MENTION , D'UNE ÉCLIPSE DE SOLEIL
ARRIVE» SOUS 11 ftàoRB D K TcHOr WC.-K A S O 2,1 35 A» S AVAKT ROTIE ÈRE (*).
Le Chou-king fait mention d’une éclipse de soleil arrivée sous le règne
(*) Le Chou-king, ou Livre sacré, rapporte l’éclipse ci-dessus aux premières années du règne de Tchoukg-kaho , sans donner une date précise. Ce prince commença à régner l'année 2139 avant noire ère. C'est à Cette année-là que le P. de Mailla, qui a traduit , en Chine , l’histoire chinoise de Tchoo-ui , intitulée : Tohng-kien-kangtnou , fait remonter l’éclipse du soleil , tandis que le P. Gauhll lui donne la date de ïi55. Voici les paroles dn P. de Mailla : « L’éclipse de TcnuONu-KANO , rapportée ijSg ans avant l’ère chrétienne, est un fait contre lequel il n’jr a pas de réplique. <> D’est point sur le calcul , c’est sur l’observation qu’elle est rapportée ; nous sommes Iri plusieurs qui l’avons supputée suivant differentes tables , et nous l'avons tous
de Tchoüng-kang , et à propos do laquelle ce prince fit mettre a mort les astronomes Ht et Ho, remplissant les fonctions héréditaires de ceux que nous avons vus précédemment appelés à détruire le faux culte et la superstition qui commençaient à germer dans le peuple. Ils joignaient aux fonctions drastronomes celles de chefs des cérémonies et du culte. Il est dit que le crime de ces astronomes était de s’être livrés au vin, au lieu d'observer le cours des astres , de dresser le calendrier et d'annoncer à l’avance les conjonctions des planètes ou les éclipses qui doivent avoir lieu dans l’année.
Mais comme, sous lerègnedece prince, il y eut des mécontentements dans l'empire et qu’une révolte fut étouffée, il est présumable, et c’est l'opinion de quelques historiens chinois , que ces chefs religieux l’avaient favorisée, et que le roi saisit l’occasion d’anéantir, comme nous l'avons déjà remarqué, un pouvoir rival qui aurait pu annuler le sien ou le restreindre dans les limites purement temporelles.
La mention d’une éclipse de soleil à l’époque si reculée où la place le livre canonique chinois , et par conséquent la haute antiquité de l’observation, ont été l'objet de beaucoup de discussions en Chine et en Europe dans le siècle dernier. Tout ce que nous avons vu précédemment des règnes des empereurs philosophes Yao, Ch un et Yu , et de l’état des science* astronomiques à leur époque, peut justifier la supposition que du temps de ces empereurs on connaissait des méthodes sûres pour calculer à l’avance la date précise des éclipses du soleil et de la lune, et tout ce qui concernait le calendrier ; autrement, comment pourrait-on expliquer l’existence d’un tribunal astronomique, et la condamnation à mort des deux principaux chefs de ce tribunal , sous le prétexte avoué de la négligence qu'ils avaient
trouvée telle qu'elle est marquée dans l'histoire chinoise ». (I.etlre VI, p. 1767.) Nous avons préféré la date que donne le P. Gaulai , dans son Histoire de l'astronomie chinoise, et qui est celle du Li-lai-ki-sse.
apportée à calculer et à annoncer le moment de l’éclipse?
Voici comment s'exprime le vieux texte chinois, que nous traduisons littéralement :
i « En ce temps, Hi et IIo, s’aban- « donnant aux vices, ont foulé aux « pieds leurs devoirs; ils se sont li- « vrés avec emportement à l’ivrogne- « rie; ils ont agi contrairement aux « devoirs de leur magistrature , et se « sont par là écartés de leur condi- « tion. Dès le commencement , ils ont « porté le trouble dans la chaîne cé- « leste (les nombres lixes du ciel, se- « Ion le commentaire, l’ordre des ré- « volutions journalières et périodiques « du soleil et de la lune pendant l an- « née ) , et ont rejeté bien loin leurs « fonctions. Au premier jour de la « troisième lune a automne {Ki-tsieou) « le Tchin (selon le commentaire de « Tcuou-hi : la conjonction du soleil « et de la tune ) n'a pas été en har- <• monie dans Ut constellation Eang « ( p S p du scorpion ). L’aveugle a « frappé du tambour ; les magistrats « et la foule du peuple ont couru avec « précipitation, tels qu’un cheval égaré. « H i et Ho étaient comme des cadavres o dans leurs fonctions ; ils n’ont rien « entendu , ni rien appris. Aveugles et « rendus stupides sur les apparences « ou les signes célestes, ils ont en- « couru la peine portée par les rois nos «prédécesseurs. Le Tching-tlen (*) « dit : — Celui qui devance les temps « (ou saisons) doit être mis à mort « sans rémission; celui qui retarde les « temps ( ou les saisons ) doit être mis « à mort sans rémission. » ( C/tou- King, liv. 11, chap. 4. )
Pour comprendre cette loi rigou-
(*) Cctle citation d’un livre ancien, dans un livre par lui-même, déjà très- an rien , n’a pas encore été remarquée, que nous sachions, et nous parait cependant très-remarquable. Le commentateur Tcaou-m , le setd que nous ayons sous les yeux, dit que l'expression Tching-tien indique les « Lois de C administration des anciens rois. ■> Ces lois étaient donc écrites et connues des magistrats à l’époque dont il est question.
reuse, qui nous paraîtrait aujourd’hui tout au moins absurde , il faut perdre de vue , pour un instant , l’état ou sont arrivées, de nos jours, les sciences astronomiques, et le rang qu’elles occupent dans notre société. Que le Bureau des longitudes se trompe de quelttes minutes , ou de quelques heures, e quelques jours même, dans le calcul d’une éclipse de soleil , il n’y aura de désappointés que l’inhabile astronome, tout le premier , et quelques amateurs d’éclipses; mais le gouvernement ne fera pas mener le malheureux astronome en place de Grève. A la Chine, c’était, et c’est encore tout différent. Le peuple de l’empire chinois a la faiblesse de croire que le ciel qu’il voit sur sa tête n’est pas insensible aux actes qui se passent sur la terre , et qu’il manifeste sa colère ou ses menaces contre les mauvaises actions des hommes , et surtout contre les mauvais gouvernements, par des signes célestes , des météores , des perturbations menaçantes, comme le sont à ses yeux les éclipses de soleil et de lune. « Les éclipses de soleil , dit le P. Gaubil ( Histoire de rastronomie chinoise ) , sont regardées , en Chine, comme de mauvais présages et comme un avis donné à l’empereur pour examiner ses fautes et se corriger. De là vient qu’en Chine une éclipse de soleil a toujours été regardée comme une-affaire de conséquence pour l’état:
de là vient aussi qtron a toujours été fort attentif au calcul et à Inobservation des éclipses de soleil , et aux ccrémonies à garder dans ces conjonctures.
« Dans la question dont il s’agit, ces astronomes n’avaient pas annoncé Féclipsc. A la vue du soleil éclipsé, les mandarins, qui ne s’y attendaient pas , furent obliges de se préparer et d’aller au palais en désordre. Cette confusion dut nécessairemnnt alarmer le peuple que l’on n’avait pas averti, selon la règle , d’une éclipse de soleil. Dans ces occasions , les mandarins devaient aller au palais avec l’arc et la flèche , comme pour être au secours de l’empercitr , qui passe pour l’image du so-
leil. Cette cérémonie est décrite dans les anciens livres des rites. L’intendant de la musique, qui était un aveugle , frappait un tambour ; les mandarins offraient des pièces de soie en l’honneur de l’Esprit; l’empereur et les grands gardaient un jeûne , et étaient simplement vêtus. On ne s’attendait pas à faire ces cérémonies ; elles ne purent être faites qu’en désordre; c’est ce qui dut causer quelque confusion. Cela indisposa l’empereur contre les astronomes. En outre les astronomes Hi et Ho étaient princes.
Ils avaient des terres et des vassaux ; ils ne se trouvèrent pas à la cour au temps de l’éclipse. Ils se cantonnaient et se fortifiaient dans leurs terres , liés secrètement avec les rebelles qui avaient pris la cour impériale de la rovince du Chan-si , et qui, soutenus e bonnes troupes, voulaient détruire la famille impériale. Tchoung-Kang, instruit de la perfidie de ces princes , ordonna à un général de les attaquer.
Ce que le texte dit des lois portées par les anciens rois contre les calculateurs qui représentaient ou trop tôt ou trop tard les observations dans leurs calculs, fait voir une grande antiquité dans l’astronomie chinoise. Ces lois étaient pour obliger les astronomes à être attentifs. Quand , dans les astronomes chinois, il n’y a eu d’autre faute qu’une négligence ou défaut dans les calculs , la peine a toujours été, ou la privation des appointements , ou la charge ôtée, ou une sévère réprimande, et choses pareilles. La peine de mort ou d'exil était pour d’autres crimes commis dans le poste de chef d’astronomie. »
A dater de la mort de Yu, et du commencement des règnes dynastiques de ses successeurs héréditaires , une grande révolution semble s’être opérée dans le caractère moral des rois et des grands qui les entouraient.
L’ambition du pouvoir et de tous les vices, de tous les désordres qu’elle entraîne à sa suite , semble envahir tous les hauts fonctionnaires de l’état.
Après les règnes d’abnégation , de dévouement au bien public des premiers
empereurs , tels que nous les représente l’histoire chinoise, on ne rencontreplus guère, danslecoursdeplusieurs siècles, que luttes sanglantes entre les rands fonctionnaires et les rois , non ans l’intérêt du peuple, mais dans des vues et des intérêts d’ambitions personnelles. Le règne du mal a commencé. Les mauvais penchants et les mauvaises passions prédominent. Ce gouvernement, qui nous avait paru un modèle de sagesse et de vertu, audessus de tous les autres gouvernements que nous présente l’histoire , rentre dans la loi commune des empires, loi fatale, à laquelle les sociétés semblent être éternellement condamnées.
Les règnes des rois chinois, depuis Tchoung-Kang, sous lequel arriva la première éclipse observée , jusqu’à la fin de la dynastie de Yu, nommée Hia , sont passés sous silence dans le Cfiou-King , comme s’il n’était rien arrivé qui fût digne d’être transmis à la postérité. Et, en effet, l’historien du Livre canonique , croyant sans doute qu’il était de sa mission de ne transmettre aux siècles à venir que des exemples de sagesse et de vertus , aura voulu laisser dans un profond oubli, pour l’honneur de l’humanité et de sa nation , les règnes honteux et débauchés de la plupart des rois de la première souche dynastique , dont quelques-uns passaient leur vie dans leur palais , au milieu de leurs femmes et de. leurs eunuques , traînant ainsi dans les lâchetés royales des vices efféminés de leur cour , le grand nom de Yu , qui les avait places à la tête de l’empire.
Des historiens chinois ont recueilli, sur cet intervalle de temps , un certain nombre de faits dont nous tirons les traits suivants :
En 2146 avant Jésus-Christ, Siang, fils de Tchoung - Rang , lui succède. Son ministre Y lui ôte le pouvoir l’an 2126, et règne sept ans.
Ce ministre est assassiné en 2119, par une de ses créatures, aussi ambitieuse que lui, laquelle fait ensuite mourir le roi pour régner seule et sans
CHINE
Compétiteur. La veuve du roi légitime assassiné accouche d’un héritier de la royauté. Elle le déguise en berger et l’élève dans les montagnes. Lorsque le jeune prince berger fut arrivé à l’âge adulte , il se lit reconnaître à un gouverneur de province, resté fidèle au roi son père , et qui lui donna ses deux filles en mariage. Ce gouverneur, nommé Mi, se ligua avec un autre gouverneur de province , nommé Yu- Yang , et ils rétablirent en 2079 le jeune Chao-Kang sur le trône de ses pères; firent prisonnier l’usurpateur Han-tsou , qui avait régné 40 ans , et le firent ensuite mettre à mort.
