‹ L'UniversChapitre 246 sur 348 · CONDUITE HABILE DE TCHOU · texte numérisé non relu

CONDUITE HABILE DE TCHOU

Tandis que Chun-ti perdait l’empire par ses déréglements et son insouciance, la fortune favorisait Tchou youan-tchang, nommé roi par ses troupes. Ce dernier, d’une naissance la plus obscure, et sorti d’un couvent de bonzes , possédait des qualités qui manquaient a Chon-ti , et qui ont fait la gloire des plus grands souverains. Il publia la forme du gouvernement chinois qu’il voulait introduire, et prit habilement pour modèle celui que les lettrés chinois vantent si fort dans Yao, Chun, et dans les trois premières dynasties; il institua les examens pour les gens de lettres et pour les officiers d’armée, et il n’oublia pas ce qui regardait le tribunal des mathématiques. Il fit faire une recherche exacte des hommes de mérite, et il récompensait généreusement ceux qui pouvaient lui en faire connaître qui avaient quelque talent ou pour l’armee , ou pour la marine, ou pour les arts, ou pour les sciences , ou pour les mathématiques. Il était sobre et simple dans ses manières, et il s’éloignait de tout ce qui est capable d’amollir le cœur des souverains. Dans le palais

Î|u’il fit construire à Nan-king, il déenditde faire de trop grandes dépenses en meubles précieux, en raretés des pays étrangers, et surtout il défendit, sous de fortes peines, les peintures et les statues immodestes. Sorti du peuple, il s’attacha à gagner le cœur des peuples; il ne dédaignait pas de leur parler lui-même , de les entretenir de ce qui les concernait, et il avait grand soin de les indemniser de ce qu’ils avaient souffert, et de les aider de grands secours dans le besoin. A ces ualités, il joignait un génie au-dessus u vulgaire, et les seules conférences qu’il eut avec d’habiles lettrés le rendirent bientôt très-versé dans les sciences chinoises. Sa bravoure, sa science militaire, sa grandeur d'âme, son équité dans la distribution des éloges ,

des grâces et des emplois, le firent aimer et estimer des officiers, qui lui étaient très-attachés (*).

MANIFESTE CONTEE CIIUN-TI.

En 1357, ce nouveau chef envoya, par mer, des troupes dans la province de Kouang-toung. Cette province et celle du Kouang-si se rendirent d’ellesmêmes; celle du Fou-kien les imita.

Ensuite il envoya dans le nord deux généraux à la tête de deux cent cinquante mille hommes, composés presque entièrement de cavaliers. Ces deux généraux, étant entrés dans le Chantoung , publièrent un manifeste propre à soulever les Chinois en faveur de Tchou et à rendre odieux Chun-ti.

Ils disaient, dans ce manifeste, que c’est aux Chinois à gouverner les barbares étrangers , et non à des barbares étrangers à gouverner les Chinois; ils disaient que les Youan, ou Mongols venus du Nord, avaient pris l’empire, non par leur courage et leur force, mais par le secours du ciel; que le même ciel leur ôtait aujourd’hui cet empire pour les punir de leurs crimes, et pour ne s’être pas conformés aux enseignements de leurs ancêtres ; ils exposaient, en outre, les crimes des empereurs , et les défauts de leur gouvernement depuis l’empereur fimour, petit-fils de Hou-pi-lie; ils faisaient voir que l’on avait troublé l’ordre de la succession au trône, que des frères avaient empoisonné leurs frères , qu’un fils avait pris les femmes de son père, qu’il n’y avait nulle subordination , que l’on avait détruit les règles du gouvernement chinois, et que l'on ne faisait nul cas de la doctrine de leur nation; ils finissaient par conclure que le temps était venu de chasser les etrangers de la Chine, et qu’il fallait choisir Tciiou pour gouverner l’empire. Ce manifeste, répandu dans toutes les provinces, produisit un grand effet.

Page 1