ASTRONOMIE
La rose de compas ou la rose des vents lougounorienne diffère, tant par le nombre que par ies noms des rhumbs de vent , de celle d'Ouléaî , communiquée par M. L. de Torrès à M. de Chamisso et au capitaine de Freycinet. Peut^tre emploie-t-on dans dinérents lieux des roses différentes; peut-étrene se serton pas toujours de la même rose dans un même lieu , et c'est d'autant plus vraisemblable, que dans nos questions à Ouléaï et dans les groupes voisins , sur la position des terres , on les indiqua toujours aux officiers du Séniavine d'après la rose lougounorienne.
Celle d'Ouléaï est remarquable en ce que ses quatre points cardinaux rappellent les quatre principaux vents à Ualan.
cardinaux portent le nom iïepafi, eir, kotolap, rotto.
On trouve aussi dans le voyage de TUranie, par M. le capitaine de Freycinet, Historique, tom. II, p. 105, et dans le voyage du Hurik, par M. de Kotzebiie, t. III, p. 117, les noms de quelques étoiles et ae plusieurs constellations dans le dialecte d'Ouléaï ou de Sataoual. Quelques-uns de ces noms sont semblables aux nôtres; d'autres sont différents. On en voit aussi parmi eux quelques-uns qu'on rencontre dans la rose européenne, mais qui ne sont
OCÊANIE. I8d
point compris dans notre liste d'étoi- que Fananou , ne reconnaissait pas le
les, par exemple : pouvoir de Sorry, tandis que Mouri-
Oula.gaon0ul«. L. grande 0 une. '«"? Q".» ^St Un grOUpe detaché, luî
charo{v>i ou Sanipoai... Le Corbeaa. ooeissait. Les îles d*Onooun et de Pi-
ï~* ^ ^yr^' . ,.é , cerarch, situées dans un même croupe,
^"^ ^:^Vi:^'^ appartenaient à des chefs différents:
Toatoob.pcQt-^treiamémeqae Lts récits que Floyd ût à Lùtke et
TaDoup ou Matanioigo....u Croix anitraie. à Mcrtcns étaient entièrement con-
ÉTATs ET poissANCR DES cHFFs ^^fP®^ ^ ^"^ ^® Kadou, sur 11 S qup-
, ÉTATS ET PUISSANCE DES CHEFS. ^^,,^5 continuclles , maîs courtes , que
Les îles Carolines se divisent en un les habitants des hautes îles ont entre
certain nombre de districts, dont cha- eux, sur la sûreté des étrangers, sur
cun renferme quelques croupes qui la paix qui règne dans les îles basses ,
obéissent et payent un tribut à un ou etc. C'est vraisemblablement à cause
deux principaux tamols. En donnant de cette différence dans l'état politi-
à ces derniers le nom de rois, quelaues que, que les chefs des hautes îles , qui
voyageurs ont communiqué sur leur sont les plus riches, et par consé-
puissance des idées qui ne sont point quent les plus forts, n'ont pas encore
conformes à la vérité. Leur pouvoir songé à soumettre les îles oasses : ils
esttrès-restreint, et se borne à la levée sont assez occupés chez eux. d'un impôt fort modéré, parce que
la guerre est inconnue aux habitants des ^^ BRoyrN.
Iles basses. Le principal de ces chefs , Avant de passer au croupe de Ra-
celui du groupe d'Ouléaî, n'est pas lik, je dois mentionner les îles firown
du tout un personnage aussi important ( Brown^s range ).
que le savant docteur M. de Chamisso Ces îles sont au nombre d'une tren-
Ta dépeint dans ses mémoires. Lors taine, liées l'une à l'autre par un récif de
de l'expédition du SéniavinCy les prin- corail. Elles composent un groupe d'une
cipaux chefs étaient les suivants, si on forme ronde de 75 milles de tour, et
s'en rapporte à la liste que les indigè- dont l'intérieur est occupé par une la-
nés donnèrent au capitame Liitke. gune. Ces îlots sont couverts d'une
, Rooua était chef des groupes Ouléaï, épaisse verdure; mais on n'y trouve
Élato , Namourrek , Lamoliaour (orien- ni l'arbre à pain , ni le cocotier ; c'est
tal), Sataoual (occidental), Olimi- pourquoi ils doivent être inhabités,
rao, Éourypyg; Kafalu, des groupes Les îfots Parry et Arthur en senties
Ifalouk et' Farroïlap; Raoutoumour, plus grands. Position 11'' 30' latitude
des îles Sooug, Poulouot, Tametam, nord, 160*" 54' longitude est (milieu).
