient toujours de semblables pour leur dire la vérité, ils commettraient bien moins de fautes, et les peuples seraient bien mieux gouvernés, surtout s’ils écoutaient tous la vérité, comine Jin-tsoung, avec la volonté d'en profiter. Les successeurs de cet empereur ne furent pas si dociles aux remontrances du hardi censeur, et il fut éloigné de la cour. Sse-m a-kouang, rendu a la vie privée, s’occupa avec ardeur de son grand ouvrage historique, dans lequel il avait le projet de comprendre les actions des princes et des sujets, et tout ce qui pouvait intéresser la science du gouvernement.

Pour accomplir cette grande tâche, il compulsa tout ce qu’il put trouver de livres dans les bibliothèques, rassembla les monuments les plus anciens et consulta les mémoires les plus récents. Il soumit à la discussion les opinions contradictoires admises par les auteurs , rectifia les erreurs , dissipa l’obscurité qui couvrait certains événements, et ramena toutes les traditions à une seule série, où les faits, disposés chronologiquement, forment, suivant l’expression chinoise, comme un vaste tissu dont la chaîne suit l’ordre des temps, et dont la trame embrasse tout l’empire. Prenant pour point de départ ce que les Chinois appellent les temps des guerres civiles, il commença ses récits airtègne de ÀVeï-lieïxv an g de la dynastie des premiers Tchcou, et les conduisit jusqu’aux dynasties qui avaient précédé i’éta-

CHINE

bassement de celle sous laquelle il vivait, de sorte qu’il embrassait un espace de treize cent soixante-deux ans. Le titre de ce bel ouvrage fut : Tseu-tchi-lhoung-kian, qu’on peut traduire par Miroir universel à C usage de ceux qui gouvernent , ou moins littéralement comme le P. Amiot, par Magasin de la science du gouvernement. Cet ouvrage a été continué par divers auteurs, et complété, pour ce qui concerne les temps anciens, par Lieou-yu, ami et collaborateur de SSE-MA-KOCANG.

Dans sa forme originale, le Tseutchi-lhoung-kian contenait deux cent quatre-vingt-quatorze livres de texte, trente livres de tables , et trente autres livres de dissertations et de discussions. L’auteur, quoique assisté, des plus habiles lettrés de son temps , ne put l’achever qu’en 1084 sous le règne de Chin-tsoung.

Ce fut sous ce dernier empereur que Sse-ma-kouang , placé à la tête des censeurs publics, composa un grand nombre de célèbres remontrances, dont plusieurs ont été réunies dans le magnifique recueil , intitulé fiCouwen-tjouan-kian (*), dont il a déjà été fait mention dans cet ouvrage.

opposition organisée d’un parti de

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