‹ L'UniversChapitre 210 sur 348 · TARTARES OCCIDENTAUX · texte numérisé non relu

TARTARES OCCIDENTAUX

Selon le P. Couplet (*), les Tartares occidentaux qui , ayant été entièrement défaits dans plusieurs combats par TVou-ti, le sixième empereur de la dynastie des Han , n’avaient rien entrepris contre la Chine, digne d’être mentionné dans l’histoire, jetèrent enfin les premiers fondements de leur empire l’année 1 206 de notre ère, et leur chef prit le nom dynastique de Youan (originaire, primitif). Depuis la première année de cet empire naissant jusqu’à la quatorzième, des millions de personnes périrent sous le fer du cruel fondateur de cette dynastie tartare.

Le cinquième de ces chefs barbares dominera bientôt sur toute la Chine.

Le chef des Tartares occidentaux , qui occupèrent les pays compris entre la province du Chen-si, le Thibet et Samarkande, fut invité par l’empereur Ning-tsoung del’aider a repousser les empiétements et les invasions continuelles des Tartares orientaux. Le roi des Khi-tan, voyant qu’il ne pouvait plus lutter contre les deux armées combinées, demanda à traiter de la paix, en offrant aux Chinois des conditions très-avantageuses. Ces derniers, qui se sentaient forts , les dédaignèrent. Alors le roi des Tartares orientaux s’écria : « Les Tartares occidentaux m’enlèvent aujourd'hui mon empire, demain ils prendront le vôtre ! »

Il est dit dans l’histoire chinoise que le chef des Tartares occidentaux , après avoir détruit le royaume des Mahométans, nommé Mé-té-na (Médine ou de Médine), s’avança des royaumes de In-to (l’Inde) et de Sa-ma-eulh-han

(*) Monarciuœ sinicœ tabula chronologica, pag- 74.

(Samarkande) jusqu’à la porte de fer ( tie-men ), forteresse ainsi nommée, où, effrayé par l’apparition d’un monstre extraordinaire qui lui demanda s’il n’était pas encore satisfait de tout le sang qu’il avait versé, il arrêta sa marche, et revenu dans son royaume, il tourna par la suite ses armes contre la Chine.

Li-tsoung (1225-1264). Dans l'état où se trouvait l’empire chinois à l’époque où nous sommes arrivés, il aurait fallu au pouvoir un homme capable de se mettre à la tête de la population, et de diriger ses armées contre les ennemis extérieurs et intérieurs qui se montraient de toutes parts. Li-tsoung n’était pas cet homme. 11 avait plus d’amour pour les lettres et la doctrine des Tao-sse que pour la guerre. Dans la seconde année de son régné il donna à perpétuité le titre de Koung (prince ou duc)auchefde la famille deKHOUNG- TSEU,qui subsiste encore de nos jours, apres plus de deux mille ans d’existence, et il l’exempta de payer aucun tribut.

Pendant ce temps , la guerre contre les Tartares orientaux se continuait avec vivacité. Les Tartares occidentaux, que commandait un habile général nommé Pe-yen, étaient venus, comme nous l’avons déjà dit , se joindre aux troupes chinoises pour combattre les premiers. La ville de Ho-nan, où le roi des Tartares orientaux tenait sa cour, fut prise. La capitale de la province de Chan-toung fut assiégée; le siège fut long, et les habitants se défendirent avec tant d’opiniâtreté, que n’ayant plus de vivres, ils mangèrent de la chair humaine. Le roi tartare Ngaï-ti, se voyant perdu sans ressources, s’étrangla de désespoir, et sa mort mit fin à l’empirie des Kin ou Tartares orientaux qui avait eu neuf rois dans l’espace de cent dix-sept ans.

DOMINATION DES TARTARES DU NORD D ANS LES PROVINCES SEPTENTRIONALES DE LA CHINE.