Onooun; Timaï et Facyg, de l'île Feïs ; Le groupe Brown a été découvert par
Tasso et Thyg (le th se prononce le capitaine anglais Buttler en 1794, et
comme en ançlais), du groupe Oulévi; reconnu par le capitaine Lùtke en
Pataou, de l'île Yap; Maréno, de l'île 1828; mais il est resté à peu près in-
Roug ; Ouolap , des îles Picerarcli et connu. Un capitaine américain m'a Louazap; Sorry, de l'île Fananou et , appris qu'il existe, dans la mer qui bai-
du groupe Mourileu; Selen, des îles gne ce petit archipel , un poisson sans
Mortlok. queue, appelé lune (ou mole) , la plus
On voit par là que ces rois comman- difforme de toutes les créatures, mais
dent à d'assez petits territoires. Leurs qui fournit une nourriture aussi saine
domaines sont entremêlés d'une étrange qu'agréable au goût,
manière. La domination de Roua s'ë- Je joindrai au groupe Brown les îles
tendait aux groupes les plus éloignés de la Providence ou d'Arrecife et quel-
d'Ouléal , tandis que Farroïlap et Ifa- ques autres îles douteuses, louk , qui en sont les plus proches, ap-
partiennent à un autre. L'île de Na- u^uu^j»
mou!, qui fait partie du même groupe Ce vaste groupe se compose des
Iles Wadelen, des tles Namou et des ties Odia. Nous y comprendrons encore les fies Dauphin ou 4^escadores, Eschs* hoitz, probablement rîteUdia-Milaï des naturels de Radalc, THe Bigîni, Radogala, Lileb, Tebot , Telut, Kili , vraisemblablement les îles Bonham de r Elisabeth y explorées par Duper rey; les îles Namourik, identiques peut-être avec les îles Baring; Hunter, peutêtre ril)on de Kotzebiie; les îles Boston au nombre de quatorze ; l'île Princesse, rile Océan, at peut-être quelques autres de peu d'importance.
Les îles Wadelen furent découvertes en 1792. par le ca|)itaine Bond, du Royal'.idmiraly qui les nomma Musqvitn-Croup ; revues par le capitaine Dennai , en 1797, qui les nomma lies Ross; enpo par le capitaine nisse Chronjtschenko,en 1832. Celui-ci constata que ce groupe occupe une étendue de soixante-quati^ milles de Touestnord à i'est-sud-est , sur dix milles de large , et qu'il contient quarante-quatre îlots grands ou petits. Position : latitude nord 9°19'; longitude est 164»36 (pointé nord-ouest).
L'île Nannrtu, découverte, en 1792, par le capitame Bond, revue, en 1832, par Giromtschenko , qui a vu aue c'était un groupe de trente milles d'étendue du nord-nord-ouest au sud-sudest, et de douze de large, renfermant cinq îles un peu grandes et vingt petites y toutes unies p«ir un même récif. Position : VAS latitude nord, xm^'Z' longitude est (îles du Sud).
L'île Odia, sans doute Hie I^ambert de Dennat, découverte en 1797, indiquée à Kotzebiie par les naturels de Radak. Cette île, qui doit former un groupe bien peuplé, a besoin d'une nouvelle exploration, et doit être située environ par 70» latitude nord et 166**30' longitude est. Le groupe Odia, avec les deux précédents , Wadelen et Namou , doit tonner la chaîne des îles Ralik , annoncées à Kotzebiie par les insulaires de Radak.
D'après Kadou, le groupe de Ralik, dont nous parlerons dans le chapitre suivant , serait semblable à celui de Radak , pour l'aspect du sol, la langue des
habitants et leurs habitudes générales; avec cette différence que le peuple y est plus heureux et mieux nourri , et que les naturels portent de plus grands ornements aux oreilles. Quand ces deux groupes sont en guerre, celui de Ralik peut armer jusqu'à cinquante pirogues.
La paix avait été conclue entre les deux nations, quelque temps avant le passage de Kotzebiie , qui eut lieu en 1816.
GBOUPE nE MARSHALL OU JUDAJL
Ce groupe est parallèle à celui que nous venons de décrire, il comprend les atollons suivants :
fiigar, qui n'a pas d*habîtants.
