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KHAN (KHOUBI-LAI-KHAN) A ORDONNÉS

DAlfs LE KH ATA 1 (LA CHINE), PAR L'HIS-

TORIEN PERSAN RACHIDEDDIN (").

Cette Notice du grand vizir d’Oldjaïtou-khan, roi mongol de la Perse, contemporain de Khou-bi-laï , est d’autant plus importante qu’elle vient confirmer l’authenticité, dans les points qu’elle traite, des récits de Marco-Polo et des historiens chinois. Nous n’en citerons que quelques fragments, qui serviront à faire connaître" l’état de la Chine sous le règne de Hou-pi-lie.

« Le Kliataï , dit l’historien persan , est un pays très-étendu , vaste et extrêmement cultivé. Les auteurs les plus dignes de foi rapportent qu’il n’existe, dans le monde habité , aucun pays aussi bien cultivé ni aussi peupléque celui-ci. Un golfe de l’Océan , lequel n’est pas

(*} Histoire des Mongous, p. 19a, et Observations mathématiques , etc. , t. II , p. 106.

(**) Voy. Nouveau journal asiatique, avril x833 , p. 335.

extrêmement étendu , l’entoure du côté du sud-est. Il s’étend le long de ses côtes situées entre le Manzi ( la Chine méridionale, qui était restée sous la domination des Soung) et le Ko-li (la Corée). Il pénètre dans le Kliataï même, jusqu a quatre parasanges de Khan - baligli ( la résidence de la cour impériale du Khan ,Péking); les vaisseaux viennent jusque-là. Le voisinage de la mer cause des pluies fréquentes. Dans une partie de cette contrée , le climat est cliaud , et froid dans d’autres. De son temps , Tchinghiz-khan avait conquis la plupart de ces provinces; sous le règne d’ÔKTAïkhan, elles ont fini par être entièrement subjuguées. Tchinghiz-khan et ses fils n’ont point résidé dans le Khataï ; mais Manggou-khan ayant remis cet empire à Khou-bi-laïkhan, celui-ci, considérant qu’il en était très-éloigné , et que cette contrée était très-peuplée , et la plus estimée de tous les pays et royaumes , y fixa sa résidence , et établit son séjour d’hiver dans la ville de Khan-baligh (*) , nommée, en langue de Khataï, Djoungdou ( Tchoung-tou).

«Cette ville avait été la résidence des rois précédents (de la dynastie septentrionale des K in) ; elle fut bâtie anciennement d'après les indications des plus savants astrologues , <ft sous les constellations les plus heureuses, qui lui ont toujours été propices. Comme elle avait été détruite par Tchingjiizkhan , Khou-bi-laï- khan voulait la rétablir , afin de rendre son nom célèbre ; il bâtit donc tout près une autre ville nommée Taï-tou.

« L’enceinte de cette ville est flanquée de dix-sept tours ; de chacune de ces tours à rautre , il y a une parasange de distance. La ville est si peu-

(*) Selon Marco-Polo , il y passait les mois de décembre , de janvier et février : « Sachiés tout voiremant que le grant Chan demore en la maistre vile don Catay, Canbalut est apellés , trois mois de l'an ; c’est deeebre . jenvcr et fevrer. (Édition citée, p. 80) ; la Description de Marco- Polo s’accorde parfailcment avec celle de Rachid-Eddin.)

CHINE

plée , qu’en dehors même de ces tours il y a de grandes rues et des habitations ; on y a planté, dans des jardins, plusieurs espèces d’arbres fruitiers qu’on a apportés de tous côtés. Au milieu de cette ville, Khou-bi-laïkhan a établi un de ses orclo (palais impérial), qui est très-étendu.

« Les colonnes et les dalles de ce palais sont toutes en pierres de taille ou en marbre, et d’une grande beauté; il est environné et fortifié par quatre murs. De l’un de ces murs à l’autre, il y a la distance d’un jet de flèche lancée avec force.

« La cour extérieure est destinée aux gardes du palais; la suivante, aux princes {émirs), qui s’y assemblent chaque matin; la troisième cour est occupée par les grands dignitaires de l’armée , et la quatrième, par les personnes qui sont dans l'intimité de l’empereur.

« A Khan-baligh et à Taï-tou , il y a deux grandes et importantes rivières.

Elles viennent du nord , où est le chemin qui conduit au campement d’été du khan , et se réunissent à une autre rivière. En dedans de la ville est un lac considérable, qui ressemble à une mer; il y a une digue pour faire descendre les bateaux. L’eau de la rivière

forme plus loin un canal , et se jette dans le golfe, qui de l’Océan s’étend jusque dans le voisinage de Khanbaligh.

« On dit que ce canal étant trop étroit , les bâtiments ne pouvaient arriver jusqu’ici , et qu’on était obligé de transporter les marchandises sur des bêtes de somme à Khan-baligh. Cependant les géomètres et les philosophes du Khataï assurèrent qu’il serait possible de faire arriver jusqu’à la ville les vaisseaux des provinces du Khataï et de la capitale du royaume de Mâtchin (ou des Soung orientaux) , de même que des villes de Khing-saï (résidence impériale de Hang-tchéou- Jbu), de Zeitoun (Thsiouan-tchéou-fou, dans le Fou-kian ) , et d’autres lieux.

