IX. PtOTIVCt os Yoojro
« Le He-chouï ( eau noire ) et le Hoang-ho occidental sont compris dans Ta province de Young. Le réservoir d’eau nommé Jo fut dirigé à l’ouest. Le King et le Weï furent unis au Joui. Les rivières Tsi et Tsou eurent leur cours réglé, et les eaux coulèrent ensemble.
« On fit la cérémonie aux esprits des montagnes sur les montagnes Kien et Ki (de la province actuelle du Chen-si). On vint à d’autres montagnes; et après avoir achevé les ouvrages des lieux bas , on alla au mont Tchou-ye. Le pays de la montagne San weï ( des trois dangers ) devint habitable, et les San-miao se corrigèrent.
« La terre de cette province est jaune et friable ; le labourage est du premier ordre , et les impôts du sixième. On en tire des pierreries et des perles.
« On s’emuarque à Tsi-che ( montagne placée sur les frontières de la province actuelle du Chen-si et du Koko-noor ), et l’on va à Loung-men ( montagne célèbre à travers laquelle passe le Hoang-ho ), au Hoang-ho occidental : on s’assemble à l’embouchure du Weï et du Joui.
« Les Joung occidentaux , les Kouenlûn , les Li-tchi et les Kou-seou se soumirent. Il vient de ce pays des tissus et diverses peaux. » ( Chou-king , livre 2, ch. 1. Yu-koung , Travaux de Yu. )
Tel était déjà, vingt-trois siècles avant notre ère, l’état de la civilisation en Chine, si bien résumé dans cette courte statistique , que les esprits les
moins imbus de préjugés auront peine à y ajouter foi. Cependant elle porte un grand caractère d'authenticité.
M. Abel-Réinusat , en parlant de ce chapitre, a dit qu’il était à lui seul un trésor inestimable. Les historiens chinois (d’après le Kové-yu, discours des royaumes, écrits par Tso-chi avant l'incendie des livres) disent que Yu lit faire neuf grands vases d airain , sur chacun desquels il lit graver la carte , et la description qui précède , de l’une des neuf provinces. Ces vases devinrent si précieux dans la suite , que l’on crut la sûreté de l’état attachée à leur possession et à leur conservation. Quiconque pouvait s’en saisir était comme assure de la couronne.
Ces faits, nui ne sont pas mis en doute par les Chinois, démontrent l’authenticité et l'antiquité du morceau historique qui décrit les travaux de Yd. Dans ce chapitre, on voit ce grand génie parcourir tout l’empire , allant cf’une montagne à l’autre , faisant rentrer les fleuves dans leurs lits, donnant un écoulement aux grands amas d'eaux et les conduisant dans la mer. Il corrige le cours du lleuve Hoang-ho, qu'il fait passer à travers la montagne Loung-men , après l’avoir percée à jour. Il Te dirige ensuite au sud, jusqu’au nord de la montagne Hoa : de là il le fait courir à l’est, par un grand nombre de sinuosités, puis au nord; ensuite il le divise en neuf rivières, dont la réunion lit un lac.
Enlin il le lit entrer dans la mer.
Il agit de même pour le lleuve Kiang, dans une longueur de plus de cinq cents lieues. Beaucoup de chaussées et de digues qu’il lit construire alors subsistent encore, dit-on. Les plus anciens livres historiques de la Chine, entre autres un du commencement de la dynastie des Tcheou, onze cents ans avant notre ère , assurent positivement que Yu connut les propriétés du triangle rectangle , et qu’il s’en servit pour exécuter ses grands travaux de nivellement. Au commencement de la description qui précède , de l’empire chinois, sous son administration , et qui passe aux yeux des
critiques les plus dignes de foi pour avoir été composée de son temps, il est dit que Yu détermina quels étaient les hautes montagnes et les grands courants d'eaux ( lleuves ou rivières (*).