Udirik et Tagaï ( Koutousoff et Souvaroff), dont les habitants sont noirs, et semblent appartenir à la race papoua.
Viennent ensuite Ligiep, Ingup, Kawen ou Araktscheieff ou Saltikoît, un des plus peuplés, Ôtdia ou Romanzoff, Arno, Mediuro, et Mille, soumis à un chef indépendant. Aîiu , le plus pauvre et le plus important de la chaîne qui forme ce groupe, esX la résidence de Lamouri, tamon ou roi de tous ces atollons. On y trouve en outre les îles Miadi (Nouvel-An de Kotzebiie), l'île de Noël lOstrav-RoJestva-Christova dé Kotzebiie), Temo, et peut-être quelques autres.
Lé groupe d'Otdia fut aperçu pour In première fois en 1788, par les capitaines Gilbert et Marshall, qui nommèrent ces fies Chatam, Presque oubliées depuis cette époque, elles furent explorées avec som, en 1817, par Otto de Kotzebiie, fils du célèbre dramaturge de ce nom, qui les nommdi lies Romanzoff; mais il eut soin d'avertir que les naturels du pavs les nomment Otdia, du nom de iMle principale du groupe.
Nous conserverons le nom indigène, selon notre usage. Il a trente milles d'étendue de Test à l'ouest, sur treize de largeur; il contient soixante-cinq îlots bas et boisés, dont le plus çrand n a que deux ou trois milles d'étendue, et se pro* longe du 9« 21' latit. nord au 9« 34% et du 167" 28' longitude est au 167« 58'.
Le petit groupe des îlots Mulgrave qu'on trouve au sud des îles Radak»
OCÉAKIE.
doit être compris dans ees dernières.
Il est situé entre S^ôO* et 6« 2i/ iatit. nord d'une part, et de Fautre entre 169» 38' et 170* H' lungit est. Selon Paukling, ses habitants sont doux, bons, confiants et polygames.
Quelques voyageurs placent à Test de ces Iles San- Pedro et Hle Basker : elles nous paraissent au moins dou-
OEscannoif , MORims et coutcmes du
GROCPE DE R4nAK. LTPARTICtlJÈREMEMT DES ILES DU KOGVEL-Alf ET DE ^0£L.
I>es chefs jouissent d*un grand pou- Yoir à Radak, comme dans toute la Polynésie. Bien qu'aucune marque particulière de respect ne leur soit accordée, ils Jouissent toutefois d'un privilège arbitraire sur les propriétés. «Nous»
mêmes, dit Cbamisso, nous vîmes souvent des chefs, auxquels nous avions fait des présents, les cacher aux regards des plus puissants. Ils semblent reconnaître entre eux plusieurs degrés de hiérarchie qu'ils ne sauraient définir. Rarik était Thonime le plus considérable d'Otdia; sou père, Saur-Aur, peut-^tre le véritable clief du groupe, résidait à Aur. Rarik et son fils, jeune garçon d'environ dix ans,* portaient autour du cou des bandelettes de pandanusy munies de nœuds, et cet ornement est une sorte de privil^e. Dans les maisons des chefs on trouve souvent de pareilles bandelettes , qui semblent être des objets consacrés, ainsi oue des têtes de poisson desséchées, des cocos verts, et certaines pierres qu'on y remarque aussi. Le droit d'hérédité ne se transmet point directement du père au fils, mais bien du frère aîné aux cadets, jusqu'à ce que tous les frères soient moits; puis le fils aîné du frère est aussi appelé à Théritage; les femmes en sont exclues.
Quand un chef s'approche d'une île, de sa pirogue on fait un signal, et à l'instant même on s'empresse de satisfaire à tous ses besoins. Ce sigrial est donné par des cris que pousse un homme placé en avant de la pirogue, oi même temps qu'il lève en l'air son bras droit. Quand des officiers russes
naviguaient dans des pirogues, ils em-
e oyaient fréquemment ce signal pour ire comprendre leurs demandes et leurs besoins. Du reste, les dieft se distinguaient, au premier abord, des autres naturels par des manières plus libres et plus nobles.
