‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuples (volume 2)Chapitre 23 sur 66 · GRAND GROUPE DE GILBERT · texte numérisé non relu

GRAND GROUPE DE GILBERT

Ce groupe, gue nous avons dû comprendre dans l'immense archipel des Carolines, et qui secomposedes ueux grou- • pes de Scarborough et de Kingsmill, renferme les petites îles basses de Chase et Francis y l'île Drummond, les îles Sydenham^ les îles Henderville. les îles fToodle, Hopper et Hall, les Iles Gilbert et Marshall, les tles Knox, Charlotte, MatAews et Pitt, l'île Byran un peu à l'est des îles Gilbert, et un peu à l'ouest de ces mêmes Iles, l'île Océan, l'île Pleasani et l'île Atlantique, Ces trois dernières sont fort peu connues.

En allant du sud au nord, on voit les petites îles basses de Chaxe et Francis, La première est située par 2« 28' latitude sud et 174* longitude est; la seconde par 1» 40' latitude sud et

173* 16' longitude est. Dans ces para-

Î;es on resseiH les calmes de la ligne et eur influence insalubre sur la santé des navigateurs.

L'île Drummond fut découverte en 1799 par Bishop, et reconnue en 1824 par Duperrey. Voici ce qu'en dit le savant navigateur M. d'Urvilie dans son journal de la Coquille :

« IVous pouvions facilement distinguer plusieurs naturels avec leurs fcn> mes, leurs enfants et leurs chiens, occupés sur la plage à nous considérer attentivement. Pendant ce temps, une quinzaine de. pirogues , dont chacune contenait de trois à neuf hommes, faisaient tous leurs efforts pour nous atteindre, en s'.aidant à la fois de leurs voiles et de leurs pagaies; ils agitaient aussi de loin des nattes pour nous faire signe de les attendre. Deux ou trois d'entre elles, parvenues à une demiencâblure de l'arrière du navire, furent encore longtemps à nous rattraper, bien que nous fissions à peine trois milles à l'heure , ce qui ne prouve pas en faveur de la vitesse de ces embarcations. Nous mîmes enfin en panne , et l'upe d'elles , montée par trois naturels , accosta après un mstant d'hésitation. Ces hommes, d'une taille moyenne, avaient un teint très-foncé et la peau couverte d'écailles de lèpre. «» Leur unique vêtement se réduisait à de petits morceaux de natte grossière passes autour du cou et à des bonnets de la même étoffe. Leurs traits n'étaient point agréables; leurs membres étaient assez grêles, et leur lans^age différait complètement des idiomes polynésiens. Leurs pirogues étaient d'une construction fort grossière ainsi que leurs voiles. Aucun d'eux n'était tatoué, et, pour toute provision, ils n'apportaient guequekjucs mollusques de bénitier (tridaci)e), qu'ils échangèrent contre des coutt^aux et des hameçons. Ces insulaires annonçaient fort peu d'intelligence, et tous nos efforts pour obtenir les noms de leurs îles furent en pure perte. Au bout d'une demi-heiire, ils nous quittèrent et regagnèrent leur île. »

Le capitaine Paulding nous apprend

qu'il fit fustiger à son hotà quelques naturels de Drummond qui lui avaient dérobé plusieurs objets nécessaires en mer.

« Les habitants de Tlle Byron, dit Pauldinç, sont d'une haute taille, actifs et bien faits. Tous sont nus et couverts de cicatrices; quelques-uns portent des bonnets faits avec une sorte d'herbe et des colliers en petits disques de noix de coco. Leurs ornemeiits sont grossiers et rarement usités. Ils consistaient en coquilies et en colliers fabriaués avec quelque chose qui ressemblait à des os de baleine, que les uns portent autoiur de la ceinture elles autres autour du cou. Leurs dieveux sont longs et nattés, et leur teint trèsfoncé ; leur barbe est peu fournie, et frisée sur le menton comme celle des nègres. Un petit nombre de femmes vint dans les pirogues : leur air était grossier, et elles semblaient presque aussi robustes que les hommes. Autour des reins elles portaient une petite natte d'un pied de large, dont te bas était orné d^une frange. Peu d'hommes étaient tatoués, encore l'étaient-ils très-peu. Leurs pirogues étaient habilement travaillées , fabriquées avec un grand nombre de pièces d'un bois léger, réunies ensemble au moyen de coutures faites avec des tresses en bourre de coco; mais elles faisaient eau de toutes parts, et un homme était continuellement occupé à les vider. Ces pirogues étaient fort étroites , en pointe a châaue extrémité, et garnies, d'un côté, d'une plate-forme pour les maintenir droites. Les voiles des pirogues, dans toutes ces îles, sont oes nattes de paille ou d'herbe. » -

L'île Byron est une chaîne dllots bas et boisés très-peuplés, situés sur un récif commun; sa position est indiquée par 1*" 18' latitude sud et 175* 0' longitude est.

Les îles Sydenham furent découvertes par Bishop en 1799 et reconnues en 1824 par Duperrey. Suivant M. d'Urville, les habitants ressemblent parfaitement à ceux de Drummond. Ce qui le frappa le plus, ce fut d'en voir quelques-uns portant des gilets et des pan-

OCEAMK.

talons en fibres de coco solidemeot

Les tics Henderville furent découvertes en 1788 par les capitaines Gilbert et Marshall. Ces insulaires, dit le dernier, paraissent être une belle race d'hommes. Ils sont de couleur de cuivre, vigoureux et bien faits; leurs cheveux sont longs et noirs, et ils ont de très-belles'dents. Plusieurs d'entre eux avaient la figure peinte en blanc.

î\s ont, selon lui, de Fesprit, de la vivacité et de Texpérience. Le capitaine Dupcrrev, qui reconnut de près nie Henderville en (824, ajoute que les femmes ne portent qu'un court tablier , et pour tout ornement on leur vit des œufs de Léda et de petites pèlerines rouges (*), suspendus au cou. ^

Le groupe Henderville est composé de petites Wes basses et boisées , dont la plus grande a six milles de longueur sur un demi-mille de large au plus. Le groupe entier n'a guère que quinze à Vingt milles de circuit; sa latitude nord est'de 0*» 6', sa longitude est est de 17r 23' (pointe sud).

Malgré les éloges mérités qu'on a donnés à la plupart des habitants de ces groupes, et généralement à tous les indigènes de l'immense archipel des Carolines , il faut avouer que certains Carolins sont d'une humeur sombre et perfide. Us se servent d'arcs et de flèches munies d'os de poisson et quelquefois empoisonnées, chose rare parmi les Polynésiens. Us se servent aussi de couteaux , garnis de dents de requin , qui font d'affreuses blessures. Ils se percent les oreilles et les allongent considérablement pour y placer ce terrible coateau.

raOY AUGES, CONSTRUCTION ET NAVIGATION DBS HABITANTS DES ILES BASSES DE L'AR- . CHIPHL DES CAROLIAES.

Les habitants des îles basses de cet archipel ont une grande vénération pour les esprits. Un génie , qu'on nomme Hanno ou Hannoulappé, règne sur chaque groupe d'îlots; c^est lui qui les

(*) Ce sout des coquillages.

pourvoit de tout ce qui leur est nécessaire. Au reste, il est subordonné, selon les naturels, à un être qui lui est infiniment supérieur. Peu d'individus jouissent de la prérogative de voir cet esprit, de l'entendre et de connaître ses ordonnances, et ils ne la doivent qu'à l'intercession de leurs enfants morts en bas <)ge : d'ailleurs, ils ne jouissent d'aucune considération ni d'aucun privilège particulier.M. Mertens,qui nous fournira les faits principaux de ce chapitre , nous apprend que ces élus sont parfois sujets aux attaques d'un esprit malveillant , qui demeure dans les coraux sur lesquels ces îles reposent, et que celui-ci leur envie la faveur de contempler le front serein d'Hannoqui est à jamais invisible pour lui. Lorsque l'esprit malfaisant s'établit dans le corps d'un élu , on en consulte de suite un autre. On conduit d'abord le possédé dans la maison commune destinée aux hommes non mariés. A peine arrivé, l'infortuné pousse des hurlements affreux, fait mille contorsions épouvantables et se roule par terre. Le conjurateur arrive, il examine pendant quelques temps le malade avec la plus sérieuse attention , et finit par décJarer que le malin esprit s'est emparéde lui, etqu'ii doit sur-le-champ se préparer à combattre un ennemi aussi formidable; après quoi il le quitte en donnant ordre de faire chercher des cocos. Il revient au bout de quelques heures, peint, huilé,' paré et armé de deux lances, criant, se tordant les mains, et faisant tout le bruit imaginable à mesure qu'il approche de la maison du malade.

En entrant , il attaque directement le possédé, qui à l'instant se lèveet se précipite sur son agresseur pour se mettre à l'abri de ses coups. Après un vigoureux combat, ils jettent leurs lances, et conjurateur et possédé se saisissent de leurs goiir-gour ou bâtons, dont ils se servent en dansant. C'est alors que la scène la plus ridicule succède à ce combat, qui paraissait devoir être à toute outrance; ils se mettent tous deux à danser de la manière la plus burlesque, en jetant autour d'eux des cocos , jusqu'à ce qu'ils soient cora-

plétement épuisés et hors d*état de pouvoir continuer. Ce combat se répète et se prolonge à différents intervalles, souvent pendant plusieurs semaines de suite, jusqu'à ce Gjue le conjurateur ait remporté la victoire. Dans les temps de ealamité, on consulte les hommes inspirés, qui cherchent, dans de pareilles circonstances, à pénétrer les mtentions d'Hanno par Tintermédiaire de leurs enfants morts en bas âge. U arrive que les oracles rendus sont ambigus et souvent diamétralement opposés. Ces insulaires célèbrent annuellement, en rhonneur d'HannouIappé, des réjouissances qui durent un mois entier et qui exigent les plus grands préparatifs. Penoant Tespace de deux mois, le mari est banni du lit nuptial; tant aue dure la fête iî n'est pas permis a attacher de voiles aux canots; aucune barque ne peut s'éloigner du rivage durant les huit premiers jours, et il est défendu aux étrangers d'aborder la cote. Les quatre jours qui précèdent la grande solennité sont employés à recueillir autant de cocos verts que possible , et à en préparer les noix avec le firuit de l'arbre à pain , dont on compose différents plats. Une grande pèche a lieu ia veille de la fête; on trans- - porte toutes les provisions au Ledj maison ordinaire qui sert de temple à Hannoulappé, et qui, pour cette seule nuit de l'année , reste fermée. Le lendemain , entre le lever du soleil et sa plus grande hauteur sur l'horizon, tous les habitants mâles, à l'exception des enfants, se rassemblent pour voir entrer dans le temple, par la porte du nord, le tamol, paré de tout ce qu'il a de plus beau en habits, colliers, bracelets, etc. Son r^ard est sombre et fixé vers la terre; il tient à la main UQ bâton , avec lequel il a l'air de se • frayer un chemin , paraît concentré en lui-même , et uniquement occupé d'un monologue auquel personne ne peut rien comprendre. Son frère , aussi richement paré, le devance , et fait son entrée dans le temple par la porte op-

Sosée, à la tête des habitants les plus istingués : ils s'asseyent; dès que le tamol paraît, l'assemblée se lève, il

se place sur trois bdles nattes qui lui ont été préparées, et ce n'est que lorsqu'il s'est assis que les habiuiots se permettent de s'asseoir par taerre; le chef une fois entré , le temple est fermé pour tout autre. Le frère du tamol s'approche alors des provisions, et prend une petite portion de chaque plat, dont le nombre s'élève au moins a cinquante. H y joint le plus grand poisson et le plus grand coco, met le tout dans un panier fait de feuilles de cocotier, et le présente à soa auguste frère, pour lequel il ouvre en notre cinquante à soixante cocos. Il distribue ensuite le reste des provisions à l'assemblée réunie , se place auprès de son frère, pour parta^r avec lui le repas qu'il vient de lui préparer, et reçoit en récompense les enveloppes fibreuses de tous les cocos qui ont été ouverts; offrande de grand prix, à cause des cordages qu on en retire.

Au bout d'une demi-heure, cette fêle, qui a coûté de si grands apprêts, se trouve terminée ; le temple se transforme en maison ordinaire, commune à tous ceux qui veulent s'y rendre, s> établir, s'y coucher, y faire du feu, etc.', avant soin seulement de ne pas toucher aux cendres , de crainte que l'ile ne devienne enchantée. Cette maison, ou temple d'Hannoulappé , est le séjour ordinaire des malades; mais personne ne se hasarderait à v demeurer seul, parce que l'esprit d'âanno y réside.