Chaque lleuve, chaque rivière , chaque courant d'eau, chaque lac, est déterminé et fixé dans ses limites par Yu. « — Les réparations pour l’écoulement des eaux furent faites dans toutes les parties de l’empire , dit le Chou-king; on put enfin habiter sur les bords de la mer et des rivières ; il fut alors possible de gravir les montagnes et d’y faire la cérémonie aux esprits qui les habitent. On répara toutes les rivières jusqu’à leur source; on fixa les eaux dans les lacs ; et partout il y eut communication. »
Ou aura remarqué ce fait, qu’après la grande inondation diluvienne Yu fut obligé de couper des arbres et de faire abattre de grandes percées dans les forêts pour établir des communications, comme sur un sol neuf, d’une végétation vigoureuse et que le pied de la civilisation n’a pas encore foulé. C’est une forte induction de plus pour faire croire que la civilisation de la Chine lui est venue du nord-ouest, avec la race actuelle.
Yu fit aussi des opérations cadastrales pour déterminer les propriétés relatives du sol des diverses provinces de l’empire, comme on l’a vu précédemment , afin de répartir les impôts avec justice.
(*) Le texte porte : Yu fou thon ; soui chan , tsicn mou ; tien kao chan , ta tchhouân : litt : « Yu divisit terram; circumivit montes, ca-dit arbores; determinavit excelsot ( jirae omnibus) montes , extensos ( prae omnibus) amnes. » Le commentateur Tchou-hi ajoute, en changeant la construction des phrases : ting khi chan tchi kao tche ; iu klii tchhouân tchi ta tche : « delcrminavit ejus ( terræ, imperii ) niontium excetsos ; simuhpie ejus amnimn extensos. » On ne peut pas en déduire positivement que, pour faire ces opérations, Yu connaissait les propriétés du triangle rectangle : la détermination à vue d’œil pouvait suffire.
CHINE
» Yu apporta de grandes améliorations dans les six fou ( selon le commentateurs chinois , ce sont : les grains, la terre, l’eau, les métaux, le bois et le feu ) ; il fit une comparaison très-exacte de tous les fonds de terres, de leur richesse et de leur pauvreté ; et il régla avec soin les revenus qui pouvaient en provenir. Ces revenus furent divisés en trois classes; et il sut ce qu’on pouvait tirer en ce genre de l’empire.
« Yu donna des terres et des surnoms , et dit (*) :
« Si vous tâchez d’étre encore plus vertueux que je m’efforce de l’être , vous ne détruirez pas ce que je viens de faire. »
« Yu détermina cinq cents li ( environ 50 lieues communes ) pour le domaine impérial ( tien fou ) ; à cent U on donne le grain avec la tige; a deux cents li on coupe la tige , et on apporte le grain ; à trois cents li , on coupe l’épi et on apporte le grain avec l’enveloppe; h quatre cents li, on donne les grains non mondés; à cinq cents II, on donne les grains mondés.
« Yu régla que cinq cents li feraient le domaine des Itéou ( grands vassaux), partagés en deux cents li pour l’état des A 'an ( petit royaume feudataire ) , et en trois cents li pour les Tchou heou ( tous les vassaux feudataires. )
« Cinq cents li furent le domaine de la paix ( soui fou ) ; trois cents de ces li furent destinés pour apprendre les sciences et se former aux bonnes mœurs; deux cents li pour les lieux
(*) Le commentaire dit que Tu , en agissant ainsi , « créa des royaumes et leur donna des chefs. » Il faut entendre par là des états feudataires. Les écrivains chinois prétendent queYu , après avoir divisé l’empire en neuf provinces, nomma des princes gouverneurs de huit d’entre elles, en se réservant la neuvième du centre. Ces princes étaient ses vassaux et devaient lui payer le tribut. C’est de là que serait venue l'origine de la féodalité qui a été toute-puissante en Chine, sous la troisième dynastie, et que détruisit complètement le fameux incendiaire des livres
dans lesquels on se formait aux exercices militaires.
