ÉCRITS DB L’EMPEREUR Y0ÜNGTCH1NG
On attribue à Young-tching des commentaires sur le Saint édit ( Chingyu), de l’empereur Khang-hi (*), et un ouvrage sur l’art militaire, intitulé : Les dix préceptes (**). Dans la
(*) Voy. ci-devant.
(**) Le P. Amiot, qui a traduit ce dernier ouvrage (Mémoires sur les Chinois , t. VII, p. 1 3 ) , dit dans sa préface : « On verra dans l’introduction que l’empereur place à la tête de ses Préceptes , en quel sens il est l’auteur de l'ouvrage qui porte son nom. C’est la coutume des empereurs chinois de ne pas mettre de différence entre ce qu’ils
iréface, il parle du glorieux règne de Chang-hi et de la sagesse de son ouvernement; il se propose ensuite e conserver toujours les Mandchous dans leurs anciennes mœurs , et rend compte des mesures qu’il a prises à cet effet. Le premier précepte est un exposé des soins tendres que les pères et les mères ont pour leurs enfants; de l’obligation essentielle de les honorer, de les respecter, de. leur être soumis en tout, de leur procurer la subsistance et de les entretenir décemment. Le second prescrit la subordination entre les enfants, et la dépendance des plus jeunes, qu’il fait consister à ne rien faire que par les ordres ou avec la permission des aînés; a ne point finir ce qu'on a commencé contre leur gré ; à ne montrer jamais d’opiniûtreté dans les conversations ; à ne se servir qu'après eux dans les repas; à leur céder partout la place d’honneur. Le troisième traite des moyens d’entretenir la bonne intelligence avec tout le monde. Dans le quatrième précepte, Young-tchisg recommande aux pères et mères d’instruire leurs enfants, et aux aînés , leurs cadets , pour corriger leurs mauvaises inclinations, et pour cultiver les bonnes ; pour leur inspirer le respect qu’ils doivent aux magistrats et l’obéissance qu’ils doivent aux lois; pour leur apprendre tous les devoirs de la société ; enfin pour leur faire connaître les obligations qu’elle leur impose. Dans le cinquième, il représente aux soldats l’avantage qu’il y a pour eux et pour l’État de s’occuper avec ardeur de la culture des terres. Le sixième traite du principal devoir des gens de guerre, qui est de se rendre habiles dans 1 exercice de la flèche , à pied et à cheval , tant pour se faire un nom que
font faire et ce qu’ils font eux-mêmes , en fait de littérature. » Cette habitude n’est pas exclusivement celle des empereurs chinois qui veulent passer pour lettrés ; il y a eu , et il y a peut-être encore des écrivains européens qui n’ont |ias eu plus de scrupules. Il y a déjà longtemps que Virgile a dit : Sic vos, nonvobis, nidiftcatis avcst
CHINE
pour éviter les reproches , les railleries et les châtiments, que la négligence et la maladresse en cette partie attirent des officiers généraux. Dans le septième précepte, Young-tching recommande aux gens de guerre d'éviter la misère où sont réduits la plupart d’entre eux par les dépenses qu'ils font pour leur nourriture et leurs habillements, pour les mariages et les enterrements, et de mériter en tout le nom d’économes. Dans le huitième, il indique les occasions où l’on peut boire du vin, les dangers qui proviennent souvent des excès de l’ivrognerie, les crimes qu’elle fait commettre, les malheurs qu’elle entraîne, et finit par recommander aux gens de guerre d’éviter un excès capable de les déshonorer, d’abréger leurs jours, et de rendre inutiles le peu de ceux qu’ils auraient encore à vivre. Le neuvième précepte fait une défense formelle de se livrer au jeu, que l’empereur Youngtching envisage comme une des choses qui portent un préjudice réel à l'homme, et la source de mille désordres et des plus grands malheurs. Dans le dixième, cet empereur considère l’amour de la vie comme naturel à l’homme; et, par conséquent, le soin de la conserver comme le premier de ses soins; la colère, comme une passion qui étouffe tout sentiment d’honneur, de bienséance et d’humanité; les disputes, les querelles, et Jes combats comme l’effet de l’impatience et de l’orgueil; l’homicide, même en duel, comme un crime digne de mort (*).
(*) Le P. Amiot fait sur ce dernier précepte les réflexions suivantes : « Les querelles et les romliats dont l’empereur parle ici, ne regardent guère que les Mantrhous; car, pour les (Illinois, il est rare qu’ils en viennent à ces sortes d’extrémités. Les vrais Chinois ne vont guère au delà des injures , ou tout au plus de quelques coups de poings ; et encore lorsqu'ils veulent se battre, ils ne le font point sans de longues délibérations : ils commencent par oler leurs habits; ils les mettent proprement dans quelque endroit sûr, aimant beaucoup mieux qu’on leur déchire la peau du corps , qui ne leur coûte rieu, que les vêtements qui leurcoû-
Khiàn-loiwg (1736-1795). Cet empereur n’avait que 26 ans lorsque la mort de son père Young-tching l’appela au trône. Il nomma quatre régents pour gouverner l’empire pendant la durée de son deuil; et, déjà livré aux habitudes studieuses, il profita des loisirs que lui laissait la régence qu’il avait instituée, pour se préparer dans la. retraite à remplir dignement la haute mission qui lui était echue par la volonté de son père.
Lorsqu'il prit lui - même les rênes du gouvernement, un de ses premiers actes fut de mettre en liberté, et de rétablir dans leurs dignités les princes de sa famille, qui avaient été emprisonnés ou exilés, ou dégradés sous le règne précédent. Les espérances que les missionnaires avaient conçues de ce nouveau règne, ne se réalisèrent point d’abord ; les persécutions dirigées par les cours suprêmes de la Chine, et tolérées par le nouvel empereur , continuèrent contre les missionnaires qui bravaient opiniâtrement tous les édits émanés des autorités chinoises. Celles-ci , pour faire exécuter
tent de l’argent : quand celle-là est écorchée, disent-ils, on en est quille pour attendre patiemment la guérison; mais quand ceuxci sont déchirés , il faut en acheter de nouveaux.
« A près que leurs vêtements ont été mis à l’abri de toute iusulle , ils se provoquent mutuellement , et se disent , par-ci par-là quelques injures pendant l’espace d’un quart d’heure ou d’une demi. heure, jusqu'à CO que quelqu’un des spectateurs, dont la curiosité de savoir le sujet de la dispute est déjà satisfaite, s’ennuyant de ne plus rien entendre de nouveau, se mette en devoir de les séparer. Les champions font d'abord quelques difficultés ; mais , dociles ensuite, ils se séparent et s’en vont chacun de son côté.
« Les Mantchous et tous ceux qui sont sous les bannières sont un peu plus furieux. Ils mettent quelquefois le couteau à la main, et ils s’égorgent. C’est la plupart du temps sans en avoir l'intention; raraiijourd’hiii les mœurs chinoises les oui presque tous subjugués, et il n'y a guère de combats que parmi ce qu'il y a de plus vil, ou parmi ceux qui sont pris de vin. »
les lois, furent obligées de faire des exemples : cinq dominicains espagnols, déguisés et cachés dans un village de la province du Fou-kian , furent saisis et mis à la torture. Le vice-roi de cette province les condamna à être décapités , et Khiàn-loung confirma cette sentence en 1747.