Nos lecteurs liront peut-être avec intérêt quelques détails sur la construction et la navigation de ces insulaires, enchaînés pour ainsi dire à la mer, par la position et la conformation de leurs îles et par le coimnerce qu'ils entretiennent. Leurs pirogues sont faites en bois de l'arbre à pain ; elles sont fort simples, et toutes pourvues d'un outtr^er. Ils en ont de toutes les grandeurs; les plus petites ne portent pas même deux ou trois hommes; les plus grandes, qui ont trente ou quarante pieds de loncueur, peuvent contenir dix à qaînze nommes. Ces dernières , qui ne sont dirigées qu'au moyen de voiles , sans

OCÉANIË.

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rames , s*emploient principalement en hiver, quand ils voyagent en fiimille; mais, en été, ils vont souvent en mer sur des pirogues beaucoup plus petites (voy. pL 99).

En s^elotgnant des côtes à des distances auxquelles les anciens navigateurs n^avaient jamais eu la témérité de songer, il est clair que les Carolins doivent employer les mêmes moyens qui ont servi aux premiers pour dm%ei: leur route. Comme eux, ih observent le cours des astres , et ont des noms pour toutes les étoiles remarquables; ils les réunissent en constellations, auxquelles ils attachent de certaines idées. Ils disent, par exemple, ^ue les quatre étoiles principales d'Orion représentent deux hommes et deux femmes, etc.; ils divisent l'horizon en vingt-huit points, dont chacun tire son nom d'une étoile remarquable qui s'y lève ou s'v couche , de manière que les rhumos également éloignés des. points cardinaux , ont les mêmes noms; mais tous ceux de la partie ouest de Fhorizon sont précédés du mot Tolone, qui signifie probablement se coucher.

Qiaque jour d'un mois lunaire a son nom particulier, et, dans quelques {[Toupes d'Iles, on distingue même les différentes périodes de la journée.

Ils cherchent toujours à se mettre en mer d'après certains pronostics qui leur indiquent l'époque où le temps sera favorable et fixé au beau; ils profitant du clair de lune pour se mettre en route, se dirigeant durant le jour d'après le soleil , et la nuit d'après la lune et les étoiles; ils arrivent ordinairement à bon port au lieu de leur destination. Si, par hasard , ils ont un temps brumeux, ils tâchent de conserver la même route par rapport au vent, qui, entre les tropiques, est oueiqueifois assez constant pour servir oe boussole pour un court trajet, mais qui néanmoins peut changer. C'est alors principalement qu'il leur arrive de s'égarer; dans ce cas, ils louvoient contre lèvent, en cherchant d'aborder une Ile quelconque, pour avoir un nottyeaa point de d^iart : afMrès s'être

orientés, ils reprennent leur route.

Mais si, par malheur, ils manquent toutes les lies, il ne leur reste qu'à périr en mer ou à être jetés sur quelque côte inconnue, souvent à une distance considérable. C'est ainsi que Kadou, cet Ulysse de la Polyn^ie^ après une longue navigation, aborda à Radak,à 760 lieues plus à l'est que sa patrie qu'il cherchait en vain. Ces longs voyages faits contre le vent, s'expliquent aisément par la grande célérité de leurs pirogues, quand elles naviguent au plus près du vent, sans avoir recours, comme nous l'avons dit de Kadou, à une navigation de huit mois, chose tout à fait incroyable. Une bonne pirogue pouvait facilement parcourir environ 760 lieues en un mois. Il est bien excusable et bien naturel qu'au milieu des inquiétudes et des transes mortelles que dut éprouver cet infortuné voyageur, placé, comme il l'était, entre la vie et la mort, il ait pris sept ou huit semaines pour autant de mois.

Quand un Carolin désire faire construire une pirogue, il cherche d'abofd dans, toute l'étendue de IHe un arbre qu'il se procure d'un propriétaire en échange de nattes , conies , ou autres objets d'industrie. Il peut compter sur l'assistance de ses compatriotes , qui ne tardent pas à l'aider à abattre le tronc, aussi près delà base que possible. Pour y parvenir, ils l'attaquent de tous côtés en le coujpant circulairement jusqu'au cœur; précaution qu'ils regardent comme indispensable, pour que l'arbre en tombant ne se fende pas a sa base , ce qui le rendrait inutile pour la construction. Comme ils manquent de fer et que leurs haches sont peu propres à un tel travail , ils ne peuvent , malgré leurs efforts, avancer que lent&> ment, et sont forcés de mettre des intervalles à leurs travaux, pour se soulager de la fatigue qu'ils leur causent. Ils travaillent un jour et se reposent les deux suivants. Ils veillent avec soin à ce que l'arbre, en tombant, n'endommage pas ceux qui l'entourent, car ils seraient tenus de les payer au propriétaire. L'arbre, une rois abattu , est

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tratoé par le moyen de cordes au rivage, près de la maison commune, ou on le laisse exposé aux rayons du soleil , couvert seulement de quelques branches, pendant l'espace de plusieurs mois, aÛR que le bois soit parfaitement sec avant d'en faire usage : c'est alors que les travaux commencent.

On ne trouve sur le groupe de Mourileu que trois constructeurs de canots. Celui que Ton choisit, commence par prononcer en public un discours, qui est en général très-Ion^, ensuite 11 mesure, au moyen du pétiole d'un cocotier, les dimensions du tronc, fixe la longueur de la quille, et en indique les limites. C'est lui qui dirige les ouvriers et veille à ce que tous soient assidus à leur devoir. Dès que l'extérieur du tronc est grossièrement achevé , on commence à le creuser , ce qui se fait assez promptenient, parce qu'il y a quelquefois plus de trente hommes charges de cet emploi. Une barque à rames est, en général, l'ouvrage d'un jour. La proue et la poupe des pirogues ou canots»

exigeant une attention toute particulière, doivent être faites séparément, et demandent le plus grand soin. Quelquefois on abat inutilement plusieurs arbres avant de réussir à trouver ce [ui convient à cet effet. Pour les côtés

u canot, dont on s'occupe ensuite, il faut une autre espèce de bois. D'après ces détails, on pourra se former une idée de la diiiiculté et de la durée de ce travail; surtout si on examine les misérables outils dont se servent ces industrieux insulaires , et qui doivent suffire à tout ce qu'ils entreprennent. Aussi la joie est-elle à son comble, lorsqu'on est venu à ce point, et de grandes fêtes ont lieu à cette occasion ; hommes , femmes , enfants , tout ce qui est en état de travailler, court à la pêche, et s'occupe à préparer les mets en usage parmi eux , et qui se composent de cocos, defruits de l'arbre à pain , d'arrow-root, etc. Dès ce moment on s'arrange de façon à ne çlus travailler que jusqu'au milieu du jour; alors on sert à manger, et ensuite on place de jeunes fruits du

cocotier sous la pirogue, comme une offrande a Hanno. Cette cérérnoofe se répète tous les jours jusqu'à ce que la barque soit entièrement achevée.

Ce n'est qu'alors qu'il est permis de se régaler de poisson, ou on a fait cuire entre des pierres oiauffées, et qu'on a conservé en le déposant dans des trous bien fermés. La pro|ie et la poupe sont ensuite ornées de guirlandes de fleurs, et on n'attend qu'une occasion favorable pour lancer le nouveau canot qu'on vient de terminer et qui hérite du nom de quelque autre hors d'usage; car on en conserve toujours une partie quelconque pour la faire entrer dans le nouveau. Le constructeur du canot est dédommage généralement de ses peines par un ridie présent de nattes, de fruits, ou autres objets.

Je regrette infiniment, dit M. Mertens , de n'avoir c|ue des notions vagues sur la manière dont les navi* gafeurs de ces îles font leurs préparatifs lorsqu'il s'agit d'entreprendre un grand voyage. On ne m*a communiqué des détails que pour ceux de Roua , à la haute île de Rouch ou Ouléa, qui en est à peine à une distance de quatre-vinçt milles maritimes. Pour ce voyage, qui est ordinairement l'affaire d'une journée, ils portent avec eux une douzaine de fruits de l'arbre à pain, qui sont grillés; on compose en outre un mets du jaquier, qu'on sert dans des coquilles. Les cocos ne sont pas oubliés ni le poisson, quand on peut s'en procurer.

M. Mertens ajoute encore que les principaux . objets de leurs recherches, dans les différents voyages qu'ils entreprennent, sont le mar (espèce de pâte fermentée et préparée avec le fruit à pain, qui sert presque uniquem,ent de nourriture pendant l'hiver), tout ce qui fait partie de Thahilïement, ainsi que différents ustensiles propres au ménage. Arrivés a Ouléa, ils se rendent chez un hôt« hospitalier , par lequel ils sont sûrs d'être cordialement reçus. Celui-ci , dès qu'ils arrivent , fait immédiatement son rapport au tamol , qui leur envoie dire

de renÎT éèposer chez lui leurs voiles jusqu'à leur d^rt de Ttle; cette oérémouie leur assure la protection des lois. L'échange de leurs productions respecti?es a lieu le soir même. Les objets de commerce des habitants des Iles basses sont des canots, des voiles, des rames, des cordages, des lances, des massues , des paniers , des nattes &ites des feuiUes du pandanus, des ustensiles, etc. , qu'ils échangent conte des manteaux, des ceintures et autres articles d'habillement faits, pour la plupart , des fibres du bananier et de rAlbiscttf, végétaux dont ces habitants sont presoue entièrement privés; du mar, du tek , produit tiré d'une scitaminée qui donne une couleur orange des plus magnifiques; de la terre rouge, des pierres a chaux noires, dont ils font usage pour apprêter leur arrow-root. Les marches conclus, ils laissent leurs habillements usés, pour être teints en noir, ce qui se lait gratis. Les jours suivants se passent en divertissements, pendant lesquels ils se contentent de mets composés du fruits pain , de cocos , ainsi que des racines des aroîdées.

r&OOUCTIONS, AUMENTS. 1IAIJU)IES ET CUMAT C).

Plusieurs productionsdes hautes îles, telles que les yam, espèce de racine qui reâemble à la pomme de terre , tes oranges, les bananes, le fruit délicat du cratœoa et la canne à sucre , ainsi que le poisson , qui y est trèsabondant, sont défendus aux habitants des tles basses. Ces insulaires observent très - religieusement cette prohibition , parce qu'ils sont persuadés que le démon, qui fait sa résidence dans rarc-en-ciel, les submergerait à leur retour, s'ils se rendaient coupables de désobéissance. A leur départ

(*) Nont empnintoQS ce chapilre à un

r'it mémoire précieux et presque ÎDConnu docteur Ch. Mertens , nui uous a hissé trop peu de détails sur riuteressaut archinel det Carolineft, et dont les savants et les voyageurs doivent amèrement déplorer la perte récente»

39* IJvraison. (Océakis.) t. ii.

OGÉAMIE. 209

de rtle , on charge leurs canots de kofe, mets préparé avec des noix de Jaquier d'une qualité inférieure; ce koie iest très-nourrissant et d'une grande res^source pendant les disettes, qui sont assçz fréquentes en hiver dans les îles basses ; on n'exige jamais rien pour ce mets. Le voyage de retour demande au moins cinq jours , parce qu'ils doivent naviguer contre le vent; c'est alors que le talent du pilote doit se déployer, pour ne pas pârdre, en louvoyant, la direction de Roua. Dès quSls reviennent d'un de ces voyages, on prépare au pilote un dtner à part, qu'on appelle œdderé, auquel H est strictement défendu qu'aucun autre prenne part. Avant aue le pilote, qu'on nomme dans leur langue apaUay commence son repas, if prononce quelques paroles, apparemment des actions de grâces à lianno. Presque toute la population, qui a concouru h préparer ce festin, est présente quand il goûte aux provisions qu'on lui offre, et qui sont toujours en grande abondance. Tout ce qu'il ne mange pas lui est réservé; on le porte aussitôt chez lui , c'est la seule récompense qu'il obtient de ses voyages ; mais aussi il ne faut pas oublier que la plupart de ces expéoitions sont entreprises par l'tte en commun , et non par des particuliers.

Le rang de pilote est des plus distinffués. On pourra facilement se figurer de quelle considération ces pilotes jouissent, lorsqu'on apprendra qu'il n'y en a que deux a Roua : l'un est le vieux tamol lui-même, et l'autre le fils de sa sœur.

Plous avons vu plus haut qu'il y avait une espèce de chaux dont on faisait usage pour la construction des pirogues , afin de lier étroitement ensemble les planches qui les composent.

