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ÉTENDUE DE LA CHINE SOUS LA DYNASTIE M0NG0LB

«Il semblerait d’abord , dit M. Abel Rémusat (*), que l’époque où les princes de la famille de Tdiingkis-khakan se partagèrent l’Asie presque entière, et où les branches de cette famille qui s’établirent en Perse et dans le Kaptcliak, reconnaissaient sans difficulté la souveraineté de celle qui régnait à la Chine, devrait avoir été la plus favorable à la formation d’un système géographique. Dans le treizième siècle, l’empire mongol qui était devenu l’empire chinois, ne connut, pour ainsi dire, pas de limites du côte de l’occident. Les premiers successeurs de Khoubilaî, héritiers du titre de Khakan, considéraient les rois de Perse comme leurs vassaux, ou, pour parler plus exactement, comme leurs officiers chargés de commander pour eux aux barbares d’Occident. Les titres accordés à ces princes par la cour de Khanbalikh rappelaient toujours cette qualité. ïloulagou , partant pour son expédition , avait ordre d’aller conquérir le Si-iu , c’est-à-dire , ce qui est à l’ouest de la Tartarie , de soumettre le Ha-li-fa de Pa-ha-tha (le khalife de Bagdad) et les pays voisins; et quand, au bout de huit ans , dit l’histoire chinoise , il eut pris le roi de Pa-ha-tha , passé la mer à l’occident, et conquis jusqu’au pays des Francs ( fou-lang ), on lui donna le titre de garde hérédi-

(*) Mémoire sur l’extension de l'empira chinois du côté de l'occident.

taire de ces contrées. Argoun, petitfils d’Houlagou, avait reçu du Khakan, avec l'investiture du royaume de Perse, le titre de ministre d’Etat, protecteisr des peuples, et ce titre était inscrit en caractères chinois sur les sceaux dont il marquait les pièces émanées de la cour. L'empreinte de celui dont se servait OEldjaîtou , se voit six fois dans la longueur delà lettre qu’il écri vit à Philippe le Bel. La phrase chinoise qu’on y lit, signifie que l’empereur suprême a, par un ordre exprès, confié le gouvernement des dix mille barbares (c’est-à-dire , de tous les étrangers ) , au prince fidèle et obéissant. Cette lettre est de 1307. Plusieurs princes descendus d’Houlagou eurent, postérieurement à cette époque, des titres honorifiques et des commandements dans la Tartarie occidentale. Mais les pays dont le gouvernement leur fut confié par l’empereur, étaient beaucoup plus rapprochés de la Chine que la Perse, dont les souverains devinrent peu à peu tout à fait indépendants du Khakan, et finirent même par en être tout à fait ignorés. La huitième année ta-te{\ZOA), le roi des pays occidentaux envoya une ambassade avec un tribut consistant en raretés de ces contrées. Celui qui la conduisait descendait , à la quatrième génération , d’Houlagou, et se nommait Tchou-pe.

On lui accorda le titre de roi belliqueux et majestueux de l’Occident pacifié. On lui donna aussi un sceau d’or; et, deux ans après (130C), on lui confia le commandement des armées et l’administration de Kan-sou et des autres pays voisins. L’année suivante , on éleva son grade, et l’on changea son titre en celui de roi de Pin. La première année tchi-ta (1308), le même prince envoya en tribut 615 livres pesant de jade : offrande ordinaire des princes qui dominent à Yerkiyang, parce que dans le territoire de cette ville on trouve en abondance cette substance minérale. Nan-hou-li , fils de Tchou-pe , succéda à la dignité de son père , la septième année yan - yeou (1321). Depuis ce temps, il n’est plus parlé des princes de la branche d’Hou-

lagou , à titre de tributaires ou de feudataires du grand empire mongol.

L’histoire chinoise abandonne plutôt encore les descendants de Chou-lché, c’est-à-dire, la branche des Kaptcliak.

Elle se borne à dire, en parlant de Batou , qu’il alla régner dans les pays occidentaux, et qu’a cause de la grande distance , on a cessé d’avoir à ce sujet des renseignements authentiques. Dans les détails qu’on lit sur le gouvernement des pays occidentaux et sur le nombre d’officiers qui y étaient entretenus par l’empereur , on ne voit rien qui fasse connaître précisément l’état des limites à cette époque. On apprend seulement les titres des différents gouverneurs militaires de ces contrées , des juges , des préfets et des autres agents du gouvernement.

« Sous les derniers empereurs de la dynastie mongole, les limites occidentales de l’empire se rapprochèrent successivement des points où nous les verrons sous les Ming. Toutes les tribus de la nation Ouirat se détachèrent les unes après les autres, et leurs chefs s’emparèrent, en leur propre nom, des pays où ils se trouvaient campés; mais , en cessant de reconnaître la suzeraineté effective du khakan de la Chine, aucun d’eux n’eut la témérité d’en usurper le titre , quelles que fussent d’ailleurs sa puissance et son autorité. C’est une chose reconnue parmi tous ces Tartares , et comme la maxime fondamentale de leur droit public, qu’il ne doit y avoir qu’un khakan, Tartareou non : c’est le fils du ciel, ou l’empereur de la Chine. On peut aspirer à le devenir; mais la première condition est la conquête de la Chine , qui forme, pour ainsi dire, le centre de tous les États de l’Asie orientale. Ce n’est point , comme on l’a cru , le respect pour la famille de Tchingkis qui a empêché qu’on ne s’arrogeât les titres qu’il avait portés, puisque la même déférence a été de tout temps, et bien des siècles avant les Mongols, rendue au Khan céleste par les souverains des Hioung-nou, des Thoukieueï, des Jouan-jouan, etc. : c’est bien plutôt le respect qu’inspira tou-

CHINE

jours à tous ces barbares cette grande nation civilisée, au nom de laquelle ils sont accoutumés à rattacher les idées de richesse, de puissance, de splendeur , et , pour ainsi dire , d’une supériorité naturelle et incontestable. »

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