CHASSES ROYALES
Pour donner une idée de ces grandes chasses royales dont il est ici question , nous avons fait copier deux gravures chinoises ( voy. pi. 10 et 1 1 ) qui se trouvent dans un des plus anciens livres de cette nation, 1 tEulh-ya(**). Ce
(*) Une tradition rapporte que ce furent ses frères qui le forcèrent à descendre du troue. Ils prirent avec eux un homme trèshabile à tirer de l’arc, et furent lui fermer le chemin à l’endroit de la rivière où il devait passer on revenant de la chasse. Il fut obligé de fuir. Voyez la planche i3, tirée des Faits mémorables des empereurs chinois . D’autres prétendent que ce fut Y ou Heou-y, prince de Khioung, qui renversa Taï-Kamg , et mit son fils à sa place. ,
(**) La planche io représenté une chasse
livre représente, par ordre de matière, mais dnine manière très-abrégée , l'état des connaissances des Chinois , de mille à quinze cents ans avant notre ère; et les nombreuses gravures en bois qui l’ornent dans tout ce qui est susceptible d’être représenté aux yeux, si elles ne sont pas aussi anciennes ( on pense qu’elles sont du VI* siècle de notre ère ) , ont cependant été faites dans l’esprit de l'époque et avec l’intention d’en donner une idée fidèle.
En lisant l'histoire et en recueillant les traditions, on voit que partout, l'Egypte peut-être exceptée, de grandes et profondes forêts, peuplées de différents animaux, ont précédé le règne dé l’homme sur le globe qu’il habite. Tout le inonde a entendu parler des anciennes forêts des Gaules, de la Germanie, de celles du nouveau monde. Les poèmes indiens sont pleins de descriptions de grandes forêts dans la solitude desquelles se réfugient les saints anachorètes, et dont les grandes chasses rôvales troublent souvent le religieux silence. Dans les premiers temps de l’empire chinois , nous voyons que les peuplades venuesdu nord (*) sont obligées d’abattre devant elles de grandes forêts pour conquérir le sol sur la primitive nature et sur
impériale d’été, et nommée miao , comme s'exprime l’inscription latérale chinoise du dessin ; la planche 1 1 représente la rentrée de la chasse, ou le retour honorable , avec le gibier en ordre sur des chevaux de main , et un page en avant , le faucon au poing, comme dans des scènes de chevalerie occidentale ; l’originalité de ces dessins nous a engages à en donner un fac-similé réduit très-fidèle.
(*) Tout ce qui peut contribuer a former une conviction historique sur des données traditionnelles confuses, nous confirme dans l’opinion que les Chinois actuels ne sont pas indigèues sur le sol delà Chine, qu’ils y sont arrivés du nord-ouest, et qu’ils ont été obligés d'en chasser, pour y trouver place, des peuplades moins civilisées , ou plus barbares qu’eux, appartenant à une race distincte , qui aura peuplé peut-être les cdtes orientales de la Chine et d’une partie du continent de l’Asie.
les sauvages habitants indigènes , nommés par les Chinois Y ( 5^ "j porteurs
de grands arcs , ou miao-tseu (ït
-J*- j , fils des champs incultes, qui
existent encore à un état presque sauvage , dans les hautes et inaccessibles montagnes de l’occident de la Chine , voisines du Tltibet ; offrant ainsi une existence historique de plus de cinq mille ans, à côté du grand" et vieil empire chinois, qui s’est agrandi successivement à mesure que ces tribus sauvages d’indigènes ont été refoulées dans diverses directions , sans jamais se soumettre : tant la haine des races est puissante, et tant le sang de celles qui ont toujours été à l’état sauvage a horreur des peuples civilisés, qui leur paraissent sans doute dans un état de dégradation servile !
Cette existence dans l’empire chinois des tribus sauvages et toujours insoumises (*) des fus des champs incultes ( miao-tseu ) est un véritable phénomène historique, qui ferait supposer qu’il y a sur la terre des races distinctes, contre lesquelles peuvent inutilement se briser , pendant tous les siècles, les flots de la civilisation.
Les plaisirs de la chasse , qui , entre autres délassements royaux , firent perdre l’empire à Tàï-kÂng, étaient un abus d’un exercice commandé par la loi jusque vers la lin de la troisième dynastie , pour empêcher les bêtes sauvages de ravager les campagnes et de reconquérir le domaine que l’homme avait usurpé sur elles. Ces grandes
(*) On prétend qu’elles oot été réduites en 1775, sous le règne de l'empereur K irw- Louxg , après 5ooo ans de luttes sanglantes et toujours renouvelées; mais cette prétendue réduction n’était qu’une trêve. Les auteurs chinois attribuent à ces peuplades une certaine civilisation, qui ressemble à celle des sauvages de l’Amérique; c'est-àdire, qu’elles sont à l’état de société primitive , non à l’état d'isolement individuel , ayant lait abnégation d’une partie de leur liberté dans les mains de quelques' elle fs plus forts ou plus intelligents que la masse.
CHINE
chasses se faisaient quatre fois l’année, par recrues et par corvées. Au printemps et en été on se bornait à donner l’épouvante aux bétes sauvages ; en hiver et en automne on les traquait et on les tuait.
Selon Xénophon ( Cyrop. ), les Babyloniens furent aussi très-passionnés pour la chasse; ils en faisaient peindre des sujets dans leurs appartements, et ils en faisaient broder sur leurs habits. Les souverains de la Médie poussaient cette passion encore plus loin. Aiin de pouvoir prendre ce plaisir avec plus de facilite, ils avaient fait construire de grands parcs , dans lesquels ils tenaient renfermés des lions, des sangliers , des léopards et des cerfs.