NOUVELLES CARTES DE L'EMPIRE
Dans l’année 1761, à l’occasion des réjouissances qui se célébraient pour fêter l’anniversaire décennal de sa naissance, Khian-loung reçut l'hommage du nouveau travail géographique des pères Hallerstein et Benoît, deux missionnaires versés dans les mathématiques, et qui ont porté à un point voisin de la perfection les cartes de la Chine et de la Tartarie, précédemment levées par les pères Jartoux, Régis et quelques autres de leurs devanciers (*).
En 1767, Khian-loung fit avec éclat la cérémonie du labourage de la terre. Nous renvoyons pour la description de cette cérémonie curieuse à la seconde partie de cet ouvrage.
En 1768, l’empereur eut à soutenir une guerre avec les peuples du royaume d’Awa.
En 1770, les Tourgaouts (**), tribu
(*) Voyez ci-devant.
(**) On peut voir, dans les Mémoires sur les Chinois, p. 401, la traduction de l'inscription que l’empereur Khiau-i.ooso fit graver en manlchou , en chinois , en moDgol
L’UTÏIVEB s.
mongole qui s’étai t établie sur le Wolga, mécontents de la domination russe, traversèrent les déserts des Khirgis, côtoyèrent le lac de Balgach, et vinrent sur fes bords de l'Ili demander à rentrer sous la puissance chinoise, et à habiter dans le pays de leurs aïeux. Ils arrivèrent, fatigués de mille combats u’ils avaient èu à soutenir, dénués etout, au nombre de 50,000 familles, évaluées à 800,000 âmes. L’empereur les reçut avec une vive satisfaction, fit venir leur chef à la cour et le combla d’honneurs. L’année suivante, 1771,
fdusieurs tribus oelètes, des pourouts et es restes de la nation tourgaoute, en tout formant 30,000 familles, vinrent encore d’elles-mêmes demander à se soumettre.
En 1775 eut lieu la réduction des Miao-tseu , cette ancienne peuplade indépendante qui était restee enfermée dans les montagnes du Sse-tchouan depuis un temps immémorial (*). Pour avoir un prétexte de soumettre ces peuplades indépendantes, on les accusa de brigandages, a cause des querelles que de temps à autre ils ne pouvaient manquer d’avoir avec les ofliciers chinois des villes voisines. La réduction de ces peuplades fut une véritable extermination. Le général Akouï, après avoir fait monter de l’artillerie dans les gorges où vivaient ces montagnards, les poursuivit de retraite en retraite, sur les rochers les plus escarpés, et au travers des précipices les plus dangereux.
Les Miao-tseu firent la plus belle défense; les troupes impériales ne purent avancer que de douze lieues en an an et demi. La capitale, nommée le Grand ruisseau d'or, fut prises une forteresse réputée imprenable, dernier refuge de ces montagnards, fut également prise; les chefs furent conduits à Péking, où l’empereur souilla
et en thibclain , sur un monument qu’il fit élever à ce sujet , ainsi que celle du poème en vers chinois qu’il lit également graver sur un monument pour célébrer la conquête du royaume des Oelels , p. 3açg (*) Yoy. page 55 de ce volume.
l’éclat de cette pénible victoire, en faisant mourir, non-seulement ces chefs, mais beaucoup de Miao-tseu d'un moindre rang, dont les têtes furent exposées dans des cages.
Cette conquête fut aussi célébrée comme les précédentes , dans une inscription monumentale , qui commence ainsi : « Les rebelles brigands du Kintchouan ( Ruisseau d'or ) avaient marché dans le mal de génération en génération. Par un heureux succès, les armées mantchoues les ont rapidement exterminés. »
PROCLAMATION DE KtlIAN-LOUNG SUR LE CÉRÉMONIAL A SUIVRE POUR CÉLÉBRER L’ANNIVERSAIRE DÉCENNAL DE SA NAIS- SANCE.
