‹ L'UniversChapitre 290 sur 348 · MISSIONNAIRES EUROPÉENS COMPRIS DANS LE DÉSASTRE DE KA1-FODNG-FOU · texte numérisé non relu

MISSIONNAIRES EUROPÉENS COMPRIS DANS LE DÉSASTRE DE KA1-FODNG-FOU

Voici de quelle manière Martin Martini, dans son Histoire de la guerre des Tartares contre la Chine, raconte cet événement comme témoin oculaire :

« L’an 1641 , après avoir pillé dans les provinces de Chen-si une infinité de villes et de bourgades, ces voleurs entrèrent dans celle d’Ho-nan , qui est une des plus délicieuses de la Chine.

Ils eurent la hardiesse de mettre d’abord le siège devant Kaï-foung , qui est la capitale ; mais ils furent si mal menés par la garnison qui était forte, et par rartilierie qui fut très-bien exécutée , qu’ils furent contraints de lever le siège. Ayant manqué cette place, ils font le dégât dans la campagne , et se jettent sur les villes d’alentour. Ils s’enrichirent par le sac de ces places, grossirent leurs troupes, et, s’étant fournis de toutes sortes de provisions, retournèrent au siège de la capitale.

Ils avaient reconnu , dans la première attaque, qu’il était difficile de l’emporter de force ; c’est pourquoi ils se résolurent de la prendre par famine.

Quoique la place eût près de trois lieues de tour, ils ne laissèrent pas de la bloquer si étroitement , qu’on n’y pouvait rien faire entrer. Durant deux mois u’on avait amusé ailleurs ces troupes e rebelles , les magistrats avaient fait venir grandes quantités de vivres; et toutefois il n’j’ en avait que pour six mois ; la province , qui est très-fertile, n’en pouvant fournir davantage, a cause que l’année n’avait pas été heureuse. La résistance des assiégés fut très -opiniâtre, car ils attendirent le secours jusqu’à l’extrémité , endurant

CRINE

les rigueurs d’une faim plus cruelle que celle de Jérusalem. La livre de riz valait un marc d’argent -, de vieux cuirs moisis du même poids coiltaient dix écus;on vendait publiquement la chair humaine, et on croyait que c'était une action de piété ,• de jeter dans les rues les corps morts, afin qu’ils servissent de nourriture à ceux qui devaient être bientôt dévorés. Cette ville est située au midi dans une vaste campagne , à une lieue d’une rivière grande et rapide , que les Chinois nomment Uoanq (Hoang- ho,jleure jaune) : et nous l’appelons la rivière Jaune , à cause de la couleur de ses eaux. Le canal de ce fleuve est plus haut que la ville; c’est pourquoi on a fait de grandes levées revêtues de pierres de taille, pour empêcher les inondations. Enfin le secours parut sur ces levées. Celui qui le conduisait s’imagina qu’en coupant les digues qui retenaient le fleuve dans son lit , il noierait tous les rebelles , sans que la ville en fût incommodée.

Mais il arriva que la rivière étant extraordinairement enflée par les pluies d’automne , et les brèches qu’on fit à la chaussée étant trop grandes , nonseulement une grande partie des rebelles fut noyée, mais aussi toute la ville fut inoiidée ; où il y eut plus de trois cent mille personnes enveloppées dans ce déluge. Les maisons furent abattues par la violence des vagues , si bien qu’il ne resta plus de cette grande ville , qui fut autrefois le séjour des empereurs, qu’un grand lac au milieu d’une campagne. L’église des chrétiens y fut renversée, et le P. Rodrigue de Figueredo, de la compagnie de Jésus, y mourut en assistant son troupeau. Il pouvait se retirer du danger; mais il ne xmiilut pas abandonner les chrétiens lorsqu’ils avaient plus de besoin de son assistance. »

Page 1