‹ L'UniversChapitre 224 sur 348 · MORT DE HOU-PMJE · texte numérisé non relu

MORT DE HOU-PMJE

Cet empereur mourut, l’an 1294 de notre ère, dans son palais de Ta-tou ou Pé/iing, à l’âge de quatre-vingts ans, après avoir accompli d’aussi grandes choses que les premiers conquérants de l’antiquité et des temps modernes.

Jamais peut-être il n’exista un empire aussi vaste que celui qu’il sut réunir sous sa domination. Son autorité finit par s’étendre depuis la mer Glaciale jusqu’au détroit de Malacca, où il envoya une flotte de mille navires, en y comprenant les bâtiments de transport, pour se venger d’une injure que lui avait faite le roi d’un royaume nommé Kouaoua qui avait insulté son ambassadeur (*); il recevaitdestributsde l’Inde, des fitats de l’Asie occidentale, et même de l’Europe, où les armées mongoles, gous la conduite de Tchincvgis-khan Ou de ses successeurs , avaient porté la désolation et la terreur. Il se vit maître paisible de la Chine, du Pégou (Mian), du Thibet, de l’une et l’autre Tartarie, du Turkestan et du pays des Oigours; Siam, la Cochinchine, le Tonquin et la Corée lui payaient le tri-

t (*) Voy. Gaubil , lieu cité , p. *17.

but. Les princes de sa famille, qui régnaient en Moscovie, en Assyrie, en Perse , dans le Khorassan , et dans la Transoxane , ne faisaient rien sans son consentement. Sous son règne, la Perse et les ports qui sont sur les côtes de Malabar, de Coromandel , et sur celles de l’Arabie, faisaient un grand commerce ar mer avec le Fou-kian (*); et cet omme, né barbare, mais fait pour comprendre et agrandir la civilisation , la convia partout à ses succès, et la protégea de sa puissance et de sa gloire.

Les historiens chinois lui reprochent une superstition excessive, l’amour des femmes et de l’argent, un attachement ridicule pour les Lamas ou bonzes du Thibet. Ils l’accusent d’avoir fait périr trop de monde dans les guerres du Japon et du Gannan (le Tonquin et la Cochinchine), et d’avoir trop élevé aux emplois les étrangers occidentaux. Mais ces étrangers, qui, de tous les pays du vieux monde, étaient accourus pour prendre part à à la conquête du plus ancien , du plus vaste et du plus riche empire de l’univers , ces étrangers et les Tartares ont toujours regardé le règne de Hou-pilie comme un des plus glorieux qui aient jamais existé. Il est certain, dit le P. Gaubil, que ce prince avait de grandes qualités. Il était savant, courageux, magnifique, ami des gens de lettres; et, s’il aimait l’argent, c’était pour l’exécution de grands desseins u’il méditait, et dont l’objet était orinairement la gloire de l’empire et le bien public.

Voici le portrait qu’en a tracé Marco-

(* La géographie de la dynastie mongole en Chine, dit : « L’empire des Youan dépassa au nord le moul In-chan; à l'ouest, il s’étendit au delà des sables mouvants {chamo) \ à l’est, il se termina aux pays situés à gauche du fleuve Lino , et au sud il atteignit les bords de la mer de Yuë. Au sud-est, il comprit des lieux qui n’avaient été soumis ni aux Han, ni aux Thang ; et au nord-est, il dépassa également les limbes des empires deees deux dynasties. » Les pays tributaires ne sont pas compris dans cette description.

CHINE

■Polo , qui vécut dix-huit ans à sa cour ou dans des emplois dont il l’avait chargé :

« Le grant seingnor des seingnors que Cublaî Kaan est appelé, est de tel lasionz. Il est de bel grandesse, ne petit, ne grant, mès est de niezaine grandesse. Il est carnu de bielle mainere; il est trop bien taliés de toutes membres; il a son vis (visage) blance et vermoille corne rose; les iaus (yeux) noirs et biaus , le nés bien fait et bien séant. Il a quatre femes, lesquelz il tient toutes fois por ses moilier droite, et le graingnor ( le plus âgé) filz qu’il aie de ceste quatre femes , doit estre por raisonz seingnor de l’enpere quant il se mourust le grant Kaan. Elle sunt apelés époraïces(*) et chascune por Son uom. Et chascune de ceste dame tient cort por soi. Il n’i a nule que ne aie trois cens damoiselles moût belles et avenant. Elle ont maint valiez, esculiez, et maint autres homes et femes, si bien que a chascune de ceste dame en sa cort, dix mille personnes, et toutes foies qu’il vult jezir ( jacere ) avec aucune de ces quantité femes, il la fait venir en sa canbre, et tel foies il vait à la canbre sa feme. Il a encore maintes amies, et voz dirai en quel mainere. Il est voir qu’il est une generasion de ’fartarz que sunt apelés Migrai: , que moût sunt belles jenz et onnesanz, sunt ellevé cent pucelles les plus belles que soient en toutes celles generasion, et sunt amenés au rant Kaan , et il les fait garder à les âmes dou palais, et les fait gezir con elles en un lit por savoir sollo ha bone alevne, et por savoir s’elle est pucelle et Bien saine de toutes choses. Sunt mises à servir le seingnor en tel mainere que je voz dirai. Il est voir que ogne (chacune) trois jors et trois nuits six de cestes damoiselles servent le seingnor et en canbre et au lit et à tout ce que bezogne en , le grant Kaan en fait de celz ce qu’il veult. Et à chief de trois jors et de trois noit vienent les autres six damoiselles. Et ainsi vait tous les anz que ogne (chacune) trois

(*) Impératrices.

ses

jors et trois nuit , se muent de six en six damoiselles (*). »

Page 1