RÉFORMES DANS LE GOUVERNEMENT PRO- POSÉES PAR WANG-'AN-CIII
L’opposition de Ssé-ma-kouang et de quelques autres savants personnages, aux idées réformatrices de Wang- ’an-chi, n’ébranlèrent pas le crédit du dernier près de l’empereur Cmxtsoung dont il était ministre. Alors il entreprit, non-seulement d’établir quelques nouveaux usages, mais de faire publier de nouvelles lois, et de changer sur beaucoup de points le système du gouvernement chinois. Voici à peu' près le précis de son système tel que le donne le P. Amiot :
Le premier et le plus essentiel des devoirs d’un souverain est d’aimer ses peuples de manière à leur procurer les avantages réels de la vie, qui sont l’abondance et la satisfaction. Pour
(*) M. Rémusat, Vie de Sse-nin-kouang ; Amiot, id. , Méin. cliia., t. X, p. 34.
arriver à ce but, il suffirait d’inspirer à tout le monde les règles invariables de la rectitude; mais comme il ne serait pas possible d’obtenir de tous l’observation exacte de ces règles , le souverain doit, par de sages règlements , fixer la manière de les observer.
Sous la dynastie des Tchéou, il y avait des tribunaux de police qui avaie'nt une inspection immédiate sur les ventes et les achats de toutes les choses qui servent à l’usage de la vie (*). Ces tribunaux déterminaient chaque jour le prix des denrées et des marchandises. Us imposaient des droits qui n’étaient pavés que par les riches, et dont par conséquent les pauvres étaient exempts.
L’argent que l’on retirait de ces droits était mis en réserve dans les épargnes du souverain qui en faisait faire la distribution aux vieillards sans soutien, aux pauvres, aux ouvriers qui manquaient de travail , et à tous ceux que l’on jugeait être dans le besoin. Wang- ’an-chi établit dans tout l’empire des tribunaux semblables.
Il établit d’autres tribunaux qui étaient chargés de distribuer des grains pour ensemencer les terres incultes, et de partager ces terres entre les cultivateurs, a condition seulement de rendre en grains ou en autres denrées, le prix de ce que l’on avait avancé pour eux ; et afin que toutes les terres de l’empire produisissent selon leur nature, les commissaires de ces tribunaux décidaient eux-mêmes de l’espèce de denrée dont on devait les ensemencer respectivement, et ils faisaient les avances de ces denrées dont ils ne devaient être remboursés qu’au temps de la récolte.
Il établit dans chaque ville des bureaux particuliers pour percevoir les droits de l’empire ; et ces droits étaient évalués en proportion de la bonne ou mauvaise récolte, de la rareté ou de l’abondancedes marchandises. La seule espèce de monnaie qui eût cours alors pour l’usage ordinaire, était fabriquée par quiconque voulait s’en donner la peine , il suffisait qu’elle fût de poids.
(*) Yoy. pag. ia 3 cl ia4.
CHINE
II armait de là que la valeur de cette monnaie variait selon le poids et la dimension qu’on lui donnait. W ang- ’an-ciii sentit le vice et tous les inconvénients de cet usage; il entreprit de donner à la monnaie ayant cours une valeur fixe, et d'en déterminer à peu près le nombre. Pour atteindre ce Dut, il érigea dans les principales villes de chaque district des tribunaux, auxquels il fit attribuer le droit exclusif de fabriquer la monnaie, et de décider en dernier ressort de la quantité qu’il fallait en fabriquer selon le besoin et les circonstances.
On comprend assez, ditle P. Amiot(*), que ces sortes d’innovations durent soulever contre lui tous les ordres de l’État. Il est à croire cependant que s’il n'en eût fait que de cette espèce , on n’eût pas imprimé à son nom la tache ineffaçable qui le souillera tant qu’il y aura en Chine des hommes qui liront. Mais il en voulut faire jusque dans la classe de ceux qui sont par état les ennemis jurés de toute nouveauté. Il changea la forme ordinaire des examens pour les grades de littérature ; il fit adopter pour l’explication des King les commentaires qu’il en avait faits; il fit ordonner que l’on s’en tiendrait, pour l’intelligence des caractères, au sens qu’il avait fixé dans le Dictionnaire universel dont il était l'auteur. Ce fut là, je pense, ce qui lui attira le plus grand nombre d’ennemis et les plus irréconciliables.
Nous ne rapporterons pas ici toutes les objections que les partisans des anciens usages, et entre autres SsÉm a-kouan g , présentèrent à l’em pereur Chin-tsoung pour repousser les innovations de\VANG-’AN-CHi; on peut lire à ce sujet tous les détails que donne le P. Amiot dans la vie du célèbre historien (**). L’empereur Chin-tsoung
(*) Vie de Sse-ma-kouang , pag. 38.
(**) Mém. chin., l. X, pag. 48 el suiv. O11 peut voir aussi le portrait de Wakg-’axchi, tracé par un de ses ennemis littéraires et politiques , Sou -sien, dans les deux recueils chinois précédemment cités ; et dans Ou Halde , Description de la Chine , t. II.
resta inébranlable dans ses résolutions de faire exécuter les réformes de son premier ministre qu’il croyait avantageuses à son peuple, mais il mourut avant d'avoir pu les mettre entièrement à exécution.
Tchi-tsoung (1086-1100). C’est sous ce nom que régna pendant quinze ans le sixième fils du précédent empereur. Comme il n’avait que dix ans lorsque le gouvernement de l’empire lui échut, ce fut l’impératrice, aïeule de ce prince, qui gouverna pendant sa minorité.