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INFLUENCE ET RICHESSES DES EUNUQUES

On ne peut se défendre d’un sentiment de pitié et de mépris, en voyant se relever constamment, au sein du plus grand empire du monde , ce pouvoir toujours comprimé et toujours renaissant des eunuques, qui, lorsqu’ils sont parvenus à tenir entre leurs mains les destinées de l’empire, en présagent infailliblement la ruine. On avait bien vite mis en oubli la sage loi du fondateur de la dynastie (Houngwou) qui défendait d’élever les eunuques îi d’autres emplois qu’à des emplois domestiques. Ce vice indestructible de l’organisation politique de la Chine , doit tenir toute sa puissance et sa durée de l'influence que les nombreuses femmes des empereurs exercent sur ces derniers, lorsqu’ils n’ont pas la force et l’énergie de s’y soustraire. La puissance et l’incapacité des eunuques en Chine sont d’autant plus dangereuses, que ces êtres dégradés forment une corporation toujours disposée à soutenir ses membres, et sans cesse occupée à accumuler en son sein le plus de richesses possible. Dans la première année du règne de King-ti (1450), on saisit les biens de ft^angtchin, cet eunuque dont l’orgueil et l’incapacité venaient de faire tomber l’empereur entre les mains des Tartares. On trouva que ses maisons, presque aussi magnifiques que le palais impérial , renfermaient dix plats d’or, ornés de pierres précieuses , des monceaux d’argent, et plus de dix mille

chevaux. Lorsque, soixante ans plus tard , on confisqua le produit des concussionsd’un autre eunuque, on trouva, dit-on , cent quarante nulle livres d’or, seize millions de livres d’argent , deux mesures de diamants, deux cuirasses d’or,etplusdequatremilleceinturesornées de pierres précieuses.

King-ti (1450-1456). L’année 1450 King-ti occupa, en son nom, le trône de son frère captif en Tartarie. Des personnages de la cour furent envoyés par lui dans cette contrée pour ramener l’empereur , selon les conventions faites avec le prince tartare ; mais ce dernier trouva encore un prétexte de retenir son royal prisonnier, en disant que les envoyés n’étaient pas d’un rang assez élevé , ni d’une naissance assez distinguée pour servir de cortège à un si puissant empereur. Enfin il fut conduit jusqu’aux frontières de l’empire avec une nombreuse escorte militaire.

C’est de là que l’empereur écrivit à sa cour qu’il renonçait au trône pour vivre désormais dans le repos et la solitude, et que, par conséquent, on ne fît aucun préparatif pour le recevoir avec pompe et cérémonie ; et , pour se soustraire à toute démonstration quelconque , il entra dans la ville par une autre porte que celle où il devait passer. Les deux frères s’étant rencontrés , s’embrassèrent avec toute l’expression d’une tendresse mutuelle , et King-ti , suivi de tous ses courtisans , conduisit son frère dans le palais du midi , que ce dernier avait choisi pour le lieu de sa retraite.

King-ti continua de régner jusqu’à ce que , étant tombé mortellement malade, il fut remplacé par son frère Yng-tsoung, qui recommença à régner de nouveau en 1457, avant la mort de son frère.

Yng-tsoung (1457-1464). Le premier acte-qu’il fit, après avoir repris en mains les rênes du gouvernement, fut de publier une amnistie générale.

Des courtisans l’ayant engagé, dans une supplique , de flétrir la mémoire de son frère qui avait occupé le trône en son absence , et de rayer sou nom de tous les actes publics, il rejeta cette

CHINE

proposition , en se réservant toutefois de ne lui ftire rendre des honneurs funèbres que comme à un prince du sang royal , et non comme à un empereur.

Yng-tsodng, en remontant sur le trône, prit le nouveau surnom de Thian-chun, c’est-à-dire : celui à qui le ciel est propice.

Hian-tsoung (1465-1487). Cet empereur, qui régna vingt-trois ans, fut très-attaché à la secte des bonzes , et très-avide des choses étrangères. Cela ne l’empêcha pas d’avoir beaucoup de bravoure. La seconde année de son règne (1466), il défit une armée de brigands qui s’était formée dans la province du Hou-kouang; l’année 1479, il tailla en pièces l’armée des Tartares qui , depuis

filusieurs années , avaient recommencé eurs irruptions en Chine et s’en retournaient toujours chargés de butin. Ces mêmes Tartares ravagèrent l’année suivante la province du Liao-toung. En 1481 une ambassade vint de Samarkande (*) offrir deux lions à l’empereur. Une autre ambassade du roi de Fencheou vint demander les livres classiques de la Chine, sur le bon gouvernement et l’obéissance filiale.

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