VISITES DANS L'INTÉRIEUR DE L’EMPIRE
C’était une ancienne coutume, qui datait de l’origine de l’empire chinois, qu’à certaines époques de l’année les souverains faisaient la visite des provinces de leur empire. Après avoir conquis tous les royaumes delà Chine qui s’étaient rendus indépendants sous les précédentes dynasties, Thsin-chi- HOANG-ti voulut aussi visiter ses nouvelles provinces. Mais avant de se mettre en voyage, il assembla son conseil, et invita tous ceux qui le composaient à ne pas craindre de lui
dire sans détour leurs sentiments sur les mesures à prendre pour assurer le bon ordre, augmenter de plus en plus la splendeur de l’état et le bonheur de ses sujets.
L’un des conseillers proposa de donner la plupart des provinces conquises en apanage à des princes du sang. C’était retomber dans la politique inhabile et impuissante des dynasties précédentes, et détruire tout ce qui venait d’être fait au prix de tant de sang versé. Le premier ministre Li-sse , qui avait conseillé une politique toute contraire, s’y opposa vivement. Il rappela l’exemple des Tchéou, qui avaient perdu l’empire pour avoir suivi des conseils semblables. Il proposa de nommer trente-six gouverneurs pour les trente-six provinces dans lesquelles l’empire venait d’être divisé. « Que ces trente-six gouverneurs, dit-il, aient sous eux un certain nombre d’officiers popr les aider dans l’administration des affaires, en même temps qu’ils seront leurs surveillants pour éclairer leur conduite et vous donner avis de tout..... Je ne dis plus qu’un mot, et je me tais. Les Tchéou créèrent des rois; ils créèrent des princes sous différents titres plus ou moins relevés , mais toujours avec les prérogatives de la souveraineté. Ces rois et ces princes, oubliant ensuite ce qu’ils devaient au sang , à l’amitié et à la reconnaissance, se divisèrent d’intérêts; de cette division, ils passèrent bientôt à la haine ; de la haine résultèrent les guerres les plus sanglantes ; ne se soutenant plus mutuellement, ils ne tardèrent pas à être renversés; leurs propres sujets se révoltèrent, les firent descendre du trône qu’ils occupaient si mal , s’y placèrent eux-mêmes , et ils s’y soutiendraient peut-être encore , si Votre Majesté , par la force de ses armes et la sagesse avec laquelle elle s’est conduite, ne les avait tous fait rentrer dans le néant d’où ils étaient sortis (*). »
L’avis de l’empereur mérite d’être
(*) Mém., t. III, p. a/,3 et a44.
CHINE
rité , parce qu’il fait bien connaître sa politique habile :
« Tout bon gouvernement exclut la multiplicité des maîtres. Si j’érigeais des principautés et des royaumes, pour les donner en apanage à ceux de mes parents, amis ou sujets fidèles, qui méritent des récompenses ou des distinctions, je travaillerais à coup sûr à la ruine de ma maison , et à la perte de ceux que j’élèverais ainsi. Toutes les guerres qui ont désolé l’empire n’ontelles pas été suscitées , fomentées et poussées jusqu’où elles pouvaient aller, par les princes feudataires qui en partageaient entre eux l’étendue, et qui en possédaient quelques portions à titre de souveraineté? etc. »
L’empereur , se conformant à l’avis de Li-sse, son premier ministre, nomma des gouverneurs de province, et des gouverneurs subalternes, chargés de fonctions inférieures et d’un contrôle mutuel de leurs actes. C’est
cette habile organisation qui subsiste encore aujourd’hui en Chine, à peu de changements près , introduits par la dynastie tartare actuellement régnante; ce qui en prouve suffisamment la supériorité.
L’année suivante, l’empereur commença la visite de son empire par Ja province de Chen-si. Il examina la nature du terrain qu’il parcourait, le genre des productions qui lui étaient propres, la situation, la quantité de ses eaux , le nombre de ses montagnes et de ses rivières, la température de l’air; il s’informa en détail des mœurs et des différentes coutumes de ceux qui V ayant pris naissance avaient pu conserver encore la manière de vivre de leurs ancêtres, ou pouvaient avoir su d’eux, par tradition, ce qui se pratiquait avant les événements des guerres. Il se rendit ensuite dans un lieu
qui fait aujourd’hui partie de la province de Sse-tchouan , et où se trouvaient des eaux renommées par leurs vertus bienfaisantes. Les ayant trouvées telles , il y fit bâtir un magnifique palais qu’il nomma le Palais de la Donne foi ( Sin-koung ) , et il y établit pour le public une vaste hôtellerie ,
qu’il appela r /hôtellerie de la source tiouce (*).