Ce roi, instruit par le malheur, eut un règne assez brillant pour attirer à sa cour des ambassadeurs de rois étrangers.
Les vices, les débauches de toute nature avaient déjà fortement ébranlé le pouvoir de la première dynastie , lorsque l’avénement et le règne du roi Kie y portèrent la dernière atteinte.
Ses débauches et ses cruautés le rendirent un objet de mépris et de haine pour le peuple. Sa femme , qu’il aimait passionnément, encore plus vicieuse et plus cruelle que lui, le poussait à tous les excès et aux cruautés les plus révoltantes. Les historiens chinois rapportent de ces deux monstres royaux un fait qui montre jusqu’à quel point ils se jouaient de l’espèce humaine. Kie fit creuser un grand bassin, en forme d’étang, et après l’avoir fait remplir de vin , il ordonna à trois mille de ses sujets de s’y plonger. Des tranches énormes de viande rôtie étaient suspendues autour du bassin pour satisfaire leur faim brutale, et achever leur dégradation aux yeux de l’indigne et infâme souverain. Les désordres de ce roi ne se bornèrent pas à cet acte aussi insensé que coupable; il fit mourir en sa présence un de ses ministres qui avait osé lui faire des remontrances sur sa conduite et sur les dangers auxquels elle l’exposait. Ces excès honteux du pouvoir n’accusent peut-être pas tant les rois qui s’y livrent que les peuples dont la dégradation morale a pu les laisser
imaginer. Quand Néron commandait pour son plaisir l’incendie de Rome , il était sans doute fort vil, fort méprisable, le tyran du cirque; mais que valaient donc les citoyens de la ville éternelle , qui laissaient porter la torche incendiaire dans leurs palais dorés , pour l’amusement impérial ? Il n’y a de tyrans et de despotes que là où il y a dès esclaves.
IIe DYNASTIE,
DK 1766 A 1122 AVAKT NOTRE ènE. — 644 AK» RCS.
30 rois.
Quand on réfléchit attentivement sur la destinée des empires, on acquiert la conviction profonde qu’il fy a une liaison intime entre les gouvernements et les peuples, et que lorsque les premiers manquent à leur mission, les derniers, après avoir attendu plus ou moins long-temps, dans la souffrance, que la justice providentielle qui préside aux destinées des nations , et qui se plaît quelquefois à leur donner de graves enseignements, ait rétabli le règne de ses lois transgressées, hâtent quelquefois ce rétablissement de la justice violée par ceux-là même qui sont appelés à les diriger dans la grande route que l’humanité doit parcourir.
La vie de l’homme est limitée; les générations passent , les races s’éteignent , parce que la somme de vie qui était en elles s’est consumée ; mais la race humaine ne s’éteint point. La vie qui l’anime est la vie de fa nature ; et quand le chêne séculaire ne peut plus recevoir la sève vivifiante, que ses branches se dessèchent, que la vie végétative se retire de lui, alors il fait place à de jeunes et vigoureux rejetons, produits d’une semence étrangère , et la montagne ne reste pas dépouillée de son ombre.
Ainsi , quand une dynastie se dessèche; quand la vie de la justice et de la vérité se retire d’elle ; quand elle n’a plus le sentiment de ses devoirs ; quand sa mission est finie enfin , et que la société, abâtardie comme elle, a besoin d'être renouvelée comme elle,
alors elle est rejetée au loin ; ce pouvoir suranné qui entravait le développement de la civilisation, qui arrêtait sa marche, est brisé; un autre, jeune et fort, le remplace; jusqu’à ce que , ayant lui-même accompli sa mission , il soit ainsi brisé, rejeté et remplacé par un autre, et cela aussi long-temps ue le développement de la civilisation u genre humain ne sera pas complètement accompli ; aussi long-temps que la destinée providentielle des sociétés ne pourra leur être définitivement confiée.
Les philosophes chinois semblent avoir eu le sentiment de cette loi sociale. Les principaux de ces écrivains politiques ont écrit une foule de maximes, dans lesquelles ils disent, en parlant du destin social ( tning ) : « Il « donne l’empire à certaines races « pour le bonheur des peuples , et les « fait ensuite descendre du trône , « quand elles ne peuvent plus l’occp- « per dignement, ou quand elles ont « comblé la mesure de leurs crimes, « ou quand elles cessent de concourir x à l’exécution de ce à quoi elles « étaient destinées. » ( Mém. sur les Chinois , t. II, p. 14.)
Le quelque manière que l'on envisage le gouvernement chinois , on voit que l’opinion générale des gouvernants, comme des gouvernés, est que les premiers remplissent une mission qu’ils tiennent du ciel, c’est-à-dire, autant que l’on peut en juger par l’idée que les Chinois attachent à ce mot, de cette puissance supérieure et visible qui gouverne le monde et le soumet à son éternelle justice. Cette mission doit être exclusivement consacrée au bonheur du peuple ; et toutes les fois que les souverains perdent le sentiment de cette mission , pour se livrer à la tyrannie, et aux autres vices que fait naître l’oubli de leurs devoirs, le respect et la soumission font aussitôt place, dans le cœur des sujets , à la haine et aux sentiments de révolte, qui est alors regardée par eux comme un devoir. Mais cet acte s’exerce dans une limite pour ainsi dire légale : il , st affranchi de la pensée de se sous-
traire à une autorité qui sera recon stituée sur la même base que celle di l’autorité déchue, et qui possédera dt plus le sentiment nouveau , et par celt même plus profond, de la haute missioi dont elle se trouvera revêtue. L’histoire de la Chine offre des exemplefrappants de l’influence puissante qut le baptême de l’élection populaire r exercee sur les empereurs qui l’ontreçu. soit indirectement, comme les premiers empereurs Yao, Ciiuh, et Vr, dont un missionnaire jésuite dit naïvement : « — Ces trois princes sont « tenus pour des saints par les Chi- » nois, dont ils racontent plusieurs « choses; et à ne mentir point, c’éx toient des philosophes fort adonné; x aux vertus morales; » soit directement, comme tous les chefs de nouvelles dynasties. Celui de la seconde, qui va nous occuper, fut, dit-on, aussi bon roi, que celui qui a terminé la dynastie précédente avait été mauvais.
Tching-thang; 1766 avajit xotre ère. — La conduite dépravée et la cruauté de Kie avaient soulevé contre lui les grands de l’empire, qui était alors divise en vingt principautés; car, depuis que le fondateur de la première dynastie Hia avait distribué des terres et des provinces à ses principaux officiers qui l'avaient secondé dans ses grands travaux contre l'inondation, le gouvernement chinois était en quelque sorte féodal , et il y avait une quantité de petits princes qui relevaient du souverain , dont quelques-uns toutefois se rendirent indépendants sous la seconde et la troisième dynastie. Le chef d’un petit état nommé Chang se ligua, comme nous l’avons vu , avec d’autres petits rois, pour renverser le dernier chef de la dynastie Hia.
Cet état, selon le philosophe Mengrsi.ii , n'avait que cent //, ou dix lieu d'étendue. Voici la harangue que prête le livre historique sacré a ce prwce(‘),
(*) Le C/iou-king appelle ce chef d’état feudataire, du nom de wang, roi ; plusieun Çrands dignitaires de l’empire actuel portent également ce litre.
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ur déterminer ses troupes à com-
ttre contre le chef de l’empire :
« Le roi dit à ses troupes réunies :
Venez , écoutez-moi ; je ne suis qu’un petit prince, et comment oserais-je porter le trouble dans l’empire ? Mais Hia ( la dynastie précédente ) a commis beaucoup de crimes; le ciel a ordonné sa perte.
« Aujourd’hui réunis en foule, vous dites : Notre prince n’a pas compassion de nous; il veut que nous abandonnions nos moissons et nos affaires pour aller punir Hia. J’ai bien entendu vos paroles ; mais la famille Ilia est coupable : je crains le Suprême Empereur du ciel ( Chang-ti); je n’ose pas différer l’exécution de la justice suprême (*).
« Vous dites maintenant : Comment les crimes de Hia peuvent-ils nous atteindre ? — Le (dernier) roi de la dynastie Hia épuise complètement les sueurs du peuple; il épuise et ruine sa ville capitale (située dans le Chansi); les peuples, dans la misère, n’ont plus d’affection pour lui , et sont divisés entre eux. C’est en vain qu’il dit (en montrant le soleil) : Moi et vous, nous ne périrons que quand le soleil périrai Telle est la vertu présomptueuse de Hia. Je dois aujourd’hui aller le combattre.
«Seeondez-moi pouriui infliger le châtiment que le ciel lui destine; je vous en récompenserai grandement. Ne craignez pas de mettre votre confiance
(*) Le P. Gaubil traduit ainsi ce paragraphe : « Aujourd’hui vous dites tous: Puis- » que notre maître n’a pour nous aucune « compassion , nous abandonnons nos mois- » sons pour aller punir Hia. J’ai entendu ces x discours. Hia est coupable. Je crains le x Souverain Maître, et je n’oserois me dis- « penser de punir Hia. » Nous croyons la traduction que nous avons donnée plus exacte , en ce qu’elle fait connaître les plaintes et les regrets des sujets de Chang, forcés d’abandonner leurs moissons pour aller punir un souverain dont ils ignorent les crimes; la réponse qu’ils reçoivent , et ui tend à les persuader par des raisons ’état, prouve que leur assentiment n’était pas spontané.
en moi ; je né mangerai pas ma parole (c’est-à-dire, je tiendrai ma promesse ) ; mais si vous ne suivez pas les ordres que je vous donne, alors je vous ferai mourir, vous et vos enfants : n’attendez pas de pardon. »
( Chou-king , liv, III, chap. J. )
Cette harangue curieuse oe manque assurément ni d’art, ni d’éloquence; il y a même quelque chose de sublime dans les paroles prêtées à Hia; tous les moyens de persuasion sont employés, depuis l’intérêt du peuple jusqu’à l’ordre du ciel. La perspective d’un riche butin et la menace forment la péroraison. La destruction d’une dynastie coupable et l’érection d’une dynastie nouvelle y sont justifiées par des raisons qui ont cours depuis quatre mille ans , et dont le peuple , oui sert si souvent d’instrument aux ambitieux, ne profite pas toujours. Cet instrument docile se laisse souvent prendre aux belles harangues, comme celle que l’on vient de lire. Il ne se persuade pas assez que quand on a besoin de fui , on le flatte et on le ménage , et que quand il pèse ou embarrasse , on le brise.
Le dernier roi de la dynastie Hia, ayant été détrône , s’enfuit vers le sudest, dans la province de Kiang-nân.
Le chef qui l’avait détrôné lui succéda avec le titre de Tciung-Tiiang ( le parfait Thang). Mais l’action de ce dernier, la première de ce genre qu’offrent les annales chinoises, lui inspira des doutes sur sa légitimité." Craignant de n’avoir pas suivi les règles de la justice r il dit : J’ai peur que dans les temps à venir on ne blâme ce aue j’ai fait (*). » ( Ch. -K. ) Ce souverain vou-
(*) La doctrine de la légitimité , mot trèsnouveau , qui n’a de sens qu’appliqué aux intérêts du peuple, ne parait pas avoir été inconnue à la Chine depuis les temps reculés. On raconte que deux philosophes chinois, l’un nommé Yuen-Kou, l’autre Hoang- Seng, discouraient devant Kihg-ti, empereur des Han, qui vivait l’an t58 de noire ère. Hoang-Seng prétendait que Tcmuothani» , qui nous occupe actuellement , et Wou-wano, fondateur de la 3“ dynastie, ne devaient pas s’emparer du royaume.
lait renoncer au pouvoir suprême dont il venait d’être revêtu ; mais un de ses ministres lui tint le discours suivant : «Quoi donc! le ciel en créant des peuples leur a donné des passions ; s’ils étaient sans maître, il n’y aurait que trouble et confusion ; c’est pourquoi ce même ciel a fait naître ( un homme) souverainement intelligent, pour prendre, au temps voulu, les rênes au gouvernement. La vertu des Ma s’étant éclipsée, elle a fait tomber les peuples sur des charbons ardents.