» Le khan ordonna , par conséquent , de faire une grande tranchée, et de réunir, dans un seul lit les eaux du

canal et celles d’une riviere qui communique avec le fleuve Noir (le Hoangho , fleuve Jaune) , de même que d’autres rivières qui viennent d’autres provinces (*).

« Ce canal va donc depuis Khanbaligh jusqu’à King-saïet Zeitoun, qui sont les ports où arrivent les navires de l’Hindoustan et des capitales de la Chine méridionale. Il est navigable pour les navires , et a quarante journées de longueur. Il y a des écluses faites pour distribuer de l’eau dans le pays; quand les bâtiments arrivent à ces écluses, on les hausse, quelle que soit leur grandeur, à l’aide de machines qui les font redescendre de l’autre côte dans l’eau, pour qu’ils puissent continuer leur voyage (**). La largeur du canal est de plus de trente aunes.

« Khou-bi-laï-khan fit revêtir de pierres le parapet du canal , afin d’empêcher les éboulements de terre. Le long du canal court la grande route qui conduit dans la Chine méridionale; elle est de quarante journées. On l’a pavée, afin que les hommes et les bêtes ne s’y embourbent pas pendant la saison pluvieuse. Des deux côtés de cette route, on a planté des saules et d’autres arbres qui l’ombragent. Il est défendu aux soldats et à tous autres individus d’arracher une seule branche de ces arbres, ou d’en donner les feuilles à manger à leurs animaux. La

(*) On voitqueHoo-pi-i.il ne fit pas creuser le grand canal dans toute sa longueur, comme plusieurs écrivains européens l’ont pensé ; sa partie méridionale depuis Hangtcliéou-fou dans le Tche-kiaug ( la capitale des Soung méridionaux), jusqu’au Hoaï-ho dans le nord du Kiang-nan, avait déjà élé creusée sous le règne de Yahg-ti (voy.

p. 280), au commencement du septième siècle de noire ère.

(**) La pl. 68, tirée de la Relation de l’ambassade du lord Macartney, 'représente le passage d’une écluse du grand canal , par le navire qui portail l’ambassadeur. On voit que l’architecture hydraulique des Chinois n'a pas changé depuis plus de six cents ans, et que la Description de Rachid-Eddin est encore très-exacte.

route est des deux côtés embellie par des villages , des boutiques et des auberges , de sorte que la contrée entière se trouve partout habitée et cultivée sur une étendue de quarante journées.

«Les remparts de la ville de Taïtou sont en terre ; l’usage du pays, pour les construire , est qu’on élève d’abord des planches, entre lesquelles on jette de la terre humide, qu’on bat avec de ros blocs de bois, jusqu’à ce qu’elle evienne solide; on ôte ensuite les planches , et la terre , ainsi raffermie , forme un mur. Le khan, dans les derniers temps de sa vie, ordonna de transporter des pierres ici , pour en revêtir ces murs; mais la mort le surprit, de sorte que le soin d’exécuter ce projet reste à Timoub-kh an , si Dieu le permet...

« Dans cet empire , il y a beaucoup de villes considérables; chacune porte un titre qui a une signification particulière. Le rang des gouverneurs se reconnaît par celui des villes auxquelles ils sont préposés , de sorte qu’on n'a pas besoin de les désigner particulièrement dans leur diplôme , ou de chercher lequel de ces gouverneurs doit avoir la préséance. On sait d’avance lequel doit céder le pas, en venant à la rencontre de l’autre, plier le genou devant lui. Ces titres ou grades sont les suivants ;

1° Ring (capitale impériale) ;

2° Tou (résidence);

3° Fou ( ville de premier ordre);

4° Tchéou (ville de second ordre);

5» Gour (?) ;

6* Kiun (district, principauté);

7» Hien (ville de troisième ordre);

8» Trhin( bourg);

9° Tsun (village).

« Le premier degré désigne une vaste étendue de pays , comme le Roum , le Fars, ou Bagdad. Le second indique une province dans laquelle se trouve une des résidences impériales. Les autres degrés diminuent dans cette proportion ; le septième marque les petites villes, le huitième les bourgs, le neuvième les villages et les hameaux. »

Tching-tsoung (1295-1807). C’est

sous ce nom que les historiens chinois désignent le petit-fils de Khou-bi-laï , nommé Timoub , qui avait été déclaré par lui pour son successeur sur le trône impérial de la Chine. Il arrive souvent au’après un règne brillant et extraordinaire ceux qui le suivent se contentent longtemps du reflet plus ou moins prolongé de la gloire qu’il a jetée sur le monde. Il en fut de même du règne de Timour Tching tsoong.

Cependant les historiens le louent de ses bonnes intentions pour le bonheur du peuple étranger dont le gouvernement lui était confié.

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