M. Mertens donne quelques détails sur la manière dont ces insulaires la préparent , et qui prouvent que les tribus aes divers peuples répandus sur le globe, ont recours aux mêmes moyens pour tirer avantage des différents produits que la nature leur a fournis. Les insulaires , pour préparer cette chaux , commencent par chercher de grandes

massas d'un corail madréporiquef cpi'ils transportent à un endroit désigné près du nvage; ils y font un trou assez profond, qui communique avec un canal étroit, creusé à côte, et y font un feu de bois pour le bien cliauffer; ensuite ils v mettent le corail , qu'ils recouvrent crun treillage de feuilles pennées de cocotier, par-dessus lesquelles ils en placent d'autres, puis de vieilles Dattes, ou ce qui se trouve sous la main. Après cette opération, ils comblent entièrement ce trou avec de la terre , du sable, etc. Au moyen du canal qui se trouve auprès du trou, ils y font entrer une aussi grande quantité d'eau que possible, et touchent ensuite l'ouverture, ailn que les vapeurs qui s'en «exhalent y soient retenues. Ce corail reste ainsi disposé pendant quelques mois de suite; après quoi ils ouvrent oe trou très-soigneusement , et trouvent le corail transformé en une masse blanche très-caustique , de laquelle ils prennent une petite quantité à l'aide de coquilles : ils portent chez eux la portion qu'ils viennent de retirer, la nrottent sur une planche pour en faire sortir les petites pierres qui s'y trouvent , mêlent ensuite ce mastic avec du charbon tiré de la spatbe ou de Tenveloppe flbreuse des vieux fruits du cocotier, et il se trouve alors prêta être employé. Il ne faut pas tarder à le mettre en usage, autrement il durcit, et on ne pourrait plus s'en servir.

On se sert des feuilles coriaces du cahphyllum pour transporter cette chaux dans les différents endroits où on veut l'employer. Après s'en être servi , on a soin de la couvrir avec des feuilles pour qu'elle ne se sèche pas trop au soleil. Les naturels, lorsqu'ils veulent faire du feu , prennent généralement un morceau de bois d'une dimension quelconque , qu'ils tirent de Vkibhcun pojmlneus. Ce bois est extrêmement léger; ils v font tout du long une espèce d'entaille, et le posent à terre, tandis qu'un autre prépare une baguette du même bois, taillée en pointe , qu'il place et soutient perpcn-

nilairement dans cette cnt^-^ilie, en

la tenant des deux mains, pendant qu'il la fait rouler d*un bout à Tautre, avec toute la force et la vitesse imaginables. Tout le succès dépend de l'habileté du rouieur et de la sécheresse du bois; quelquefois un seul roulement suffit pour produire un feu qu'on entretient avec la partie Ûbreuse du fruit du baringtonia speciosa^ qu'on a eu soin de faire bien sécher d 'avance. D'autres fois on emploie cette manœuvre des heures entières, avant d'obtenir le résultat désiré.

Le kava , boisson si généralement adoptée sur toutes les Iles du grand Océan, n'est pas introduit dans TUe de Roua; il est vrai que les tles Mourileu ne pr(;duisent pas ce qui le compose. AV. Floyd assura au savant docteur Mertens qu'on ne le connaissait pas non plus à 011a ou Rouch, ce qui est très-extraordinaire, car à Uaian, le piper methyaticum ^ plante avec laquelle on prépare cette boisson, est si commune et si recherchée, que ce piper forme l'unique revenu des diets de rile.

Les Carolins des tles basses et particulièrement du petit groupe de Mourileu jouissent en général d*une très -bonne santé, mais ils ne sont pas exempts de maladies. Une petite vérole, nommée rowp, règne chez eux ; elle est même quelquefois trèsdangereuse, lis donnent aussi ce nom à une tout autre maladie qui couse de grands ravages; elle attaque d'abord la paume de la main et la plante des pieds. Dans le principe, les malades sont atteints d'un genre d'excoriation sèche ; une quantité de dtairs mortes se détachent et doivent être cautérisées au plus vite, pour prévenir les suites qui en résulteraient si on négligeait de prendre celte précaution. On parvient sûrement à guérir cette afïreuse maladie, si Ton » recours à temps à ce remède violent. Une troisième maladie, enfin, qui porte aussi le nom de roup, est tout à fait iiicu* rable; c'est une espèce de lèpre {herpès exedens) qui détruit proniptenient l'organisation et rend hideux Ip malheureux qui en est atteint. L'é-

OCEANIE.

taiiS8f:M*Mertens Tît plusieurs' chefs qui en soufTratent extrêmement. Le sarcome médullaire (fun^uM hctmatodes) perce à travers Torbite de Vaàl des enfants, de la même manière que chez nous. La cécité n*y est pas rare , et se déclare à tout ftge indistinctement. Ces insulaires don* nent te nom de mack à une espèce de goutte; quei(|uefois les jointures en

sont tout enflées ; d*autres fois, au contrairct on éprouve de grandes doukurs^ mais sans aucune enflure ; ces douleurs sont presoue toujours périodiques. Lorsqu'il s agit de traiter un malade qui en est atteint , on a recours à r acupuncture, opération qui se fait de la manière suivante : on fixe, au bout d*uoe petite baguette, une des dents qui se trouvent à la base de la queue da genre de poisson nommé aspmtms; cette dent , attachée à la baguette de manière à former avec elle un angle droit, est a[>pliquée sur la partie malade et enfoncée au moyen de petits coups qu*on donne sur cette baguette. Vichtyosis y est très-com« muoe; on l'appelle épisa^ et celui qui eo est atteint maîfome. Les commencements de cette maladie ne sont d'aucune conséquence; rindividu qui souffre ne se plaint d'aucune douleur ou incommodité, à l'exception d'une démangeaison presque continuelle. Dès Sue ce symptôme se déclare, on interit au malade la pèche et Tusage du bain^ parce que TeHet de Teau de mer redoublerait ses souffrances. A mesure que la maladie fait des progrès , T exhalaison est très-désagreable. La peau du malade devient inégale, pèle continuellement, de manière à ressembler ohênie à des écailles de poisson , et à former des ligures que rappellent extrêmement celles des madrépores méaodriques. Les enfants sont trèssujets aux aphtes; cette maladie en enlevé un grand nombre, quelques semaines après leur naissance.

Il y a des individus sur ces îles qui possèdent le secret de guérir ditrérentes maladies ; on les consulte toujours ; ils fout le plus grand mystère da traîteoMot qu ils ordonnent. On

les dédommage de leurs soins avec libéralité, en leur donnant difTérents produits de Ule. On ignore absolument ce qui entre dans la composition des remèdes. W. Floyd , qui aurait bien désiré remplir les fonctions de médecin, parce qu'il prétendait avoir des connaissances dans cette partie , ne put jamais parvenir à apprendre la moindre chose sur les moyens dont ils se servaient pour guérir quantité de maladies ; ils tiraient une grande vanité de leurscures. Plusieurs de ces insulaires sont assez adroits dans quelques légères opérations de chirurgie ; ils savent saigner, faire Facupunctare , employer le moxa (*), cautériser, donner des lavements , remettre les parties démises , et ils soignent même assez bien les fractures.

Le climat de ces îles est ordin?irement délicieux ; les chaleurs du tropique sont tempérées par la fraîcheur des vents et le voisinage de la mer. Durant l'été , on éprouve de grands calmes; mais alors la rosée et le serein rafraîchissent l'air. La quantité prodigieuse de pluie qui tombe dans cette saison la rend souvent désagréable; ces fortes

E Iules durent quelquefois vingt-quatre eures, et souvent même plusieurs jours de suite. Les averses, au reste, n'y sont jamais rares dans aucune saison*; il ne se passe pas cinq ou six jours sans qu'il en tombe; quoiqu'elles soient si fréquentes , les habitants y sont trèssensibles, surtout les femmes et les enfants qui les craignent d'une manière étonnante. Ce n'est aue lorsqu'il y a déjeunes fruits de l'arbre à pain qu'aucune ondée ne pourrait les retenir; dès lors il n'y a plus d'obstacles , parce qu'il s'agit de chercher ces fruits : une telle jouissance mérite bien qu'on se donne quelque peine.

Jjù temps oui , chez eux , correspond à nos mois de janvier et février, est le plus désagréable de Tannée ; de grands veitts se l'ont sentir très- fréquemment. A cette époque les insulaires ne

(*) liCS C«rolins doivent avoir appris dea Chinois e( des Japonais l'usage du moxa 01 4^' racu|)oucture. O, L. D. R.

UUNIVÈRS.

quittent jamais Ttle. Vers ce temps, le tonnerre {bat) et les éclairs {Jt-ftyieur causent de vives inquiétudes. Ces phénomènes leur inspirent la plus grande terreur, et en même temps une haute vénération. Lorsqu'ils veulent se ven-

§er d*un ennemi, ils se rendent, penant Torage , chez les vieux élus , leur portent des olTrandes qui consistent en fruits , en nattes , etc. , et les prient de conjurer la foudre pour l'écraser.

Ce serait pourtant faire tort à ce bon peuple, SI Ton n'ajoutait pas qu'ils retournent quelques heures plus tard avecde nouvelles offrandes, encore plus précieuses, pour les prier d'apaiser l'orage^ et d'apaiser leur ennemi.

Il est probable que ces îles sont sujettes aux tremblements de terre , car de grandes fentes au'on découvre dans le récif sur lequel repose le groupe d'Ouléaî, prouvent clairement qu'elles n'en sont pas exemptes.

Les pluies fréquentes , et plus encore un petit scarabée noir, causent un grand dégât aux toits des cabanes , de sorte que ces insulaires sont forcés de les renouveler régulièrementdeux fois par an; ils feraient même bien mieux de les renouveler quatre fois. Ces toits sont faits des feuilles du cocotier. A chaque reconstruction, les femmes desouvriers , au nombre desquels le propriétaire est toujours le premier, préparent un joli petit repas.

Les rats sont aussi un très-grand fléau pour ces fies ; ces animaux, dont la quantité est énorme, détruisent toutes les provisions des indigènes. On raconta à M. Mertens qu'à 011a les rats avaient enlevé une quantité considérable de mar, et l'avaient portée dans une grotte souterraine, ce que quelques enfants découvrirent à la grande satisfaction de tous les habitants. Pour guérir avec succès les pigûres de la scolopendre , dont le nomre est très -grand dans ces Iles, on prescrit une saignée à l'endroit même de la piqûre. Les moustiques y abondent pendant la saison pluvieuse. Pour s'en garantir pendant la nuit, les indigènes font de très-grands sacs, ou-

verts seulement d'un côté , et s*enoouvrent entièrement.

SOMMAIRE DE L'HISTOHIB DBS DÉGOUVEBTSS DANS CET ARCHIPEL.

Le navigateur espagnol Lazeano découvrit en 1686, au sud de Gouaham, une grande lie, ou'en honneur du roi Charles II il appela la CaroUna. Après lui , d'autres , rencontrant d'autres îles , et supposant qu'elles étaient ia même que celle qui avait été découverte par Lazeano, leur appliquèrent te m&nt nom , qui s'étendit ainsi à toutes les îles situées dans cette partie du grand Océan.

Les missionnaires jésuites du collège de Manila furent les premiers qui firent connaître que ces îles étaient habitées par un peuple bon et humain , s'occupant de navigation rt de corn- * merce. Ce fut assez pour éveiller le zèle de ces pères, et leur inspirer le désir de porter la lumière de la religion chez un peuple qui donnait de si belles espérances. Le P. Juan Antonio Cantova, qui habitait Gouaham^ fit connaissance avec des Carolins Jetés , en 1721 , sur les côtes de cette île, et recueillit d'eux des renseignements détaillés, tant sur la situation que sur le gouvernement et les mœurs de ces tles.

Cantova les visita l'année suivante, et depuis y répéta fréquemment ses visites apostoliques; avec quel succès?

on l'ignore. Enfin, en 1731, il fonda une mission sur l'île Falalep (groupe d'Ouluthy), et, peu de temps après, fut tué sur l'île voisine, Mogmog, ce qui mit fin aux relations des Espagnols avec les îles Carolines.

Les renseignements recueillis par les missionnaires,ditLiitke, àqui nous em-

Sruntons ce sommaire, les cartes qu^ils ressèrent sur les indications des insulaires, et principalement la carte de Cantova, turent, pendant près d^un siècle, les seuls guides des géograpiies européens. Les missionnaires, en re-> ce van t des notions assez exactes sur le nombre et la position respective des îles, ne purent déterminer avec la même exactitude leur grandeur et leurs distances réciproques. Il arriva de là

OGEANIE.