Le ciel a doué le roi ( nouveau ) de force et de prudence, et il le donne comme exemple à suivre aux dix mille royaumes (*); il veut que ce prince continue ce que Yu a [fait anciennement : en suivant ses instructions vénérables , c’est comme si l’on suivait les ordres du ciel.
« Le roi de M'a est coupable pour avoir voulu tromper le ciel suprême, en promulguant aes décrets injustes.
Le souverain pouvoir ne le tient plus sous sa sauvegarde; il a donné commission à Chang ( fondateur de la nouvelle dynastie) d’instruire et de diriger le peuple.
Yuen-Kou répondait que Kii et Cheoü , ui étaient des monstres , ayant été abanonnés par les peuples, ces deux grands hommes ( Tchiîig-Tbahg et Woi-Wasc), pour répondre aux vœux du peuple , les firent périr , et montèrent ainsi sur le trône à leur place, au nom du ciel. Quelque vieux que soit un bonnet , reprit Hnang- Seng, on le met sur sa tête; et quelque propres que soient des souliers, on les met à ses pieds. Pourquoi cela ? C'est qu'il y a une distinction essentielle entre le haut et le bas. Kia et Cheoü étaient de grands scélérats, mais ils étaient rois ; Tchiwg-thahg et Woü-Waho étaient de grands et de sages personnages, mais ils étaient sujets; et un sujet qui , bien loin de reprendre son souverain de ses fautes pour tâcher de l'en corriger, se sert an contraire de ces mêmes fautes pour le perdre et pour régner à sa place, n'est- il pas usurpateur?» ( Ch. -K., p. 83, n. 3.)
(*) Expression chinoise figurée pour dire l’ universalité, tout.
«Vous, roi, vous n’aimez ni les femmes, ni la musique déshonnête; vous n’enlevez pas les biens d’autrui ; vous placez ceux qui ont de la vertu, dans les premières charges ; vous donnez de grandes récompenses à ceux qui ont rendu de grands services ; vous traitez les autres hommes comme vousmême; si vous faites des fautes, vous ne tardez pas à vous en corriger; vous êtes indulgent et miséricordieux, et dans tout vous faites paraître de la bonne foi. » ( Ch.-K. 1. III, ch. 2. )
Ainsi , décidé à régner et à fonder une nouvelle dynastie sur les débris de l’ancienne, Tching-thang rassembla tous les grands vassaux de l’empire pour que son élévation fût conffrmée par leurs suffrages. La Chronique sacrée a aussi conservé le discours qu’il leur tint. Nous croyons devoir le rapporter ici , au risque de paraître céder à un amour trop exclusif des vieilles trivialités, parce que nous croyons que c’est ainsi que l’on pourra obtenir l’intelligence la moins incomplète de l'histoire et du gouvernement chinois.
« Après la défaite de Ma, le roi vint à Po, et tint le discours suivant, en présence des grands, arrivés de tous les côtés de l’empire.
« Le roi dit :
« Soyez attentifs , vous tous grands et peuples rassemblés des dix mille côtes ; prêtez attentivement l'oreille aux discours de moi seul. L’auguste Chana-Ti (empereur suprême) a mis dans l’homme du peuple la raison; s’il s’y conforme, son essence existera constamment; dans le cas contraire, le prince doit la lui faire suivre.
« Le roi de Hia a éteint en lui les lumières de la raison ; il a fait souffrir mille mauvais traitements aux peuples de tous les états de l’empire. Ceux-ci, opprimés et ne pouvant souffrir une si longue tyrannie, ont fait connaître aux Esprits supérieurs et inférieurs, qu’ils étaient injustement opprimés. La rai son éternelle du ciel rend heureux les hommes vertueux , et malheureux les hommes vicieux et débauchés; c’est pourquoi il a fait tomber toutes les
' CHIÎÏË.
calamités sur Ma, pour rendre ses crimes manifestes à tous.
» En conséquence , tout indigne que je suis , j’ai cru devoir me conformer aux ordres évidents et redoutables du ciel. Je n’ai pas osé laisser de si grands crimes impunis; mais j’ai osé me servir d’un boeuf noir (dans le sacrifice ) ; j’ai osé avertir l’auguste ciel et la divine souveraine (la terre). Voulant punir Ma , j’ai choisi un sage primitif, un grand saint, et, de concert avec lui, nous avons réuni nos efforts pour votre bien à tous , en demandant au ciel ses ordres.
« Le Ciel suprême aime sincèrement et protège les peuples; ( c’est pourquoi ) le grand criminel (Kie) a pris la fuite & s’est soumis. L’ordre du ciel ne peut varier. Comme ( au printemps) les plantes et les arbres re-
firennent la vie, les peuples ont repris eur vigueur et leur force.
» Chargé aujourd’hui de vos royaumes et de vos familles , je crains d’offenser le haut et le bas ( le ciel et la terre ) ; et parce que je ne sais si effectivement je ne suis pas coupable, ma crainte est pareille à celle d’un homme qui appréhende de tomber dans un profond abîme.
« J’ai assigné h chacun de vous les états qu’il doit gouverner. Gardezvous de suivre des lois et des coutumes injustes. Ne tombez pas dans les défauts qui suivent l’oisiveté, ni dans l’amour des plaisirs. En observant et en gardant les lois sages et équitables, vous suivrez les ordres du ciel.
« Si vous faites quelque chose de louable, je ne puis le cacher; et si je tombe dans quelque faute, je n’oserai me la pardonner. Tout est examiné avec attention dans le cœur du souverain suprême ( Chang-ti ) ; les actes criminels de vous tous, si vous en commettez , retombent sur moi seul ; mais si moi j’en commets , vous n’y avez nulle part.
« Hélas! si ce gue j’ai dit se fait avec une volonté sincère de bien faire, on peut espérer de réussir. » ( Chou- King, 1. III, ch. 3. )
Le sage primitif dont il est parlé dans
5* Livraison. ( Chine. )
ce discours, était le ministre Y-yn, souvent célébré dans les écrits des philosophes et des poètes chinois.
Tching-thang opéra plusieurs réformes dans l’administration du royaume.
L’une d’elles, qui a été renouvelée au changement de presque toutes les dynasties, fut la réforme du calendrier; il ordonna que la 12' lune ou le 12' mois des Ma serait le premier de l’année civile des Chang. Parmi les couleurs des dynasties, il donna la préférence au blanc. Il s’habilla de vêtements blancs, et voulut que ses bannières fussent blanches.
Khodng-tseu (ou Confucius) a célébré dans ses écrits les vertus de Tching-thang. 11 rapporte qu’on lisait , gravées sur la baignoire de ce roi , ces paroles : Pour te perfectionner, renoue elle-toi ( purifie-toi ) chaque jour, renouvelle-toi chaque jour, renouvelle-toi chaque jour. Il fit graver aussi sur tous les vases qui étaient à l’usage du palais, les plus belles maximes de morale, afin que lui et ses courtisans eussent continuellement devant les yeux les principes sages selon lesquels ils devaient se conduire. Sa réputation de sagesse s’étendit si loin, que les quarante royaumes que l’on connaissait alors , avaient pour lui la plus profonde vénération.
Les grands Tableaux chronologiques chinois placent dans les premières années de son règne, de 1766 à 1760 avant notre ère , une sécheresse et une famine qui durèrent sept ans. Le roi Tching-thang , de l’avis du président du tribunal pour l’histoire et l’astronomie, pria le ciel de faire cesser les calamités qui affligeaient l’empire : Je prierai, j'offrirai des sacrifices pour apaiser le ciel en faveur de mon peuple. Je serai en meme temps sacrificateur et victime. Je suis le seul coupable , je dois être le seul immolé. Il coupa ses cheveux et ses ongles; il couvrit son corps de plumes blanches et de poils de quadrupèdes; montant ensuite sur son char, qui était simple et sans peintures , et auquel il avait fait atteler des chevaux blancs, il se fit conduire en un lieu
nommé Sang-Un. Arrivé au pied de la montagne, il descendit de son char, se prosterna la face contre terre ( f-'oy. la planche 14, tirée des Faits mémorables des emper. chtn.), et se relevant ensuite, il s’accusa devant le ciel et en présence des hommes :
1* D’avoir eu de la négligence à instruire ses sujets ;
2“ De ne les avoir pas fait rentrer dans le devoir, lorsqu'ils s’en étaient écartés;
3" D’avoir /ait des palais trop su- .perbes , et d’autres dépenses superfines en bâtiments;
4° D’avoir eu trop de femmes , et trop de tendresse pour elles;
6° D’avoir poussé trop loin la délicatesse pour les mets de sa table ;
6° Enfin , d’avoir trop écouté les flatteries de ses favoris et de quelques grands de sa cour.
A peine eut-il fini l’humble confession de ses fautes, que le ciel, de serein qu’il était auparavant, se couvrit tout-à-coup et lit tomber sur la terre une pluie des plus abondantes, dont elle fut suffisamment abreuvée pour reprendre sa première fertilité.
( Mém. sur les Chin. T. III , p. 24. )
Cet usage d’une haute moralité, qui rappelle aux grands de la terre les infirmités de leur nature, trop souvent oubliées, et la profonde responsabilité qu’ils encourent dans le gouvernement des peuples, s’est conservé jusqu’à nos jours, comme presque tous les anciens usages; et l’on voit à chaque calamité publique, à chaque apparition de quelques météores menaçants , l’empereur de la Chine s’accuser publi-
Suementde ces calamités, et promettre e si bien veiller sur ses actions à l’avenir, que le ciel sera fléchi , et que des maux semblables n’afOigeront plus ses peuples. Nous en citerons des exemples , quand nous serons arrivés a l’histoire contemporaine. La philosophie et les royautés européennes pourront sourire , à divers titres, de eet aveu public de faiblesse humaine ; mais nous laissons à l’histoire le soin d’en faire connaître les heureux résultats.
Les annales des Hébreux placent à peu près à la même époque une sécheresse et une famine de sept ans en Égypte; seulement la grande sécheresse égyptienne de sept ans n’est point fixée exactement par les chronologistes, qui varient, sur ce fait si important , de plusieurs centaines d'années ; mais nous croyons que sa véritable date est celle des historiens chinois, de 1766 à 1760 avant J.-C. ; car il est à présumer que ce grand fait météorologique oriental , signalé par les annales Je peuples si éloignés l’un de l’autre, est un même fait historique, que la tradition hébraïque, sans chronologie déterminée, ou les calculs de nos historiens modernes , auront placé à une époque conjecturale; l’ exactitude de l’histoire chinoise étant trop bien établie , pour que l’on puisse l’inculper ici. On verra bientôt que d’autres synclironismes importants pour l’histoire seront établis par nous, et détermineront tout à la fois d’une manière 'positive , et la prodigieuse exactitude de l'histoire chinoise, et des époques très-importantes restées vagues dans l'histoire de l'antiquité, que les différents chronologistes n’ont pas pu fixer jusqu'ici à une date incontestable et sdre. Telle qu’elle est rapportée , cette concordance nous parait devoir être remarquée comme une grande présomption de la véracité historique des anciennes annales de l’Orient; car ce rare contrôle qu’elles sont appelées à exercer l’une sur l’autre, est une épreuve décisive sur leur authenticité , parce qu’une calamité comme celle dont il est question ne dut pas se borner à un climat circonscrit dans les limites de l’Égypte ou de la Chine , mais elle dut être simultanée sur l’ancien continent, avec les variations propres néanmoinsaux différents climats. Nous savons parles annales hébraïques qu’elle s’étendit aussi sur la Judee. Si nous possédions des annales d'une même antiquité pour les autres nations qui existaient alors , il est très-probable que la simultanéité , au moins asiatique, de ce grand événement , se trouverait constatée
CHINE
La suite des règnes de la dynastie Chang offre les mêmes alternatives de botis et de mauvais princes que la dynastie précédente. Cette seconde dynastie dut à la sagesse et à la fermeté du premier ministre Y-Yix, dont il a été question précédemment, de ne pas se terminer avec le règne efféminé du successeur de Tchiixgtuas g. Voyant que le petit-fils de ce dernier qui était appelé à lui succéder, et dont il était le régent pendant sa minorité , se livrait à des penchants vicieux , il le fit enfermer pendant les trois années de deuil, dans le tombeau de Tching-thang, afin qu’il eût le temps de méditer sur les devoirs de la souveraineté , et sur les exemples de vertu que lui avait laissés son aïeul. Cette épreuve fut favorable à l’éducation royale du jeune prince, qui, en suivant toujours les conseils ae son ministre, eut un règne assez glorieux.
