RÉSISTANCE OPINIATRE ET DÉSESPÉRÉS , DES CHINOIS
En lisant l’histoire de la conquête de la Chine par les armées de Khoubilaï-khan , sous le commandement de Pe-yen- et d’autres généraux , pour la plupart de l’Asie occidentale, on est surpris du spectacle extraordinaire que présente la Chine dans ce grand événement politique. Jamais nation n’a peut-être montré plus de résistance et de dignité avant de se soumettre à un joug étranger, et jamais cause désespérée n’occasionna autant de sacrifices volontaires. Quand la république romaine expira sous le triumvirat des lieutenants de César, il n’y eut que Brutus et Cassius qui ne voulurent pas lui survivre. Lorsque l’empire des Soung fut conquis par les Tartares mongols, la plupartdcs hommes d’État, des gouvernements chinois et des commandants des villes fortifiées se donnèrent la mort , ou s’ensevelirent sous les ruines de leurs cités plutôt que de se soumettre aux conquérants. En voici quelques exemples : Pe-yen faisait le siège de Tchi-tchéou, dans le Kiang-nan ; le gouverneur de la ville, voyant qu’il lui était impossible de défendre sa place (1274) , dit à sa femme qu’il ne pouvait se résoudre ni à être infidèle a l’empereur des Soung, ni à voir la ville occupée par des étrangers. Après ces paroles il se tua, et sa femme en fit ae même.
Lorsque les troupes mongoles s’emparèrent de Tao-tchéou, dans le Kiangsi (1274), plusieurs mandarins de cette ville se donnèrent la mort avec leurs domestiques, plutôt que de se rendre.
Un grand, ayant appris la fuite honteuse au premier ministre des Soung, donna un festin à ses amis et à ses parents; il écrivit ensuite des lettres aux ministrès et aux princes du sang; et, ne pouvant survivre aux calamités qui affligeaient sa patrie, il se tua trois jours après.
Au siège de Tchang-cha, un mandarin d’une autre ville quj s’y trouvait, voyant que toute résistance devenait inutile, ut mettre le bonnet de cérémo-
nie sur la tête de ses deux fils , encore jeunes, en leur ordonnant de se prosterner trois fois devant ceux qui étaient présents. Ensuite, lui, ses deux (ils et ses domestiques se jetèrent dans le feu et y moururent. Le gouverneur de la ville assiégée, nommé Li-rou, ordonna à un de ses officiers de s'approcher, et lui dit : Je n’ai plus de force; il faut mourir; je ne veux pas que les gens de ma maison me déshonorent par l’esclavage. Après que tu les auras tous tués, tue-moi. L’officier supplia le gouverneur de l’exempter de cette triste mission; il fallut qu’il obéit... Ensuite il se tua lui-même avec sa femme et ses enfants. Tous les mandarins de la ville, à l’exception de deux , se tuèrent ; la plupart des habitants en firent de même, et tous les puits de la ville se trouvèrent remplis de leurs cadavres, lorsque les troupes assiégeantes y entrèrent.