• Quand les princes réunissent leurs sujets pour la guerre, le chef de chaque groupe va rejoindre Farinée avec ses pirogues. Ils tâchent de surprendre rennemi avec des forces supérieures; mais ils ne combattent jamais qu'à terre. Les femmes prennent part au combat, non-seulement dans le cas de défense, mais même dans les attaques; seulement le^ hommes se placent sur la première ligne, armés de frondes, de lances et de bâtons ( voy. p/. 108). Les femmes, placées sur le second rang, sont occupées, les unes à battre le tambour suivant le commandement du chef, les autres à lancer des pierres. Après le combat, elles servent de médiatrices entre les deux partis. Les femmes devenues prisonnières sont bien traitées; mais on ne fait point les hommes prisonniers. Tout guerrier adopte le nom de l'ennemi mi'il a tué dans le combat.
guand une île est conquise, tous ses uits sont pillés, mais on respecte les arbres.
« Le mariage est fondé sur un libre consentement des deux parties; il peut se dissoudre comme il a été contracté.
Un homme peut avoir plusieurs femmes. La femme est la compagne de l'homme ; elle semble lui obéir volontairement et sans contrainte, comme au chef de la famille. Dans les excursions , l'homme marche en avant comme le protecteur; la femme le suit. Quand on discute une affaire, les hommes parlent en premier; les femmes, si on les consulte, prennent part à la délibération, et on prête attention à leurs discours. Les femmes non mariées jouissent de leur liberté, tout en observant un certain décorum. La jeune fille exige que son amant lui fasse des cadeaux; mais les relations intimes des deux sexes restent toujours enveloppées d'un certain mystère. »
Chamisso remarqua que le salut i»ar
le frottement des nez , usité dans toute la Polynésie, ne se pratiquait , dans les groupes des Carolines , qu'entre hommes et femmes, et seulement lorsqu'aucun étranger ne pouvait être témoin de ce gage d'affection mystérieuse.
«Entre deux nmis intimes, dit le savant voyageur que nous avons cité, les droits de Pamitié obligent Tun d'eux à céder, au besoin, sa femme à l'autre.
Mais une coutume barbare , et qu'on regrette d'avoir à signaler chez des peupies de mœurs aussi douces, c'est celle qui oblige chaque mère à ne pas nourrir plus de trois enfants; elle est forcée d'enterrer vivants ceux qui dépassent ce nombre. Les seules familles des cbefis ne sont point assujetties à cette loi cruelle, que Kadou justiGa en allé-
§uant la stérilité des terres et la disette es vivres. »
Les enfants naturels sont élevés de la même manière que les enfants légitimes. Quand ils sont en état de marcher, le père les prend avec lui. Si aucun homme ne reconnaît l'enfant, c'est la mère qui le garde, et, quand la mère meurt , une autre femme en prend soin.
Les corps des défunts sont liés avec des cordes dans la posture d'hommes assis. Les chefs sont enterrés sur les lies, dans des enceintes carrées, entourées d'un mur de pierre et ombragées de palmiers. Les cadavres des hommes du peuple sont jetés à la mer.
Suivant le rang, les corps des ennemis tués dans le combat sont traités de la même manière. Un bâton enfoncé en terre , et marqué d'incisions annulaires, indique la tombe des enfants auxquels la loi indigène n'a pas permis de vivre. C'est la mer qui leur procure des bois de construction pour leurs canots, en jetant sur les récifs qui bordent leurs lies des troncs de sapin qui viennent du nord , des troncs de palmier et de bambou qui viennent des plages de la zone torride, et même des débris de vaisseaux européens naufragés, dans lesquels ils trouvent le fer qui leur manque absolument. Ils n*ont d'autres instruments pour fabriquer leurs canots que ceux qu'ils se
font avec de vieux morceaux de fef.
Le 1" janvier vieux style (13 nouveau style) 1817, au soir, Kotzebûe eut connaissance d*une terre, dont il détermina la position à 10«-6' de latitude nord, et IdO* 20' à l'ouest du méridien de Paris. Gomme il était assez tard quand il s'en approcha, il tint le large pendant la nuit. L'Ile lui parut petite, longue au plus de deux milles marins, large d^m et demi, basse et boisée. Les cocotiers s'élevaient au-dessus des autres arbres, et on remarquait qu'il n'y en avait pas un qui fût vieux (voy.p^. 109).