Cependant l’empire chinois prend chaque jour un nouveau développement. Sous le règne de Taï-wod ( commencé 1637 av. J.-C. ) , plusieurs rois étrangers envoyèrent des ambassadeurs , et il y avait des interprètes pour expliquer' en chinois ce que les étrangers avaient à dire. Quelquesuns d’entre eux représentaient les Sijoung (barbares ou étrangers occidentaux , à l’ouest et au sud du Chen-si ). L’histoire chinoise va nous fournir encore ici l’occasion d’établir, par la méthode d’induction , un des plus importants synchronismes pour l’nistoire de la haute antiquité qui restent à déterminer , afin de fixer d’une manière certaine les époques les plus remarquables de cette même antiquité. Nous trouvons dans les grands Tableaux chronologique « chinois le texte qui suit et que nous traduisons littéralement :
« 3* année du règne de Taï - wou « ( 1634 av. J.-C. ): le roi prend soin « de suivre le régime d’administration > des anciens rois ; il assure la sub- « sistance des vieillards ( en rétablis- < sant les hospices créés pour eux par « l’empereur Choix ); cette même « troisième année, partis de régions « éloignées, des ambassadeurs inter-
« prêtes vinrent à la cour , de 76 « royaumes. » (*) Pour que des ambassadeurs se rendissent n la cour du souverain de la Chine, de contrées éloignées et de soixante-seize royaumes différents , il fallait une cause extraordinaire et puissante. Ces contrées éloignées ne pouvaient être que celles de l’Asie centrale et occidentale , parce que , à l’orient et au midi de la Chine , se trouvait l’Océan , et qu’au nord étaient les Barbares, Tartares ou Scythes, en guerre presque continuelle avec la Chine, et qui avaient déjà des noms dans l’histoire chinoise. Reste donc l 'ouest et le midi de la Chine, ou les contrées septentrionales de l’Asie; or, en reclierchant la cause de l’arrivée simultanée à la cour de la Chine d’ambassadeurs de 76 royaumes de ces contrées , on ne peut trouver que la grande invasion , jusqu’ici contestée, de l’Asie occidentale et centrale par Sésostris; car une invasion decette nature (de6à 700,000 hommes ) devait nécessairement produire l’effet consigné dans l’histoire chinoise; parce que l’empire chinois avait alors assez ue prépondérance en Asie, pour que tous Ips royaumes envahis et menacés de l’être par le roi d’Egypte envoyassent des ambassadeurs prés de son souverain , demander des secours. Si ces secours ne furent pas envoyés, comme on peut le conclure par le silence de l’histoire chinoise à ce sujet, c’est que la grande irruption de l’Afrique sur l’Asie fut arrêtée assez promptement dans sa marche pour que ces secours demandés devinssent inutiles. Nous croyons cette explication, la seule plausible, assez revêtue du caractère de certitude historique pour ne pas hésiter à admettre comme un fait certain (**) l’ex-
(*) San niait eulh youan fang tchoung yi lai tchao tche tsi etii tou loue. ( Li-tai ki-tse.)
(**) Un fait, selon nous, qui , à lui seul , prouverait que Sésoslris lit une irruption dans l’Inde avec son armée , c’est celui que les historiens ne contestent pas , la première division faite par lui, au retour 4e
es
pédition asiatique de Sésostris, et à la placer l’année 1634 avant notre ère.
Quand il n’y aurait d’autres preuves que les inductions historiques rapportées ci-dessus, elles suffiraient , selon nous, pour ne laisser aucun doute.
Mais quelques chronologistes , le P.
Tournemine entre autres, suivi par Goguet , dans son livre célèbre : de l'Origine des Lois , ont placé l’avénement au trône de Sésostris, l’an 1659 avant notre ère. En adoptant l’opinion qui fixe l’expédition de Sésostris à la 18e année de son règne, il n’y aurait entre la date suivie par Goguet, et celle que notre synchronisme d’induction lui assigne , que la simple différence de sept ans , en supposant que la date chinoise correspond a la première année de l’expédition qui en dura neuf; et il n’y en aurait aucune en la supsant correspondre à la 7e. C’est sous ce même roi que mourut l’astronome Ou-hien , qui avait fait un catalogue d’étoiles dont il est fait mention dans des catalogues plus récents. Sous le règne de son successeur les fréquentes inondations du Hoang-ho firent transporter la cour de la province occidentale du Chen-si dans la province voisine du Ho-nan ( midi du grand fleuve ). On l’établit ensuite dans la province nord de Tchi-li , où se trouve actuellement Pé-king. Des peuplades indigènes des rives méridionales du grand fleuve Kiang débordent, à cette epoque, sur l’empire chinois , comme des fleuves encore indomptés. L’ancienne doctrine des empereurs qui , possédant des talents et des lumières supérieurs , avaient été choisis par les peuples pour les conduire dans le chemin de la civilisation; la doctrine toute désintéressée de ces anciens législateurs était méconnue. Le pouvoir souverain n’est plus qu’un appât offert à la cupidité ambitieuse et insatiable de tous les membres de la souche dynastique qui prétendent avoir un droit
son expédition , de ses sujets en dattes héréditaires comme dans l'Inde: celle conception était évidemment empruntée à cette dernière contrée.
légitime à la couronne. Les frères veulent succéder aux frères, au détriment des fils. Pendant deux cents ans , des guerres continuelles de succession désolent et appauvrissent la Chine. Cette seconde dynastie jette quelque faible lueur sous Pan-keng (1401), qui transporte de nouveau sa cour du Chan-si dans le Ho-nan pour fuir les débordements du Hoang-ho, et il donne à la dynastie Chang le nom de Yn , sous lequel elle est souvent désignée depuis son règne. C’est ce Pankeng qui disait aux premiers employés de son gouvernement : « C’est par choix et après un examen attentif
?[ue je vous indique ce que vous devez aire; pensez soigneusement à mes peuples.
« Je ne me servirai jamais de ceux ui cherchent à s’enrichir; mais je istinguerai et j’aimerai ceux qui sont attentifs à défendre la vie et les biens de mes peuples , ceux dont les vues et les desseins ont pour objet le bien public et la conservation des peuples dans leurs habitations.
« Je vous ai fait venir en ma présence pour vous dire ce que je crois devoir être fait, et ce qui ne doit pas être fait ; ne négligez rien de ce que j’ai dit.
« Au lieu de vous occuper à rassembler des richesses et des choses rares, ne pensez qu’à acquérir le mérite de procurer au peuple un repos et une tranquillité durables.
« Faites-lui connaître le chemin de la vertu , et joignez à une grande exactitude la droiture et la simplicité de coeur. » ( Chou-king, liv. III, ch. 7. ) Des princes vicieux, cruels et débauchés continuent de se succéder les uns aux autres. La corruption royale et des hauts rangs est si grande qü’un roi à bonnes intentions, Wou-ting ( 1324 av. notre ère ), est obligé de recourir à un pauvre artisan pour en faire son ministre. Après avoir gardé le deuil selon l'ancienne coutume, pendant les trois années qui suivirent la mort de son père, il fut prié, par les grands du royaume, de prendre les rênes du gouvernement qui étaient
CHINE
entre les mains d’un régent. Le nouveau roi leur dit qu’il avait eu un songe dans lequel le souverain ( du ciel? ) lui avait fait voir la figure d’un homme qui devait être son ministre. Il fit faire plusieurs portraits de l'homme vu en songe , et ordonna de le chercher dans le royaume. On trouva l’homme ressemblant au portrait, travaillant par corvée à la réparation d’une digue , dans la province du Chan-si. Il fut amené a la cour et fait premier ministre. Le roi lui dit : « C’est toi, cher Fou -yuk, que le « ciel a choisi pour m’aider de tes « sages leçons. Je te regarde comme « mon maître : regarde-moi comme « une glace de miroir peu polie que « tu dois façonner, ou comme un << homme faible et chancelant sur les « bords d’un précipice, que tu dois « guider ; ou comme une terre sèche « et aride que tu dois cultiver. Ne me « flatte point; ne m’épargne point « sur mes défauts, afin que par tes « instructions et par celles de mes « autres ministres , je puisse acquérir « les vertus de mon aïeul Tciiing- « thang, et rappeler dans ces jours « infortunés la modération , la dou- « ceur et, l’équité de son gouverne- « ment. » Si les maximes de gouvernement qu'il débita au roi , d’après le Livre historique, sont réellement de lui, il faut avouer que le choix n’était pas trop mauvais. « La paix et le trouble dépendent des ministres, dit-il.
Les emplois ne doivent pas être donnés à ceux qui ne suivent que leurs passions, mais à ceux qui ont de la capacité. Les honneurs ne doivent pas être conférés aux méchants, mais aux sages.
i « Si l’on ne fait pas de bien aux hommes , on en est méprisé ; si l’on ne rougit pas d’une faute involontaire, on commet une nouvelle faute. » ( Ch.hing, livre III, ch. 8. )
Fou-yue( c’est le nom du manœuvre) fut un grand ministre, et, sous sa direction le roi AVou-ting eut un beau règne. La vertu populaire était venue retremper la corruption royale.
Un sage lui tient ce discours dans le
Chou-king : « Le ciel voit les hommes et veut que leurs actions soient conformes à la justice. Aux uns il accorde une longue vie , aux autres une vie de peu de durée; ce n’est pas le ciel qui perd les hommes, les hommes se perdent eux -mêmes, en s’écartant de ses ordres.
« Si les hommes ne se conforment pas à la vertu , s’ils ne font pas l’aveu de leurs fautes, le ciel leur manifeste sa volonté afin qu’ils se corrigent.
Voilà ce que je propose. » Des rois étrangers , dont la langue était différente de la langue chinoise , envoyèrent des ambassadeurs ; et de nombreuses peuplades révoltées sur les frontières occidentales du royaume furent réprimées.
A la 28" année du règne de Tsoukia ( 1230 av. notre ère ), un prince vassal, de la principauté de Tcnéou, mourut fort regrette, dit-on , des Chinois. Il laissa trois fils; et avant de mourir il avait fait connaître qu’il désirait avoir le plus jeune pour successeur. Ce fait indique à lui seul que le pouvoir de ces grandes principautés de l’empire chinois était héréditaire.
Les deux frères aînés se retirèrent et allèrent aux extrémités orientales du Kiang-nân ( midi du fleuve Kiang ) , dont les populations barbares les reçurent avec joie et les reconnurent pour leurs souverains. Ces deux princes , pour se conformer à la coutume du pays, se firent des marques sur le corps et couper les cheveux (*). Plusieurs historiens chinois prétendent que les Daïris ou empereurs du Ja-
(*) On lit dans l’ancien livre sacré des cérémonies (Li-Ki) : « Les barbares de l’O- - rient portaient leurs cheveux , se pei- » gnaient le corps, elne faisaient point cuire « leurs aliments; ceux du midi se faisaient « des ouvertures sur le front , et ue Taisaient « point également cuire ce qu’ils mangeaient; « ceux d’occident avaient des habits de « peaux , portaient leurs cheveux et ue fai- « saient point usage de grains; enfin ceux « du nord avaient des habits de plumes, « demeuraient dans des cavernes, et ne fai- « saient point egalement usage de grains : « tous avaient des langues différentes. »
Die
ro
pon tirent leur origine de l'atné de ces princes, qui se nommait Taï-pf.. Sans admettre ou rejeter cette origine, ce trait historique fait voir que la Chine à cette époque , sur la fin de ia seconde dynastie , ne s’étendait pas audelà du grand fieuve A'iang.
