PROGRÈS DES RÉVOLTES INTÉRIEURES
Cette année (1635) et les années suivantes, les partis de révoltés se multiplièrent d’une manière effrayante dans toutes les provinces. Il s’eu forma huit corps principaux grossis par le mécontenlement général quecausait l'avarice de l’empereur, qui foulait les populations par des contributions exorbitantes. Ces huit corps de révoltés avaient à leur tête huit chefs , qui tous aspi-
raient à l’autorité souveraine. Cette rivalité d’ambition les perdit; ils se firent la guerre entre eux, et se détruisirent mutuellement sans le secours des troupes impériales, à l’exception de deux d’entre eux, l’un nommé Tchang-hien-tchoung , et l’autre Litse-ching , qui, persuadés que leur désunion les perdrait encore infailliblement, se partagèrent l’empire comme une conquête. Le premier choisit les provinces occidentales du Sse-tchouan et du Hou-kouang (*), et le second médita la conquête des provinces septentrionales. Il s’empara d’une grande partie de la province duCheu-si,etalla assiéger la capitale du Ho-nan ( Kaifoung-fou), d’où il fut obligé de s’éloigner avec une grande perte. Il l’assiégea de nouveau , et la résistance des assiégés fut si opiniâtre, qu'ils se réduisirent à vivre de chair humaine plutôt que de se rendre. Les troupes impériales eurent le temps de venir au secours de la place. Le général qui les
(■*) Ce chef de révoltes , qui est justement nommé chef de brigands par les historiens, ne laissa que des ruines sur son passage ; il semblait avoir reçu la mission de détruire. Après avoir exercé toutes sortes de cruautés dans les provinces du Ho-nan, de Kiang-nan et de Kiang-si , il déploya enfin toute la violence de sa fureur brutale dans la province du Sse-tchouan. Il était doux et affable avec ses soldats, mais avec les autres sa barbarie n’avait point de bornes. Qu'un seul homme se fût rendu coupable d’une faute légère, il faisait tuer tous ceux qui demeuraient dans la même rue; cinq mille eunuques périrent par ses ordres, parce que l’un d'eux ne l’avait pas traitéd’empereur. Ayant appelé aux examens jusqu à dix mille lettrés, aussitôt qu’ils furent rassemblés dans la salle destinée à leurs compositions , il les lit tous périr, sous prétexte que par leurs sophismes ils inspiraient la révolte au peuple. Prêt à quitter la ville de Tchin-tou-fou , pour entrer dans la province du Chen-si , il lit enchaîner tous les habitants au nombre de six cent mille, et arrivés dans la campagne, il les ht tous massacrer. Ce -monstre à ligure humaine périt bientôt percé d’une flèche. Les provinces ainsi dévastées reçurent les fartares comme des libérateurs.
commandait crut qu’en rompant les digues du fleuve Jaune, il ferait pétir infailliblement dans les eaux l’année des rebelles; mais le contraire arriva; une partie des révoltés put se sauver; toute la ville fut submergée par les eaux du grand fleuve, et trois cent mille habitants y périrent. Ce désastre arriva le 9 octobre 1641.