Ce que l’esprit politique le plus vulgaire aurait dû prévoir en appelant

CHINE

les Tartares mongols au secours de l’armée chinoise, dans l'intérieur de l’empire, arriva. Ces barbares prirent goût à la civilisation chinoise, et après avoir repoussé et détruit d’autres barbares, ils firent comme eux, et établirent un nouvel empire dans les provinces du nord de la Chine. Hou-pie-tie (Khoubilaï-khan) qui était leur chef, et qui s’était rendu habile dans les sciences et la littérature chinoises, s’attacha ses nouveaux sujets par l’estime dans laquelle il tint les gens de lettres, et par les honneurs qu’il rendit à la mémoire de Khoung-tseu. Les historiens chinois placent le commencement de son règne à l’année 1260 de notre ère, et ils le désignent sous le nom de Chi-tsou (l'ancétre du siècle, ou de la génération ).

On doit remarquer cette habitude constante des conquérants barbares qui s’établissent en Cnine, de se concilier la faveur de la partie la plus éclairée dç la nation , en honorant celui qui en est regardé comme le législateur et le premier sage. Cette politique habile contribua sans aucun doute à la conquête et à la soumission répétées de cette nation , qui , dans ses humiliations et ses défaites, avait encore cependant la gloire de se soumettre ses conquérants et de commander le respect à ses vainqueurs.

Tou-tsoung (1265-1274). Il était neveu du précédent empereur, mort sans postérité. Plus avide de plaisirs que du salut de l’empire menacé par les Tartares, il s’abandonna Complètement à toutes sortes de débauches.

Ses ministres lui firent inutilement des représentations. Plusieurs d’entre eux voyant que la dynastie des Soung marchait à une ruine prochaine et inévitable, et que les principes d’un meilleur gouvernement étaient pratiqués chez les Tartares occidentaux , se retirèrent dans l’empire du Nord.

Les armées deKnoUBiLAÏ réalisaient successivement tous ses projets de conquête. Elles s’étaient répandues dans les provinces du Yun-nan , du Chen-si et du Sse-tchouan. On dit que quatre cent mille personnes furent

mises à mort dans la capitale de cette dernière province. La province de Hou-kouang fut ensuite envahie, et presque toutes les villes ouvrirent leurs portes au vainqueur.

Marco-Polo. Ce fut vers ce tempslà que Marco-Polo , le célèbre marchand vénitien , entra en Chine et parcourut les plus belles provinces de cet empire, dont il donna ensuite la relation, dans laquelle il décrit des choses si extraordinaires pour l’Europe , que l’on fut longtemps a la regarder comme fabuleuse.

Ti-hïen ou Koung-tsoung (1275).

Les derniers empereurs de la dynastie des Soung n’étaient guère propres à empêcher sa ruine. Celui-ci, qui n’était qu'un enfant, ne régna qu’un an.

Sa mère, qui était régente, envoya des ambassadeurs à l'empereur tartare pour lui demander la paix avec les conditions les plus humiliantes. Khoiï- BiLAï lui répondit : « Votre famille ne doit son élévation au trône de la Chine u’à l’enfance du dernier prince de la ynastie précédente. Il est juste que les princes de la dynastie des Soung , qui ne sont aussi que des enfants, cèdent la place à une autTe dynastie. »

Et en même temps il envoyait une armée de sept cent mille hommes conquérir les provinces méridionales de la Chine qui n’étaient pas encore en son pouvoir.

L’histoire vante la sagesse de l’un de ses généraux nommé Pe-yen, qui conduisait un corps d’armée de deux cent mille hommes avec autant d’ordre ue s’il n’eût conduit qu’un seul sciât. Il s’empara de la personne de l’empereur enfant (il n’avait que dix ans), qu’il emmena prisonnier et qui mourut dans le désert de la Tartane, appelée Cobi ou Chamo, où l’un de ses prédécesseurs avait déjà expiré au pouvoir des Tartares.

Deux de ses frères qui lui succédèrent (Tou ak-tsoüNG , 1276-1277, et Ti-ping, 1278), n’eurent plus qu’un fantôme d’empire et de puissance. Le premier, pour fuir devant la marche victorieuse de l’empereur tartare , qui ne trouvait aucune résistance, fut forcé

de s’embarquer sur ses vaisseaux avec les grands de la cour, et cent trente mille soldats qui lui restaient, et il se rendit par nier d’abord dans la province de Fo-kien; et de là il se réfugia sur les côtes de la province de Kouangtoung, où il mourut, âgé de onze ans.

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