XXI* DYNASTIE. LES MINO
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' Le fondateur (*) de cette grande et célèbre dynastie chinoise fut , comme nous l’avons déjà vu , le fils d’un pauvre laboureur, qui, ennuyé des fonctions humiliantes qu'on lui' faisait remplir dans un couvent de bonzes , se joignit à un parti de révoltés qui s’était formé contre la domination étrangère sous laquelle gémissait ia Chine , et en devint bientôt le chef le plus intelligent et le plus habile.
Chez aucune nation du monde le mérite ne reçoit plus complètement et plus promptement une sanction légitime de ses œuvres qu’en Chine; nulle part les considérations de race et de naissance ne sont si complètement dédaignées. «Tout homme, disent les Chinois, qui sait mettre à profit le concours de certaines circonstances pour établir sa fortune et s'élever au-dessus de sa condition , a nécessairement quelque espèce de mérite ; mais un homme qui , du sein de la pauvreté la plus extrême , et du milieu de l’état le plus abject et le plus vil (**), a pu se frayer une route jusqu'au faîte des grandeurs humaines, et se placer glorieusement sur le premier trône de l’univers, a dû être, sans doute, un bonnne d’un mérite supérieur , un grand homme, un homme extraordinaire, destiné à tenir la place du ciel pour gouverner les hommes sur la terre. » Tel a été l’illustre fondateur de la dynastie des Ming, nommé Tchou-youan-tchang , lorsqu’il n’était encore que simple particulier; Tchou-
(r) Voyez son portrait, pl. 66, n° 3.
(**) Le premier empereur de la dynastie des Ming avait été, selon quelques historiens , domestique de bonzes, tout en étant bonze iui-mèwe.
koung-tseu, lorsqu’il commandait les troupes qui le reconnurent pour chef; Ou-koue-koung , c’est-à-dire prince de Ou, après qu’il se fut rendu maître du Kiang-nan ; Houng-wou, lorsqu’après être monté sur le trône , il donna un titre aux années de son règne , comme empereur reconnu légitime par toute la nation; et Ming-taï-tsou (grand aïeul de la dynastie Ming ) dans la salle des ancêtres (*).
On a déjà vu précédemment comment cet empereur sut avec habileté profiter de ses succès comme chef de parti , et s’attirer l’affection du peuple. Lorsqu’il se fut rendu maître de la ville où il était né, il se rendit à la sépulture de ses parents. Il se prosterna plusieurs fois en frappant la terre du front, puis, s’y étant assis, il dit à ses généraux : « Dans les premières années de ma vie, n’étant que le fils d’un pauvre laboureur, je n’ambitionnais pas d’autre fortune que celle de mon père. En entrant au service, je n’avais d’autre désir que de m’acquitter de mon devoir. Aurais-je jamais pu espérer de rendre un jour la paix à l’empire? Après plus de dix ans d’absence , je reviens avec quelque gloire dans ma patrie, près (les tombeaux de mes ancêtres ; j’y retrouve les vieillards que j’y avais laissés. Lorsque je quittai ia maison de mon père pour entrer dans les troupes en qualité de simple soldat , je vis les plus braves et les plus estimés de nos officiers permettre à leurs soldats d’enlever les femmes et les enfants du peuple, et de lui ravir tout ce qu’il possédait. Indigné de ces brigandages , et pénétré de douleurà la vue deces malheureuses victimes, j’osai élever la voix, et faire des reproches à ceux qui les autorisaient; mais, les trouvant sourds à mes représentations, je pris le parti de me séparer d’eux : j’assemblai les officiers ui m’obéissaient ; je leur recommanai de ne jamais souffrir parmi leurs troupes d’aussi grands désordres , d’épargner en tout le peuple , afin de lui
1 (*) Amiot, Portrait inédit de Ming-Uïtsou.
L’UJNIVERS.
faire connaître que nous n’avions pris les armes que pour le tirer de la misère , et lui procurer une paix solide.
L’auguste ciel a sans doute approuvé ma conduite, puisqu’il m’a tiré de l’état abject où j'étais né , et que je suis parvenu à l’honneur d’être votre chef. »