‹ L'Univers; histoire et description de tous les peuples (volume 2)Chapitre 24 sur 66 · INDIGÈNES · texte numérisé non relu

INDIGÈNES

Si on en excepte le capitaine Krusenstern , observateur sévère et nullement enthousiaste, et surtout le capitaine Waldegrave, qui maltraite les Nouka-Hiviens plus qu'il ne les loue, les navigateurs qui ont visité l'archipel de ^ouka-Hiva ont fait le portrait le plus flatteur des avantages physiques et moraux de ses habitants. Ils n'hésitent m^me pas à les placer au premier rang parmi les insulaires qui peuplent les îles innombrables de la Polynésie. Les femmes surtout ont été de leur part l'objet des plus brillants éloges. Le narrateur ûu voyage de Mendana, après en avoir parlé assez longuement, termine ainsi :

« Enfin , elles sont mieux que nos plus jolies femmes de Liina(voy./)/. 134). »

La description qu' a donnée Porter de ces ties et des mœurs de leurs habitants , nous paraît résumer tout ce que Ton a dit à ce sujet; d'à Heurs, le long séjour qu'il fit parmi eux doit offrir plus de garantie que les récits des navigateurs ou des voyageurs qui ont abordé un instant le riant archipel de Nouka-Hiva. Voici le portrait qu'il trace des naturels:

« Les Nouka-Ui viens, dit-il , ont été stigmatisés du nom de sauvages; jamais expression n'a été plus faussement appliquée, car ils occupent une place éle>

vée dans l'échelle de l'espèce tiuma/nf, soit qu'on les considère moralement ou physiquement. Nous les avons trouvés braves, généreux, honnêtes, iMenveillants, fins, spirituels, intelligents: la beauté et jes proportions régulières de leur corps répondent aux perfections de leur âme. Ils sont au-dessus de la taille moyenne ; ayant quelquefois moins de cinq pieds onze pouces anglais (un mètre quatre-vingts centimètres)^ mais plus communément six pieda deux à trois pouces aog ais ( un mètre quatre-vingt-sept centimètres à un mètre quatrr-vingt-neuf centimètres). Leur visage, et leurs yeux malins tt perçants, sont d'une be^iuté remarquable; leurs dents sont blanches et plus belles que ri voire; leur figure, ouverte et expressive, reflète toutes les émotions de leur âme, et leurs jambes , qui unissent la vigueur à la grâce, pourraient servir de modèle à nos sculpteurs (voy. pi. 133). La peau des hommes est d'une couleur cuivre foncé; celle des jeunes gens et des femmes n'est que légeremeiit brune. Les femmes sont inférieures aux hommes en beauté; leurs bras et surtout leurs mains sont admirables, mais d'un autre coté leur taille est peu gracieuse et leurs pieds sont grossis par l'usage où elles sont de marcher sans chaussure. Du reste, elles sont rusées, coquettes, et elles se piquent reu de fidélité. I^ premier de ces déraiits prouve un esprit délié et susceptible de culture; le second n'appartient pas seulement aux Kouka-Hiviennes; le troisième ne leur semble pas nécessaire, et leurs maris les en dispensent. Cejendant pénétrez dans leurs demeures , vous serez témoin de l'af.ection sincère des femmes pour leurs maris, de ceux-ci pour leurs compagnes , des parents pour leurs filles et des filles pour leurs parents : au delà , on se regarde comme parfaitement étranser; tous les liens semblent brisés; chaque femme dispose d'elle en ce qui lui appartient, comme elle Tentend. »

La plupart des habitations sont or* nées de cheveux humains , de dents , de crânes, que les Nouka-Uivieqs aiment

OCÉANIE

à conserver comme trophées de leur Taleur; quelques-uns d^entre eux portent même des objets telsjque manches d^éventails, hausse -cols, armes de guerre, fabriqués avec les petits os du corps de leurs ennemis morts : on en fait même des idoles, et on en place patlotit où cela se peut. On taille dans

les plus gros des harpons embellis de

sculpiar^ élégantes.

Mais une coutume monstrueuse, et

31 le i'oQ s'est peut-être trop empressé e leur prêter, est celle de ranthropophagie. Aucun voyageur n*en a été témoin, et les chefs in ii^ènes ont toujours repoussé la qualification de mangeurs de diair humaine. Krusenstern est le premier qui en ait parlé, sur Tautorité de deux hommes vivant , il est vrai , depuis plusieurs années dans Tint! mité aes naturels, mais dont le témoignage aurait, je pense, besoin d'être confirmé. C'est aussi sur une pareille autorité qu^il ajoute que dans les temps de famine les hommes tuent les femmes, les enfants et les vieillards, font rôtir leur ciuiir et la dévoreut.

Quoique les Nouka-Hivfens aient été génëraiement peints sous des couleurs favorables, d'après les dernières nouvelles qu'on a reçues de cet archipel , il paraît certain que depuis quelques années ils se sont émancipes au point d'enlever et de piller des navires, grâce aux provocations et à l'avidité de quelques marins européens et américains.

Vne grande vertu de ces hommes, si injustement nommés sauvages, c'est le patriotisme et un attachement, unique au monde peut-être, pour le sol où ils ont re^u le jour, et où reposent les ossements de leurs pères, de leurs épouses et de leurs enfants.

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