^ ces ties , à peine visibles sur l'eau , mais qui, non moins que les grandes, araient toujours chacune leur nom, forent désirées par eux comme ayant quelques nulles d'étendue, et que des groupes de dix ou quinze milles de tour occupèrent un espace de quelques degrés : ce qui forma sur leurs cartes un labyrinthe inextricable, et ce labyrinthe passa dans sa forme primitiTC

sur toutes les cartes marines. Les narigateurs s'en éloignaient comme de Cmr^bde et Scylla ; quelques-uns , plus hardis que les autres, le traversant dans diverses directions, s'étonnèrent de ne pas trouver même des indices de terre ui où ils s'attendaient à rencontrer des archipels entiers; et ceux à qui il arriva de découvrir des îles, sans s'inquiéter de connaître leurs noms origfnaires, afin de prouver l'identité de leur découverte avec les anciennes, furent ravis de l'occasion d'immortaliser le nom de quelques-uns de leurs amis ou le leur propre, en l'insérant sur la carte; ils ajoutèrent des nés nouvelles, sans faire disparaître les anciennes, ce qui ne fit gu'au^enter la confusion. Les noms indiens qu'on rencontre répétés plusieurs fois, et qui sont souvent inintelligibles à cause de la différence de prononciation dans les divers groupes de l'ardiipel , et parce qu'ils sont défigurés par l'orthographe dissemblable des vmrageurs , se mêlèrent à des noms européens, quelquefois non moins étranges que les premiers. Il résulta de tout cela un tel chaos, que les géograplies les plus pénétrants désespérèrent de pouvoir le débrouiller, et qudqoes-uns se décidèrent à écarter la difficulté en tranchant le nœud gordien, c'est-à-dire, en ne portant point ces lies sur leurs cartes, dans la supposition que la plupart d'entre elles n'existaient pas. Ils tombèrent ainsi dans l'excès opposé; mais il était di£Qcile d'éviter l'une ou l'autre de ces extrémités.

Le docteur Chamisso fut le premier qui E^udit quelque lumière sûr ce chaos. Son heureuse rencontre avec Kadou , natif d'Ouléaî, et plus tard avec

don Luis Torrès a Gouaham, lui donnèrent la possibilité de recx)nnattre l'identité de quelques nouvelles découvertes avec les anciens noms ; mais, dit Liitke, le manque de notions certaines laissa toujours un vaste champ ouvert aux conjectures, dans lesquelles le savant voyageur ne fut pas toujours heureux :

ainsi , par exemjile , sa com[)araison du groupe d'Ouléai avec celui de Lougoullos manque entièrement de justesse; car les noms du premier appartiennent à de petites îles qui forment un petit groupe, et les derniers sont les noms de groupes séparés, dont quelques-uns sont plus grands qu'Ouléaï tout entier. La carte qu'il a publiée, ainsi que celle de Cantova, n'a pas été d'une grande utilité pour la géographie.

Pendant que M. de Chamisso écrivait ses intéressants mémoires sur les îles Carolînes, la corvette française ruraniey traversant cet archipel du sud au nord, reconnut trois de ces îles , Sooug , Poulouot et Fanadik , auxquelles furent alors appliqués leurs véritables noms, quoiqu'elles eussent été déjà vues auparavant par des navi-

§ateurs européens. Dans son séjour de eux mois à Gouaham, le capitaine Freycinet put profiter, à un bien plus haut degré que son prédécesseur Chamisso , des journaux et des informations verbales de don Luis, et il eut en outre l'occasion de recueillir plusieurs renseignements des Carolins qui se trouvaient aux îles Mariannes. Le chapitre sur les îles Carolînes, dans le voyage de l'Uranie, contient beaucoup de notions ethnographiques très-curieuses; mais il manquait encore une base solide pour résoudre en un seul système . général les connaissances géographiques de ces insulaires, et voilà pourquoi la carte annexée à ce voyage était encore imparfaite.

Quelques années après , le capitaine Duperrev, traversant Tarchipel des Carolînes de l'est à l'ouest, détermina la position de quelques fies et de quelques groupes, et, entre autres, de Hogoleu (Roue sur la carte de Liitke) , de Sataoual (ou Sotoan) et dePyghella. Vint

ensuite le capitaine D. dTJrville oui reconnut nte Gouap et recueillit des indigènes d*Elivi des renseignements 8ar leurs îles.

Tel était Fétat dans lequel se trou- Tait la géographie de Tarchipel des Carolines, lorsque le Séniavine entreprit son exploration.

I^ous ne saurions mieux terminer

?[u'en ajoutant les excellentes observaions du capitaine Ltilke sur Teasemble.de cet archipel et sur ses propres travaux :

«Les notions et les reconnaissances dont nous venons de parler, dit le savant et véridique navigateur russe, allégèrent de beaucoup notre tâche, en servant pour ainsi dire de jalons auxquels nous pûmes rapporter nos propres travaux, et surtout les rensei- Snenients recueillis peu à peu dans ivers endroits parmi les insulaires, et à Taille desquels notre navigation put être dirigée de manière à ne laisser que le moins possible d'îles sans détermination. C'est ainsi que les connaissances géographiques des insulaires carolins, insuffisantes pour la science, quoique étendues pour les sauvages, et qui avaient produit une si grande confusion dans les cartes, ont elles-mêmes servi à leur propre éclaircissement.

« Lorsqu'on aura trouvé les points correspondants à la foule de noms d'îles, de bancs, hauts-fonds, etc. , recueillis dans différents temps, on pourra pour lors être sûr qu'il n'y a plus de daneers inconnus dans l'archipel des Carolines; car on peut supposer avec vraisemblance que ces insulaires connaissent tous ces points dans leur ardiipel. Il est très-peu de ces noms»

sur lesqiiels les géographes ont été dans l'incertitude, que nous n'ayons placés.

Késervant pour la partie géographique du voyage les détails de nos recherclies a ce sujet, nous ne mentionnerons ici que les deux ou trois principales.

« Nous entendîmes parler, dans plusieurs endroits, de Tlle haute d'Arao; elle était connue de Floyd, et elle fait partie de la liste de Louïtou ; il ne peut

donc rester de doute spr son exisiiiMe. Cette lie, au dire des Carolins, est située entre Test et le sudk^st de Poutnipet, à la distance de six ou huit jours de navigation ; elle est plus petite et plus basse que cette dernière, et il se trouve entre les deux quelques petits et bas grouj)es où Ton s'arrête pour se reposer. Si , à cette description, qui corres|>ond parfaitement à ia situation respective de Pouïnipel et d*Ua/an, on ajoute encore quils n'indiquent à i>st de Poulnipet aucune autre lie haute que Arao, et qu'il n'est pas vraisemblable que Ualau leur soit connu , il ne restera presque plus de doute sur Videntité de ces deux îles. Mais la circonstance suivante m'empêche de me prononcer positivement à ce sujet tioyd racontait que^ cinq ans avant son arrivée à Roua , une pirogue de œtte lie avait été portée par un vent d'ouest à Pouïnipet, dont les habitants reçurent très-bien leurs hôtes , et qu'ils aifèrent ensuite ensemble avac eux à Arao, où ils échangèrent une quantité de la racine qui donne la poudre jaune. Floyd ajoutait que les Pouïnipètes ont des relations constantes avec Arao, pour se procurer ce;tte racine dont ils ont très-peu, ainsi que des nattes et des tissus. Si tout cela est ?rai , alors Arao ne peut pas être Uaian, parce

?|ue, dans ce cas, nous eussions dû rouver, à ce qu'il semble, quelques traces de nos relations. Tous ces ef* forts, au contraire, pour savoir si tes Ualanais connaissent quelques autres îles , furent toujours inutiles. On disait aussi qu'il n'était pas permis aux autres ijisulaires qui venaient a Arao de parcourir librement cette Ile. Gela non plus ne ressemble pas à Ualan. Ainsi, c'est une question qui doit rester encore douteuse, jusqu'à ce que le temps l'ait éclaircie.

« Kadou fait mention du ba8«grcmp« de Taroa, et nous en entendîmes aussi parler à Lougounor et dans d'autres endroits. Nous ne pouvons, même approximativement, déterminer sa position , sachant seulement qu'il est situé au sud de l'île Arao.

«Nous avons déjà parlé de l'île ou du

OCÊANIE. 9r5

(groupe Py^lram. D'après les infor- pendant pat être tans intérêt, à danse mations reçues à Louiiounor, il est de la grande différence qui existe eoti^e situé directement au sud de ce dernier la population contenue ici sur un esgroupe, et au sud-ouest | ouest de pace carré de terrain, et celle que l'dn Mougouor; par conséquent, pnr 206* 7 y trouve dans les autres pays. Nous de loni^itude, et par envirou 2» 20^ de supposons la population des lies bass(|s latitude uord. ainsi qu'il suit :

«La position des îlots Pig et Orolong hnmti uHâ.

esta peu près connue : le premier est ^''^l^^ ; ^H

$itué entre Fanadik et Pygheiia, et ^îmôloak !.'!." 'i ".'.!! !'i!!!.'i*.! 4°

Je dernier à Test du groupe I^louri- Wamonouiio.... <5«

ieu; il ne sera donc pas difficile de N-mourrek ei Éuto i««

1 7 '^ Oliiiiarao lo

les trouver. iMouk iSo

«Toutes ces îles une fois reconnues , uourypyk So

on pourra regarder la découverte de Sorroiia' ^1"

rarchipel des Carolines comme entière- «""rûeu. .' .' '. '. '. '. ,' .' .*.'!!.'.*.'.'.'.'!.'!!!" xSo

ment terminée. Sans compter les îles rananoo iSo

d'Yap et de Pallv, jusques auxquelles ^"V:; '•"

notre exploration ne s est pas étendue, n^g qae uni.» n'av«,s pas tdcs :

Parchipel des Carolines se com|)ose de PaUiap «t ira ne* ati<>n«iitpt. êo

quarante-six groupes , renfermant jus- iZ^^'* ^' ^ capitaine Freyeinti.. . .^i, m'a quatre cents îles (*). Dans les sa t" 3 V. ".*.*.*.'.".'.". '.'//. *.'.'. '.".*.*.!!!!! 40 deux campagnes du .SVmayme, il a été s«roi 3o

reconnu vingt-six groupes ou îles se- ST^hf"^ ' î So

parées, dont dix ou douze sont de 78 "•« » «»

nouvelles découvertes : archipel, ce ^**'**' '^^*

semble, assez considérable! N'est-il «Ce calcul est fort éloigné, tant des

donc pas étrange de dire que si, en indications du chef cardin Louïto,

exceptant les hautes îles d'Ualan , de que de la notice trouvée par le capi-

Poumipet et de Roug, on réunissait faine Freycinet dans les arcliives de

toutes les autres, et qu'on les plaçât h ville d'Agagna, et basée sur les in-

ainsi au haut de la flèche de Pétro- dications d^in autre chef , parce que

pvlovsky , elles couvriraient à peine les unes et les autres sont exagérées

tout Samt-Pétersbourg et ses fau- outre mesure. Citons un exemple:

bourgs! Telle est la formation des îles Dans le seul groupe de Namourrek,

de corail. Les longueurs de toutes les le premier compte mille quatre cents

îles basses, ajoutées ensemble (je ne individus, et le dernier deux mille;

compte pas les récifs), forment vingt- tandis que les trois groupes contigus,

cinq milles d'Allemagne ; la largeur de étant pris ensemble, contiennent moins

très-peu d'entre elles va au delà de cent d'une verste carrée, et ne peuvent

toises, et la moitié sont encore au- certainement pas nourrir plus de trente

dessous de cette mesure. En prenant familles. En ce qui concerne les prin-

la moyenne de cent toises, on aura cîpaux groupes, comme Lougounor,

une surfac-e moindre qu'un mille carré Ifalouk , Ouléaî, Mourileu , etc. , ainsi

d'Allemagne. que l'île de Fais , notre calcul ne s'é-

«II est difficile ici, comme partout, loij;ne probablement pas beaucoup de

de déterminer la population. Un cal- la vérité, cul , même approximatif, ne peut ce- «Pour les autres, nous avons dû éta-

n Grice à l'étendue que nous ayons don- ^^'^^ P^r approximation , OU d'après le

née à cet arcliî|»el . cii y comprenant les îles nombre des pirogues que nous ïivons

Péiioii cl leurs annexes , ain:»i que les grou- vues , OU sur la comparaison de l eten-

pes de Raiik et de Kadak. et le grand diiedeterritoireavecd'autres endroits.

grou|>e de OUb«-i, uoq? en trouvons envi- Ainsi, toutes les îles basses, depujs

ron 600. C. L. u. R. Ualan jusqu'à Mogmog , peuvent coû-

aie

LnDNIVERS.

tenir deux mille cinq cents hommes fiiits, et des deux sexes environ cinq mille âmes, sans compter les enfants.