L’empereur avait perdu sa mère en 1777, et à cette occasion, il fit de grandes largesses, et accorda considérablement de faveurs. C’était une coutume établie de célébrer tous les dix ans l'anniversaire de l’empereur, d’une manière plus brillante et plus somptueuse que toutes les armées ; un de ces anniversaires décennaux ( wen-tcfieou ), étant arrivé, Khi anloung fit une proclamation, de laquelle nous extrayons les passages suivants :
*Khiàng-LOUNG , 44' année (1779), 8' lune, le 19. Chang-yu ou Pâroles d'en haut.
« Les officiers généraux , tsoungtou , vice - rois et autres , des provinces de Kiang-nan, de Tche-kiang, etc., m’ayant invité à aller dans les provinces méridionales de mon empire, pour v voir par moi-même les ouvrages qui ont été nouvellement faits sur les rivières , ainsi que sur les bords de la mer, j’ai résolu de ne pas me refuser à leurs invitations. A la première lune du printemps de l’année prochaine, je me mettrai en route.
« A cette occasion , les mêmes officiers généraux m’ont supplié de leur permettre de célébrer la soixante-dixieme année de tnon âge, dans l’étendue de leurs districts respectifs, à mesure que j’arriverais dans les provinces dont je leur ai confié le gouvernement, afin
CHINE
que par des démonstrations de joie, ils ussent donner au moins quelques faites preuves des sentiments dont ils sont pénétrés pour ma personne dans le fond de leur cœur. Je ne saurais leur accorder ce qu’ils me demandent.
Il est bien vrai que, ci-devant, j’avais comme permis qu’on célébrât dans tout l’empire la soixante-dixième année de mon âge, lorsque le temps en serait venu ; mais lorsque je donnai cette permission, ma sainte mère vivait encore, et jouissait de la meilleure santé; je me flattais qu’elle pousserait sa carrière jusqu’à ce terme, qui edt été en même temps et la 70e année de mon âge, et la 90' du sien.
n Ma sainte mère n’est plus; tous mes projets de joie se sont évanouis.
Je n’ai d'autre pensée aujourd’hui que celle de contribuer de tout mon pouvoir à la félicite de mes peuples; et cette pensée fait naître dans mon cœur les sentiments d’une joie dont je goûte à chaque instant les douceurs. J’accorde aux lettrés la promotion d’un grade; elle les fera entrer plutôt dans la carrière qui conduit aux charges et aux dignités. Pour second bienfait, j’exempte le peuple du tribut que je perçois en riz.
« Après mon retour des provinces méridionales, j’offrirai le sacrifice ordinaire dans le Thi-tan (le temple de la terre), et, immédiatement après le sacrilice, je partirai pour Géhol. Là, on ne fera, a la huitième lune, pour la cérémonie de mon wen-tchéou, que ce que l’on fait chaque année pour la célébration du jour de ma naissance.
Il serait à craindre, si je restais à Péking, que les grands et les mandarins ne me fissent une foule de représentations et de suppliques pour obtenir de pouvoir célébrer ce jour avec une pompe dont je ne veux absolument point pet c’est en partie pour éviter ces représentations qu’ils ne manqueraient pas de me faire, et auxquelles, trèscertainement, je n’aurais aucun égard, gueje nie suis déterminé à partir de si bonne heure... Ce serait m’offenser que de contrevenir à mon ordre sur ce point, sous quelque prétexte
ue ce puisse être. H me souvient 'une supercherie qu’on me fit à la soixantième année de mon âge, lorsque j’étais en chemin pour me rendre à Géhol. Au sortir des gorges de Koupi-keou, au lieu d’une campagne déserte à laquelle je m’attendais, je ne vis que des décorations de toutes les sortes, telles qu’on les aurait pu faire aux environs de la ville la mieux peuplée ; il y avait même des théâtres de distancé en distance, et des lanternes de parade des deux côtés du chemin.
Qu’on ne s’avise pas de faire la même chose cette année; je le défends absolument. Je veux qu’on ne prépare les chemins que de la même manière dont on les prépare dans les années ordinaires, lorsque je vais à Géhol. Afin que personne n’ignore mes intentions, qu’on publie dans tout l’empire les ordres que je viens de donner (*). »