Le 21 janvier (v. s.), 2 février (n. s.), s'étant approchésde lllede bonne heure, les Russes aperçurent de la fumée, ce qui leur prouva que cette terre était habitée. Effectivement, quelques instants après, ils virent venir à eux plusieurs pirogues à la rame, chacune montée par quatre ou cinq hommes. Us les accostèrent sans montrer la moindre crainte, et, leur faisant des gestes d'amitié, ils montrèrent des cocos et des fruits de vaquois, ainsi que des écales de cocos pleines d'eau douce. On leur jeta des cordes; ils y attachèrent leurs marchandises et les offrirent. On leur donna des grains de verroterie et du fer. Us eurent l'air de ne faire aucun cas des verroteries, et témoignèrent au contraire beaucoup d'empressement pour le fer. On obtint d'eux plusieurs parures en coquillages et autres ornements (tov. jm. 110) qui étaient très-artistement façonnés, quelques lances faites d'un mauvais bois, les unes pourvues, au-dessous de la pointe, de crochets retournés en arrière , et d'autres garnies dcTdents de requin. Les Russes leur donnèrent une arme qui ressemblait à un sabre, et qui, du côté tranchant, était munie de dents de requin , ainsi qu'un beau coquillage du genre murex, qui avait servi de trompette.
« Quand nous allâmes à terre, dit Ghoris , toutes les pirogues qui nous avaient accostés reprirent avec nous le chemin de l'île ; d'autres vinrent à notre rencontre. Les insulaires se rassemblèrent sur le rivage au nombre d'une
OCÉANIE
centaine, tant hommes qu'enfants.
Nous apercevions les femmes cachées dans les buissons.
« Un banc de corail, partant de la côte, s*étendait à une centaine de brasses en mer : il était couvert de deux pieds d'eau tout au plus , et à son extrémité, au large, nous avions peine à trouver fond avec une ligne de quarante brasses. La mer brisait sur cet écueil avec tant de force, que nous ne pûmes essayer d'y abqrder avec nos canots.
« Autant les insulaires avaient montré de dispositions amicales et de bonne foi, en trafiquant à notre bord, autant ils devinrent perfides et insolents quand ils virent que dans nos deux canots nous étions quinze au plus , et que leur nombre était du double plus considérable. Ils nous vendirent des écales de cocos remplies d'eau de mer au lieu de rétre d'eau douce , et ils voulurent nous arracher par force les fruits de vaquois que nous leur avions déjà pnyés; d'autres saisirent nos canots pour enlever le fer dont ils étaient garnis. Alors nous fîmes tous nos efforts pour nous éloigner, et le vent ayant un peu fraîchi , nous fûmes bientôt au large.
^ >ous nommâmes ces îles Ostrov ^oraJio Goda (Iles du Nouvel An).
><Lus apprîmes par la suite que les insulaires les appielaient Miacfi. Le 23, ^ers midi, nous vîmes la terre; elle (tait composée de plusieurs petites îles CDU vertes d'arbres; une seule offrait de vieux cocotiers; quelques-unes s'élevaient à peine au-dessus de la surface de ia mer, et consistaient en une plage sablonneuse d'une blancheur éblouissante. Le sol de toutes n'était pas à
1)lus de cinq pu six pieds au-dessus de a mer et ne présentait nue du sable.
Le 24 , nous étant approchés très-près
de terre , nous reconnûmes que toutes ces îles, dont le nombre se montait environ à soixante , n'étaient éloignées Tune de l'autre que d'un huitième ou d'un quart de mille au plus ; quelquesunes même n'étaient séparées que par un espace large à peine de cent brasses, et de l'une à 1 autre s'étendait un
38* Uvraison. COgsanib.) t. ii.
récif que sa couleur rouffe faisait distinguer en différents endroits à la superucie de l'eau , et sur lequel la mer brisait. Ainsi ces îles formaient réellement un anneau. Nous avons tâché de trouver un passage dans le récif, afin de pénétrer dans son intérieur, où l'eau, abritée par la ceinture des rochers, était uarfaitement tranquille, et formait un bassin qui avait quinze à seize milles de longueur. Bientôt nous avons aperçu, à notre grande joie^ sous le vent du récif, trois passes , qm pouvaient avoir à peu près cent cmquante brasses de largeur. Nos canots ayant sondé la profondeur de ces passes trouvèrent dix -neuf, vingt -deux et même vingt-six brasses d'eau dans celle qui était la plus proche. En dehors, tout auprès, on ne trouvait pas fond à cent brasses ; dans l'intérieur on y atteignait à vinet-huit. La profondeur de l'eau était très-variable snr le récif formé de corail rouge : elle différait de deux brasses et demie à sixbrasses. Le 24 décembre, nous sommes entrés heureusement à l'aide du flux. Partout nous avons trouvé vingt-cinq à vingt-huit brasses, fond de madrépores et de bancs nombreux de corail, que l'on distinguait de loin , parce que la mer paraissait blanche au-dessus. Nous nous sommes rapprochés d'une petite île au nord-nordouest du groupe , et ayant trouvé dix brasses de profondeur sur un assez bon fond de sable, nous avons laissé tomber l'ancre. Bien^t nous avons vu trois hommes marcher sur la plage sablonneused'une île peu éloignéede nous.