La seconde dynastie chinoise marche rapidement vers sa ruine; Un de ses rois, Lis-sih (1225), faisait si peu de cas de ses devoirs de roi, que, nonseulement il se déchargea sur ses ministres des soins du gouvernement, mais il leur défendit de lui rendre compte d’aucune affaire, afin de ne pas être distrait dans ses plaisirs royaux. Un de ses successeurs, AVou-t (1198), surpassa, dit-on , les sottises absurdes que l’on a prêtées méchamment à l’empereur philosophe Julien.
Les Chinois disent que c’était un insensé ( wou tao ; sine ratione ). 11 fit faire des statues de bois , ou des idoles auxquelles il donna le titre à,' Esprits célestes. Il attacha au service de ces idoles des gens qui les faisaient mouvoir ou les portaient partout où il l’ordonnait. Quand la fantaisie lui en prenait, il faisait des paris avec ces dieux de sa façon, représentés par l'individu qui les servait. Quand l'idole-dieu perdait, AVoü-y, ivre de sa supériorité sur lui, accablait son représentant d’insultes, et quelquefois le faisait mourir. Un jour, dit-on, après avoir ainsi fait exécuter le représentant de l’un de ses dieux de fantaisie, il fit recueillir son sang dans un sac de cuir, et l’ayant fait suspendre à un mit élevé, il lui décocha des (lèches comme pour défier et insulter F Esprit céleste ( voy. la pi. 15, tirée des Faits mémorables des empereurs chinois ). Il mourut à la chasse, frappé de la foudre.
Wsw-wang, successeur du prince deTchéou, eut la même dignité feudataire que son père, et se rendit célèbre par ses victoires sur les Tartares. A cette époque (1154) commença à régner le aernier souverain de la dynastie Chang. Ce roi , du nom de Chéou-si.n, se livra aux mêmes excès que ses prédécesseurs. Connaissant
ses goûts débauchés , un grand de la cour , qui avait pris les armes contre lui, pour échapper au châtiment lui offrit une jeune fille, nommée Ta- Ki, la plus belle de l’empire, mais en même temps la plus méchante et la plus cruelle. Elle acquit une grande influence sur le roi , et elle faisait tout céder à ses volontés impérieuses. Tous ceux qui y résistaient étaient chassés ou mis à mort. Elle, persuada au roi qu'il ne pourrait devenir souverain absolu que par la terreur. Pour parvenir à cette fin, elle inventa un genre de supplice inconnu jusqu’alors. Elle fit fondre un cylindre a’airain que l’on faisait rougir à un grand feu; puis on forçait le patient a l’embrasser jusqu’à ce que sa chair fût consumée ( voy. pl. 16, tirée des Faits mémorables , etc.).
Un des ministres du roi, aussi vicieux que son royal maître , désirant obtenir scs bonnes gracespar quelque acte de courtisan, lui offrit sa fille, qui était fort belle, mais qui fut encore plus vertueuse, car elle résista avec un courage héroïque aux brutalités du roi. Celui-ci , furieux de cette résistance inaccoutumée, massacra la jeune fille de ses propres mains , et l’ayant coupée en plusieurs morceaux , il les fit servir à la table de son père. Un autre ministre, indigné de cette atroce barbarie , ne put se contenir. II fit des remontrances au bourreau royal, lesquelles lui coûtèrent la vie au même instant. Ce ministre, nommé Pi-kan, est le premier dans l'histoire chinoise qui se soit ainsi acquis une renommée immortelle , en souffrant la mort pour l'intérêt public, dans la tâche généralement inutile, mais courageuse, de réprimander de méchants rois.
Selon quelques écrivains chinois, le tyran Cm::ou-si?i aurait joint la plus infernale ironie à la plus insigne cruauté , en répondant ainsi aux sages remontrances ae Pi-kan : » Ton dis- « cours est véritablement le discours « d’un sage; il est digne de la grande « réputation dont tu jouis. Mais on « dit que le cœur d’un sage est percé « de sept trous. Je ne sais sur quoi
CHINE
Tl
« une pareille tradition peut être fon- « dée : il faut que je voie par moi- « même ce qui en est. — Qu’on lui « ouvre le ventre et qu’on m'apporte « son cœur; je veux l'examiner!.... »
Tandis que la dynastie des Chang allait s’éteindre à rhorizon comme un astre sanglant , l’astre brillant d’une nouvelle dynastie apparaissait à l’horizon opposé. Le prince de Tchéou, indigné de tant de cruautés de son souverain , vint aussi lui faire des remontrances inutiles. Le tyran , qui craignait en lui plus qu'un ministre , se borna à le faire mettre en prison pour sa témérité; mais un de ses Bis Fut mis à mort ; lui-même ne dut sa liberté qu’au zèle de ses amis, nui cherchèrent dans sa principauté les plus beaux bijoux et la plus oelle fille qu’ils purent trouver , et les envoyèrent au tyran pour la rançon de Wen-wang, mis aussitôt en liberté.
Alors les grands du royaume, quelues courtisans même qui voyaient éja paraître à l’horizon le nouveau soleil à adorer, abandonnèrent celui qui s’éteignait enveloppé de rayons sanglants. Ces révolutions politiques qui ébranlent les empires , fournissent de graves enseignements à l’histoire.
Quand les pouvoirs qui dominent les sociétés (qu’ils soient sans frein, ou qu’ils trouvent près d’eux un contrepoids à leurs instants de frénésie despotique), sont arrivés à ce point de soulever contre eux la conscience publique, la moralité humaine, alors ils sont condamnés à périr, et à venger ainsi la justice outragée, la sagesse providentielle du genre humain, qui n’est jamais impunément bravée.
Voici comment s’exprime le Livre sacré des annales chinoises :
« Le chef occidental (*) ( Weh-
(*) « Dans les quatre parties (le l'empire, dit le P. Gatibil , il y avoit des petits états dépendants du roi. Leurs princes avoicnt parmi eus un chef appelé Pà. L’clal tic
Telieon, dans le district de Si-gan-fou, du Cben-si, avoit pour chef le ponce Wenwang. Ce Wen-wang devint puissant , et fut chef des princes de la partie occidentale. »
wang, dont la principauté était dans le Chen-si), ayant soumis le royaume de Li, Tsou-y, saisi de frayeur, vint à la hâte en avertir le roi.
« Il dit : Fils du ciel (*)! le ciel a révoqué l’ordre qu’il avait donné à notre dynastie Yn (Chang). Les hommes supérieurs et la grande tortue n’annoncent rien d'heureux. Ce n’est pas que les rois nos ancêtres nous aient abandonnés, nous, leur postérité; mais c’est vous , roi , qui , en vous livrant à toutes sortes d'excès , êtes la cause de notre ruine.
« Parce que le ciel nous a rejetés , nous ne vivons plus en paix; nous ne pensons pas à ce que la conscience (**) nous dicte; et nous ne suivons aucune règle.
« Maintenant nos peuples sont bien loin de ne pas désirer notre ruine; ils disent : Pourquoi le ciel ne détruit-il pas cette dynastie Yn ? Pourquoi ses grands décrets ne s’exécutent-ils pas en expulsant le roi que nous avons? — Tel est l’état des choses.
— « Le roi dit : Hélas ! hélas ! la destinée de ma vie ne repose-t-elle pas sur les décrets du ciel ?
— « Tsoo-y se retira en disant :
Hélas ! hélas ! quoi donc ! avec des crimes si publics et si nombreux , peut-on espérer dans les décrets du ciel ?
« C’en est fait de la dynastie Yn ; elle est perdue : tout ce qui se passe annonce ta ruine de votre royaume ! »
( Choti-king , liv. III, ch. 10.)
Tous ces avertissements n’arrêtèrent pas la frénésie des crimes dont le roi Chéoc-sin était possédé. On dit qu’il ouvrit le corps d'une femme enceinte pour voir le fruit qu’elle portait dans son sein ; et qu’en voyant passer à gué un ruisseau par quelques personnes, dans une froide matinée
(’) En Chinois thicn-tseu ; celte qualification royale a bien des équivalents eu Europe. Elle est d'autant plut imposante ioi que ce fils du Ciel va être averti qu'il eat condamné à périr par son père céleste.
{*•) Thien-eeng, eeeü natura : sentiment, disposition du cœur inspirés par le tieL
VJ
d’hiver, ce tyran dit qu’elles supportaient le froid d’une remarquable manière, et il ordonna de leur couper les cuisses , afin qu’il pdt voir en quel état se trouvait la moelle de leurs os.
Les parents du tyran , voyant qu’il allait consommer leur ruine avec la sienne , se hasardèrent à lui faire quelques remontrances. Un de ses oncles, qui prit cette liberté, ne se sauva de la mort dont il était menacé qu’en contrefaisant l’insensé.
On pourrait croire que tant de férocité est le produit d’une nature particulière aux races royales de la Chine, si des races occidentales et des faits contemporains n’offraient de pareils exemples de l’ivresse frénétique d’un pouvoir absolu qui dénature l’humanité, et dont il ne devrait jamais être permis de revêtir, sans crime , un homme ou une race d’hommes quelconque.
Laissons encore parler le Livre sacré :
« Wei-tseü ( le fils du royaume W er, frère aîné de Chéod-sin ), dit : Grands dignitaires, petits dignitaires, la dynastie Yn ne peut plus gouverner les quatre parties (l’empire). Les grandes actions de notre fondateur ont eu, et ont encore un grand éclat.
Mais nous, qui sommes venus après lui, en nous livrant aux excès du vin, nous avons dégénéré de cette grande vertu.
« Tous les peuples de cette dynastie, grands et petits, sont livres au vice; ils sont voleurs, débauchés, scélérats. Les grands et les officiers subalternes , à ^exemple l’un de l’autre, commettent tous les crimes. Les méchants ne sont pas punis , et cette impunité anime le peuple. Partout on ne voit que des bai nés , des querelles , des vengeances et des inimitiés. Notre dynastie Yn est donc sur le point de faire un triste naufrage. Elle est comme celui qui passe une grande rivière et ne peut gagner le bord. Le temps de sa berte est venu.
« Il dit ; O grands dignitaires , petits dignitaires ! une conduite si déréglée est cause que nos anciennes et
sages familles se sont retirées dans les lieux déserts. Aujourd’hui , si vous ne nous dirigez et ne nous avertissez de ces tristes événements , quels remèdes?
— « Un des grands dignitaires répondit : Fils du roi ! si le ciel fait tomber tant de calamités sur le royaume de la dynastie Yn, c’est parce que le roi est plongé dans les excès du vin.
« Il n’a aucun égard pour ceux qu’il doit estimer; il maltraite et il éloigne les anciennes familles , et ceux qui , depuis long-temps , étaient en place.
« Aujourd’hui le peuple de Yn vole les animaux destines aux cérémonies des Esprits; il y a des juges qui les reçoivent et qui les mangent, et on ne les punit point.
« On extorque l’argent des peuples du royaume , comme s’ils étaient des ennemis ; de là naissent des querelles, des haines et des vengeances ; les méchants sont unis entre eux et ne font qu’un ; parmi le peuple plusieurs périssent de misère, et personne n’en donne avis.
« Il faut que j’aie part aux calamités qui affligent aujourd’hui la dynastie Chang ; mais si elle est détruite , je ne serai ni esclave, ni sujet d’aucune autre.
« Fils de roi , voici ce que j’ai à vous dire : il est de votre prudence de penser à vous retirer; fils de roi , si vous ne vous retirez pas, je périrai aussi.
« Que chacun prenne le parti qu’il jugera le plus conforme à son devoir; mais avant, il faut faire la cérémonie aux rois prédécesseurs ; pour moi , je ne pense pas à me retirer. » ( Ch.
k., liv. III, ch. 11. )
Nous ne croyons pas que l’on trouve ailleurs un chant funèbre de dynastie aussi énergique que celui-ci , quoiqu’il date de plus de onze cents ans avant notre ère. C’est un sauve qui peut! profondément fatal , et qui a retenti bien souvent sur la terre depuis cette époque.