Nous comptâmes à Ualan huit cents individus des deux sexes , et à Pouïnipet environ deux mille. Nous n'avons aucun renseignement sur la population de Roug. D'après sa grandeur , on ne peut Festimer à mille mdividus. Ainsi, la population de tout Tarchipel des Carolines (excepté Éap et Patly ) serait d'environ neuf mille âmes.

«La population des ties paratt, au premier coup d*œil , au-dessus de toute proportion avec celle de grandes ties, puisqu'elle donne cinq mille individus par mille carré. Cela dépasse de beaucoup les parties les plus peuplées de l'Europe. Mais la population des îles de corail ne peut, en aucune manière, être comparée avec la population d'un continent. Là , d'après le principe ordinaire d'arithmétique politique, on ne fait point entrer en compte les deux tiers du territoire, considérés comme stériles et inhabitables, et malgré cela l'on suppose qu'un mille carré peut nourrir trois mille individus. Il n'y a point d'endroits stériles sur les îles de corail. La bande étroite dont une Ile est formée est entièrement couverte de plantes et d'arbres à fruit. La mer baigne le pied des cocotiers, dont les cimes, cnarcées de fruits, pendent souvent au-dessus de l'eau à quelaues toises du rivage. Ce que nous appellerions un marais, est le terrain le meilleur pour diverses plantes dont les racines donnent une substance forineuse (arum esculenium et mor crorAiso», tacca pinatifida. etc.).

La disproportion devient par là moins grande. Mais si nous ajoutons les ties hautes, dont trois seulement sont connues dans cet espace, la proportion change alors entièrement. Llle d'Ualan contient un mille et demi carré ; Pouînipet six milles carrés. L'étendue de Roug n'est pas exactement connue ; mais on peut supposer gue les deux ties sont une fois et demie plus grandes que Pouînipet, c'est-à-dire, que leur -surface est de neuf milles carrés; toutes ensemble donnèrent seize et

demi , et avec les îles basses , éuMept milles et demi carrés , ou cinq cent?

individus par mille carré; ce qui est moins que dans tous les États de FEurope , la Russie et la Suède exceptées. Cela provient de ce que, dans les Iles hautes, les bords de la mer sont seuls habités , et que l'intérieur n'est qu'un fourré impénétrable. »

OBSERVATIONS DU CAnTAOrB UJTKB SUR L'ORIGINE ET LE GARACTÈBE DES CÂBO- LINS.

Les habitants, non-^eulement de l'archipel des Carolines prooreroent dit, mais encore ceux de laroiipd de Radak , situé plus loin vers l'est , et peut-être aussi ceux des ties Mariannes, ainsi que l'indique la comparaison de leurs langues, sont les rejetons d'une seule et même race. Tous les voyageurs et ethnographes, autant que je sache, sont, au reste, d'accord à ce sujet, mais les opinions ne sont pas aussi concordantes relativement à la souche de laquelle ils sont sortis. Le docteur Chamisso les regarde comme étant de la même race malaise que toutes les tribus qui peuplent la Polynésie orientale ; opinion partagée également par le célèbre Balbi. Un voyageur généralement considéré, M. Lesson, les rapporte , au contraire , à la race mongole, en faisant d'eux un rameau particulier, qu'il appelle Mongolo-Pélagien.

Cette opinion s'appuie principalement sur deux considérations : la constitution phvsique des habitants (la rition obfique des yeux, la couleur corps jaune clair ou citron ) et les traces de quelques coutumes et de quelques arts; le pouvoir des chefs, I oppression des classes communes , les chapeaux de formes chinoises , les tissus, la boussole, la vernissure des pirogues. Le savant voyageur auquel on doit ces observations sur les Carolins, les n principalement puisées à rtle d'Ualan , aux habitants de laquelle ces remarques sont en effet appliâbl es en partie. Nous remarquâmes aussi parmi les hommes de cette Ile quelques individus qui avaient les yeux étroits

et obliques (oomme, par exemple, Kéiia,'aont il est si souvent question dans notre récit); mais la plus grande partie d'entre eux avaient une figure tout autrement conformée-, et parmi les femmes, nous ne trouvâmes pas là une seule physionomie mongole.

Les cfae£s de cette île passent dans leurs maisons leur vie oisive et insoudante, ne s'exposent que rarement aux ardeurs du soleil , ou a la froideur des vents; JoUk pourquoi la couleur de leurs corps est moins foncée que celle de leurs vassaux, dont la peau châtaine ne diffère en rien des autres peaux derOoéanie. Nous 'avons aussi parlé en son lieu de l'assujettissement des Xalanais à leurs chefs. Mais quand même les remarques de M. Lesson seraient justes dans toute leur étendue, relativement à tous les habitants d'Ualan, la question, malgré cela, ne serait encore qu'à moitié lisolue; car, en les appliquant aux autres Carolins , nous trouverons de grandes différences. Leurs grands yeux saillants, leurs lèvres épaisses , leurs nez retroussés présentent un contraste frappant avec la physionomie des Japonais et des Chinois , et une grande conformité , au contraire, avec les physionomies des habitants des ties de Tonga et de Sandwich; conformité aue nous trouvâmes s'étendre à tout leur extérieur.

La couleur châtaine de leur corps n'est pas même cachée sous la couche de jaune dont ils se frottent.

La gaieté bruyante qu'ils manifestent tous en général , l'égalité qui règne entre eux, le pouvoir extrêmement borné des tamols , ne permettent pas d'apercevofr même des traces de la servilité mongole.

La manière dont ils préparent leurs tissus (voy. j9/. 294), est tout à fait différente de celle qui est en usage dans rOoéanie orientale, et atteste sans aucun doute qu'ils descendent d'un peuple chez lequel les arts florissaient ; mais ce peu|)le pouvait tout aussi bien être de race indienne que de race mongole. Leurs cha^ux coniques ressemblent beaucoup a ceux des Chinois , et Ton nepeut s'empêcher de croire, en les

ocÉÀNiE. air

voyant, que c'est d'eux qu'ils les ont empruntés ; mais ils ne prouvent pas plus leur origine chinoise, que leurs . manteaux, semblables aux ponchos de l'Amérique du sud , ne prouvent qu'ils sortent de la race des Araucanos , ou que les casques et les manteaux trouvés aux tles Sandwich ne prouveraient que leurs habitants sont les descendants des Romains. On peut en dire autant des longs ongles que nous remarquâmes sur quelques chefs loufounoriens ; qu'il leur aura été facile 'emprunter ces coutumes chinoises aux fies Philippines , couvertes d'émigrés de cette contrée, ou même de quelques Chinois jetés accidentellement sur leurs tles. Ce même voyageur parle de la boussole en usage chez les Carolins. Si cet instrument eût été trouvé chez eux par les [)pemiers Européens qui les visitèrent, il y aurait alors fortement lieu d'en conclure qu'ils descendent des Chinois , qui le connaissaient bien avant les Européens; cependant, encore à présent, les Carolins , qui visitent annuellement des colonies européennes et des bâtiments qui passent devant leurs îles , ignorent entièrement l'emploi de la boussole, et ne la connaissent que parce qu'ils la voient sur ces navires. Le lustre que les Carolins savent donner à leurs pirogues est aussi considéré comme une des traces de l'art des Chinois et des Japonais, et il faut convenir, en effet , que leurs pirogues légères , jolies , ressemblent oeaucoup plus à la vaisselle vernie de ces derniers qu'à leurs laides et lourdes jonques.

Enfin , si le Japon était le berceau des Carolins , on ne saurait com-

{^rendre comment toutes les traces de eur langue primitive auraient pu si complètement s'effacer. Dans notre recueil de mots des divers dialectes carolins , il ne s'en est trouvé que deux qui aient quelque idée de ressemblance avec des mots japonais ; savoir Utij mamelles (en japonais tsi-tsi), et Jouent mas y feuille d'oranger, ressemblant à k/ou-nen-bOy qui en japonais signifie orange. On y trouve, au contraire, plus de vingt motî, ou qui sont tout à

ai8

rtJJNlVLUS.

fait les mêmes, ou qui ont une grande ressemblance avec des mots de la langue des îles de Tonga. Des dix princicipaux noms de nombre de cetie der-^ niere langue, il n'y en a pas moins de sept qui sont les mêmes que les noms correspondants dans les dialectes carolins; et ce qui est remarquable, une partie d'entre eux a plus de ressemblance avec les noms ualanais, et une autre partie avec les noms lougounoriens. Kadou, né à Ouléaî, après quelques jours de communication avec les habitants des îles Sandwich, put s'expliquer librement avec eux. En pesant toutes ces considérations , on ne peut gu'étre convaincu que le^ dialectes carolîns dérivent de la môme racine que la langue des îles des Amis , Sandwich et autres, c'est-à-dire, de la racine malaise.

Les pirogues , les instruments , même plusieurs coutumes et cérémonies, non moins que Tapparence extérieure des Carolins, rappellent les insulaires de la Polynésie orientale. Les pirogues des uns et des autres portent également un balancier d'un côté, sont pourvues d'une voile de nattes triangulaire et de pagaies , et ont la poupe et la proue semblables ; et si les uns décorent leurs

Îârogups de figures sculptées et d*aures d'un vernis; si les uns joignent ensemble deux pirogues afin de pouvoir porter un plus grand nombre de guerriers, tandis que d'autres rendent les leurs capables (Tentreprendre des voyages lointains , nous trouverons la cause évidente de cette diversité dans la direction différente qu'a prise leur civilisation. Les uns se sont adonnés exclusivement à la guerre, et Ips autres à la navigation et au commerce; chez les uns, la pensée dominante est la eloire; chez tes autres, le gain; de là la différence de mœurs, et peut-être aussi cette circonstance remarqual3le, que les Carolins ne connaissant pas 1 idolâtrie, si générale dans les autres archipels , leurs entreprises pacifiques , auxquelles les passions n'ont point de part, ne peuvent qu'être agréables à l'Etre suprême, et ne demandent pas de sacrifices sanglants; leur succès dé-

pend de leur propre habileté, et Us n'ont par conse-^uent pas bt^soin de recourir à des divinations sanguinaires pour interroger le sort. Les mènes haches de pierre et de coquillage, les mêmes hameçons, le toi des Carolins et le marb des Océaniens orientaux, les danses -pantomimes très -ressemblantes , le même moven de se procurer du feu , la cuisson des fruits dans Ja terre, le séka à Ualan, et ie kava à Taïti et autres îles, préparés /un et l'autre de la racine d'une espèce de

K)ivrier, tous ces traits de res&emance seraient- ils donc l'effet du busard ? On pourrait citer beaucoup d'autres exemples; mais il semble que c'en est assez pour convaincre que les ))eupies dont nous parlons sortent d*une même souche, ^ous devons seulement remarquer encore que les Carolins, tant dans leur apparence extérieure que sous d'autres rapports « ont plus de ressemblance avec les habitants des Iles de Tonga qu'avec les insulaires des autres lieux de la Polynésie. Dans les maisons particulièrenient consacrées 'à la Divinité, il n'y a point, aux Iles de Tonga, de sculptures d'idoles dilformes; leurs prêtres ne forment point une classe distincte, mais se confondent avec les autres classes; la mémoire des chefs décédés se conserve parmi leurs descendants, et leurs tombeaux sont regardés comme sacrés; les hommes se conduisent avec égards envers les femmes et ne les surdiargent pas de travaux; les femmes se distinguent par leur chasteté et \cut attachement à leurs maris , et les deux sexes par une pureté de mœurs qui n'est pas ordinaire dans les îles de là Société, de Sandwich et autres; ils observent dans leurs entretiens une décence et une politesse particulières: tous ces caractères de différence entre les insulaires de Tonga et les autres sont autant de traits de ressemblance entre eux et les Carolins. On peut encore ajouter à cela les cérémonies observées en buvant le kava à Tonga, et ie séka à Ualan.

Un examen circonstancié de leur état politique, de leurs idées reiigieti-

OCÉANIE

ses, de lears traditions, de leurs (U)nfiafssances et de leurs arts, courrait nous conduire plus sûrement à la découverte de leur origine; mais nous manquons jusqu^ici d*une base suffisante pour un pareil examen. Il n^est pas Traisemblable que la passion pour les courses niaritiiucs lointaines, souvent avec (les fanirlles entières , et sans Butre but que celui de s'amuser sur une autre Ile, que Tobservâtion des étoiles, indispensable pour ces entreprises, la division de rhorizon, Tobservation des périodes lunaires, il n*est pas vraisemblable, dis-je, que tout cela ait originairement pris naissauce parmi des peuplades disséminées à de

§rands intervalles Tune de Tautre sur es îlots de corail, qui ne pouvaient que faiblement fournir à leur existence, flous sommes persuadés qu'ils doivent descendre d*un peuple cbez lequel la civilisation avait déjà fait de grands progrès, d'un peuple commerçant, navigateur; et ici la vraisemblance nous indique de nouveau la race indienne passionnée pour les voyages, plutôt que les Chinois et les Japonais qui na quittent point leurs foyers (*).

