POLITIQUE DE HOU-PI-LIE
Lorsque Meng-ko, le petit-fils de Tchinggis-kha;s et le frère de Houpi-lie, distribua les conquêtes de la Chine et celles de son père aux princes de sa maison, et les érigea en fiefs, Hou-pi-lie eut pour lui le llo-nan et une partie du Chen-si. C’est de là qu’il dirigea ses opérations pour se rendre maître de l’empire des Soung. Alors il pensa , en politique habi le et en homme supérieur, à se mettre au niveau de la civilisation de ceux qu’il voulait soumettre à sa puissance. Lorsqu’il ne possédait encore que les provinces septentrionales de l’empire et qu’il n’avait pas encore le titre d’empereur, il voyait avec regret que les villes de sa domination se dépeuplaient et que les campagnes devenaient désertes, parce que la population se retirait en foule dans les provinces méridionales pour se soustraire au joug d’étrangers barbares qui ne connaissaient d’autres lois que la force brutale, il attira auprès ae lui trois philosophes chinois, dans le but de l’instruire des usages de leur nation et de l'aider de leurs conseils pour l’administration des provinces qui étaient déjà en son pouvoir.
Les trois sages, Hiu-heng, Yaotchou et Téou-mo , qui jouissaient de l’estime universelle des Chinois, crurent ne pouvoir mieux servir leurs compatriotes qu’en répondant à l’appel de Hou-pi-lie. Ce dernier leur dit en les voyant : « Il faut que vous m’ai-
diez à faire entendre raison à vos compatriotes; ils nous regardent à peu près comme des ours et des tigres ; ils nous" craignent lors même que nous ne pensons qu’à leur faire du bien.
Cependant je ne veux chercher qu’à les rendre heureux sous mon gouvernement; ils vous croiront quand vous le leur direz. Vous, Yao-tchou, je vous fais inspecteur général des campagnes; parcourez-les , faites en sorte qu’elles soient cultivées et rendues à leurs anciens possesseurs; je vous donne pleine autorité pour cela.
«Vous, IIiu-heng et Téob-mo, je mets le peuple sous votre sauvegarde , veillez à la sûreté et à la tranquillité des artisans et des ouvriers; qu'ils travaillent comme ils le faisaient ci-devant , et qu’ils s’attendent à jouir en paix du fruit de leur industrie et de leurs labeurs. En outre je vous donne plein pouvoir de rétablir les écoles partout où il y en avait ci-devant, et d’en établir de nouvelles dans tous les lieux où vous le jugerez à propos ; en un mot, faites tout ce, que vous croirez utile au bien public; j’approuve d’avance tout ce que vous ferez. »
L’un de ces trois sages lettrés, Yao-tchou, avait fait l’éducation de Hou-pi-lie, lorsqueïCHiKGGis-KHAiv se fut rendu maître des provinces septentrionales de la Chine, et n’avait pas peu contribué à son élévation, en l’instruisant dans les grands principes de l’humanité et de la sagesse chinoise. Yao-tchou , dit le P. Gaubil, était un des plus savants hommes de son temps, d’une intégrité généralement reconnue, d’un esprit et d’une sagesse supérieurs. Lorsqu’il fut appelé près de Hou-pi-lie, pour l’aider de ses lumières et de ses conseils dans l’exercice de son gouvernement, il commença par offrir à ce prince un livre sur la manière de bien gouverner les peuples, dans lequel il lui indiquait comment il devait agir envers les Chinois, lesï’artures, les troupes, les grands de l’empire et les princes de sg famille. Il lui donna un autre livre chinois qui contenait un résumé de la doctrine des anciens sages , dont l’es-
sentiel se réduisait aux principes suivants : « Honorez et craignez le ciel ; aimez les peuples; respectez les gens de bien ; étudiez les sciences qui conviennent à un prince et à un général d’armée; aimez les personnes de votre famille ; entretenez des relations avec les hommes vertueux ; pensez à régler votre intérieur; chassez d’auprès de vous les flatteurs et les hypocrites (*). »