MOEURS, COUTUMES ET COSTUMES
LesNonka-Hivîens, comme la plupart des indigènes de la Polynésie, ont plutôt perdu que gagné dans leurs rapports avec les européens, et surtout avec une classe (les marins) dont les mœurs sont bien loin d'être exemp-
tes de reproches. La manière dont on a abusé de leur hospitalité leur a fait perdre beaucoup de cette naïveté et de cet empressement qu*ils avaient jadis.
Aujourd'hui la violence et Pabus de la force n'y sont pas plus inconnus qu*aiN leurs.
En général, le mariage parmi les Nouka - Hiviens est un engacçement dont les chaînes sont fort légères , et qui n*obtige qu*à peu de chose, et les parties ont même la liberté de se 6éf)arer si , au bout d*un certain temps, elles n*ont pas d*etifants. La seule cérémonie qui raccompagne est une fête dont le festin forme la partie
f>rincipale. Cependant , chez les chefs, es conséûuences qui résultent du mariage lui donnent beaucoup plus d'importance. Une alliance amène la paix dans une contrée désolée par la guer* re , et réunit des ennemis qui semblaient irréconciliables. Cest ainsi que le chef des Taïpis et le chef Keata- I*ierci , son ennemi constant , ayant décidé d*unir leurs enfants ^ u.n riche canot transporta la (ille du premier vers son époux, à qui elle avait été fiancée. Tout IVspace de mer qu'elle venait de traverser et qui sépnrait les deux vallées fut par cela m(^me frappé du t'ibou : désormais toute démonstriition guerrière fa te dans ce lieu était un cnme, et la paix devait régner perpétuellement, c<r res|)rit de la princesse, devenu aioua a(irès sa mort, perpétuait au delà du tombeau la puissance dii tabou. Un incident semblable avait amené une alliance perpétuelle entre la In'bu de la val ée de 1 iao-Uea et une autre tribu de rintérieur.
Les jeunes lilles sont rarement mariées avant dix-huit ou vin^t ans. Jus- Î|ue-là elles sont maftre.<(ses et souvent ollesde leur corps; aussi mènent-elles la vie la plus licencieuse. Mais dès qu'elles ont contra<'té une liaison , le droit de disposer d'elles n*ai)partient qu'à leur épiiux. ^ous avons ueja vu qu'à cet ^ard ceux-ci étaient fort fieu exi.;eants. Les femmes conservent toute leur beauté jusqu'à un âge avancé. Klles ne sont assujetties à aucun travail pénible; lewrs oocupatigas sont entière-
ment domestiques : elles confection^ neht les vêtements, et prenocutsoia de la maison et des enfants.
Leé hommes vont généralement nus, sans en excepter les clv^fis; car on ne peut appeler vêtement un morceau étroit d étoffe grossière d'éoorce de mûrier dont les hanches sont entourées.
Il y a deux mots pour désigner cette ceinture : celle d*étofTe fine se nomme tatou , et celle d'étoffe plus grosse/cA/obon. Tous les hommes oe portent paa cette ceinture.
Les fennnes paraissent porter plus d'habillements que les lH>mme«, mais el es ne sont guère plus vêtues. \]ne pièce d'pcorce de marier qui entoure leurs reins, et destinée à descendre, en forme de jufion « jusqu'audessous du genou, rarement descend aussi bas; une autre étoffe « jetée négligefmnent sur leurs épaules « assex longue nour tomber jusqu'aux talons, et qui uevrait couvrir letir sein, expose généralement a la vue de tout le monde, enveloppe tout le corps de manière que, suivant Pexpressîon des peintres , prise dans Taoception littérale, la draperie n'empêche pas de voir le nu. Mais ces vêtements leur servent peu. Comme des animaux amphibies, elles fiassent dans Teau une parte de leurs journées, et y paraissent aussi a leur dise aue si elles étaient couchées sur un lit de gazon ou jouaient sur un lit de plume. Leur lête n'est point charfiée de vains on.ements; e les laissent llutter au pré des ven*s leur belle et noire dipvelure : seulen^ei.t , quand t^lles sofU exposées à Tair, une large feuille de palmier leur tient lieu de |»arasol et garantit leur teint de la trop graniie ardeur du soleil; que.qnefois, et surt< ut quand elles sortent de l'eou, elles s'en\Tloppent la tête dans un coin de l'étoffé ()ui est censée les couvrir.
A l'arrivée de Marchand, elles portaient des colliers coni|x>sés deisrc'ïlns noirs, entremêlés de petits coquillages; niais bientôt elles y substituèrent nos grains de verre qu'elles aiment |)assionnément. QUv)ique leurs oreilles soient peiuées comme celles des lioiiuuei» oo
OCÉAMK.
CD toit très-peu qui aient des pendants ; mais elles y suspendent toutes les bacatelles d'Europe qui en sout susceptibles (*).