Le roi Chéou-sin continuait ses débordements en dépit de tous les présages les plus menaçants. Le peuple
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était pressuré pour subvenir aux dépenses insensées de Ciiéou-sin et de Ta-ki, sa maîtresse, à qui il prit fantaisie de faire construire une tour en marbre, appelée Lou-taï , Tour des cerfs , dont les portes étaient de jaspe, dit le P. Mailla. L’intérieur, magnifiquement décoré, avait un tiers de lieue de largeur, sur deux cents mètres d’élévation ; monument qui coûta dix ans de travail , et qu’elle enrichit d’une infinité de choses précieuses.
Quand il fut achevé , Ta-ki y fit allumer une si grande quantité ue flambeaux , que leur clarté égalait celle du jour. Elle s’enfermait dans ce magnifique palais six mois entiers sans en sortir, ne s’occupant qu’à varier ses plaisirs , et à épuiser tous les genres de libertinage; elle assemblait des jeunes gens de l’un et de l’autre sexe, qu’elle faisait dépouiller de leurs habits, et qu’elle excitait elle-même aux derniers excès de la débauche.
Le palais, où de tout temps personne n’osait entrer, sous peine de la vie , sans un ordre exprès , fut ouvert indistinctement à tout le monde , avec pleine liberté d’y commettre toutes sortes de crimes. Les gens sans mœurs et sans pudeur s’y transportaient de jour comme de nuit , et après s’être gorgés de viande et de vin que Ta-ki ordonnait d’y servir avec une extrême profusion, ifs s’abandonnaient à tout ce que la sensualité peut inspirer de plus abominable : les meurtres y étaient fréquents; enfin, tous les vices étaient rassemblés dans ce palais et y régnaient avec une licence effrénée.
Alors la défection devint générale.
L’historien de l’empire se retira à la cour de Wod-wang (le roi guerrier), prince de Tchéou , qui avait été choisi par son père Wen-wang pour lui succéder (*). Wod-wang, avec de
(*) Il avait été préféré à son frère aîné , disent les historiens , parce que ce dernier n’avait pas voulu entrer dans les vues qu’avait son père de détrôner le dernier roi de la dynastie Chang. Ce frère ainé se relira au-delà du fleuve Kiang, vers les frontières du Sse-lchouan actuel , où il établit les
bonnes troupes commandées par de bons officiers, arriva sur les bords du Hoang-ho, et disposa tout pour le passage du fleuve. Le roi Cheod-sin * de son côté se mit à la tête d’une armée nombreuse comparable aux arbres d'une grande forêt , mais remplie de mécontents. A la première lune de l'année suivante, Wou-wang sacrifia au ciel, fit des cérémonies aux Esprits, harangua les officiers et les soldats.
La bataille se donna dans la plaine de Mou-ye. Le roi Chéou-sin fit preuve, dit-on, de courage. Il y eut tant de sang répandu, qu’il s’en forma des ruisseaux sur lesquels nageaient les grands mortiers à piler le riz et le millet. Son armée fut mise en déroute.
Il courut à sa capitale; et, vêtu de ses habits royaux , il monta dans la Tour des cerfs , où étaient renfermés ses trésors. Là , après s’être paré de ses bijoux les plus rares, il se jeta dans un incendie qu'il avait fait préparer, et dans lequel il périt comme Sardanapale, mais non pas avec sa favorite, à laquelle Wou-wang fit trancher la tête , après avoir été proclamé empereur, l’année 1122 avant notre ère.
Les deux chapitres du Livre sacré des Annales, qui rapportent ces faits, sont trop curieux pour que nous puissions nous dispenser d’en citer ici les principaux fragments. Ces relations , écrites nar des historiens contemporains , feront mieux connaître les événements que nous avons esquissés cidessus, que tout ce que nous pourrions y ajouter.
— « Au printemps de la treizième année , il y eut une grande assemblée à Meng-tsin.
« Le roi (Wou-wang) dit : O vous, qui êtes les respectables seigneurs des royaumes voisins , vous qui êtes préposés au gouvernement des affaires et
deux royaumes de Tuë et de Hou , que l’on verra figurer dans l’histoire de la dynastie fondée par son frère.
Digiti;
au commandement des troupes , écoutez attentivement les ordres que j’ai à vous donner.
« Le ciel et la terre sont le père et la mère de toutes choses. L’homme , entre toutes ces choses, est le seul être intelligent ; mais un roi doit l’emporter par sa droiture et par son discernement : étant supérieur par sa droiture et son discernement, il devient le père et la mère du peuple.
» Aujourd’hui le roi de la dynastie Chang ( Chéou ) n’a aucun respect pour le ciel suprême : il opprime et vexe le peuplp.
« Il est livré au vin et à la débauche; il se plaît à exercer des cruautés inouïes. Lorsqu’il punit , la punition s’étend sur toute la famille; s’il donne des dignités, il les rend héréditaires (*). Il fait des dépenses excessives en châteaux de plaisance , en tours , en pavillons, en chaussées et en lacs ; il épuise vos familles par ses exactions ; il fait mettre en broche et rôtir les gens de bien , ouvrir le ventre des femmes enceintes. L’auguste ciel irrité a mis entre les mains de mon illustre père son autorité respectable; mais mon père n’a pu achever d’exécuter les ordres du ciel.
« C’est pourquoi, moi, Fa (surnommé ensuite If-'ou-watig , roi guerrier), tout humble que je suis, et vous qui commandez aux royaumes voisins, examinons le gouvernement des Chang.
Le roi Chéoü ne pense point à reformer sa conduite; tranquille sur son état, il ne rend plus ses devoirs ni au Souverain Suprême ( Chang-ti ), ni aux Esprits; il ne fait plus les cérémonies dans la salle des ancêtres ; il laisse prendre par des voleurs les ani-
(*) En chinois : Kouan jm i ohi , mot i mot , magistrales fecit homines ad seadum; il parait , d'après ce texte authentique , que déjà, dans l’antiquité chinoise, celait un motif d’accusation envers u» souverain que des magistratures rendues h êrédi foirer. Il n’y a encore aujourd'hui que la dignité impériale qui porte ce caractère, encore avec les restrictions que rïM» ferons connaître. On «et! pas ai sévère sur ce sujet en Europe que dans la haute Asie.
maux destinés aux offrandes, et les autres choses. Je dis en conséquence :
Sue c’est moi qui suis chargé des es et qui en ai l’ordre du ciel, ne dois-je pas remédier à ce désordre?
* Le ciel, pour aider et assister les peuples, leur a fait des princes, leur a fait des instituteurs ou chefs habiles (*). Les uns et les autres sont les
(*) Cette proposition, qui est traduite littéralement du chinois, est à remarquer. Le P. Gaubil traduit : Le ciel a établi un roi pour conserver les peuples et pour les instruire ; mais le texte porte , Thien rrou hits min , tso tchi kiun , tso tchi sse : mot à mol : Culum taendus ( Vrt protegr.ndos) iiifrà populos, fecit iis principes, Jecit iis praccp tores. Le commentateur Tchoc-hi ajoute : Le Ciel , afin d'assisler les peuples, leur a fait des princes pour les protéger, leur a fait des chefs on instituteurs pour les instruire : les rinces et les chefs ou instituteurs possèdent eux seuls la puissance ; ils sont la gauche et la droite (c’esl-à-dirc les ministres) du Souverain empereur ( Chang tî) pour rendre l’univers paisible et heureux. » Il est donc admis en priucipe par le Livre sacré chinois que le Ciel ou l’Etre suprême conféré des pouvoirs et uue mission particulière à certains individus de la société humaine pour gouverner et instruire cette meme société ; pour la rendre paisible et heureuse , et pour exercer la justice divine en punissant les méchants et en récompensant les bons. Ce principe est contraire en apparence à celui dont le règne est commencé en Europe, de l 'égalité des droits. Mais nous devnns avouer (r’est presqu’à regret que nous le disons) qu’il y a peut-être plus de vérité, et par conséquent plus de moralité dans le premier, entendu comme l’ont toujours entendu les Chinois, de l’emploi et de l’élévation de tous les talents, de toutes les aptitudes, pour gouverner la société, quels que soient leur rang et leur fortune , à l’exclusion des iueptes et des sots , quels que soient aussi leur raug et leur fortune. Une Providence et une société données, il est aussi logique que naturel d'admettre le principe du gouvernement et de l'instruction de cette société par les intelligences supérieures que «cite Provideuce fait naître ou éclaire daus ce dessein. C'est peut-être un malheur, mais c’est un fait incontestable que dans les sociétés constituées il y a infiniment plus d'intelligences inférieures sans aptitudes mo-
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ministres de l’Être Suprême (Chamgti), pour aimer et pacifier l’univers , punir les coupables et récompenser les bons. Comment oserais-je agir d’une manière contraire à ses intentions?
« Lorsque les forces sont égales , il faut avoir égard aux talents ; si les talents sont égaux , il faut avoir égard à la droiture du cœur, à la justice. Le (roi) Ciikoc a une infinité de sujets qui ont autant de sentiments différents 5 moi je n’en ai que trois mille, mais ils n’ont tous qu’un même sentiment.
« Les crimes du roi (de la dynastie) Chang sont à leur comble ; le 'ciel ordonne qu’il soit châtié. Si je ne me conforme pas aux volontés du ciel , je serai complice des crimes de Chkou.
« Tous les jours je tremble et je m’observe. J’ai succédé aux droits de mon illustre père : je fais, à l’honneur du Souverain Être (Chang-ti), la cérémonie Louï : à l’honneur de la Terre ia cérémonie Y , et je me mets à votre tête pour appliquer les châtiments décrétés par le ciel.
« Le ciel a de la prédilection pour les peuples : ce que le peuple désire , le ciel s'empresse de le lui accorder (*).
raies , que d’iutelligcnccs supérieures avec les aptitudes et les lumières qu’exigent le gouvernement et l’instruction des peuples. Or, la conception sociale qui fait servir les éléments intelligents de la société à la direc* tion de cette même société, lorsque toute hérédité de pouvoirs est un vice, et sans invoquer le Ciel pour abrutir et asservir la terre, nous semble supérieure à la conception sociale qui ne tient compte que des éléroents inintelligents et matériels dont tonte idée de supériorité intelligente , d’aptitudes morales, de Providence sociale, de Dieu enfin , est bannie. Mous laissons aux esprits éclairés le soin de faire l’application de ces principes.
(*) Tontes tes maximes sont littéralement tradnitps du texte chinois : noos en garantissons l’exactitude. Celle qui précède est exprimée ainsi : Thieti kin-itt min ; min Icfii sso JO, thirti pie thsnung ichi : mot à Diot: C/rltim diligit popnlum; populus, ki tpiod de siderùt, ccthitn guident tradit ifU.
Vous tous , aidez-moi à affermir pour toujours la tranquillité des contrées situées entre les quatre mers : quand l’occasion s’en présente , il ne faut pas la perdre. »
Au jour cinquante-cinquième du cycle , le roi fit faire halte à son armée au nord du fleuve ; les princes et les grands étaient à la tête de leurs corps. 1^ roi, voyant les troupes rassemblée, les encouragea et leur donna se ordres en ces termes :
« O vous qui venez de la terre occidentale et qui êtes nombreux, écoutez ce que j’ai a vous prescrire.
« J’ai entendu dire qu’un homme de bien qui pratique la vertu , s’exerce chaque jour dans cette vertu et ne se lasse jamais; que l'homme pervers qui se livre au vice , s’exerce chaque jour dans le vice et ne se lasse jamais.
Aujourd’hui, Chéoü, roi de ia dynastie Chang, se livre sans mesure à toutes sortes d’excès ; il repousse les respectables vieillards pour se lier avec des criminels, pour se livrer au vin et â la débauche; il en résulte beaucoup de cruautés. Les fonctionnaires inferieurs l’imitent; ils s’unissent entre eux pour commettre leurs crimes avec Impunité : on ne voit que vengeances, abus d’autorité , oppressions de toutes sortes qui produisent des accusations et des meurtres. Les innocents ont été obligés d’avoir recours au ciel, et leur vertu, indignement opprimée, leur a fait pousser des cris qu’il a entendus.