ft Nous avons débarqué sur l'île la plus voisine, que nous avons nommée O5trov-RoJestvorChristova (île de Noël).
Le rivage était composé de sable formé de débris de corail et de madrépores; on voyait partout des cocotiers et des vaquois. L île avait à peine un demimille marin de long; la végétation y était visiblement plus vigoureuse dans la partie sous le vent que dans celle qui lui était opposée, où les plantes étaient flétries et basses.
« l'ne grande pirogue, qui portait une Immense voile triangulaire, ne tarda pas à s'avancer vers notre vais-
rUNiVERS.
seau. Tout le monde retourna aussitôt à bord , et nous attendîmes impatiemment la visite des insulaires; mais ils amenèrent leur voile, et restèrent en pince à deux portées de fusil de distance. Ils nous montrèrent cependant des cocos et des fruits de vaquois, en criant souvent le mot aîdara. Nous apprîmes par la suite qu'il signiGait ami. Nous les appelâmes; mais ils ne voulurent pas s'approcher. On leur envoya un petit canot qui fit des échanges avec eux. Ils ne prenaient pas volontiers les grains de verroterie; au contraire, ils échangeaient avec plaisir leurs fruits contre du fer. Le trafic terminé, ils s'en allèrent.
« Le 26, la même piroeue sortit; mais tous nos efforts pour rengager a nous accoster forent inutiles. Notre canot, dans lequel se trouvaient notre lieutenant , M. Schischmareff et M. de Chamisso, naturaliste, alla vers llle d'où elle était venue. Les insulaires de la pirogue descendirent à terre; nos gens y débarquèrent, et ils ne trouvèrent sur le rivage que trois femmes, et quelques enfants qui, à Taspect aes étrangers , s'enfoirent dans les bois ; mais tous en sortirent quand ils virent débarquer les hommes de la pirogue. Ces insulaires paraissaient très-craintifs; néanmoins, ils ne tardèrent pas à se familiariser, quand on leur eut fait présent de morceaux de fer. Ils nous menèrent dans des cabanes très-propres et nous offrirent des fruits de vaquois, amsi que du jus de ce fruit, qu'ils exprimèrent en notre présence dans de grandes coquilles.
«On leur donna diverses graines, entre autres de melons et de melons d'eau , en leur indiquant comment il fallait les semer, et on leur demanda de l'eau fraîche. Ils montrèrent une citerne, dans laquelle ils recueillaient Teau de pluie et oi^ elle se conservait très-pure, mais avec un goût assez fort. Nos canots revinrent bientôt à Ostrov-RojestvaChristova qu'on avait parcourue tout entière, et où pourtant l'on n'avait rencontré que treize personnes.
« Deux jours après, les canots re-
tournèrent à terre : les insulaires nV étaient plus; ils s'étaient endrarqués sur leurs pirogues, et avaient fait voile vers les îles situées au sud-ouest. Nous laissâmes sur l'île cinq chèvns, avec une poule et un coq, et nous semâmes différentes graines. On y voyait plusieurs maisons qui étaient assez grandes. Les rats y étaient en quantité prodigieuse, et ne sembiafeot pas avoir du tout peur de nous.
« Le 81 décembre, le tempis fut très^ variable par rafales et par grains.
«Lel*' (13) janvier lS17,nou5 avons mis nos canots dehors, et nous sommes partis dans le dessein d'examiner plus attentivement le groupe d'Iles, et de faire connaissance avec leurs habitants.