Cependant le costume des femmes ne se ressemble pas dans tous les districts. Urusenstern- en vit qui étaient envelo{^)éet dans de longs rlidles d'é* toffe jaune; mais ce cpii tes distinguait particufiéremeut , cVtait une sorte de turban de toile blanche arrangé avec goût et qui leur allait a merveille.
Une coutume générale parmi elles est de se frotter le corps dMiuile de coco, qui donne à leur corps un lustre qu'elles regardent comme une grande beauté; elk« s*en oignent aussi les cheveui , ainsi due nous Tavons vu dans rinde^ dans la Malaisie, chez les Caroiins et autres peuples.
Les riouka-Hiviens ont différentes espèces de (larures; mais il nVn est aucune qui soit le privilège de la grandeur. Les dents de cochon et les graines rouget jouent le premier rôle dans leurs or* neincnts. Uornement de la tête est un grande casque de plumes de coq noires, ou une sorte de diadehieou de tresse de coco garnie de noeuds de perles , ou Simplement une branche de bois llexible d*ou pend une rangée de cordons. Quelquefois ils lixeut dans leurs cheveux de grande.4 feuilles. Leurs pendants d'oreilles sont de grosses coquilltts rondes , remphes d'une substance sablonneuse sol 'de, elles sout traversées par une dent de cxxshon percée qu'ils tichent dans le lobe de Toreille; une chevilie de bois^ placée dans le trou de la dent, IVmpéche de tomber. Mais Tornement de leur cou est la partie dont ils prennent le plus de soin. Ils Tentourent d'une sorte de collerette en forme de denri-lune^ faite d'un bois tendre, et sur teauelle sont collées plusieurs rangées ae graines rouges. Au reste , cette panire semble presque exclusivement réservée aux prêtres. Les autjres insulaires en ont adopté une assez singvlière : c^est une rangée de dents de coeftiOB attachées à une tresse de fibres
(*) Toret le Tovage du SoiiJe en 179 1, par llaronad, vol. I , page la^.
de coco. Ils portent aussi des dents isolées nue Ton place dans la barbe, ou des boules de la grosseur d'une pomme, entièrement couvertes de graines rou« ges (vov. hi. 139).
Les Nouka-Hi viens sont fort propres, hommes et femmes, et surtout ces dernières qui passent souvent des journées entières dans Teau; aussi les navigateurs n*ont-iIs observé dans ces ties aucune maladie cutanée, si communes sous les climats tropicaux. La transpiration continuelle a laquelle le corps est exposé, oblige à des ablutions con- , tinueiles pour dégager les pores de la peau. Les femmes s enduisent le corps entier et même les cheveux d'huile de coco, afin de leurdonnerun lustredont elles font beaucoup de cas. Les fashionables se le frottent de suc de papa, afin de le garantir des influences de l'air et de lui i^onsrrver sa blancheur. Les habitations sont fort pro|>res. Lé capitaine Chnnal, compagnon de Marchand, a assisté plusieurs fois à leurs r^pas, pour lesquels hommes, femmes et enfants se réunissent deux fois par jour, à nn'di et à la brune, et il y remarqua toujours beaucoup de propreté et d'ordre. I^célèbre Forster avait déjà dit qu'ils (talent plus propres que les Taîtiens. Il e^t vrai que le capitaine Cook a taxé les indigènes de Santa- Christina de malpropreté, mais il l'a fait avec trop de légèreté et seulement sur l'observation de deux faits, l'un partiel et l'autre tout à fait puéril.
On pourrait à peine croire au prix
3 ne ces insulaires attachent aux dents e baleine. Aucun bijou , quelle que soit sa valeur, n'est pas de moitié aussi estimé en Europe ou en Amérique que la dent d'un de ces cétacés parmi eux. Aussi l'ivoire le plus beau et le mieux travaillé leur paraît fort inférieur; il n'y a que les basses classes qui le portent; encore lui donnent- elles la forme de cette dent, objet de toute leur ambition (*).
(*) On peut facîlempiil se faire «ne idée de leur valeur, d'après le compte suivant établi par Porte*: « Un navire de 3oo tonneaux, dit4l , pourrail compléter & Nouka-
Les éventails, tissés dans le genre des nattes avec une sorte d'herbe dure ou en feuilles de palmier, sont d'une délicatesse surprenante; leur forme est demi-circulaire. Les manches sont 'formés de quat>-e fij^ures de dieux, adossées deux à deux et placées les unes audessous des autres. Ils sont faits en bois de sandal ou de toa , en ivoire ou en os humains , sculptés avec une grande habileté. Les NoukaHiviens font le plus grand cas de leurs éventails, et ne s'épargnent aucune peine pour les tenir toujours très-propres, en les blanchissant de temps à autre avec de la chaux^ ou quelque substance semblable.