<> Le ciel chérit les peuples , et un roi doit se conformer au ciel. Km, (le dernier roi ) de la dynastie Hia, n’avait pas agi conformément au ciel ; il avait inondé le royaume du poison de sa méchanceté ; c’est pourquoi le ciel assista Tching-thjlmg, et iui ordonna de détruire Rie avec la dynastie Hia.
« Les crimes de Rie n’étaient cependant pas aussi grands que ceux de Cnéoti. Celui-ci a chassé non frère aîné qui était d’une grande sagesse :
H a fait souffrir une mort cruelle à
ceux de ses ministres qui lui faisaient des représentations; il a dit qu’il avait l’ordre du ciel; il a dit qu’il n’était pas nécessaire d’être grave ni réservé; il a dit que les sacrifices et les cérémonies n’étaient d’aucune utilité (*) ; il a dit que ses rigueurs et ses cruautés ne pouvaient lui attirer aucun mal. Votre miroir n'est pas éloigné ; il existe dans le dernier roi de la dynastie Hia. Le ciel me destine pour avoir soin des peuples; cette destination est conforme a mes songes , et les sorts la confirment : voilà un double présage. Si on en vient à un combat avec le roi de Chang, je serai certainement le vainqueur.
« Chéou a une infinité d’archers à son service : ils diffèrent tous par les sentiments et les qualités. Les officiers dont je me sers sont au nombre de dix ; mais ils ont les mêmes sentiments , les mêmes vertus. Chéou n’emploie que ses parents et ses alliés; mais ils ne peuvent être comparés aux hommes bienfaisants et sages.
« Le ciel voit ce que les peuples voient , il entend ce qu’ils entendent.
Les cent familles (tout l’empire chinois) me blâment (de différer); il faut donc que je marche.
« Vous qui êtes à la tête des corps de troupes, soyez attentifs; ne soyez pas sans vigilance; il vaut mieux se défendre que de mépriser ses ennemis. Toutes les familles sont aussi effrayées que si l’on allait briser leur tête. Hola ! n’ayez qu’un esprit et qu’un cœur; achevons ce que nous avons commencé , et que notre ouvrage subsiste éternellement !
' « Le jour suivant , le roi lit la revue de ses six corps de troupes et leur donna ses ordres.
« Le roi dit : Holà! vous, princes sages , qui êtes venus de la terre occidentale pour me suivre, écoutez : la loi du ciel se fait clairement entendre et connaître; ses différents articles
(*) Ce chef d’accusation est remarquable.
sont clairs et manifestes. Aujourd’hui le roi de Chang ne fait aucun cas des cinq devoirs, et il les viole sans crainte,
uand il le juge à propos. Il est rejeté
u ciel; il est détesté et maudit par le peuple.
« Il a fait couper les jambes à ceux qui le matin passaient là rivière à gué ; il a fait ouvrir le cœur de ceux que la vertu rendait respectables ; par ses cruautés , ses tortures et ses assassinats, il a empoisonné et dépeuplé le pays compris entre les quatre mers (la Chine); il a donné son estime et sa confiance aux gens les plus corrompus et les plus pervers; il a destitue de leurs emploi ceux que leur mérite avait élevés aux premières charges; il a rejeté et foulé aux pieds les lois de l’état , et a empoisonné ceux qui étaient distingués par leur sagesse. Il a laissé se dégrader les lieux ou se faisaient les sacrifices au ciel et à la terre; il n’a point fait de cérémonies dans la salle des ancêtres. Pour complaire à une femme qu’il aime, il a eu recours à des moyens extraordinaires et à des maléfices. Le Souverain Suprême ( Chana-ti ), qui ne l’a point approuvé, a résolu sa perte. Sovez-moi donc sincèrement attachés; il faut que nous soyons les exécuteurs des châtiments
du ciel Moi , je me mets à votre
tête pour détruire votre ennemi ; appliquez-vous à bien faire... Je donnerai de grandes récompenses à ceux qui se seront signalés; mais je punirai exemplairement ceux qui n’auront pas rempli leur devoir.
... « Si je remporte la victoire sur Chéou, elle ne viendra pas de mon courage, mais de la vertu de mon illustre père; si je suis vaincu, ce sera ma faute , et non pas la sienne (*). »
( Chou-king , liv. IV, ch. 1 ).
(*) Ces harangues accusatrices, réunies dans le même livre sous truis sections différentes du même chapitre, nous paraissent être tirées de trois historiens chinois différents. Coitrucius, qui compila le C/iou- King , aura voulu conserver à la postérité ces trois expressions différentes d’une meme et énergique pensée de réprobation portée contre un cruel et méprisable tyran, et
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Malgré la longueur de ces trois énergiques philippiques, le chapitre suivant, intitulé: Ordres donnés dans la plaine de Mou-ye , est trop caractéristique pour omettre de le rapporter ici :
« Au premier jour du cycle, avant la première lueur du crépuscule, le roi et sa cour arrivèrent à Mou-ye (dans la province du Ho-nan ) , vaste plaine du royaume de la dynastie Chang. En donnant ses ordres, le roi tenait de sa main gauche une hache resplendissante d’or jaune et de pierreries; de sa droite , il portait élevé un étendard blanc, et s’en servait pour donner les signaux. Il dit : Que vous venez de loin, hommes de la terre occidentale !
« Le roi dit : Vous , princes héréditaires des royaumes voisins, et vous ui êtes préposés au gouvernement es affaires : président de l’instruction publique ( Sse-tou ) ; président des chevaux ou de la guerre 'Ssc-ma) ; président des travaux publics ( Sse-koung ) ; vous officiers de tous grades; vous qui êtes à la tête de mille hommes ; vous qui commandez cent hommes ;
« Vous hommes qui êtes venus de Young, de Chou, de Kictng, de Meou, de fï'el, de Lou, de J'eng et de Pou ;
« Élevez vos lances, préparez vos boucliers ; j’ai des ordres à vous donner.
« Le roi dit : Les hommes de l’antiquité avaient un proverbe qui disait :
La poule ne doit pas chanter : si la poule chante , la famille est perdue (*).
« Aujourd’hui Chéou, roi de ( la dynastie) Chang, ne suit que les avis d'une femme; c’est elle qui fait tout, et il ne se met nullement en peine
montrer par là l'unanimité de la réprobation et l'imposante autorité de l’avertissement pour l’avenir. Cette induction historique confirmerait , s’il en était besoin, l’aut lient icité si précieuse et si bien démontrée du Chou-King.
(*) Ce dicton existe aussi dans certaines provinces de France.
des sacrifices, ni des cérémonies; c’est pourquoi rien ne lui réussit....
« Aujourd’hui , moi , Fa ( Wonwang), j’exécuterai respectueusement les ordres du ciel. Dans le combat que nous allons livrer, après six ou sept pas, arrêtez-vous et remettez-vous en rang; redoublez vos efforts.
« Après quatre, cinq, six et sept attaques, arrêtez-vous et remettezvous en rang ; redoublez vos efforts, h « Dans cette campagne contre ( la dynastie) Chang, combattez vaillamment comme des tigres Hou , comme des tigres Pi, comme des ours Ilioung, comme des ours Pie. Ne faites aucun mal à ceux qui viendraient se soumettre et servir nos hommes de la terre occidentale. Redoublez vos efforts.
« Si quelqu’un de vous ne fait pas attention à ce que j’ai dit , et laisse voir de la lâcheté , il sera puni sévèrement. » t,Ch.-k. , liv. IV, ch. 2.)
Nous avons déjà fait connaître l’issue de la bataille dynastique.
IIIe DYNASTIE.
dk 1,1 2’2 — 248 avant xoTfts àiE. — 874 joutas.
38 SOU VE K Aid s •
f 1122. Le fondateur de cette nouvelle dynastie, comme ceux des dynasties” précédentes, fut un grand souverain, selon les historiens chinois ; et les philosophes de cette nation , au premier rang desquels est placé Confucius , l’ont toujours cité pour modèle aux autres princes. Après avoir renversé le dernier roi de la dynastie Chang, le prince de Tchéou, qui se nommait Fa , reçut ou prit le nota de Wou-wang (roi guerrier), sous lequel il est connu dans l’histoire (*).
(*) A partir du fondateur de la troisième dynastie nommée Tchéou, jusqu’à la cinquième, celle des Han , les rois ne sont pas désignés dans Hiistoire par leur vrai nom , mais par le surnom qui leur a été donné après leur mort dans la Salle des ancêtres, et qui résume déjà, par une seule épithète, le jugement de l'nistoire et de la postérité. A partir de la dynastie Han , les empereurs se donnent un nom de règne qui est quelquefois plus usité que le nom posthume.
Après la défaite de Chéoü-sin , les peuples qui craignaient le ressentiment du va inqueur s'étaient dispersés et jetés dans les montagnes. Wou-wang envoya plusieurs de ses officiers de tous "côtés pour les rassurer et les faire revenir , avec promesse qu’on ne leur ferait aucun mal. Il ne voulut entrer dans la capitale , dont presque tous les habitants avaient fui , que lorsqu’ils y seraient revenus. Ce fut un ancien ministre de Chéou-sin, •qui n’avait pu arrêter les folies de ce roi , et qui s’était retiré luimême dans les montagnes avant la catastrophe, qui les ramena. Ce fut alors que Wou-wang fit son entrée dans la capitale de l’empire, accompagné de trois mille cavaliers. L’histoire chinoise rapporte un curieux dialogue que l’on suppose avoir été tenu dans cette circonstance. Pi-koung , frère de Wou-wang , marchait à la tête.
« N’est-ce pas là notre nouveau roi ?
« demanda le peuple à l’ancien mi- « nistre qui connaissait Wou-wang. « — Non , répondit-il , celui-ci a l’air « trop fier, ce ne peut être lui : le n sage a un air modeste, et paraît « craindre dans tout ce qu’il en- « treprend. » Après parut Taï-koung ( grand comte, premier ministre de Wou-wang ) , monté sur un beau cheval, avec un air qui inspirait la frayeur. Le peuple , épouvanté de sa seule vue, demanda à l’ancien ministre : « Serait-ce là notre nouveau maî- « tre? — Non. répondit-il; celui-ci « est un homme qu’on prendrait, « même quand il s’assied , pour un ti- « gre , et pour un aigle ou pour un « epervier quand il se dresse sur ses « pieds : quand il se bat dans une ac- « tion , ajouta-t-il , il se laisse em- « porter à l’ardeur impétueuse de son • naturel bouillant et colère : le sage « n’est pas tel ; il sait avancer et se « retirer à propos. » Tchéou-koung ( frere cadet de Wou-wang) parut a la tête d’une troisième troupe, avec un air majestueux, qui fit croire aussitôt au peuple que c’était Wouwang. <• Ce n’est pas encore lui ?
« répondit .l’ancien ministre. Celui-ci
« a toujours un air sévère et grave .
« et ne pense qu’à détruire le vice :
« quoiqu'il ne soit pas le fils du ciel, « maître de l’empire, il en est le pre- « mier ministre et le gouverneur.