« Cinq cents li furent déterminés pour le domaine de punition ( yaofou ) ; trois cents pour les étrangers du nord, et deux cents pour les coupables.
« Il y eut aussi cinq cents li pour le domaine de l’exportation ( hoangfou ) ; trois cents pour les étrangers du midi , et deux cents pour les exilés.
« A l'est , jusqu’au bord de la nier, à l’ouest, jusqu’au désert de sable ( litt., sablés mouvants ); du nord au sud, et jusqu’aux quatre mers (*), Yu
(*) Sse haï. Dès la haute antiquité les Chinois ont souvent prétendu que leur empire s’étendait jusqu’aux quatre mers; et cette locution a etc l’objet de plus d’une méprise. On y a vu une expression stupidement emphatique, ou uiTe tradition conservée d’une origine lointaine, qui serait le pays du gloire situé réellement entre quatre mers , et on cite la Judée, l’Assyrie, fa Mésopotamie, etc.; mais il faut seulement s« reporter à l’époque oh les Chinois ont employé la première fois cette expression , pour la trouver exacte , appliquée à leur empire; et on restreint ainsi le vaste champ des conjectures, dans lequel il est si facile de s’égarer, lorsqu'on y marche au hasard. A cette ancienne époque donc , qui remonte à deux ou trois mille ans avant notre ère, ces grands enfoncements du sol de l’Asie centrait1, où sont aujourd'hui de vastes déserts de sable, formaient très-certainement des mers intérieures comme la mer Caspienne C’est même un fait historique incontestable, que le lac Koke-noor, ou mer bleue , au nord du Thibet, est nommé Si hai , mer occidentale, par les Chinois, dénomination que l'on trouve encore usitée quinze cents ans après notre ère. L’empire chinois a bien dépassé depuis cette frontière; mais la dénomination est restée , parce qu’elle était consacrée par les anciens livres et par l’usage. On voit donc que l’ancienne Chine avait des mers à ses différentes extrémités, et qu’elle a pu se dire située entre les quatre mers, sans qu'il soit besoin d’y faire intervenir l’Assyrie ou tout antre pays quelconque. Nous trouvons dans les Observations de physique du célèbre empereur chinois Kmc-ui, la confirmation de ce fait géologique important. Il y est dit , à propos de la Tartarie orientale ou Mongolie ; « En s’avançant du
se rendit célèbre par ses instructions et par les changements qu’il opéra dans les mœurs (*). » ( Cnou-King, liv. 2 , ch. 1 , Yu-Koung.)
rivage de la mer orientale vers Tche-lou, on ne trouve ni ruisseaux , ni étangs dans la campagne, quoiqu’elle soit entrecoupée de montagnes.et de vallées. Malgré cela , on trouve fort loin de la mer, dans .les sables, des écailles d’huîtres et des cuirasses de cancres. La tradition des Mongols qui habitent ce pays porte qu’on a dit de tous temps que , dans la haute antiquité, les eaux avaient couvert cette plage , et qu’après s’étre retirées, les endroits où elles étaient avaient paru couverts de sables. A s’en rapporter à la grande géographie Ti-chi ( connaissance de la terre) , une partie de ce pays est en grandes plaines, où l’on trouve plusieurs centaines de lieues que les eaux ont couvertes, puis abandonnées ; voilà pourquoi on appelle ces déserts: mer de sables; ce qui indique qu'ils n'étaient pas couverts originairement de sables et de graviers. » (Mém. sur
les Ch., t. IV, p. 4740
(*) Voici comment les Chinois figurent la division de la Chine, faite par Vu, et exposée dans le texte :
Si l’on se rappelle que le signe idéographique désignant le royaume dans la langue chinoise écrite, est un carré, et si l'on fait attention que le domaine du suzerain dans celte division territoriale est au milieu , on concevra facilement comment le nom de Royaume du milieu a pris naissance pour
Tous ces travaux furent accomplis sous les règnes de Yao et de Chun, dont Yu était le ministre.