Les voyages maritimes des Carolins sont dignes d'exciter Tétonnement. Outre une grande audace et même de la témérité , ils exigent la connaissance détaillée des lieux. Ces insulaires déterminent avec une exactitude surprenante la position respective de toutes les îles de leur archipel, ainsi que nous pûmes nous en convamcre par plusieurs expériences; mais quant aux distances, leurs indications sont beaucoup plus vagues:

ainsi que tous les peuples encore dans

(*) Llionorable M.Liîlke commet ici nne double erreur. Les lois de Manou défendent aux Hindotis d« quitter leur pays. Les ('hi- IKMJ, au conlraire, voyagent dans fouie l'AKie, et surtout dans la Blalaisie où ils se sont cialiiis, malgré les lois proliibilives de Tempire. Les Japonais ont eu jadis des relations fféquontes avec les Philippines , la Polynésie et une partie de la Miejonésie, qu'ils ont peut-être culoaisées, et dont les habitants seront reiourocs au Japon, à Tépoque de U perséculioa des chréUeos par le gouver- ': de ce pays. G. L. D. R.

ren&nce de la civilisation, fis n'ont pour cela qu'une seule mesure incertaine et variable, la durée du voyage.

D'Ouléaî à Feîs , la distance en ligne droite est de quatre cent dix milles; ils comptent avec un bon vent deux jours, et par un faible vent trois Jours de navigation ; quatre jours pour le retour, parce qu'il faut louvoyer; de ftfogmog cina jours; d'Ouléai à Namourrek, cent cinquante milles, deux jours.

Toute distance au-dessous de cin-

iiuante milles est comptée pour un our. Tune fut-elle deux ou trois fois moindre qu'une autre. Les accidents sont moins fréquents qu'on ne devrait s'y attendre dans un pareil genre de navigation ; ils ont lieu surtout dans les mois où il n'v a point de fruits à pain, qui répondent aux mois d'hiver de l'hemisplière boréal. Les fortes tcm|)étes n'arrivent que deux ou trois fois par an ; mais alors quelques

f)irogues deviennent ordinairement eurs victimes* Il y eut en novembre une de ces tempêtes : elle commença du sud, et passa, par l'ouest au nora, sur le groupe de Mourileu et sur ceui du voisinage; elle renversa un grand nombre d'arbres à pain et dispersa plusieurs pirogues. Dans cette saison les' Carolins ne vont en mer que sur les grandes pirogues ; mais en été ils y vont même avec les petites qui ne portent pas plus de quatre hommes. Ils tâchent de choisir pour leur navigation un temps sûr et le clair de lune. La nuit ils gouvernent d'après les étoiles et la lune ; le jour d'après le soleil. Si le ciel se couvre de nuages, ils se dirigent d'après le vent jusqu'à ce que le temps s'éclaircisse, et c'est le plus sou« vent alors qu'ils s'égarent de leui route. Ils n'ont point de remarques sûres pour prévoir l'état du temps; mais ils ont en place des sorciers qui , en chantant et en agitant un paquet d'herbes attaché au lK)ut d'un bâton, sa* vent disperser les nuages. Ces moyens leur suffisent ordinairement, parce que ce n'est que dans des cas très-rares que leur navigation avec un vent favorable dure plus de trois jours; en louvoyant contre le vent ils risquent

moins de manquer le lieu quils cherchent, et sMI leur arrive de le dépasser, ils tombent tôt ou tàn\ sur quelque autre île et s'orientent alors de nouveau. Mais si par malheur ils ne rencontrent aucun des groupes jusqu'à Celui de Lougounor, et qu'ils viennent à le dépasser, alors , en continuant de louvoyer, ils peuvent aller Dieu sait où, piarce que les ties à Test de ce groupe sont très-éparpillées. C'est par un Je ces accidents que Kadou fut porté jusqu'à Radak. Il n'avait pas besoin pour cela de rester huit mois en route comme il le raconte. Dans la proportion suivant laquelle ils louvoient [K)ur aller de Mogmog à Ouléaî, il pouvait s'élever en moins d'un mois d'Ouléaï à Radak. Il me parait physiquement impossible de pouvoir se soutenir en mer pendant nuit mois sans aucun moyen. Mais il ne serait point étonnant, dans la situation où se trouvait Kadou, que même huit semaines aient pu lui sembler être autant de mois. Leurs provisions de bouclie consistent en fniits à |)ain frais et fermentes (le houro) et en jeunes cocos. Ils prennent le houro en cas qu'ils viennent à s'égarer de leur route et à être portés sur quelque île déserte où il n'y aurait point d'arbres à pain; mais l'approvisionnement des fruits à pain frais est calculé pour toute la durée de la navigation. Pour les cuire, ils placent au milieu de la pirogue des corft>eilles remplies de sable, dans lesquelles ils allument le feu. Ils ne prennent que peu d'eau douce dans des écales de coco.

Il n'y a sur les pirogues ni mâts, ni vergues de rechange; leurs voiles de nattes sont si fortes que la vergue^ romprait plutôt que la voile ne se déchirerait. Dans les vents violents ils en diminuent la chute par le haut. Ils n'emploient aucune es[)èce d'ancre; pour retenir la pirogue ils l'attachent aux pierres avec des cordes; là où il n'y a point de pierres à découvert , ils plongent et attachent la pirogue à celles gui sont sous l'eau , pourvu que la protondeur le permette. Pour leur tacillter cette opération, Floyd leur conseilla d'employer les pierres au lieu

d'ancre, et tâcha de leur enseîaier à faire un nœud coulant; ils s'en tinrent pourtant toujours à leur ancien et pénible moyen. Dans les traversées de courte durée ils ne se couchent point pour dormir; €t si la navigation est de quelipies jours, ite vont dormir, sur les petites pirogues par un, sur les grandes par deux, mais jamais plus, sous le toit qui couvre le balanci^. Par un grand sillage, deux, trois et même quatre hommes. doivent être au gouvernail. L'action de gouverner la pirogue exiee une attention continuelle.

Leurs chefs sont ordinairement les premiers pilotes; voilà pourquoi, dans Quelques endroits, pour s'exprimer à 1 européenne, ils appelaient leurs dbieb poulot (pilote).

OPINION OB L'AUTEUR SUE UORIOINE . LB ' CARACTÈRB BT LES LANGUES DES GABO- LINS , BT LEUR RBSSEUBLANCE AVEC LES POLYNÉSIENS.

Les habitants de l'ardiipel des Carolines forment un ensemble de nations qui sont diversement liées par les mêmes arts et par les mêmes coutumes , par des dialectes divers, mais dont le fonds est semblable, moins simples que ceux de la Pol vnésie orientale , et ayant beaucoup d'affinité avec la langue uaya de Kalémantan ou Bornéo; par une grande habileté dans la navigation et dans le commerce. Ils forment des populations paisibles et douces, n'adorant aucune idole, vivant des bienfaits de la terre sans posséder d'animaux domestiques, offrant à d'invisibles dieux les prémices des fruits dont ils se nourrissent.

Leurs danses et même leurs cases ressemblent à celles des Dayas. Ils construisent les pirogues les plus ingénieuses , et font des voyages lointains à Taide de leurs grandes connaissances des moussons, des courants et des étoiles.

On peut distinguer la partie de l'archipel des Carolines qui s'étend depuis les fies Mortlok jusqu'au groupe Oulévi , et qui est proprement habitée par un peuple navigateur et commerçant.

OGÉÀNIE.

Les antres de la même race, qoi habitent plus à l'est, n'ont point avec eux de communications régulières , et ceux qui TiTent plus loin, vers i*ouest, quoiqu'ils reçoiTcnt des étrangers , n'entre- Srennent cependant pas eux-mêmes es voyages. Quant aux habitants de Pomnipd, ils appartiennent à la race papooa.

Les habitants des groupes de Ralik et de Radak, ainsi que ceux du grand groupe de Gilbert, appartiennent à la même race, et ne cfiuërent pas plus des Carolins (voy. p//293), que les habitants des diverses ties comprises dans r^pace que nous avons déterminé, ne difrerent entre eux.

Il nous est démontré, soit par ce one nous avons dit dans notre Taoieau général de POcéanie et dans y Aperçu de la Polynésie y soit par ce

rnous avons extrait du voyage Séniavine. que la ressemblance entre les Carolins et les autres Polynésiens est également incontestable.

£n effet , on trouve dans les Carolines comme dans le reste de la Polynésie, le tatouage, le mode de faire la guerre et la paix , quelques exemples d'anthropophagie , la manière de saluer, le culte des esprits , et même le taboQ , sous le nom de tapou à Ouléa, de penani aux Carolines propres , de maternai à Gouap , d'émo aux lies Kadak, et de tabœd à File du Bouc, ainsi que l'assurent Kotzebiie et Choris. Lîes maisons des Carolins (voy.

pi. 296) sont construites de la même manière. Le {|ouvoir immense des cbefis, la division en classes, leurs ustensiles et leurs armes (voy. n/. 296} et Fignorancede l'arc et des flèches, leur loi qui ressemble au maro des Poljrnésiens orientaux, les danses pantomimes à peu près semblables, le même moyen de se procurer du feu , la cuisson des fruits dans la terre, l'usage de la boisson enivrante du kava qui y conserve quek|uefois ce nom et plus souvent le nom de séka, les lois d'une certaine étiquette, etc.; tout nous prouve que les Carolins et les Polynésiens ont une même origine, et cette origine nous l'avons indiquée

chez les Dayas, dont les ooatomes primitives leur auront été apportées par les Bouguis, ainsi qu'ils ront fait dans le reste de la Polynésie, avec cette difTéreoce que les Carolins sont moins superstitieux , moins cruels et moins luxurieux que la plupart des Polynésiens , et qu'ils sont à notre avis le peuple le plus doux et le plus pacifique, non-seulement des tIes du grand Océan, mais peut-être du monde entier.

AAGBIPEL DB ROGGBWBBN.

En attendant que nous connaissions les noms que les indigènes donnent aux principales terres qui avoisinent les tIes dont nous allons parler, nous avons cru devoir les grouper en un ûisceau, et leur donner le nom de cet ancien navigateur. Notre archipel de Hoggeween se composera des îles suivantes , savoir : Malden, Starbuck, Caroline, Flint , Penrhyn , Pescado , Humphrey, Rearson, Souvaroff, Danger, Solitaire, Clarence, York, Sidney, Birney, Mary, enfin les îles de Gardner et d'Arthur, et plusieurs autres dont nous ne donnerons qu'une courte description, parce que queluues-unes n'ont pas été retrouvées , et que la plupart n'ont pas été visitée»!.

L'Ile Malden fut découverte par le capitaine Byron, le 29 juillet 18!^5.

C'est une terre basse, boi3ée, entourée de brisants dans son circuit de douze à quinze milles; à l'époque delà découverte, elle était déserte, mais elle offrait des traces d'habitation antérieure. On y voyait de vastes plateformes carrées en maçonnerie die coraux taillés à main d'homme, et s'élevant par assises, avec une pierre au centre qui figurait vraisemblablement un autel. Leur forme rappelait les moraïsde Nouka-Hivaetde Taîti« La situar tion de cette tle est par 4* de latitude sud et 157030' de longitude ouest. Une liste américaine de plusieurs tIes du grand Océan place à mi-chemin, entre Malden et Nouka-Hiva, une tle dont l'existence est douteuse.

L'Ile Starbuck fut découverte en (823 , par le capitaine de ce nom ,

L^UNIVEUS.

tandis qu'il traMportait en Europe Rio-Rio et sa femme, roi et reine des îles Haouaî. Byron la revit en 1826.

Ce dernier assure qu'elle est plus stérile que Malden , et qu'elle n'a pas un seul arbre. Elle glt par 6»68' de latitude sud et iô7» 26' de longitude ouest.

En 1795, Broughton découvrit Ttle Caroline» Arrowsmith prétend qu'elle fut revue par Bass, peu d'années après. Paulding y aborda en 1825, et c'est à lui qu'on en doit la meilleure description.

L'île Caroline est une terre basse de peu d'étendueet entourée de brisants, ayant six ou sept milles de longueur sur une largeur médiocre. On y voit quelques grands arbres, mais beaucoup plus d'épaisses broussailles ; elle offre partout des traces d'industrie sauvage. Sa situation est par 9°6.V de latitude sud et Iô2o20' de longitude ouest. C'est la même île que quelques baleiniers viennent de signaler sous le nom de Tbornton.