« C’est ainsi que le sage sait se faire « craindre, même des gens de bien. »
Dans ce moment parut un homme majestueux , mais modeste, avant également un air sérieux et affable , environné d’une foule d’officiers, qui montraient assez par leurs manières respectueuses , que celui qu’ils accompagnaient était leur souverain. Le peuple alors s’écria : <■ Ah ! voici sans « doute notre nouveau prince!— C’est « lui , répondit l’ancien ministre ; « quand le sage veut faire la guerre « aux vices et rétablir la vertu , il est « tellement maître de ses passions , « que jamais il ne fait paraître aucun « mouvement de colère contre le vice, « ni de joie à la vue de la vertu. »
Lorsque Wou-wang eut fait son entrée dans la ville, il fit publier qu’il ne prétendait point changer le gouvernement des Chang, qu’il voulait au contraire qu’on observât les réglements faits par les anciens saes de cette dynastie. Cependant un e ses premiers actes de souveraineté fut le changement du calendrier :
il ordonna que la lune ou le mois dans lequel se trouve le solstice d’hiver, fût la première lune de l’année, et on détermina que l’heure de minuit commencerait le jour civil. L’astronomie était très-cultivée à cette époque : le père de Wou-wang avait fait construire un observatoire dans sa principauté de Tchéou (*). Tout renver-
(*) Cet observatoire est célèbre dans le Livre des vers, sons le nom de Tour de l'intelligence (ling-tai). L'empressement du peuple pour l’élever fut si grand qu’il fut construit en un jour, dit Meîtc-tsko. Le P. Gaubil, dans son Histoire de rastrouomie chinoise, a calculé, avec les éléments conservés dans le Chou-King, les dates précises des événements principaux qui concoururent au troisième changement de dynastie. L’examen et le calcul des jours marqués dans le Chou-King, dit-il, font voir que le 3o novembre tira, Wou-wxsc partit de sa cour
sement de dynastie étant supposé un châtiment public des lois enfreintes , et tout gouvernement nouveau le rétablissement du règne de la justice , le nouveau roi paraît avoir répondu largement à cette mission. Il fit sortir de prison tous ceux qui y étaient retenus injustement; il fit élever un tombeau au courage civil du ministre mis à mort par le dernier tyran , et il honora sa mémoire par de pompeuses cérémonies. Il distribua à l'armée qui l’avait servi l’argent trouvé dans les trésors de Chéou , et fit de nombreux présents aux princes , aux grands et aux officiers. Il fit faire des cérémonies pour honorer ceux qui étaient morts dans le combat dont il sortit vainqueur. La couleur blanche était, comme nous l’avons vu, la couleur de la précédente dynastie; il y substitua la couleur rouge. Après avoir fait quelques réglements pour le soulagement des peuples et pour la sûreté de ses conquêtes, il s’en retourna à Founa-hao (aujourd’hui Tchang-anhian ) dans sa principauté du Chen-si, où il fixa le siège du gouvernement, qui était avant dans le Ho-nan.AVou-wA.NG commença son règne par offrir des actions de grâces au Souverain empereur du ciel ( Chang-ti ) ; il rétablit les anciennes lois et les anciennes coutumes auxquelles son prédécesseur avait substitué sa volonté royale et les odieux caprices de sa maftresse.
Il attacha sept historiographes à sa cour. Le premier, sous le nom de Premier ou grand historien ( Tdi-sse ), était chargé de recueillir tous les faits
du Chen-si pour sa grande expédition; que le 26 décembre ma, il passa le fleuve Hoang-ho à üteng-tsin ; que, le 3i décembre, l’armée fut rangée en bataille dans la campagne de Mou-y-e; que, le i" janvier ni 1, il y eut bataille; Woo-w abg fut vainqueur. On voit aussi qu'après le 3e jour de la 4” lune , dans l’annee 1111 , Wou-waho repartit pour sa cour, et que le 14 avril un, il fut salué et reconnu empereur avec grande pompe. » Ce calcul dilfere de 10 ans de celui des grands Tableaux chronologiques chinois, et de sa propre chronologie, d'une composition plus récente.
concernant le gouvernement général de la Chine. Le second , nommé petit historien ( Ch ao-sse), tenait registre de tout ce qui regardait les états feudataires. Le troisième, nommé Observateur des météores ( Foung-siang ), mettait par écrit les observations astronomiques et tous les événements de l’histoire céleste. Le quatrième , nommé Pao-tchang , rédigeait les détails des phénomènes physiques et des calamités. Le cinquième, nommé Historien de C intérieur ( A ’ei-sse ) , conservait les édits , déclarations, ordonnances de l’empereur et les sentences qui faisaient lot. Le sixième , nommé Historien de l'extérieur ( ’ A i- s se ) , avait dans son département les livres étrangers, les traductions, les dépêches de la cour , etc. Le septième enfin , nommé Historien impérial ( Fusse ), écrivait les mémoires particuliers de l'empereur et de sa famille.
Il fit venir à sa cour l’oncle du tyran efféminé, qui avait été obligé de contrefaire l’insensé pour échapper à la mort.
AVou-wang eut avec lui de fréquents entretiens sur la philosophie , l’astronomie , la politique, la physique et autres objets concernant la science du gouvernement. Ces entretiens ont été conservés dans le Livre sacré des Annales. Comme c’est sans aucun doute le monument le plus ancien qui nous reste dans l’histoire, de l’état de ces sciences, à cette époque reculée (1 122 ans avant uotre ère ), on croit devoir le rapporter ici ; en prévenant que l'on n’a pas prétendu éclairer toutes les diflicultésdu texte chinois. Mais comme il est impossible aux hommes de nos jours d’avoir l’intelligence complète de^ l’antiquité ( ils ne peuvent pas même l’avoir de leur époque ), ce qui restera intelligible suffira pour apprécier Jusqu’à un certain point l’état de la civilisation chinoise à l'époque dont il est question ; car la civilisation se manifeste dans les idées comme dans les faits.
« A la treizième année, le roi interrogea Ki-tseu.
« Le roi dit : « Oh ! Ki-tseu, le ciel a des voies secrètes par lesquelles il
rend le peuple tranquille et fixe. Il s’unit à lui pour l’aiaer à garder son repos, son état fixe. Je ne connais point cette règle; quelle est-elle?
« Ki-tseu répondit : — J’ai entendu dire qu’autrefois Rouen ( père de Yu ), ayant empêché l’écoulement des eaux dé la grande inondation, les cinq éléments ( ou hing ; les cinq agissants ) furent entièrement dérangés; que le Ti ( le Souverain-Suprême. selon le commentateur) en fut courroucé, et ne lui donna pas les neuf règles de la sublime doctrine ( titre du chapitre actuel ) ; que ce Rouen abandonnant la doctrine fondamentale, fut mis en prison , et mourut misérablement; mais que Yu ( son fils ) , qui lui succéda dans ses travaux , reçut du ciel ces neuf règles, et qu’alors la doctrine fondamentale fut en vigueur.
« La première règle à observer réside dans les cinq (éléments) agissants (*) ; la seconde est l’attention à donner dans les cinq occupations ; la troisième est l’application aux huit principes de gouvernement; la quatrième est l’accord dans les cinq (choses) périodiques; la cinquième est le pivot fixe du souverain; la sixième est la pratique des trois vertus; la septième est l’intelligence dans l’examen de ce qui est douteux ; la huitième est l’attention à toutes les apparences qui indiquent quelque chose ; la neuvième est la recherche des cinq félicités et la crainte des six extrêmes.
I. « La catégorie des cinq ( éléments ) agissants est ainsi composée : 1° l’eau ; 2° le feu; 3° le bois; 4° les métaux ; 5° la terre. L’eau est humide et des-
(*) « Les cinq ( cléments ) agissants , dit le commentateur Tchou - hi , dépendent du ciel. Les cinq occupations dépendent de l’homme. Les cinq occupations (ou sse ) correspondent anx cinq (éléments) agissants (ou hing ) : c’est l’union de l’homme et du ciel ; les nuit principes de gouvernement sont ce que les homme- ont obtenu du ciel ; les cinq (choses) périodiques (ou hi) sont ce que le ciel manifeste aux hommes; le pivot fixe du souverain (hoang-ki) est ce que le prince détermine comme but, etc. »
cend ; le feu brille et monte ; le bois se courbe et se redresse ; les métaux se fondent et sont susceptibles de mutations ; la terre est propre à recevoir les semences et à produire des moissons. Ce qui descend et est humide, a le godt salin ; ce qui brûle et s’élève, a le goût amer; ce qui se courbe et se redresse a le goût acide ; ce qui se fond et se transforme, est d’un goût piquant et âpre; ce qui se sème et se recueille est doux.
II. « La catégorie des cinq occupations est composée de, 1* la forme ou figure extérieure du corps ; 2° la parole; 3° la vue ; 4° l’ouïe; 5» la pensée. La forme extérieure doit être grave , respectueuse ; la parole doit être honnête’ et fidèle ; la vue doit être claire, distincte; l’ouïe doit être fine; la pensée pénétrante. L’extérieur du corps, grave et respectueux, se fait respecter ; la parole nonnête et fidèle, se fait estimer ; la vue claire, distincte, prouve de l’expérience; avec l'ouïe line on est en état de concevoir et d’exécuter de grands projets ; avec une pensée pénétrante, on est un saint ou nomme parfait.
III. « La catégorie des hvitprincipes de gouvernement se compose de, t° les vivres; 2“ les biens ou richesses; 3° les sacrifices et les cérémonies; 4° le ministère des travaux publics; 5° le ministère de l’instruction publique ; 6" le ministère de la justice ; 7° la minière de traiter les étrangers; 8* les armées.
IV. « La catégorie des cinq {choses) périodiques se compose de, 1* l’année ; 2° la lune (*) ; 3° le soleil; 4* les astres; 5* les nombres astronomiques.
V. « La cinquième ( catégorie ) : le pivot fixe du souverain ( comme l’extrémité du pôle nord, dit le commentaire), est observée quand le souverain a dans ses actions un centre ou pivot fixe ( qui lui sert de règle de conduite); alors il se procure les cinq félicités , et il en fait jouir les peuples : tant que les populations vous verront conserver
(*) La lune désigne aussi le mois, et le soleil , le jour.
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SI
Cette règle de droiture fixe, ils la conserveront également.
« Toutes Tes fois que parmi les populations il n'existe point de liaisons criminelles, de mœurs corrompues, que les hommes en place n’ont pas de vices, c’est que le souverain a gardé cette règle fixe de conduite.
•> Toutes les fois que parmi les peuples il y en a qui ont de la prudence, qui travaillent beaucoup et qui sont vigilants, vous devez les favoriser. S’il s’en trouve qui ne puissent parvenir à cette règle fixe de la vertu , niais qui ne commettent pas de fautes, le souverain doit les recevoir et les traiter avec bonté : voyant que vous êtes compatisshnt , ils feront des efforts pour être vertueux : alors ne laissez pas ces efforts sans récompense. C’est ainsi que les hommes se conduisent suY la règle et l’exemple du souverain.
« Ne soyez pas dur comme un tigre à. l’égard de ceux qui sont sans appui, et ne faites paraître aucune crainte à l’égard de ceux qui sont riches et puissants.
« Si vous faites en sorte que les hommes qui ont du mérite et des talents se perfectionnent dans leur conduite, le royaume sera florissant.
Si vos magistrats ont de quoi vivre , :1s feront le bien ; mais si vous n’encouragez pas les familles à aimer la vertu , on tombera dans de grandes fautes ; si vous récompensez des gens sans mérite , vous passerez pour un prince qui se fait servir par ceux qui sont vicieux. »
Suit un chant en petits vers rimés, de quatre syllabes, que le philosophe Ki-tseü voulait que tout le monde apprît , et dont l’ancienneté n’est pas indiquée.
VI. « La sixième catégorie des trois vertus comprend : 1° la droiture; 2° l’exactitude et la sévérité dans le gouvernement ; 3° l'indulgence et la douceur. Quand tout est en paix, la seule droiture suffit; s’il y a aes méchants qui abusent de leur puissance , il faut employer la sévérité; si les peuples sont dociles, soyez doux et indulgent ;
6' Livraison. (Chine.)
mais il faut encore de la sévérité à l’égard de ceux qui sont dissimulés et peu éclairés , et de la douceur à l’égard de ceux qui sont puissants et éclairés.
« Il n’y a que le souverain seul qui ait droit de recompenser; il n’v a que le souverain seul qui ait droit de punir; il n’y a que le souverain seul qui ait le droit d’étre servi à table dans des vases de jade.
« Si les vassaux récompensent , punissent, se font servir des aliments dans des vases de jade, eux et leurs familles et leurs états périront. SL les magistrats ne sont ni droits ni équitables, le peuple donnera dans des excès.