‹ L'UniversChapitre 72 sur 348 · EXÉCUTION DES LETTRÉS · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DES LETTRÉS

Tant d’entreprises si contraires à l’esprit de simplicité des anciens empereurs chinois excitèrent au plus haut degré le blâme des lettrés , et un grand nombre d’entre eux l’exprimèrent tout haut sans crainte des dangers auxquels ils s’exposaient. Non contents de mal parler de la conduite de l’empereur, et d'accompagner ce qu’ils en disaient, des sarcasmes les plus outrageants, l’un d’entre eux composa un écrit dans lequel il le peignit sous les plus noires couleurs , et plusieurs copies de cette critique sanglante circulèrent dans le public.

Les longs ressentiments de l’empereur contre les lettrés, ses ennemis naturels , furent portés au comble en apprenant cette dernière action. L’auteur de l’écrit avait pris la fuite. Mais comme il était un des lettrés les plus habiles de Hien-yang , la capitale, l'empereur crut ou feignit de croire

que c’était de concert avec tous les lettrés qu’il avait composé son libelle, ou que du moins il y avait exprimé leurs sentiments pour lui. Alors il ordonna aux censeurs de parcourir la ville , d’entrer dans les maisons, et d’interroger sur son gouvernement ceux qui les habitaient ; et il leur prescrivit de livrer aux magistrats tous ceux qui seraient assez téméraires pour s’exprimer conformément au contenu du libelle.

Les censeurs obéirent et, dans la capitale seulement, ils trouvèrent quatre cent soixante et quelques lettrés qui eurent assez de courage pour ne pas trahir leurs sentiments. Chi-hoang-ti les fit condamner à mort (*), et la sentence fut exécutée avec tant de barbarie qu’elle révolta jusqu’à son propre fils , héritier présomptif de la couronne. Ce dernier fit à ce sujet des représentations à son père, qui l’envoya partager les fatigues du canp à l’armée de son général Moung-cien.

Après cette terrible exécution, qui a bien eu ses analogues dans les contrées de l’Occident , quoique sous différents prétextes, l’empereur entreprit de parcourir de nouveau les provinces ae son empire. Il se transporta encore sur quelques montagnes où il offrit des sacrifices sur les tombeaux des anciens empereurs Chun et Yu.

Il s’embarqua sur les principaux fleuves , et pénétra jusqu’aux bords de la mer du midi qu’il n’avait pas encore vue; il côtoya pendant quelque temps le rivage et il y éleva un monument en pierre dont on voit encore les restes, et sur lequel il fit graver son éloge , comme il avait coutume de le faire dans de semblables circonstances.

MORT DE THSIN-CHI-HOANG-TI , 210 ANS AVANT notre ère.

Cet empereur ressentit , en passant

(*) La pl. 47 , tirée des Faits mémorables des empereurs chinois, représente Thsii»chi-hoamg-ti faisant précipiter les lettrés rebelles el leurs livres dans une grande fosse iju’il avait fatl creuser pour cet usage.

CHINE

un pont , les premières atteintes de la maladie qui rentraîna dans la tombe, à la trente-septième annéede son règne et la cinquantième de son âge. Il négligea les secours de l’art et les précautions nécessaires en pareil cas.

Aussi , mourut-il après quelques jours de maladie. Il n’avait pas encore rendu le dernier soupir que déjà on songeait à se disputer ses dépouilles. Un eunuque s’empara de l’esnrit de Li-sse , le premier ministre, et fit transmettre la succession impériale à un jeune fils de l’empereur , au détriment de l’héritier présomptif qui avait été éloigné de la cour pour sa désapprobation de la politique de son père. Sa mort fut résolue ainsi que celle du grand général Moono-tien qui avait rendu de si éminents services à l’empire (*). Le grand eunuque et le premier ministre agirent de ruse pour accomplir leur dessein. Iis supposèrent un faux ordre de l'empereur gui enjoignait à son fils aîné et a son general Moung-tien de se donner la mort ( selon la coutume usitée en pareilles circonstances ) pour de prétendues infractions à leurs devoirs. Le jeune prince se soumit à l’ordre supposé de son père , malgré les représentations du vieux général qui soupçonna aussitôt l’imposture. Confiant dans son innocence, il voulut se rendre près de l’empereur qu’il croyait encore en vie; mais il fut arrêté en route et chargé de fers. Le nouvel empereur , qui ne possédait la souveraineté que par suite des indignes manœuvres de l’eunuque en chef et de Li-sse, et qui n’agissait que par eux, fit périr ce général avec son frère. Quand on présenta au général le breuvage empoisonné, il le prit entre ses mains et le regardant d’un œil fixe : « Voilà « donc, dit-il, la récompense de tous « les succès qui ont couronné mes tra-

(*) Moowg-tiew était non-scnlement tin grand général, mais encore un savant. Ce fut lui qui inventa l'art de fabriquer le papier et de l’employer pour écrire avec des pinreaux et de l’encre, au lieu des tablettes de bambous sur lesquelles on gravait les caractères.

« vaux , au service de trois souverains « de la famille de Thsin. J’ai été l’ins- « trument principal de toutes leurs « conquêtes, et , par mes dernières vic- « toires , j’ai réuni tout l’empire sous «la domination de Chi-hoang-ti.

« J’étais à la tête de trois cent mille « hommes quand on me donna de sa « part le faux ordre de me faire mourir. « Aimé des soldats, chéri des officiers, « un mot de ma part suffisait pour « faire repentir les faussaires de cet « ordre inique donné si imprudem- « ment. La pensée m’en vint, mais je « la rejetai bien loin... Je n’ai rien fait « jusqu’ici qui puisse mériter de justes « reproches. On connaît mes exploits; « qu’on sache encore que je meurs avec « toute ma vertu. »

On vit se renouveler, aux funérailles de l’empereur Thsin-chi-hoang-ti , cette cérémonie barbare que nous avons déjà signalée (page 109), et qui était particulière à l’état de Thsin, établie dans 1 eChen-si, depuis plus de 1000 ans avant notre ère. Les femmes de l’empereur qui n’avaient pas eu d’enfants, et ses concubines , eurent ordre de se donner la mort. Un grand nombre d’archers habiles furent enterrés tout vifs près du tombeau de l’empereur décédé. On déposa dans ce tombeau un grand nombre de bijoux et d’objets précieux qui furent enlevés et dispersés quelque temps après.

Page 1