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L’OCCASION D'UNE ÉCLIPSE UE SOLEIL

K ou -wen •jouan-kian. L- 9, f° 6.

« J’ai toujours entendu dire que le

(*) C’est de ce beau et précieux recueil qu’ont élé tirés les édits et déclarations des empereurs de la Chine, insérés dans le a" volume de Du Halde, et donl on doit la tradurlion au P. Hervicu. L’original chinoises! un chef-d'œuvre de typographie; les annotations des divers écrivains chinois qui accompagnent les anciens documents regardés comme authentiques , sont imprimées en marge en encre bleue , si leurs auteurs sont morts , parce que le bleu est la couleur du deuil ; les remarques du célébré empereur Khano-bi, qui sont jointes à chacun de ces mêmes anciens documents, sont imprimées aussi en marge en encre jaune , qui est la couleur impériale, et celles des lettrés qui étaient encore vivants lors de la rédaction de l'ouvrage sont en rouge. Ne pouvant avoir cet ouvrage en notre possession, nous nous contenterons de donner ici la traduction du P. Hervieu , qui nous a paru fidele.

Ciel donne aux peuples qu’il produit, des supérieurs pour les nourrir et les gouverner. Quand ces supérieurs, maîtres des autres hommes, sont sans vertus et gouvernent mal, le Ciel, pour les faire rentrer dans leur devoir, leur envoie des calamités ou les en menace.

« Il y a eu, cette onzième lune, une éclipse de soleil; quel avertissement n’est-ce pas pour moi!.. En haut, les astres perdent leur lumière; en bas, mes peuples sont dans la misère. Je reconnais en tout cela mon peu de vertu.

« Aussitôtque cette Déclaration sera publiée , qu’on examine dans tout l’empire, avec toute l’attention possible, quelles sont mes fautes, afin de m’en avertir. Qu’on cherche , et que l’on me présente, pour remplir cette fonction, les personnes qui ont le plus de lumières , de droiture et de fermeté. De mon côté , je recommande à tous ceux qui sont en charge , de s’appliquer plus que jamais à bien remplir leurs devoirs, et surtout à retrancher, au profit du peuple , toute dépense inutile. Je veux en donner l’exemple; et, ne pouvant laisser mes frontières entièrement dépourvues de troupes, j’ordonne qu’on n’y en laisse que ce qui est nécessaire. »

Les réflexions de 1’empereurK.HANGhi , sur cette déclaration , imprimées avec de l 'encre jaune , sont les suivantes :

« Nous lisons dans le Livre des vers : Tout invisible qu'il est, il est près de nous. Il n’est donc point de temps où il soit permis de se relâcher dans le service du Souverain suprême ( Chana fi); mais à l’occasion des éclipses du soleil, qui sont comme des avis du Ciel, on redouble d’attention et de respect. »

Une glose dit: «C’est ici la pre- « mière fois que nos empereurs , à « l’occasion des calamités publiques ou « des phénomènes extraordinaires, ont « demandé qu’on les avertit de leurs « fautes. Depuis cette déclaration de « Wen-ti , il s’en est fait beaucoup de « semblables. »

autre déclaration du même empereur, portant ABROGATION D'UNE LOI QUI DÉFENDAIT DE CRITIQUER LA FORME DU GOUVERNEMENT.

«Du temps de nos anciens empereurs, on exposait à la cour, d’un côté, une bannière, où chacun pouvait écrire et proposer librement le bien qu’il jugeait qu’on devait faire; de l’autre côté , une planche où chacun pouvait marquer les défauts du gouvernement et ce qu’il y trouvait à relire (*). C’était pour "faciliter les remontrances et se procurer de bons avis. Aujourd’hui parmi nos lois j’en trouve une qui fait un crime de parler mal du gouvernement. C’est le moyen non-seulement de noos priver des lumières que nous pouvons recevoir des sages qui sont loin de nous , mais encore de fermer la bouche aux officiers de notre cour. Comment donc désormais le prince sera-t-il instruit de ses fautes et de ses défauts ? Cette loi est encore sujette à un autre inconvénient ; sous prétexte que les peuples ont fait des protestations publiques et solennelles de fidélité, de soumission et de respect à l’égard du prince , si quelqu'un paraît se démentir en la moindre chose , on l’accuse de rébellion. Les discours les plus indifférents passent chez les magistrats, quand il leur plaît, pour des murmures séditieux contre le gouvernement.

Ainsi le peuple, simple et ignorant, se trouve, sans y penser, accusé d’un crime capital. Non , je ne le puis souffrir ; que cette loi soit abrogée. »

Les réflexions de l’empereur Khanghi sur cet édit glorieux pourraient être méditées de nos jours : « Thsin- «chî-hoang avait fait bien des lois « semblables. Kao-tsou ( le fondateur « de la dynastie Han) en abrogea un « grand nombre. Celle dont il s’agit « ici ne fut abrogée que sous\Ven-ti:

« c’est avoir trop attendu. »

On croira sans doute difficilement que plus de 170 ans avant notre ère,

(*) Voyez le» pl. 3 et 4 et les pages 36 et 43 , noies.

chez un peuple que nous nous figurons être esclave, un langage comme celui qui précède ait pu être tenu par Je chef suprême du gouvernement, a nos yeux le plus tyrannique de l’Asie (*). Noua avons une si bonne opinion die nousmêmes que, hors de nos gouvernements constitutionnels , nous croyons que la pensée de l'homme, la plus noble partie de lui-même, ne peut s’exprimer librement, et qu’elle est toujours comprimée dans les chaînes du despotisme. Cependant ce n’est pas 6ans un certain sentiment de honte pour nous-mêmes , que nous sommes forcés d’avouer ici, qu’après deux mille ans de prétendus progrès dans la civilisation , nous sommes moins favorisés dans notre liberté de penser que les Chinois du temps de Wen-ti , et qu’un empereur absolu de la haute Asie comprenait mieux alors la dinité de l’homme que les rois actuels e l’Europe.

Dans d’autres déclarations, le même empereur engage les ministres à délibérer s’il ne convient pas d’abolir les lois cruelles, entre autres celle qui enveloppait dans le même châtiment tous les parents d’un criminel, et celle qui ordonnait la mutilation. Il veut que les lois soient de la plus grande équité et aussi douces que possible.

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