Arrivés à un tlot éloigné M'un demimille marin de notre mouillage, nous y avons vu plusieurs cabanes qui tom baient en ruine, et, sons un arbre, une petite provision d'eau fraîche conservée dans des écales de cocos; une pirogue était tirée à terre; elle avait dix-sept pieds sept pouces de long, un pied dix pouces de large, trois pieds sept pouces de profondeur. Le mât était long de dix-sept pieds six pouces; la vergue avait vingt-trois pieds quatre pouces de long. Cette ()irogue était munie d'un balancier, qui glisse dans la mer avec le bâtiment et l'empêche de chavirer; un autre balancier ne sert qu*à porter les vivres.
« Un côté de la pirogue était perpendiculaire, l'autre arqué : le premier est toujours sous le vent quand on navigue, afin d'empêcher le bâtiment de dériver; car ceux de cette espèce ne sont destinés qu'à voçuer contre le vent; il était fait de plusieurs planches cousues ensemble.
« Quand les insulaires veulent faire changer de route à la pirogue, ils n'ont pas besoin , ainsi que nous l'avons vu par la suite, de virer de bord; ils se contentent de tourner la voile qui est attachée au haut du mât, et l'on transporte d'un côté à l'autre la partie inférieure. Le grand balancier est toujours du côte d'où vient le vent. Un gouvernail placé à l'arrière de la pirogue dirige sa mardie.
OCÉANIE
« Noas avons passé la nuit sur cette fie, et le 3 (14), vers midi, nous étions prêts à continuer notre voyage, quand nous avons aperçu deux grandes pirogues arriver sur nous à pleines voiles. Bientôt elles ont amené leur voile et sont restées tranquilles. Plusieurs insulaires se sont jetés à la mer et ont nasé vers nous. Un vieillard , le plus faible de tous, fut celui qui se nasarda le premier de venir à nous.
Il tint un long discours, dans lequel il prononça souvent le mot aïdara (ami), yous avons invité les autres à venir nous trouver, et nous leur avons donné beaucouf) de fer.
« Ayant appris que nous avions un chef, ils nous montrèrent aussi le leur,
2u*ils nommaient tri et ieruL Ils nous rent remarquer qu*il avait non-seulement la poitrine et le dos tatoués comme eux, mais aussi les côtés. Ils étaient une quinzaine; ils rirent avec nous, et nous regardèrent d'un air de curiosité craintive. Leur ayant annoncé que nous voulions aller à Tîle d*où ils étaient venus, il& eurent Tair de nous y inviter.
« Quand nous nous assîmes dans nos canots 2 et que nous leur fîmes signe de naviguer de concert avec nous, ils semblèrent y consentir; mais ils se dirigèrent vers notre vaisseau pour le considérer de plus près.
« Ayant fait route au sud , nous avons vu plusieurs îles très-petites, toutes plantées de jeunes cocotiers et de vaquois. Nous aperçûmes sous chacune des cabanes une quantité de rats, mais pas un seul habitant.
« Le 4 (16) janvier, nous sommes retournés à bord. Le lendemain nous avons fait route vers les tles du groupe le plus éloigné; mais les fréauentes rafales ne nous permirent pas d'avancer beaucoup.
« Le 6 (18), nous avons débarqué sur une tle qui , de toutes celles que nous avions visitées jusqu'alors, nous parut la plus abondante en cocotiers.
«A peine étions-nous à terre que huit hommes armés de lances s'avancèrent vers nous. Un vieillard nous donna des oooos et des fruits de va-
quois, et y joignit quelques fruits à
Sain. Les femmes s^étaient cachées ans le bois; elles revinrent bientôt, et nous firent présent de guirlandes de fleurs et de coquillages. Nous vîmes en tout vingt-trois personnes.
« Le 7 (19), nous sommes allés presque tous à terre; les insulaires nous accueillirent très-amicalement, et nons offrirent du jus de coco pour nous rafraîchir.
« Nous avons trouvé un tombeau qui avait quinze pieds de long sur dix pieds de larp;e;"il était tout entoaré de pierres; il n'est permis à personne de marcher dessus. Ignorant cette particularité, nous voulions monter sur l'élévation que le tombeau formait; aussitôt tous les insulaires nous crièrent :
Emo! emo! Nous apprîmes par la suite que ce mot avait ici la même sisniiication que celui de tabou daiis Tes autres archipels du grand Océan. »
Il est a remarquer que les indigènes considéraient les Russes avec la £Ius grande attention. Ils s'étonnèrent eaucoup de ce que leur poitrine n'était pas de la même couleur que leur visage et leurs mains. Souvent, en regardant les uniformes russes, ils s'écriaient : Irio! trio (admirable! admirable!)