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LES SEPT GRIEFS DES TARTARES CONTRE LES CHINOIS

Dès l’année 1618, le chef tartare, à la veille d’entrer en Chine avec son armée pour conquérir l’empire, publia un manifeste dans lequel il énumérait sept griefs capitaux {thsi ta hén) dont il avait à se plaindre et qu’il voulait venger ; il en prenait le ciel à témoin. Voici ce manifeste :

«Avant que mon grand-père eut foulé un brin de gazon ou usurpé un pouce de terre appartenant aux Mina, ceux-ci avaient commencé les hostilités sans motifs , et l’avaient outragé.

— Voilà la première injure à venger.

« Quoique les Mina eussent déjà commencé les hostilités , nous , toujours désirant la paix, nous avions consenti à la graver sur une pierre; et, en confirmation de cette paix, nous avions fait le serment solennel que ni les Mantchous (*) ( Tartares), ni les Chinois , ne dépasseraient leurs limites respectives; que, lequel que ce soit de nous qui oserait les franchir, serait aussitôt détruit , et que la partie qui aurait commis une violation quelconque du traité , serait dévouée au jugement et à la justice du ciel. Malgré ce serment , les Ming passèrent la frontière avec des troupes , dans le but de

(*) C’est ainsi que ces Tartares sc nommaient eux-mêmes; ils ont conservé ce nom, lorsqu’ils ont été maîtres de la Chine, pour désigner leur pairie et leur langue natale.

secourir un peuple appelé Yé-hé. — }'oila la seconde injure à venger.

a Lorsqu’un sujet des Mina eut franchi la frontière et commis des déprédations sur mon territoire, je le détruisis , conformément au serment rapporté ci-dessus. Mais les Ming, sans égard pour ce serment solennel , se plaignirent de ce que j’avais fait ; mirent à mort un de mes envoyés ; et, ayant pris dix hommes de mes sujets sûr nos frontières , ils les firent mourir. — Voilà la troisième injure à venger.

« Les Ming, ayant passé les frontières avec leurs troupes pour secourir les Yé-hé, firent changer la destination de ma sœur qui était déjà promise, et la firent donner à une autre personne de la nation des Moungkou. — Voilà la quatrième injure à venger.

« Pendant plusieurs générations, je possédai, comme ma frontière, la colline Tchaï-ho, et les places adjacentes ; mon peuple cultivait ce territoire; mais les Ming refusèrent de lui permettre de cueillir ses moissons; et ils le chassèrent par la force. — Voilà la cinquième injure à venger.

« Les Yé-hé commirent des crimes contre le ciel ; mais les Ming agirent avec partialité, et donnèrent pleinement raison à leurs exigences, pendant qu’ils m’envoyaient un exprès porteur d’une lettre dans laquelle ils me méprisaient et m’insultaient. — Voilà la sixième injure à venger.

« Dans l’origine , les Ua-ta, en portant secours, aux Yé-hé, envahirent deux fois mon territoire. Je dénonçai cette injustice au ciel , et je réduisis les Ua-ta. Les Ming formèrent une ligue avec ce peuple et d’autres pour 111'attaquer et pour rétablir le roi des Ua-ta. En conséquence, le territoire de ces derniers fut plusieurs fois envahi par les Yé-hé.

« Dans les guerres avec les États voisins , ceux qui obéissent à la volonté du ciel sont vainqueurs ; ceux qui s’opposent à ses intentions sont vaincus et détruits. Comment ceux qui sont morts par le glaive pourraient-ils être

rendus à la vie , ou ceux qui ont obtenu la conquête d’un peuple le rendraient-ils! Le ciel établit lui -même les souverains d’une grande nation !

Pourquoi les Ming ont-ils des ressentiments contre mon seul royaume?

» Les Ge-lun et d’autres nations ont réuni leurs forces contre moi , pour me conquérir. Le ciel les a repoussés.

Les Ming assistent contre moi les Yihé, et s’opposent ainsi à la volonté du ciel , renversant le droit et la justice, et faisant juste ce qui est coupable.

— / oila la septième injure à venger.

« Pour venger ces sept injures , je vais réduire et subjuguer la dynastie des Mingl*). »

Le fils de ce roi entra avec une forte armée dans le Liao-toung et prit la ville de Kaï-youan; il écrivit en même temps à l’empereur pour se plaindre, et lui faire connaître que le seul motif qui l’avait porté à cette démarche était l'insolence de ses ministres; il lui disait qu’il était prêt à lui rendre la ville et à déposer les armes, s'il lui accordait satisfaction de l’injure qu’il avait reçue.

L’empereur communiqua inconsidérément cette lettre à ses ministres , qui ne daignèrent pas même répondre au roi des Tartares. Ce dédain mit celuici en fureur, et il jura qu’il immolerait deux cent mille Chinois aux mânes de son père. Bientôt , à la tête de cinquante mille hommes, il s’empara de la capitale du Liao-toung et de toute cette province; il pénétra immédiatement dans le Pé-tchi-li , qu’il soumit presque tout entier à sa puissance; il se disposait même à attaquer la capitale de l’empire, lorsqu’il fut repoussé par les troupes chinoises qui accouraient de toutes parts , et forcé de se retirer dans le Liao-toung, où il se déclara hautement empereur de la Chine, sous le nom de Thian-ming (**) (en tartare-mant-

(*) Toung-twa-lou, dans Morrison , f’ietv of China , p. 9.

(**) C’est le même prince auquel a été décerné par ses descendants , empereurs de la Chine, le titre posthume de Tai-tsou, le grand ancêtre de la dynastie. Son portrait «St gravi pl. 66 , n» 4.

CHINE

chou, Abhao-foulinga) , décret du ciel, ou décrété par le ciel.

Et en effet, c’est à l’année 1616 de notre ère que la Table chronologique de tous les souverains qui ont régné en Chine (*), publiée en 1767 par ordre de l’empereur Khien-loung, de la dynastie tartare mantchoue qui renversa celle des Ming, place le commencement de sa dynastie, en indiquant cependant, en seconde ligne, les règnes simultanés des derniers empereurs des Ming.

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