CONSTRUCTION DE GRANDES ROUTES DANS L’EMPIRE
Ces visites des empereurs chinois aux différentes provinces de leurs états n’étaient pas destinées à recevoir des hommages , d’autant moins mérités souvent qu’ils sont plus recherchés.
Loin de ne servir qu’à dissiper là fortune publique au profit des vanités locales , elles étaient la cause indirecte d’un grand nombre d'heureuses améliorations dans l'administration provinciale. Pour plaire à Thsin-chihoang-ti , dont ils connaissaient les grandes idées d’ordre et de magnificence , les mandarins des lieux par où il passait faisaient tout leur possible pour le recevoir comme il désirait de l’être. Des routes spacieuses et commodes, sur un sol qu’on avait eu soin d’aplanir, et aux deux côtés desquelles on avait transplanté des arbres dans toute leur crue, frappèrent surtout ses yeux. Ses idées de grandeur et de puissance se réveillèrent dans son esprit, et il forma le dessein d’un monument utile, qui pût sans cesse attester l’une et l’autre jusqu’à la postérité la plus reculée. « Ces routes , ditil , ont été faites pour moi , j’en suis très-satisfait ; elles ont tous les avantages que l’on peut désirer. Il n’est pas juste que je profite seul d’une commodité dont mes sujets ont plus besoin que moi , et que je puis leur procurer. Que dans toute l’étendue de mes états, on fasse des grandes routes , pour communiquer (Tune ville à l’autre, et que ces routes soient exactement semblables àcelles que j’ai parcourues. » Dès Tannée même cet ordre commença à s’exécuter (**).
L’une de ces grandes routes eut mille huit cents lys de longueur (environ 180 lieues). Pour la construire telle que le voulait l’empereur, il fallait percer des montagnes, combler des
(*) Li-taï-ki-sse , kiouanao, fol. 21, reclo.
(**) Li-taï-ki-sse, id.
vallées, jeter un grand nombre de ponts sur des torrents et sur des rivières , dessécher des lieux marécageux et planter des arbres sur chaque côté; cette route devait ressembler à l’allée principale d’un grand parc, pour les nommes à pied, et avoir, outre cela, toutes les commodités nécessaires pour les voitures et équipages de différentes sortes. Elle fut exécutée telle que l’empereur l’avait ordonné. L’an 35 de son règne, dit le P. Gaubil, le général Moung-tien commença les ouvrages j)ar la grande route, dcppis Si-n g an- Jou (dans le Chen-si) jusqu’à l’ouest de Tai-touna-fou (du Chan-si) près de la grande muraille et du fleuve Hoang-ho. Cette même année plus de 800,000 personnes furent employées pour achever les divers palais aux environs de la capitale, et si l'on en croit ce qu’on rapporte, c’était ce que l’on peut concevoir de plus riche et de plus somptueux en bâtiments. Il était défendu sous peine de la vie de parler de ce qui se passait dans ces palais , qui étaient tous renfermés dans une enceinte d’une prodigieuse étendue.
Nous n’avons pas besoin de répéter ici combien la conduite du conquérant chinois a de rapport avec celle du conquérant moderne que nous avons nommé au commencement de cette notice.
Les rapprochements se feront bien sans nous dans l’esprit du lecteur.