Le docte amiral Knisenstern croit que rile Flint a été découverte en 1801 et la place par 1 rsCT de latitude sud et 154<'80' de longitude ouest. Quelques géographes ont pensé que c'était l'ancienne Pere^rino de Quiros.

Le capitame Sever , commandant la iady Penrhyriy fut le premier qui aperçut les fies ^ui ont re^u le nom de son navire; mais Kotiebiie les visita en 1816, et communiqua avec les habitants. Ce groupe se compose de diverses îles basses, couvertes de cocotiers et d'autres arbres , et assises sur un banc coralligène. Le navigateur russe fixa leur centre par »*'2' de latitude sud et ISO^'ôd' de longitude ouest.

"C'est le 30 avril , dit M. de Kotzebùe, que nous aperç^dmes les îles Penrhyn , formant presque un cercle, et liées les unes aux autres par des récifs de corail. Comme nous les avions supposées inhabitées, nous filmes agréablement surpris en voyant s'éle- Tcr de différents endroits des colonnes de fumée qui prouvaient oue notre supposition était fausse. A l'aide de nos télescopes, nous distinguâmes en «Set des nommes sur le rivage. Le

lendemain , nous étant approcbéi | là distance de deux milles , nous vbnes venir à nous un grand nombre de ca* nots montés chacun par douze à quinze honnnes; au milieu de chaque canot on remarquait un vieillard qui paraissait commander aux rameurs, et qui tenait dans sa main gauche une branche de paUnier , emblème de la paix chez tous les insulaires de la mer du Sud. Lorsque les sauvages furent à peu près à une vingtaine de brasses du Ruricky ils s'arrêtèrent et se mirent à entonner un chant lamentable; puis ils s'approchèrent tout à fait de nous , mais sans vouloir toutefois monter à bord. Il s'établit alors entre eux et nous un commerce d'échange. Ils n'avaient point de comestibles ,- mais ils nous vendirent des ustensiles et des armes contre des clous et des morceaux de fer. Pour cet effet , nous leur jetions une corde, à laquelle ils attachaient avec confiance ce qu'ils avaient, et attendaient patiemment ce que nous leur envoyions de la même manière. Ils s'enhardirent cependant peu à peu; ils cherchaient à voler tout ce qui était a leur portée, sans s'embarrasser de nos représentations, et allèrent même jusqu à nous menacer. Un coup de tusil tiré en l'air eut l'effet désiré. Tous les sauvages se jetèrent à la mer , et y restèrent plongés pendant assez longtemps ; en sorte que le plus profond silence succéda tout à coup a leurs cris, et.

que la mer semblait les avoir engloutis. ^éan moins ils reparurent les uns après les autres , au bout de quelques secondes , quand ils furent assurés que la détonation qui les avait elTrayés n'avait fait de mal à aucun d'entre eux. Depuis ce moment ils se conduisirent avec plus de retenue.

« Ces insulaires sont de la taille des liabitants des îles Klarquises (Nouka- Hiva) , mais ils ont le teint plus foncé. Ils ne se tatouent pas, mais ils s« font sur le dos et la poitrine de longues raies rouges qui leur donnent on air vrain)ent effrayant. La plupart vont entièrement mis; quelques-uns seulement portent autour du corps une espèce de ceinture d'étoffe gr<KS8tère.

OCEANIE.

Suivant toute apparence, Ieurlan«:ue a quelque rapport avec celle des nabi* tants des fies des Amis , car ils comprirent plusieurs mots de cette dernière que nous leur adressâmes. Je ne jugeai pas prudent d'essayer de débarauer, attendu la faiblesse de mon équipage et le grand nombre d*insulatres dont nous étions entourés : jVn coinptai jusqu'à quatre cents répartis sur irente-six canots. Après être restés deux Jours à Pancre, nous ouittâmes les fies Penrliyn , suivis penaant quelque temps par les habitants, qui nous Grent entendre , par toutes sor« les de démonstrations, qu'ils désiraient nous voir revenir. »

Ajoutons h ce sujet le récit de M.

Clioris, dessinateur de Texpédition de Kotzebûe :

« Au coucher du soleil, on aperçut des hommes sur une pointe sablonneuse de la cote septentrionale du groupe de Penrhyn. Le lendemain on Tapproclui, et bientôt quatorze pirogues, dans diacune desquelles on compta de six à treize hommes , s'avancèrent vers nous en ramant. Ils étaient entièrement nus, à Fexception d'une feuille faite de bourre de coco qui leur couvrait les parties naturelles , et qui était attacliée autour du corps par un cordon.

« Le plus vieux de chaque pirogue, qui paraissait en être le chef, sembla nous adresser un long discours, en levant en l'air les mains dans lesquelles il tenait une branche de cocotier, qu'il agitait comme s'il eût voulu nous montrer qu'il ne s'y trouvait pas d'armes.

Ces Indiens avaient une feuille de palmier nouée autour du cou , apparemment eu signe de paix : cependant chaue pirogue était pourvue de piques et le lances très- longues. Ces pirogues, construites avec plusieurs morceaux de bois cousus ensemble, avaient des balanciers.

« Ces Indiens étaient d'une couleur brune claire. L'ancien de chaque pirogue avait beaucoup plus d'embonpoint que ses compagnons : il était gros et gras; quelques-uns d'eux avaient l'ongie de chaque pouce presque aussi long que ce doigt.

« Enfin, ils accostèrent notre bâtiment, et les échanges commencèrent; ils nous donnèrent des cocos pour du fer, surtout des clous; ils vendirent aussi des hameçons de nacre de perle, absolument semblables à ceux des tles Sandwich. Ils finirent même par se défaire de leurs armes, quand Ils n'eurent plus autre chose à troquer contre le métal qui faisait l'objet de leurs désirs.

« Plusieurs de ces Indiens commencèrent à arracher tout le fer du canot amarré à l'arrière du bâtiment; ils s'étaient même emparés de la gaffe. On leur cria de cesser, en se servant du mot tabou, pour leur faire comprendre qu'ils ne devaient toucher à rien : l'inutilité de cette remontrance força de leur tirer deux coups de fusil à poudre; aussitôt ils se précipitèrent tous dans l'eau , et jetèrent ce qu'ils avaient pris; revenus de leur frayeur, quand ils virent qu'ils n'avaient pas de mal, ils ne voulaient plus nous remettre les objets pour lesquels ils avaient déjà reçu ce que nous leur donnions.

« Le ressac était si fort sur le rivage , le temps si variable, et les rafales se faisaient sentir si souvent, que nous renonçâmes au projet de descendre à terre; on s'en éloigna; plusieurs pirogues nous suivirent pendant longtemps, et finalement, ne pouvant nous rejoindre, retournèrent vers l'île. La pluie ayant commencé à tomber, plusieurs msuiaires se couvrirent les épaules de petits manteaux de feuilles de cocotier tressées, et qui étaient si courts qu'ils descendaient à peine jusqu'au milieu du dos.

« Ces Indiens n'étaient pas titoués;

?[uelques-uns avaient pourtant la poirine et les bras tailladés avec régularité, en lignes parallèles; d'autres avaient la tête ornée de plumes defré^ aaies (*), les cheveux très- courts, la barbe assez forte. »

Arrowsmith aconservé VWePescado sur sa carte; mais nous la considérons comme douteuse.

Les îles Uumphrey et Bearson pour-

*) Oisran de mer.

raient bien avoir été confondues avec la première. Rearson et Humphrey ont pour découvreur Patrickson , qui fes ?it en 1822, et les signala comme des Iles basses et habitées , situées par 10'*32' de latit. sud et IGS^'IO' de long, ouest.

Les iïesSouvarof/y auxquelles le lieutenant Lazaref donna le nom de sou navire, sont un groupe de petites îles situées par IS^S' de latitude sud et 16â«5' de longitude ouest.

Les Ues Danger ^ vues par Byron en 1765, paraissent identiques avec Tîle Solitaire, signalée par Mendana en 1595. Elles forment un groupe de trois fies basses bien boisées, peuplées et ceintes de brisants dangereux qui s'étendent à plus de 4 lieues de terre du côté de Touest. Suivant ce capitaine , qui, au reste, ne put communiquer avec les naturels , la latitude de ces Iles est de lO*" 15' nord ; leur longitude présumée est de 168" 18' ouest; mais cette indication est peut-être inexacte.

L*lle Claren4:e fut découverte en 1791 par le capitaine Edwards, qui n'y aborda point, et visitée en 1825 par fe lieutenant américain, depuis capitaine Pauldins. A la vue de Tîle , son navire, le Dolnniriy mit en panne, et fut bientôt entouré par une foule de pirogues, dont chacune portait de 4 à 8 nommes.

Voici l'extrait que d'Urville a donné du récit de Paulding :

« Quand l'une d elles se trouva à portée , on lui lança du navire une corde, afin qu'elle pût s'amarrer le long du bord. Les sauvages prirent le bout de la corde; mais au lieu de s'en servir pour l'usage indiqué, ils en balèrent autant qu ils purent, puis ils la coupèrent; c'était oébuter par un vol bien hardi. Sans s'inquiéter comment on prendrait la chose , ils n'en continuèrent pas moins à pagayer vers le bâtiment, en demandant une nouvelle corde ; et comme on leur opposait un refus formel, Tun des sauvages, homme robuste et intrépide , monta sur le pont. On l'entoura, on voulut lui parler; mais lui, nes'inquiétantderien, mardiant à son but comme si le navire eût été désert , alla vers l'artère , fit

signe à sa pirogue ^ui se plaça à portée; après quoi saisissant tout ce ou'iJ voyait, cages , cordes, ustensiles, fer, plats, vivres, instruments, il jeta tout sans cérémonie à ses compagnons^qoi le recueillaient et le rangeaient dans l'embarcation. Quelques marins ayant voulu réprimer l'impudent voleur , il se fâcha tout rouge, et continua avec plus d'activité qu'auparavant. Alors Pauidins crut devoir intervenir; il frappa légèrement de son mous([uet l'audacieux insulaire; mais celui-ci, sans se déconcerter , saisit le canon do l'arme ; et comme Paulding résistait, il prit Paulding à bras le coips, et aurait tout jeté à la mer, le mousquet et l'homme , si l'équipage n'eût prêté main forte. Le voleur échappa néanmoins ; il se précipita à l'eau , et regagna sa pirogue, ou, triomphant, il s'assit sur son butin. Cet exemple avait mis en goût les autres insulaires. La plus effrontée filouterie se pratiquait sur tous les points. Id , on avait enlevé à un canot son gouvernail en fer ; le capitaine parvint a le reprendre, et le plaça près de lui; mais, au moment où il tournait la tête, l'objet était de nouveau escamoté, et le naturel sautait à la mer avec sa proie. Ailleurs, on menaçait la ligne de sonde, qu'on était obligé de jeter de temps à autre par mesure de sûreté. Ni les menaces, ni les prières n'y purent rien; il fallut procéder au brassiage avec la crainte d'y laisser à chaque fois le plomb et la corde.

« La matinée entière se passa en hostilités et en surveillance semblables. Cent pirogues entouraient toujours le bâtiment, et les insulaires qui les montaient lançaient à bord, de temps à autre. Quelques projectiles, des casse-téte, des noix de cocos; puis ils poussaient des cris aigus el assourdissants. Une noix fort lourde vint frapper à la tête le chirurgien du bord ; sans son chapeau il eût été grièvement blessé. Cette foule d*assailiants ne s'éclairdt que pendant une heure :

un canot, chargé d'aller sonder aux environs et de cnercher un mouillage, venait d'être mis à la mer, et à sa vue

ks pirogues avaient fui dans des dî* mrtions diverses. L'opération ne fut pas troublée; mais quand le canot reprit le chemin du bord , il y eut un iD^tant où , cerné par une foule de pirostues , iJ vit ses rameurs désarmés de leurs avirpns,^et les insulaires brandissant autour d*eux les massifs casse- M^. La situation était critique; un coap de pistolet la dénoua. Un saurase fîit blessé à la main, et le bruit sutit pour écarter les autres. Le canot rejoignit le bord. La confîaiice se ré* tatiliif pourtant , malgré cette voie de fait. Les pirofçues revinrent, le blessé monta a bord , où il fut pansé et comblf* de cideaux. Alors un petit commerce s'établit. Les sauvages échangèrent des nattes bien travaillées, des hameçons, des ornements en cqquiUes et en os , contre des morceaux de fer ou de vieux clous. La bonne foi ne présida pas toujours à ces marchés, et plus d*un insulaire eut Toccasion de prouver encore son adresse dans la prestidigitation. Ces naturels étaient presque tous armés , les uns de longues lances, les autres d'une arme plus courte l^erement recourbée comme un sabre. Les lances étaient longues de 8 à 12 pieds; quelques-unes avaient deux ou trois pomtes garnies, à un^u deux pieds, de rangées de dents de requin solidement assujetties avec des tresses en bourre de coco. Les sabres étaient garnis de la même manière, ce qui rendait leurs blessures redoutables et souvent mortelles. Un petit nombre de ces insulaires était coiffé de quelques guirlandes en feuilles sèrlies de cocotier. Leur vêtement se composait d*une ceinture en feuilles tressées, et d*une natte de 2 à 3 pieds de large sur 4 de long. Le bas de cette natte se terminait par une frange servant à la fois d'ornement et de défense coutre les moustiques qui ationdent dans ces lies. Vigoureux et bien taillés, d'un teint de cuivre, ces naturels sont couverts de cicatrices qui indiquent que Tusage de la lance et du sabre est fréquent parmi eux. Ils portent leurs cheveux longs et tresses en mèches d*an asp et désagréable. Leur barbe

40* Livraison. (Océ\nii.) t. ii.

n*est, en général, ni longue *ni toof* fue. »

Nous avons appris du capitaine Paiilding que Clarence est un groupe dllots bas et boisés, situés sur un récif qui paraît avoir une grande étendue. Au moment d'atterrir sur Plie dont il était le plus proche, ce marin apercevait à peine les îles les plus éloignées. La situation du groupe est par 2* 13' de latitude sud et 173' 60' de longitude ouest.

