Fuyez la débauche
Tchi-tsoung répudia sa femme légitime ; un de ses ministres lui ayant fait des remontrances à ce sujet dans un placet qu’il lui présenta, il lui répondit qu’il avait suivi l’exemple de quelques-uns de ses ancêtres : « Vous eussiez mieux fait, répliqua le ministre, d’imiter leurs vertus et non pas leurs fautes. » L’empereur, irrité de cette réplique, jeta le placet, le foula aux pieds, et dépouilla de sa dignité celui qui lui donnait ce conseil.
L’empereur Hoeï-tsoung (1101- 1125), le onzième fils de Chin-tsoung, qui succéda au précédent, se fit le protecteur des eunuques jusqu’à donner à quelques-uns d’entre eux des principautés. Cette politique, ou plutôt cette faiblesse anti-politique, ramena des abus
que l’on avait eu bien de la peine a extirper. On dirait que la fatalité, qui dans un temps donné, pousse à leur ruine tous les pouvoirs, commençait déjà à peser sur la dynastie des Soung, à peine arrivée à son huitième souverain. Cet empereur contribua beaucoup à la ruine future de sa dynastie en appelant à son secours, pour repousser les Khi-tan , une autre horde de Tartares orientaux appelés Jou-tché ou Jou-tchi, qui formèrent bientôt un royaume puissant et redoutable pour l’empire chinois. Le royaume de Liao-toung fut détruit après deux cent neuf ans d’existence; mais il fut remplacé par celui des K in , ou de la dynastie d’or ; le premier chef de cet empire, qui prit le nom de Taï-tsou, comme tous les fondateurs de dynasties, après avoir aidé l'empereur de - la Chine à détruire le royaume de Liaotoung , s’empara des provinces septentrionales de la Chine , le Pe-tchi-li et le Chen-si, moins par la force de ses armes que par la lâcheté et la trahison de plusieurs mandarins chinois, qui étant mécontents de l’empereur, facilitèrent à son ennemi la conquête de ces provinces. L’empereur IIoeï-tsoung , se voyant en danger de perdre l’empire , lit un traité de paix honteux avec le nouvel empereur tartare ; mais ce traité n’ayant pas été observé, à l’instigation des ministres de Hoeï-tsoung , les Tartares reprirent les armes. Ils s’emparèrent de la province du Chansi , et leur chef engagea de nouveau l’empereur chinois à aller avec lui reconnaître les limites de l’empire qu’il lui laissait. Hoeï-tsoung s’v rendit ; mais le chef tartare s’empara de sa personne , et l’emmena prisonnier dans le désert de Cha-mo, où il mourut.
Sou fils lui succéda sous le nom de Kin-tsoung (1126). Le premier acte qu’il fit de son autorité fut d’exécuter les ordres de son père en mettant à mort les six ministres qui lui avaient conseillé de rompre son traité avec les Tartares ( Jou-tche ). Ces derniers poussèrent leurs conquêtes jusque dans la province du Ho-nan, et traversèrent sans obstacle le ileuve Jaune. Ils pri-
rent et pillèrent la capitale, et firent prisonnier l’empereur, qu’ils emmenèrent avec ses femmes.
Plusieurs grands de l’empire et plusieurs ministres prévinrent le mime sort en se donnant la mort.
Kao-tsoung( 1127-1 162). Cet empereur, le neuvième fils de Hoeïtsoung, effrayé de l’audace des Tartares, transporta sa cour à Nan-king , -mais obligé de fuir encore cette capitale, il se réfugia à Hang-tcheou , capitale de la province de Tche-hiang(*), ce qui a fait donner depuis à la dynastie des Soung l’épithète de méridionale.
Quoique ami de la paix et des lettres, qui ne fleurissent guère que sous ses auspices, cet empereur fut obligé de se défendre contre les Tartares et des troupes de brigands qui ravageaient quelques provinces. Son habile général Koung-ye fut treize fois vainqueur contre les premiers, dans les provinces septentrionales ; mais ces victoires ne lui profitèrent pas. L’Instoire reproche sévèrement à cet empereur d’avoir négligé les sages, et d'avoir admis à leur place, dans ses conseils , des hommes fourbes et pervers. Elle lui reproche aussi de s’être livré entièrement à la secte de Fo, au point d’abandonner à son neveu le gouvernement de l’empire.