A quarante milles au nord-est de la précédente, est Fîie York^ découverte par Byron en 1765. Ce navigateur la trouva déserte ; il y fit une provision de cocos. Edward la revit en 1791, et Paulding la visita en 1825. Elle était peuplée alors d'une race semblable à celle du groupe Clarence, mais moins forte , plus maladive , et par conséquent p!us pauvre. Le grouoe est une chaîne d'îlots bas et boisés, aeterminés par un récif commun qui a environ 12 lieues de tour.

Suivant Purdy, la petite île Sidney a été découverte en 1823 par Emmunt; elle a été revue en 1828 pîar M. leGoa-* rant de Tromelin. Elle est inhabitée, assez basse et située par 4** 27' de latitude sud et 73" 4' de longitude ouest.

Suivant encore Purdy, Tlle Birney a été découverte par le même na\ igateur et à la même époque; elle est située par 3''2r de latitude sud et 173"50' de longitude ouest.

Le petit groupe Mary a été récemment découvert par un uavire de ce nom ; c'est une agglomération d'îlots de 20 lieues de circuit, avec un lagon intérieur, et s. tuée par 2''48' de latitude sud et t74''30' de tonsitude ouest. En- Gn les îles de Garaner et ù\4rt/iur sont aussi douteuses que leur indica* tion.

Laissons les îles Roggeween etBaumann (des anciennes cartes marines) , que Kotzebùe n'a pas retrouvées, et quelques autres que les navigateurs ont en vain cherchées.

Passons au plus tôt Téquateur et abordons les célèbres Iles équinoxiales de Nouka-Hiva.

IS

AftCniPEL Dfi ROUKA-HIVA,

BIS MâRIfVISM lis MBVDOZA . DB MBHnANA, DR L4 tl\VOMmON . DB MARC4IAMD. O'IJI- GHAHAM ET DK WASUIMUTON.

Les fies Nouka-Hîva sont éloignées d'environ six cents lieues de Haouaî :

êltes sont comprises entre le 8» et le 10» de latitude sud, et le 140* et le 142« de longit. à Tou^t de Paris. Elles occupent un espace d^nviron soiiiante lieues marines du nord-nord-ouest au sud-sud -est, sur une largeur d^à peu irès quinze lieues. La principale de ardiipel est Nouku-Hiva, dont le véritable nom nous a été révélé pour la première fois par le caj»itaine russe K rusenstern, aujounlhui amiral, et auteur d*excel lents mémoires sur les Iles de la Polynésie ou du ^raiid Océan. Sa plus gnihde longueur de la pointe sud -est à celle (le I ouest est de dix-sept mi.les. La première, nommée Pohite- Martin par Her,;est, gît, d'après les o! servationsdu navigateur russe, par 8° ô7' de latitude sud. et 13V»» 32' So" de longitude ouest; l'extrémité sud est par 8»

A8 40" sud et par 139" 44' 30" ouest; enfin, celle du nord-ouest par 8" 58' 80" sud et I39« 49^ 00" ouest. La reine de cet archipel , la riante Nouka- Hiva a été nommée par Ingraliam Fédéral Lsland; par Marchand, lie Baux; par Hergest, 5/;* Henry Mar»

tin*sJsiundf et par Roberts, AdanCs lsland. Suivant notre usage, nous lui donnerons toujours , ainsi qu'à cet archipel, le nom que lui donnent les indigènes. Sa population est d*enviroa 16,000 habitants, divisés en tribus.

Oua-llouçaestàdix-buit milles de la pointe Martin de Nouka-Hiva; sa direction est est-hord-est et ouest -sudouest; sa longueur entière est de neuf milles; son extrémité ouest gtt par 8« $8' 15" de latitude sud, et par 1390 13' 0" de longitude ouest. Marchand n*a pas connu cette île. Ingrahain Ta nommée H^'ashington ; Hergest, Hiou*^ lsland, et Roberts Massachusetts lsland.

L'extrémité nord-ouest d'Oua-Poua est à vingt-quatre milles, directement

par 199* SO* 0* ouest, les oflders dd Solide la nommèrent lie Marchand; Ingrahain, Adam\ lsland, Roberts, Jejjerson lsland, et Hergest, Treranion. Haute et peuplée, celte île a vingt milles de circuit.

Au sud-est de la nointe sud d'Oua- Poua , à b distance cTun mille et demi, glt une petite île plate d'environ dix milles de tour, que Marchand nomme lie plaie; Ingrahain, Lincoln: Ui7son, Lewel, et Roberts, Hevofuiion^s lsland, Klle est situéepr9» W 30" sud.

D'après Marchand , c est un écueil accompagné d'autres écueils.

Les indigènes donnent à ces Iles le nom collectif de Mottovaity; elles soi.t situées est et ouest Tune par rapport à Tautre , et séiiarees par un canal d*ensiron un mille de large. Klles sent au nortl-ouest \ ouest, et à trente milles de distance de la pointe mérididnale de ^ouka-Hiva. Les hubiUints des îles voisines y \ont souvent pour pécher. Klles sont situées, ilaprcs Hergest , par 8" 37' 30" sud tl I40» 2«' 00* ouest. Ingrahain les avait nommées Franklin Uland, et Roberts, hiake hlond.

liiddu et Fafouhou sont deux îles inhabitées : la première a huit miiief de long sur deux de large; son extrémité méridionale est | ar 7" 59* sud et par 140» 13' ouest, d après les observations d^Hergen et de l'astronome Gooch. Ils y débarquèrent et y truvèrent des cocotiers en al>ondanrf. U milieu de Fatouhou, qui est ronde et beaucoup plus petite , est par 7** 60' sud et 140» G' ouest. Ces deux îles sont au nord-nord -ouest et à soixante milles de distance de rextrémité occidentale de Kouka-Hiva. Les l.abium ides autres îles vont y cherdier des cocos et des plumer d'oiseaux pour leur parure.

IngralKun les nonnna A nojret Hancmk Islands ; Marchand , Mvsse etChanal; Roberts, Freemanfle Lsland et LatiOdon lsland; Hergest, /<o6^r/jf Islands,

Otahi'/loa^ la Santa-Magdalena de Mendana , est une île qui n'a que quinze à vingt milles de circuit; elle est haute et possède une grande ()opulatlon relativement à sa petite étendue.

OCÉÀNIE.

iir

DVprès la carte de Stewart , il existe on petit tlot, dans le sud-est d'Otahi* Hoa, sous le nom de MoU)U'Dlao,

A dix lieues d'Qtahi-Hoa est la petite lie de Motané: c'est la San- Pedro de Mendana ; elle n*a qu'une faible population, et quelques cartes indiquent an gnod liane au sud de Plie. A Touest est située l'ile Tao-fVati de Krusensterii, (i Santa-Christina de Mendana , k ^t^'ai" Taode Marciiand. Klle a trente milles de circuit, et sa population est de dix mille habitants.

Okica-Hoa est la Ooniinica de Mendana. F.lle est située par y^* 42' de latitude sud et 14 1° 22' de longitude ouest, et a environ quatorze à quinze lieues de circuit. Sa surface, comme celle des autre» i\es, est entrecoupée de collines et lie va.lées. On i stime ses habitants à sept mjile environ.

A six ou sept lieues au nord-est de la précédente on trouve Fefaugou, ï'he Hood de Cook : c'est un Ilot élevé, nuis peu connu , de huit à dix miiles de circuit.

l. ne des baies de ces Iles a été nommée Tchitc/iagqÛ' \)SiT le navigateur Krusenslern (voy. pL 136).

CUMAT*

I^ tles Nouka-Hiva jouissent d'un climat chaud, mais cependant très- sain, ainsi que lé prouve 1 état sanitaire des insulaires et de tous les équipages qui y ont séjourné. On voit dans le voyage de MarcJiand au^au port Madré de Diosy dans J'tle Santa-Christina, le tberinometre se tenait, au mois de juin, à vingt-sept degrés ag dessus de zéro.

La hauteur de celui de Krusenstern, au port d\4nna-^fariq (Nouka-Hiva), a été jusou^à vin^t-cinq; mais ordinairement y marquait vingt-trois ou vingt- 2u3tre. A terre il peut monter à deuiç egrés de plus. Comme dans toutes les régions tropicales, l'hiver est ici la saison des pluies, mais elles ne sont ni fréquentes ni continues; qurlquefois même il s*écoule plusieurs mois sans qu'il tombe une goutte d*eau, ce qui occasionne souvent la disette dans cet archipel.

HISTOIBB KATCAELLB.

L*histo're naturelle de rarchîpel d^ Nouka-Hiva «st aussi peu varifc que dans les autres îles polynésiennes, cî elle i.ous présente à peu de chose près là même végétation.

Ces lies sont généralement volcaniques; leur couche supérieure est uq terreau composé de débris végétaux ; on y trouve le cocotier, le bananier, I ana; nas, V hibiscus à l'écorce fibreuse, Vartocarpus^ le mûrier à papi.r, lé dracai' na , la canne à sucre, le tabac et le bambou, \epeper met ht/xticum dont on fait le kava, \ecasaorina, \t gardénia aux Heurs odorantes, \''eu(jenidy Tacacia, le ricin, VinophtjUua y les aryms, les pandanus yVinocarpvs oui fournit une châtaigne nourrissante, 1 aieuritexdont Famande donne de l'huile, et un^rand nombre de fougères d'une élévation et d'une vigueur qu'on ne trouve que dans les contrées intertropicales. On y connaît, sous le nom de kavu de vie, une eau minérale dun {^odt assez agréable, et qui est un spécifique puissant clans plusieurs maladies.

Presque toutes les Iles du groupe sont hautes, montueuses et boisées, quoique volcaniques; elles n'offrent aucun cratère en activité. La navigar tion côtière y est sdre, parce que les bancs de coraux n'y poussent pas leurs rameaux trop au large. La seule difllculté est dans l'atterra^je, a cause des calmes brusques qui saisissent un navire |)rès de la côte, et le laissent désarmé contre les courants qui le drossent vers le rivage.

Les poules, le vampire y sont nombreux; le cochon, le chien et le rat étaient, comme dans toute la Polvnésîei, les seuls quadrupèdes connus à Nouk^- Hiva, avant l'arrivée des Européens.

Les habitants , ou plutôt les amiables enfants de Nouka-Hiva, ont dd à la bienveillance de plusieurs navigateurs reconnaissants la naturalisation de plur sieurs animaux utiles; mais il paraît qu'il n'y a guère que le chat qui sW soit propajçé. Les naturels attnbuenjk son introduction à un dieu nomm^ Itaïti, qui l'apporta il y a une soixan-

taine d'années à Tao-Wati, d'où il se répandit dans le reste de Tarchipel. Ce dieu était dans une pirogue grande comme une petite tle, et ii tua un homme durant son séjour. Cette tradition se rapporte évidemment à Cook, qui visita Tao-AVati en 1773.

Un naturel fut en effet tué pendant sa relâche, et le nom d'itaïti, qu'on donne au navigateur, est l'aitération de Taïti qu'il venait de visiter, et dont le nom sans doute fût souvent prononcé par son équipage.

Les poissohs sont nomhreux dans l'archipel : on en trouve de plusieurs espèces et d'un goût excelieut. Les coquillages .y abondent et oiTrent une nourriture agréable. Rien n'égale la beauté de leur forme et de leur couleur.

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